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Réponse du
Groupe Bolchevik à la direction de la LOI
Groupe Bolchevik pour la construction du Parti
ouvrier révolutionnaire, de l'Internationale ouvrière révolutionnaire
Objet : Projet de déclaration
Rio Turbio
Date : 5 juillet 2004
Chers
camarades,
La CC du GB a reçu le 17 juin une proposition de la part de la direction de la
LOICI d’Argentine de cosigner une déclaration sur l’accident dont ont été
victimes 12 ouvriers d’une mine de charbon en Argentine.
Évidemment, la CC ne voit aucune objection de principe à une déclaration de ce
type.
La
direction de la LOICI d’Argentine a refusé de participer à l’élaboration d’une
déclaration internationaliste le 1er mai et d’une déclaration communiste sur
l’Europe
Cependant, il est plutôt surprenant que les chefs « trotskystes principiels »
d’Argentine sollicitent la signature à leurs côtés d’organisations qu’ils
accusent pêle-mêle avoir soutenu électoralement la social-démocratie, de se
subordonner à l’aristocratie ouvrière, de capituler devant une « vague rose »
européenne, de pratiquer l’entrisme dans la social-démocratie…
Si c’était vrai, notre signature ridiculiserait la déclaration ! Heureusement,
rien de cela n’est vrai. Pas seulement les interprétations extravagantes qui
servent, avec d’autres mensonges et délires, à justifier le départ du Collectif
international. Pas même les faits :
· Il
n’y a de « vague rose » européenne que dans le local de Buenos Aires de la LOI.
Par exemple, les résultats des élections européennes ont donné 201 ou 200
députés sociaux-démocrates sur 732 députés du Parlement européen, soit 27,3 %
au lieu de 29,5 % (Le Monde, 15 juin ; The Economist, 19 juin)
· Le GB
n’a pas appelé à voter PS, ni le Grupo Germinal de l’État espagnol pour le
PSOE, mais tous les deux pour les listes de tous les partis ouvriers (voir le
site www.revolution-socialiste.info). Sur
cette question, la direction de la LOI a, comme c’est son droit, la même
position que, en France, la LCR, LO, le PT et les débris morénistes ; le GB a
exactement la position du CWG de Nouvelle-Zélande que la direction de la LOI
n’a jamais critiquée (« Votez Parti Travailliste et Alliance, et préparez-vous
à les combattre !’ », Class Struggle n°45, juin 2002).
· Quant à
l’entrisme du GG et du GB dans la social-démocratie, il s’agit d’une des
inventions dont la direction de la LOI est coutumière.
La direction de la Loi n’a pas daigné répondre au projet de déclaration
internationaliste pour le 1er mai du Collectif, qui a été signé finalement par
le CC Parti ouvrier révolutionnaire d’Argentine, les DPG de Turquie, la FT du
Brésil, le GB de France, le GG d’Espagne, LM du Pérou, PO de Bolivie et PO de
Colombie. Le 1er mai, à Paris, les militants du GB et les ouvriers immigrés des
FPR l’ont diffusé ensemble.
La direction de la LOI a déclaré qu’elle ne pouvait pas amender le projet de
résolution Europe proposé par le GB et le GG aux organisations du Collectif et
à celles qui discutent de l’Appel en 21 points rédigé par le CWG, le GB, le
GOI, la LOI et LM.
Comme une série d’organisations qui ont essayé de travailler avec la LOI (le
Grupo Germinal, Lucha marxista du Pérou, Poder obrero de Bolivie), le GB a
appris ce que valaient les « principes » de la direction de la LOI. Nous avons
constaté l’incapacité de la direction de la LOI à se soumettre à la critique de
révolutionnaires étrangers… et même à discuter et à amender un texte qu’elle
n’aurait pas proposé elle-même.
Pour sa part, la CC du GB propose plusieurs amendements au texte soumis par la
direction de la LOI.
Il faut se défier de tout « national-trotskysme », qui est toujours national
et rarement trotskyste
Dans une déclaration qui n’est pas seulement celle d’organisations
nationales argentines, mais qui se veut internationaliste, il faudrait
mentionner que la restauration du capitalisme a coûté de nombreuses vies
ouvrières dans les mines de Chine, nettement plus que les privatisations en
Argentine.
Ainsi, 3 393 mineurs sont morts en Chine dans des accidents du travail entre
seulement janvier et mai 2002 (Nanfang Zhoumo, Canton, traduction en
français dans Courrier International, 18 juillet 2002).
Selon des indications officielles, 14 924 personnes sont mortes en 2002 au
total lors de catastrophes minières. Pour les premiers huit mois de 2003, ce
sont 4.150 morts qui ont été recensés (Journal des Accidents et des
Catastrophes n° 38).
Le 10 avril de cette année, 10 mineurs ont été tués, suite à une explosion
qui s'était produite dans la ville de Jixi dans la province du Jixi. Quatre
jours après, le 14 avril, un incendie survenu dans une mine de charbon a fait
11 morts dans la ville de Longyan, dans la province du Fujian (Xinhuanet,
19 avril 2004).
Voici quelques jours, le 25 juin, au moins 7 mineurs sont morts lors d'un
accident survenu dans une mine de houille localisée dans le district de Quxian
de la ville de Dazhou, province du Sichuan (Xinhuanet, 26 juin 2004).
Une déclaration internationale sans poser le problème du pouvoir et sans
poser le problème du parti ?
Une fois de plus, un projet de la direction de la LOI est incapable de poser le
problème du pouvoir. Plusieurs fois, le Groupe Bolcjevik a dû corriger les
projets de la direction de la LOI qui oubliaient ( ! ) la question du pouvoir
et celle du parti.
Maintenant, la direction de la LOI s’est débarrassée du Collectif et du contrôle
des organisations qui ont lancé l’Appel. Elle retombe dans les mêmes erreurs :
incompréhension de la question du parti, en lien avec incapacité à formuler des
mots d’ordre transitoires : à quoi bon le front unique et les mots d’ordre de
transition, si les révolutions se font toutes seules !
Ces erreurs chroniques ont les mêmes racines opportunistes (l’objectivisme de
tous les révisionnistes du programme de la 4e Internationale) que son
incapacité à travailler avec les bolcheviks et que ses illusions dans
l’existence d’un « mouvement trotskyste » et d’une 4e Internationale qui
survivrait, pendant des décennies en l’air, sans aucun centre international et
sans même aucune section...
Pour que le GB puisse s’associer à cette déclaration, il faut expliquer la
nécessité d’un gouvernement ouvrier, des mineurs, des chômeurs et de tous les
travailleurs en Argentine. Il faut expliquer qu’il faut pour cela un parti
révolutionnaire en Argentine (et non un « pôle ouvrier et socialiste », comme
la LOI dans sa campagne électorale).
Pour les bolcheviks, il ne saurait être question de s’adapter aux
bureaucraties syndicales et de s’associer à leurs manœuvres
Qu’ont fait les organisations qui doivent défendre les mineurs ? La déclaration
est au moins incomplète : elle ne dit rien des réactions organisations
syndicales de la mine de Rio Turbio.
Pourquoi ne pas exiger que la CTA et les CGT réagissent immédiatement, en
appelant tous les mineurs de Rio Turbio, de toutes les mines de charbon, de
toutes les mines d’Argentine à se défendre ensemble contre le patronat, cessent
ensemble le travail pour protester contre la mort de leurs camarades, pour
garantir qu’ils ne seront pas les prochaines victimes ?
Au contraire, le projet de la direction de la LOI dit :
Notre lutte n’est autre que celle d’impulser en Argentine un appel à une
journée d’action nationale de lutte… (en castillan : Nuestra lucha no es
otra que la de impulsar en Argentina un llamamiento a un paro nacional de luto
y de lucha)
Pourquoi ne pas expliquer aux travailleurs que seule la grève générale de
toutes les mines d’Argentine peut améliorer le les conditions de travail et la
sécurité des mineurs, que seule la grève générale de tous les travailleurs
d’Argentine, unissant leurs forces à celles des chômeurs, peut arracher les
revendications essentielles, qui ne seront garanties que par un gouvernement
ouvrier ?
La direction de la LOI explique qu’en Europe, le GB et le GG doivent tourner le
dos aux travailleurs avec des slogans infantiles, anti-léninistes et
anti-trotskystes, comme : « dehors le PCE, dehors le PSOE ! », comme si le
problème de la direction du prolétariat était déjà résolu…
Mais, au Chili, la FTICI (ex-COTP) soutient les « journées d’action » des
staliniens qui dirigent la CUT. En Argentine, elle n’exige rien du syndicat des
mineurs et elle se contente de proposer à l’avance une manœuvre des appareils
syndicaux. Or, les bureaucraties syndicales ne sont pas moins
contre-révolutionnaires que les partis réformistes.
Qui peut croire qu’une « journée d’action » peut empêcher l’exploitation
capitaliste, l’extraction non seulement de plus-value relative mais de
plus-value absolue, les accidents du travail ? On n’a jamais vu la 4e
Internationale de Trotsky se prononcer pour des « journées d’action » !
L’impasse de la journée d’action est couramment employée au Chili ou en France
par les appareils syndicaux contre la grève générale, parce que la grève
générale pose le problème du pouvoir.
La grève des mineurs n’avait de chances de réussite que si elle était prête
à frayer la voie à une nouvelle explosion de la grève générale… (L.
Trotsky, recueil "L’IC après Lénine", à propos de la grève des
mineurs britanniques de 1925)
Ce ne sont pas des grèves corporatives, ce ne sont pas des grèves. C’est
la grève. C’est le rassemblement au grand jour des opprimés contre les
oppresseurs. C’est le début classique d’une révolution. (L. Trotsky,
recueil "Où va la France ?", au moment de la grève générale de 1936
en France)
Une prétendue « journée d’action » n’est pas une étape vers la grève
générale, comme le prétendent tous les centristes, mais une arme contre la
grève générale.
Participer, éventuellement, à une « journée d’action » est un problème
tactique, comme de voter lors d’élections. Cela dépend de l’état d’esprit des
masses. Mais faire croire que des élections résoudront le sort de la classe
ouvrière est tourner le dos à la révolution, comme faire croire qu’il faut une
seule journée, avec des « actions et des luttes ». C’est une capitulation
devant les bureaucraties syndicales. C’est ce que font couramment, en France,
la LCR, LO et le PT.
Le Groupe bolchevik ne peut signer en l’état une telle déclaration, qui
couvrirait les trahisons des mineurs et du prolétariat d’Argentine.
Avec notre salut bolchevik-léniniste,
Pour la cellule centrale du Groupe bolchevik,
Ph. Couthon
PS : La direction de la LOI disait au début de l’année 2004 qu’elle ne pouvait
pas rencontrer le Collectif ailleurs… qu’en Argentine. Elle semble pouvoir se
déplacer désormais au Brésil. Puisqu’elle annonce aussi un voyage en Europe, la
CC l’invite à en profiter pour discuter avec les militants du GB, qui sont tous
des travailleurs salariés. Les permanents de la LOI pourront expliquer, à cette
occasion, le « tournant droitier » du GB (ou toute autre question à leur
convenance) :
Puisque la direction de la FTICI annonce une
tournée en Europe, la CC propose à Carlos Munzer de présenter ses vues aux
militants du GB. (extrait de la
résolution de la cellule centrale du GB du 24 juin)