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Lettre du Groupe bolchevik à un lecteur à propos du référendum

La frontière de classe
ne passe pas entre les Oui et les Non

29 juin 2005

Cher camarade

Le Groupe bolchevik pour la construction du POR, de l’IOR a bien reçu ton courrier du 7 juin, que tu avais fait parvenir également au Cercle.

Dans ton courriel, tu opposais la position de mai du GB, le boycott du référendum, au tract de juin du Cercle appelant à une « manifestation centrale d’un million et plus à l’Assemblée nationale ». Ton impression était qu’il fallait partir de l’état d’esprit des masses et ne pas se conformer à une position puriste qui nous isole. A l’appui, tu rappelles que le Comité a appelé au Non lors du référendum de Maastricht.

Le 12 juin, tu as demandé si le contenu du tract du Cercle est faux. Il ne l’est certainement pas dans chaque formulation, d’autant qu’il a abandonné la thèse que défendaient en 1998 tous les futurs dirigeants du Cercle (l’UE est un paravent de la domination allemande) pour se rallier à la position du Collectif et du GB (l’UE est avant tout basée sur un compromis entre impérialisme français et impérialisme allemand).

Reste qu’aujourd’hui, sans esprit de clocher, le GB ne partage pas certains aspects de cette vaine tentative de faire de l’agitation, d’autant qu’elle n’est pas dénuée d’adaptation aux appareils du mouvement ouvrier. Avec le recul de quelques semaines, tu auras pu vérifier qui analysait correctement la situation et qui y répondait le mieux. Tout le monde peut commettre une erreur d’appréciation. Le mot d’ordre « un million et plus à l’Assemblée » est erroné, il découle de l’oubli délibéré de tout un pan de l’élaboration du Comité en 1992 et de la complaisance du Cercle envers des poisons sociaux-chauvins dont le prolétariat a été inondé pendant des mois.

Auparavant, il faut rappeler la genèse du Cercle, comment la direction de ce groupe s’est s’émancipée du contrôle du Comité.

 

Qui a séparé les militants du Comité fondé par Just?

 

Si nous ne sommes plus à l’intérieur de la même organisation que les membres du Cercle pour discuter des péripéties de l’Union européenne, de la restauration du capitalisme en Chine ou de la luttes de classes en Amérique latine, ce n’est pas de notre fait. Les dirigeants du Cercle ont délibérément séparé les militants et porté ainsi un coup sévère au Comité.

Trois minorités ont successivement fait scission du Comité en quatre ans : un groupe de presque la moitié dès la mort de Just en 1997, usurpant le nom de Comité et le nom du journal ; le Cercle d’un tiers en 1999 qui a volé l’argent et le nom du journal ; le Regroupement de moins de la moitié en 2001, qui a volé l’argent et perdu immédiatement une bonne part de ses membres (dont certains au profit de la LCR). Depuis, les frontières entre ces débris se sont modifiées et une autre fracture est apparue dans le faux Comité, engendrant une Fraction publique.

Le GB sait que, pour les ennemis du léninisme-trotskysme, en particulier la direction Lambert-Gluckstein du PT, la destruction du Comité fondé par Just par ses lieutenants fut une excellente nouvelle ; il comprend parfaitement que, pour tous les militants étrangers et pour les sympathisants français, l’éclatement du groupe français en quatre fractions soit apparu criminel (il l’est) et absurde (il ne l’est pas : le réel est rationnel, comme disait Hegel). La trajectoire politique de nos anciens minoritaires éclaire rétrospectivement ces refus de se soumettre aux conférences démocratiques du Comité, explique ces ruptures rapides sous prétexte de questions apparemment secondaires.

L’acte de naissance d’un nouveau courant politique est toujours important. Le moins que l’on puisse dire est que la genèse du Cercle (un nom assez bien choisi), est significative dans ses méthodes : insultes et menaces physiques, vol et dénonciation à la police. Une longue expérience, y compris chez ceux qui se réfèrent au trotskysme (Healy et Lambert) montre que de telles méthodes renvoient toujours à un rapprochement politique avec les appareils et à un détachement du programme.

La scission du Cercle a saigné le  tiers des militants en 1999, en emportant toute la trésorerie et en publiant un faux CpS, après une conférence qui avait rejeté ses deux propositions :

1.  Le vote pour l’ANC en Afrique du Sud, ce qui l’a amené à revenir de fait à une conception de « front uni anti-impérialiste », qu’il a prêtée abusivement à Trotsky (il n’était pas le premier dans cette voie douteuse), rejetée clairement par Just en 1984. La majorité du Comité s’était prononcée pour la rupture de toutes les organisations ouvrières (SACP et COSATU) avec l’ANC, devenu pleinement un parti bourgeois comme le FLN en Algérie dans les années 1960. Entre-temps, le Parti national, parti de l’apartheid, a rejoint l’ANC.

2. La transformation du Comité en un « comité de liaison » autour du rédacteur du bulletin. La majorité s’était prononcée pour le maintien d’une organisation fonctionnant selon le centralisme démocratique, intervenant de manière concertée dans la lutte des classes et contrôlant son organe (et pas l’inverse !).

Par la suite, le promoteur de cette scission a confirmé que son acte n’était pas un malentendu ou le produit d’erreurs personnelles des deux camps, explicables par l’échauffement d’un combat fractionnel, mais qu’il entend la rendre définitive. Il a donc un autre projet que l’ex-Comité et que le GB.

Tant ce qui s’est nommé par antiphrase « Regroupement » que le « Cercle » et le faux « Comité » ont entrepris depuis plusieurs années de grandes manœuvres les uns envers les autres. C’est ce qui leur tient lieu de « construction du POR ». Toutes écartent systématiquement le Groupe bolchevik. C’est un compliment involontaire, car chacun s’adresse à ses semblables, à d’autres opportunistes, scissionnistes, usurpateurs et voleurs.

Au lieu de publier les documents de la lutte des fractions dans leur intégralité, ce qui aurait permis à tout militant de s’éduquer et de se prononcer, chacune de ces sectes a écrit des dizaines de pages pour obscurcir rétrospectivement leurs actes contre le Comité. Le GB a décidé de ne pas se situer sur ce terrain. Outre que cela impliquerait pour nous de rectifier de multiples omissions et falsifications (de pures inventions ou l’attribution à certains d’entre nous d’actes ou de positions… des chefs scissionnistes), qu’est-ce que l’avant-garde peut bien tirer comme leçons politiques de leurs interminables plaidoyers pour justifier leurs veuleries et fourberies ?

Falsifier l’histoire du parti revient à empoisonner le puits où la jeune génération doit boire… (James Cannon, 1953, Speeches to the party, p. 100)

Par exemple, le fondateur de ce qui allait se nommer le Regroupement, au moment de la scission, a truqué son propre texte quand il l’a rendu public (son autocensure a, hélas, privé ses lecteurs d’un grand éclat de rire). La palme des reconstitutions historiques façon « Puy du Fou » revient aux organisateurs de la première scission (le faux Comité) car il leur faut camoufler que le dernier combat politique de Stéphane Just s’est déroulé contre eux (la seule membre du CN du Comité qui avait répondu « présente » à la proposition du vieux révolutionnaire à l’agonie pour une lutte concertée et irréversible contre l’orientation de « Mélusine » et de « Lombard » est membre du Groupe bolchevik).

Notre priorité va au travail international, à l’intervention, à la publication d’un bulletin et à la réédition, sous forme de brochures, de textes autrement importants.

La clé des scissions est dans l’orientation face à la vie, face à la lutte des classes mondiale. Car, pour savoir s’il s’agissait de divergences irréversibles ou de désaccords surmontables, seule compte l’attitude par rapport aux principaux événements mondiaux.

Or, le Cercle n’a jamais donné suite aux tentatives du GB ou du Collectif de discuter sur cette base, dont la dernière date de quelques mois à peine. Le 5 février 2005, le GB a proposé à tous les groupes issus du Comité (la « Fraction Publique du Comité », le faux « Comité », le « Cercle » et le « Regroupement ») de discuter de la lutte des classes en Europe après la restauration du capitalisme en Russie, avec des camarades du Pérou, d’Espagne et d’Autriche. Ni le Cercle, ni les autres débris mal guéris du lambertisme n’ont daigné répondre à cette proposition.

Ils ont leurs raisons et, entre autres, le référendum les révèle.

 

Du Non adapté aux réformistes à l’agitation délirante pour un million à l’Assemblée

 

Le Groupe bolchevik est parti, pour définir son orientation tactique envers le référendum, de l’étude de la position du Comité de 1992 et d’un point de vue continental et international, codifié dans :

·                le manifeste du Collectif pour les Etats-Unis socialistes d’Europe (publiée dans Révolution Socialiste)

La position des bolcheviks sur cet épisode est décrite dans une série de documents :

·                la résolution de la 4e Conférence (publique sur le site)

·                la déclaration du GB et des DPG France pour le boycott, diffusée dans les manifestations du 1er mai, sur les lieux de travail et d’études (disponible sur le site, nous sommes assez fiers d’avoir signé ce tract avec des immigrés turcs, vu l’hostilité de Sarkozy et le déchaînement des promoteurs du Non, Dupont-Aignan, de Villiers et Le Pen contre la Turquie (disponible sur le site).

·                l’éditorial de « Révolution Socialiste » n° 16.

Depuis les résultats, il faut y adjoindre :

·                la déclaration du GB du 12 juin (que tu as eu en diffusion électronique et que tu recevras dans quelques jours en papier, comme abonné)

La cellule centrale du GB a lu ton message et son annexe, la déclaration du Cercle du 3 juin ; elle a reçu le compte-rendu, par un porte-parole du courant FU, de la réunion du SNASUB-FSU qui a suivi le référendum. Pour compléter notre documentation et pouvoir te répondre, nous avons aussi consulté sur son site la « déclaration du Cercle » en quatre pages, non datée, d’avant le référendum du 29 mai.

Les fossoyeurs du Comité ont appelé à voter Non en 2005 ; le Comité avait appelé à voter Non en 1992 ; le GB s’est prononcé pour le boycott par les organisations ouvrières. En déduire que ce sont les scissionnistes qui se situent dans le fil du programme ne résiste cependant pas à une analyse serrée. Le Non du Comité de 1992 frôlait le boycott, alors que le Non du faux Comité de 2005 et du Cercle s’en sont délibérément éloignés, convergeant  fatalement avec les autres Non, ce qui les a rapprochés (et ce n’est pas la première fois) d’une fraction de la bourgeoisie française, via le PT, le PCF et les directions syndicales de la FSU et de la CGT.

En 1992, le Comité plaçait la barre révolutionnaire et internationaliste assez haut, lors du référendum sur le traité de Maastricht :

·                Just ne concédait rien aux chauvins qui attribuaient les malheurs des masses à « Bruxelles »,

·                il analysait clairement les positions de toutes les grandes organisations ouvrières, pour le Oui ou pour le Non, comme la réfraction de la division de la bourgeoisie et non le résultat de la pression ouvrière,

·                il conditionnait la possibilité des Etats-Unis socialistes d’Europe à la prise du pouvoir par le prolétariat,

·                il n’attendait rien du référendum soutenu par tous les chefs du PS, du PCF, de la CGT, de FO et de la FEN de l’époque.

Ses épigones ont pris, point par point, le contre-pied de cette démarche, alors que le GB lui est demeuré fidèle.

 

Ni l’UE, ni son prétendu traité, ne sont la source des attaques anti-ouvrières

 

Le PT révisionniste et social-patriote parle de « talon de fer que Bruxelles impose ». Luttant comme internationaliste dans un pays impérialiste, Stéphane Just récusait tout chauvinisme, toute tentative de trouver à l’étranger des boucs émissaires :

Il n’y a pas de pouvoir européen, pas d’Etat européen… Le combat de chaque prolétariat des pays membres de la CEE doit être dirigé contre le gouvernement et l’Etat bourgeois, contre le capital, la bourgeoisie de chaque pays. Ne pas se situer sur cet axe, c’est dévier. (Stéphane Just, supplément à CpS, 27 août 1992, p. 9)

Le moins qu’on puisse dire, c’est que beaucoup, dans le mouvement ouvrier, ont dévié. Pas seulement les anciens staliniens, leurs innombrables satellites habituels dont les pablistes et les hardystes, mais aussi ceux qui osent marquer « fondateur Stéphane Just » sur le journal qu’ils nous ont volé. Pour tous, la constitution est dangereuse car elle va permettre de s’en prendre à la classe ouvrière :

Bien que les travailleurs aient clairement apprécié cette « constitution » comme une nouvelle arme dans les mains des différents gouvernements d’Europe… (motion FU dirigé par le faux Comité à la CAN du SNASUB-FSU, soumise en opposition –mais contre le souhait du FU- à la motion des bureaucrates syndicaux, 7 & 8 juin, compte-rendu FU, p. 4)

Pour mettre hors la loi toute autre politique. (p. 3) ; En votant Non à la constitution européenne, ils ont voté contre un instrument et une expression de cette politique…(tract du Cercle, 3 juin) ; Le vote Oui est le moyen de « réformer le modèle social français »… (tract du Cercle d’avant le référendum, p. 1) ; Le traité prétend aussi arrêter quelle politique peut être menée au sein de l’UE. (idem, p. 2)

La lutte des classes, avant et après le référendum, a prouvé que chaque bourgeoisie européenne, dont la française, n’avait guère besoin du traité pour attaquer les travailleurs. Le dernier argument du Cercle est particulièrement empreint de crétinisme réformiste : le projet de traité constitutionnel empêcherait de mener des politiques nationales … lesquelles ? Tout cela est emprunté à Buffet et à Lambert, pas à Just.

Aucun Etat ne pourra se soustraire à ces prescriptions… (L’Humanité, numéro spécial, 16 octobre 2004, p. 26) ; Le transfert de souveraineté des Etats vers le Conseil et la BCE est total en matière de politique économique et monétaire (L’Humanité, p. 35) ; Cette prétendue constitution voulait confisquer la souveraineté de la nation (Parti des travailleurs, déclaration du 29 mai)

Les sociaux-chauvins du PCF et leurs émules pseudo-trotskystes oublient que le traité de Maastricht et le traité d’Amsterdam, la Commission européenne  et la Banque centrale européenne n’ont pas empêché les gouvernements français et allemand de passer outre les règles de déficit budgétaire des « critères de convergence » et du « pacte de stabilité ».

Parmi les attaques du gouvernement au service de la bourgeoisie française, la loi Fillon est réduite à une affaire de « réforme du baccalauréat » par le Cercle :

A l’ordre du jour de l’après-référendum, il y a la réforme du baccalauréat… (tract du Cercle pour le Non, p. 1)

Cela correspond à l’analyse des prétendus syndicats lycéens dirigés par le PS…. Et aussi à celle du PT lambertiste :

Les manifestations de lycéens pour la défense du baccalauréat (déclaration du PT, 29 mai 2005)

Le contenu de classe de la loi Fillon n’est pas tant la réforme du bac que la diminution de l’enseignement aux élèves issus des familles d’ouvriers et d’employés, leur éviction vers l’apprentissage patronal (voir Révolution Socialiste n° 15, mars 2005).

Le Manifeste pour les Etats-Unis socialistes d’Europe du Collectif révolution permanente, ratifié à l’unanimité par la 4e conférence du GB en mars 2005, est fidèle à l’internationalisme prolétarien. Le Groupe bolchevik se situe dans la filiation de la déclaration du Comité d’août 1992 :

Chaque prolétariat subit avant tout les attaques de sa propre bourgeoisie (déclaration DPG-GB, 1er mai) ; Dans cette grande mascarade, l’Etat unifié qui n’existe pas est dressé en protection des Etats nationaux qui, eux, existent avec leurs gouvernements qui agissent au service du capital. (Révolution Socialiste n° 16, p. 6)

 

Le Non du PCF, comme celui de la direction de la CGT, fut un vote bourgeois

 

La Fraction publique s’aligne sur la diversion pro-capitaliste de l’anti-libéralisme des sociaux-chauvins :

Non au « libéralisme », c’est‑à‑dire au capitalisme (FP, tract du 31 mai)

Le faux Comité parle sans rire de « Non de gauche »:

Organisations politiques et syndicales qui appelaient à gauche à voter Non… (intervention FU au Snasub, p. 3)

Ce n’est pas chez Just qu’ils ont puisé ce vocable de l’idéologie dominante. La « gauche » permet de justifier des fronts populaires, en tout cas d’abandonner tout critère de classe, en mélangeant les partis ouvriers et les partis bourgeois. Et ces gens-là se réclament du trotskysme ! Leurs inspirateurs ou leurs doubles sont Lambert & Gluckstein :

Nous avons constitué le Comité national pour la victoire du vote Non avec des personnalités « de gauche » de toutes appartenances. (déclaration du PT, 29 mai 2005)

Notre organisation, en 1992, ne prenait pas des vessies pour des lanternes, ni le vote Non comme l’expression des intérêts de la classe ouvrière :

Qu’ils appellent à voter Oui ou qu’ils appellent à voter Non, les dirigeants des organisations ouvrières se situent sur le terrain de la défense des intérêts de la bourgeoise française. (Just, supplément à CpS, 27 août 1992, p. 14)

Le PS avait appelé à voter Oui en 1992, le PCF à voter Non. Chacun des partis ouvriers bourgeois se ralliait à une fraction de sa bourgeoisie, donc à telle ou telle de ses représentations politiques :

Toutes les phrases, toutes les fioritures ne sauraient masquer qu’en appelant à voter Non, le PCF se range du côté de cette partie du capital financier français qui appelle –et dont les hommes politiques appellent- à voter Non… (Just, p. 14)

Le GB s’est tenu sur le même orientation :

Collée au « Non de gauche », il y a la cocarde bleu-blanc-rouge des défenseurs de la France, des pourfendeurs de « l’étranger » qui assaille « l’industrie nationale »… Comme les partisans du Oui, les dirigeants des partis et des syndicats qui prônent le vote Non se situent sur le terrain de la défense des intérêts de la bourgeoisie française. (Révolution Socialiste n° 16) ; La plupart des formations réformistes appelaient à voter Non aux côtés du FN et du MPF… La majorité de la direction du PS appelait à voter Oui aux côtés des Verts, du PRG, de l’UMP et de l’UDF. (GB, déclaration, 12 juin)

Par ailleurs, Just ne faisait aucune différence entre le Non pro-impérialiste du PCF et celui de la direction de la CGT :

Quant à la direction de la CGT, sa position est identique à celle du PCF. (Just, p. 14)

Le Cercle, quant à lui, se plaignait du refus des confédérations et fédérations à se prononcer de la même manière que le PCF :

Les organisation syndicales, dont aucune n’a appelé à voter Non. (tract du Cercle)

Cela correspond en tout point à la campagne du PT, du PCF, de LO et de la LCR dans la CGT. Le Cercle n’est pas seul en ce combat douteux : le faux Comité a présenté le tardif demi-Non de la CGT, comme une victoire ouvrière. Pire encore, cette avancée aurait été obtenue par une pression bien supérieure de la classe ouvrière à celle de centaines d’assemblées générales de travailleurs durant la grève de 2003 :

En mai-juin 2003, les AG demandaient aux directions syndicales d’appeler à la grève générale… Le mouvement n’a pas réussi à faire plier les directions. Là, Chirac a initié le référendum… Malgré le vote du PS… il y eu le désaveu de la CGT obligeant à rejeter la Constitution… (intervention FU à la CAN du SNASUB-FSU, 7-8 juin, compte-rendu FU, p. 2)

Si le faux Comité avait raison, la leçon que doivent tirer les travailleurs est que la volonté de mettre des bulletins dans les urnes de la 5e République bourgeoise l’emporterait sur la mobilisation sur les lieux de travail et dans la rue… Cela révèle la tendance réformiste de ce courant, cela éclaire leur scission d’avec l’aile restée révolutionnaire du Comité.

 

Si les organisations ouvrières étaient dignes de ce nom, elles auraient boycotté le référendum

 

Le Cercla a affirmé avant le référendum de 2005 :

Le 29 mai, à l’occasion du référendum, pour les travailleurs, la jeunesse, cette même question est posée : infliger une défaite politique à Chirac, en votant Non à Chirac et à la « constitution européenne »… (tract, p. 1)

Pour sa part, le Comité avait affirmé, avant le référendum de 1992 :

La publication où ces textes sont réunis compte 205 pages, pratiquement illisibles pour qui n’est pas un spécialiste… A de rares exceptions près, les référendums sont des viols des libertés démocratiques… La simple défense des libertés démocratiques exigerait que les organisations ouvrières (confédérations, fédérations syndicales, syndicats, partis) le dénoncent et qu’elles organisent en front unique son boycott… Les dirigeants des organisations ouvrières n’appellent pas au boycott de ce référendum et ne l’organisent pas. Le « boycott », ce serait la rupture avec la bourgeoisie… Si le POR existait en France et avait une influence décisive sur les masses, il appellerait au boycott du référendum… (Just, 27 août 1992)

Le Groupe bolchevik a affirmé avant le référendum de 2005 :

L’opposition à un ennemi du prolétariat comme Chirac et le rejet de l’Union européenne auraient dû conduire les organisations ouvrières à dénoncer le référendum Chirac et à organiser son boycott. (déclaration DPG-GB, 1er mai) ; Ce traité comprend… 150 pages de jargon incompréhensible par les non-initiés, c’est une opération anti-démocratique… La seule défense des libertés démocratiques aurait exigé que les organisations ouvrières (confédérations, fédérations syndicales, syndicats, partis) dénoncent le référendum et qu’elles organisent en front unique son boycott, c’est-à-dire empêchent l’opération Chirac… La classe ouvrière et la jeunesse ont besoin d’une direction ouvrière révolutionnaire, d’un parti qui rassemble sur le programme de la révolution sociale. Si un tel parti existait, il appellerait au boycott du référendum Chirac et l’organiserait ; il prendrait la tête de la bataille politique pur chasser Chirac et ses semblables ; il engagerait la lutte pour un gouvernement ouvrier… Cette tâche reste devant nous. C’est pourquoi le prolétariat subit ce référendum comme il subit l’offensive que la classe bourgeoise déploie… (Révolution Socialiste n° 16)

 

La frontière de classe ne passe pas entre les Oui et les Non

 

La direction du faux Comité est évidemment derrière l’ahurissante affirmation des syndicalistes FU :

Une crise majeure a été ouverte en France avec le vote du 29 mai. Ce vote a été clairement un vote de classe. (intervention FU, compte-rendu SNASUB, p. 3)

Quel merveilleux scrutin démocratique, clé de voûte de la 5e République, décidé par Chirac, qui permet au prolétariat de s’exprimer en tant que tel ! Pour le Cercle aussi, tout est sain dans le Non. Voici comment s’ouvre son tract du 3 juin :

Le 29 mai, Chirac a pris de plein fouet le projectile du Non. Ouvriers, employés, personnels de la santé, de l’éducation, jeunes, le prolétariat dans son ensemble a voté « Non à Chirac »… (tract du Cercle, 3 juin)

Tous les destructeurs du Comité se rapprochent du PT, de la LCR et du PCF :

Lorsqu’il est au service d’un véritable choix démocratique, le suffrage universel est une arme dont le peuple, est prêt à se servir… Vainqueurs, les ouvriers, victimes des plans de délocalisation… les employés, les jeunes… N’est-il pas vaincu, le MEDEF… ? (PT, déclaration du 29 mai)

Et ils s’éloignent du trotskysme. Voici comment le Comité analysait la victoire du Oui en 1992 :

La ligne de fracture entre la bourgeoisie et le prolétariat n’est pas celle qui sépare les électeurs ayant voté Oui et ceux ayant voté Non. Parmi ceux qui ont voté Oui, il y a nombre d’ouvriers, de travailleurs et de leurs alliés potentiels. Parmi ceux qui ont voté Non, il y nombre de bourgeois, de petits-bourgeois, de ressortissants de la politique ultraréactionnaire des Le Pen, des Pasqua et des Seguin… La composition sociale de ceux qui ont voté Non est hétérogène… (Stéphane Just, Combattre pour le Socialisme n° 44, 3 octobre 1992, p. 5)

Beaucoup de réformistes du Non (et de leurs flancs-gardes centristes se réclamant frauduleusement de Trotsky) ont recouru aux enquêtes des instituts de sondage pour accréditer leur prétention que le Non est bien prolétarien. Malheureusement, ils ne lisent pas toutes les pages de ces études, qui renseignent sur la grande abstention chez les ouvriers et les employés, la place déterminante de la petite-bourgeoisie traditionnelle dans le Non, l’importance des thèmes xénophobes dans la détermination du vote, la popularité de Sarkozy, etc.

Les marxistes n’ont pas besoin d’enquêtes pour savoir que, pour les mêmes raisons qu’en 1992, le référendum a accru la confusion chez les masses :

Le référendum a approfondi la division des rangs de la classe ouvrière et a accru la confusion politique déjà très grande. Non, la ligne de classe ne passe pas entre les Oui et les Non. (Just, 3 octobre 1992, p. 6)

Si le Non l’a emporté cette fois-ci sur le Oui, si les politiciens ultraréactionnaires ne sont pas forcément les mêmes, les remarques de Stéphane Just restent vraies. Comme sa conclusion :

La frontière de classe ne passe pas entre les Oui et les Non.

 

Le mot d’ordre de « Manifestation centrale à un million et plus à l’Assemblée nationale » ne correspond pas à la situation objective, ni même à « l’état d’esprit » des masses

 

Si le Non était une victoire du prolétariat, alors il serait envisageable de chercher des mots d’ordre d’agitation, comme celui de grève générale en mai-juin 2003.

Mais c’est une bien curieuse victoire : augmentation consécutive des cours de la Bourse, condamnations judicaires des lycéens, raids policiers contre des postiers en grève, proclamation d’un gouvernement offensif contre le prolétariat, Sarkozy renforcé, un nouveau contrat de travail augmentant la flexibilité de l’emploi, la désignation des banlieues et des immigrés illégaux comme boucs émissaires, l’accélération des privatisations…

En réalité, le Non n’est pas une victoire prolétarienne, parce que la frontière de classe n’est pas passée entre le Non et le Oui. La campagne du Oui du PS comme celle du Non du PCF, de la LCR et de LO ont brouillé les frontières de classe, renforcé le désarroi de la classe ouvrière, lui-même produit du rétablissement du capitalisme en Russie, des expériences gouvernementales des partis réformistes, de leur soutien à Chirac, à l’Union européenne, de leur renforcement de la police, etc.

Pour cette raison, le moment n’est pas celui de l’agitation, ni en terme de « gouvernement PS-PCF » (faux Comité), ni en terme de « manifestation de plus d’un million à l’Assemblée » (Cercle).

Quiconque a posé le pied sur cette pente glisse et continuera à glisser irrésistiblement dans le marécage d’une inextricable confusion ; celui-là ne fait que répéter des formules et des slogans, sans être capables d’en discerner les conditions d’application et ses limites. (Vladimir Lénine, « Notes d’un publiciste », 1910, Œuvres t. 16, p. 272)

Ces slogans n’ouvrent pas la voie des masses, mais servent d’incantation, étrangères à Lénine comme à Trotsky. Par exemple, Trotsky recourt, suivant la situation, à des formules algébriques (du type « gouvernement ouvrier » ou « gouvernement ouvrier et paysan ») et, plus rarement, à des formules arithmétiques (comme « dehors les ministres capitalistes », « gouvernement Thorez-Cachin »). A l’opposé, pour le faux Comité, « Gouvernement PS-PCF » convient en tout temps et dans le seul lieu qui les intéresse (la France).

Tout confirme, depuis le 29 mai, que, si le Non est une défaite pour Chirac, le prolétariat est plus désorienté et désarmé que jamais. Les révolutionnaires sont cantonnés à la propagande, donc à une formule de gouvernement algébrique : gouvernement ouvrier, Etats-Unis socialistes d’Europe.

Prétendre le mobiliser quand on est un tout petit groupe isolé des masses avec des slogans aussi éloignés des possibilités qu’une manifestation « à un million et plus » revient à ridiculiser ce mot d’ordre, qui a pu être utile et qui pourra être utile aux révolutionnaires à une autre étape de la lutte des classes.

Le manque de principes porte en lui son châtiment. Il se brise contre les faits, sape la confiance et en fin de compte se ridiculise. (Léon Trotsky, « Des témoignages », 1928, Œuvres t. I, p. 53)

Si on gratte ce délire de secte, on trouve en effet de l’électoralisme et de l’opportunisme. Car, si des centaines de milliers de travailleurs et de jeunes avaient conflué à la Bastille le soir du 29 mai, si des grèves s’étaient déclarées dans les entreprises… il aurait été possible d’avancer alors une formule arithmétique de gouvernement, d’agitation : gouvernement Buffet-Fabius !

En tout cas, le mot d’ordre de révolutionnaires ayant prêté un peu attention à l’Argentine, à la Bolivie et à l’Equateur, où les masses sont allées à l’assaut du palais présidentiel et ont chassé son résident, eût été : un million et plus à l’Elysée ! En France, c’est au Palais de l’Elysée que réside Chirac, d’où il met en place le gouvernement Villepin-Sarkozy et d’où il décide de mettre en veilleuse l’Assemblée, puisque le gouvernement renvoie les députés et gouvernera tout l’été par ordonnances.

 

La légalité n’est que le masque de la violence de la bourgeoisie

 

La tâche stratégique de la 4e Internationale ne consiste pas à réformer le capitalisme, mais à le renverser. Son but politique est la conquête du pouvoir par le prolétariat pour réaliser l’expropriation de la bourgeoisie. (L’Agonie du capitalisme et les tâches de la 4e Internationale, 1938, GB, p. 8)

Toutes les anciennes minorités du Comité évitent systématiquement de parler de la conquête du pouvoir. En cela aussi, les destructeurs du Comité de Just rejoignent leurs amis du Non, la direction de la FSU et celle de la GCT, le PCF et le PT, tous ennemis de la dictature du prolétariat. Or, la perspective des Etats-Unis socialistes d’Europe est inséparable de la prise du pouvoir par les principales classes ouvrières d’Europe :

Les prolétariats de l’Est et de l’Ouest de l’Europe ont une seule solution : prendre le pouvoir dans leur pays, constituer les EUSE. (Just, supplément à CpS, 27 août 1992, p. 12-13)

Si le POR existait en France et avait une influence décisive sur les masses, il appellerait au boycott du référendum du 20 septembre et l’organiserait. Du même coup, il engagerait la lutte pour le gouvernement ouvrier, pour le pouvoir ouvrier. (Just, p. 14)

Ce sont des formules très proches qu’utilisent le manifeste du Collectif, la déclaration de mai du GB et des DPG France : « prendre le pouvoir », l’éditorial de RS : « révolution sociale », la déclaration de juin du GB : « prise du pouvoir », « révolution », « détruire l’Etat bourgeois ».

Nous disons et nous répétons que la seule possibilité pour le prolétariat de se libérer, c’est de jeter bas la bourgeoisie, de lui retirer le pouvoir, de s’en emparer en désarmant la bourgeoisie et en s’armant lui-même… Nous devons démontrer au prolétariat que la légalité n’est qu’un masque pour la violence de la bourgeoisie… (Léon Trotsky, « Discours sur la question française », 1922, Le Mouvement communiste en France, p. 169)

Le Groupe bolchevik a publié un article détaillé sur la révolution et la contre-révolution en 1973 au Chili, inspiré largement du livre de Just, Fronts populaires d’hier et d’aujourd’hui (voir Révolution Socialiste n° 14, octobre 2004). Mais le respect de la légalité bourgeoise imprègne davantage le mouvement ouvrier français d’aujourd’hui que le mouvement ouvrier chilien d’hier. Il faut tirer les vraies leçons du référendum :

L’aspiration à chasser Chirac a été trahie… Une fois de plus, cela illustre que la démocratie bourgeoise n’est que la couverture du pouvoir de la minorité capitaliste. Les élections servent d’exutoire aux masses prolétariennes et petites-bourgeoises, mais si leur résultat est déplaisant, la class dominante et son Etat les contournent, quand elles ne recourent pas à la violence. (GB, déclaration du 12 juin)

Ceux qui ont rompu avec le Comité s’adaptent à la légalité bourgeoise, pratiquent de fait une variante de la « ligne de la démocratie ». Toute allusion à la révolution, à la prise du pouvoir est bannie du tract de mai du Cercle comme de son tract de juin (qui se contente de « socialisme » ou des « Etats-Unis d’Europe »).

Ne pas craindre aujourd’hui une complète rupture avec l’opinion publique officielle, de façon à obtenir le droit d’exprimer demain les idées et les sentiments des masses insurgées, voilà un mode particulier d’existence qui diffère de l’existence empirique des formalistes petits-bourgeois. (Léon Trotsky, 1939, Leur morale et la nôtre, Pauvert, p. 29)

Les semi-lambertistes ont tendance à plier devant l’opinion publique officielle. Pour les petits-bourgeois, une sorte de miracle dispensera le prolétariat de la tâche déplaisante de prendre le pouvoir, grâce à une transmutation bienvenue des directions actuelles de la classe ouvrière.

 

Construire le parti de l’insurrection, contre tous les groupes de pression sur les appareils contre-révolutionnaires du mouvement ouvrier

 

Les scissionnistes sont de fait revenus à la confusion du « front unique stratégique » de Lambert, celui qui a préparé la dégénérescence et, pour finir, la liquidation du PCI (le fondateur du Regroupement a même défendu explicitement le front unique comme stratégie, lors de sa scission). Ils dévient du front unique ouvrier sur trois points :

1.  Les scissionnistes du Comité se refusent à mettre en cause la politique des réformistes et en particulier leur chauvinisme ;

2. Ils inversent le rapport entre mouvement des masses et réalisation de l’unité des organisations ouvrières, faisant dépendre la lutte des classes des décisions des appareils eux-mêmes ;

3. Ils font croire que les vieilles directions pourraient rompre réellement avec l’Etat bourgeois, ce qui rend caduque toute lutte pour construire une internationale révolutionnaire (et un nouveau parti dans ce pays).

Sous prétexte que le mouvement des masses se tournera dans un premier temps vers les organisations traditionnelles, partis et syndicats (ce qui est vrai), ils remettent les tâches de la révolution prolétarienne aux appareils bourgeois (ce qui est faux).

Pour diriger le prolétariat vers l’insurrection, la destruction de l’Etat bourgeois et la dictature du prolétariat, le parti ouvrier révolutionnaire doit prendre la tête de la lutte, liquider l’influence des anciennes directions, qui est en dernière analyse la mainmise de la bourgeoisie sur les exploités et les opprimés. Le front unique n’est véritablement ouvrier que comme tactique subordonnée à cette stratégie :

Nous avons rompu avec les réformistes et les centristes pour avoir la liberté de critiquer les trahisons, l'indécision de l'opportunisme dans le mouvement ouvrier. Tout accord qui limiterait notre liberté de critique et d'agitation serait donc inacceptable pour nous. Nous participons au front unique, mais nous ne pouvons en aucun cas nous y dissoudre. Nous y opérons comme une division indépendante. C'est justement dans l'action que les grandes masses doivent se convaincre, que nous luttons mieux que d'autres, que nous voyons plus clair, que nous sommes plus courageux et plus décidés. Nous rapprochons ainsi l'heure du front unique révolutionnaire, sous la direction indiscutée des communistes. (Léon Trotsky, « Le Front unique et le communisme en France », 1922, site Trotsky L’Oeuvre)

Comme nous l’avons vu à l’occasion du référendum, alors qu’une condition du front unique est la « liberté de critique », pour tous les scissionnistes, pas question pour eux de dire la vérité sur le chauvinisme du PS, du PCF et de toutes les directions syndicales.

Pour le faux Comité, ce n’est pas le mouvement des masses qui oblige les organisations ouvrières à agir… mais c’est l’unité des appareils qui impulse la mobilisation du prolétariat. Ce serait même la seule solution :

Il faut donc dire à la fois dehors Chirac mais aussi s’adresser aux organisations politiques du mouvement ouvrier pour qu’elles se portent candidates à un gouvernement dont la première mesure serait l’abrogation de toutes les contre-réformes. C’est la seule solution permettant la mobilisation. (intervention FU, compte-rendu Snasub, p. 3)

La Fraction publique a les pires illusions sur les lieutenants ouvriers de la bourgeoisie :

Un gouvernement des organisations ouvrières unies, sans représentants des intérêts de la bourgeoisie. (tract de la FP du 31 mai 2005)

Comme s’il y avait le moindre chef des « organisations ouvrières » majoritaires qui ne soit pas un « représentant des intérêts de la bourgeoisie » ! Le Regroupement reprend cette stupidité réformiste sous une autre forme :

C’est l’activité propre de la classe ouvrière et de la jeunesse, intégrant et se nourrissant au cours de son combat des éléments de construction du parti ouvrier révolutionnaire, qui permettra d’aller vers la rupture des partis ouvriers et des appareils syndicaux traîtres avec le gouvernement bourgeois, sa politique, avec l’Etat bourgeois. (PLS n° 7-8, p. 11)

Ainsi, si les masses poussent assez fort, les appareils syndicaux ne seront plus traîtres, le PS et le PCF rompront avec l’Etat bourgeois. Rien de moins !

Cela arrivera quand les cochons auront des ailes et les poules des dents. Le Rassemblement bavarde sur le « parti ouvrier révolutionnaire » mais le rend inutile puisque on peut faire  jouer un rôle correct aux bureaucraties. Voila pourquoi il a scissionné le Comité sous prétexte qu’il ne fallait pas dire que la direction de FO trahissait et qu’il ne fallait pas caractériser le gouvernement Jospin comme un gouvernement bourgeois. Les épigones se comportent comme des groupes de pression sur les appareils réformistes. Comme toujours en pareil cas, ils subissent en fait l’influence des lieutenants ouvriers de la bourgeoisie, de la bourgeoisie impérialiste elle-même.

 

Feu contre son propre impérialisme !

 

Bien qu’il n’y ait pas d’intervention militaire directe de l’impérialisme français en 1992 (ce n’est qu’en décembre que l’armée française a débarqué en Somalie), Just signalait :

L’accord de principe entre les gouvernements membres de la CEE pour organiser, conjointement ou conflictuellement, l’exploitation des pays semi-coloniaux… (p. 8)

Le problème se pose brutalement aujourd’hui avec la présence de troupes britanniques et italiennes en Irak, la présence de troupes françaises et allemandes dans les Balkans, la présence de troupes espagnoles et françaises en Haïti, la présence de troupes françaises, allemandes, britanniques et néerlandaises en Afghanistan, la présence de troupes françaises en Côte d’ivoire…

Tout ceci est dénoncé dans le Manifeste du Collectif et dans les  déclarations du Groupe bolchevik.

Pour le retrait des troupes d’Afghanistan et de Côte d’Ivoire (DPG & GB, déclaration du 1er mai) ; Faire cesser les interventions néo-coloniales et Afghanistan, à Haïti et en Côte d’Ivoire (GB, déclaration du 12 juin)

Pour sa part, FU, qui regrette que sa motion soit mise en opposition avec celle des bureaucrates dans le Snasub, n’a pas un seul mot sur la politique des gouvernements Chirac-Raffarin ou Chirac-Villepin contre les immigrés.

Contre la «France-passoire», comme il dit, Villepin sait quoi faire: toujours plus de police … Cette nouvelle politique aura deux «bras armés»: une «véritable police de l'immigration chargée du démantèlement des filières et des reconduites aux frontières», animée et coordonnée par la Police aux frontières (PAF), qui sera renforcée en 2005 et 2006 par 600 policiers; et un «Office central» placé au sein de la gendarmerie nationale, qui sera installé lundi par le ministre de l'Intérieur… Dans son catalogue répressif, le ministre de l'Intérieur a aussi fait place à l'augmentation du nombre de reconduites aux frontières. Objectif 20 000 en 2005 contre 16 000 en 2004. (Libération, 11 mai 2005)

Le silence des inspirateurs de FU, les dirigeants du faux Comité, sur l’ignominie envers les fractions les plus vulnérables du prolétariat, n’est autre que celui de l’aristocratie ouvrière, le reflet de celui des tenants du Non sur lesquels le Cercle s’est aligné.

Ni dans la déclaration antérieure au référendum, ni dans la déclaration de juin, le Cercle ne se prononce pour le retrait des troupes françaises. Pour le Cercle, c’est une question de second ordre…

 

L’orientation internationale et notre politique nationale sont indissolublement liées

 

Pourquoi le Groupe Bolchevik a-t-il résisté au social-patriotisme du PCF, de la CGT et de la FSU, au contraire de tous les pseudo-trotskystes, dont les lambertistes et les semi-lambertistes (scissions du Comité, GLC, CRI…) qui ont déliré sur le « Non prolétarien » et les immenses possibilités qui s’ouvraient tout à coup grâce à un vote ? Le Groupe bolchevik s’efforce de partir d’un point de vue international.

La politique marxiste dans un seul pays est aussi impossible que la construction du socialisme dans un seul pays. Chaque groupe national qui essaierait de faire une politique isolée dans des cadres nationaux serait inévitablement vouée à une dégénérescence sectaire. (Léon Trotsky, « Unifier l’Opposition de gauche », 1930, Writings 1930, p. 99, cité dans les Cahiers Léon Trotsky n° 33, p. 201)

Bien sûr, nous sommes très loin de pouvoir proclamer un parti et une internationale. Mais nous avons mis un coup d’arrêt à la dispersion et à la liquidation des forces militantes qui s’étaient rassemblées autour de Just. Les efforts du Groupe bolchevik commencent à porter leurs fruits. D’un côté, dans ce pays, l’organisation intervient dans l’immigration.

Traditionnellement, les organisations françaises n’ont pas un caractère de masse. Dans une certaine mesure, elles ont pour base l’aristocratie politique et syndicale de la classe ouvrière. L’écrasante majorité de celle-ci demeure inorganisée et à l’écart des activités des organisations politiques et syndicales. En France, c’est la question cruciale. Il me semble que le rôle joué par les travailleurs étrangers en France secouera le conservatisme profond de ce pays. (Léon Trotsky, Lettre à « Klorkeist » et aux travailleurs juifs de France, 1930, La Question juive et le sionisme, p. 21)

D’un autre côté, à l’exception des Irlandais de l’ex-LWR, nous avons renoué avec tous ceux qui, à l’étranger, s’étaient inspirés du combat de Just contre Mandel et Lambert et qui sont encore actifs. Nous avons noué des liens avec des militants d’autres origines.

Par contre, toutes les groupes scissionnistes ont, de notre point de vue, de fortes tendances à devenir des sectes nationales, ce qui alimente à son tour l’opportunisme qui les avait déjà conduites à porter des coups au Comité.

Commencer par la situation française n’est que l’illustration de la célèbre formule de Lénine : l’ennemi principal est dans notre pays. (PLS n° 7-8, 1er décembre 2004, p. 1)

S’abriter derrière Lénine est une contrefaçon. En quoi la « célèbre formule de Lénine » (en fait de Liebknecht) justifie-t-elle de publier un copieux numéro sans aucune position contre l’intervention de « notre pays » en Côte d’Ivoire ?

L’étroitesse nationale est justifiée ainsi :

Tout mettre en œuvre pour construire l’organisation qui puisse contribuer de manière décisive à la construction du POR, base de la construction de l’IOR. (PLS n° 5, 6 décembre 2003, p. 17)

Il ne faut pas prendre le rédacteur de PLS à la lettre : il a « tout mis en œuvre », en 2001, pour détruire l’organisation. Ni d’ailleurs le prendre, en général, trop au sérieux : il présente un peu plus loin David Copperfield comme un… romancier (p. 47). Que toutes ces bourdes soient publiées sous l’exergue de Lénine et Trotsky en dit long sur la nature du prétendu Regroupement.

Comprenons, derrière l’amphigouri : d’abord, l’organisation nationale (la « base ») ; ensuite, l’internationale (le toit sur ces murs).

Une conception non-marxiste des relations réciproques entre les sections nationales et l'organisation internationale selon laquelle les sections nationales sont les fondations et les murs et l'organisation internationale le toit qu'il faut ajouter à la fin… (Léon Trotsky, « Lettre circulaire à l’OGI », 1930, Writings 1930, p. 291, traduction du site MIA)

Le Regroupement couche noir sur blanc ce que ses commères et compères se gardent prudemment d’écrire, une pratique nationale. Aucune des minorités scissionnistes n’a pris au sérieux les avertissements de Trotsky :

Dès ses premiers pas, l’Opposition doit agir comme une fraction internationale, comme le firent les communistes quand fut publié le « Manifeste communiste », ou du temps de la 1e Internationale ou de la Gauche de Zimmerwald au début de la guerre. Dans toutes ces occasions, les groupes étaient numériquement réduits, voire des individus dispersés, mais ils agissaient comme une organisation internationale. A l’époque de l’impérialisme, une telle position est cent fois plus impérative que du vivant de Marx. Ceux qui croient qu’une Gauche internationale de l’IC émergera un jour comme simple addition des groupes nationaux devenu suffisamment forts, traitent le facteur international comme secondaire, par là même, prennent le chemin de l’opportunisme national. (Léon Trotsky, « Lettre ouverte à tous les militants de la Leninbund », 1930, Writings 1930, p. 91-92, notre traduction)

 

Il n’y a pas plus de petite « famille justienne » qu’il n’y a de grande famille « trotskyste ».

 

Les idées du marxisme, comme expression de la réalité sociale,  sont invulnérables. Mais un siècle et demi d’histoire du mouvement ouvrier a montré que les individus ne sont pas toujours à la hauteur des idées dont ils se sont réclamés.

Les dirigeants des groupes scissionnistes ont rejoint, comme le PT, le « Non de gauche » style PCF. Ils cherchent à se réconforter de leur adaptation à telle ou telle agence de la bourgeoisie au sein de la classe ouvrière, de masquer leurs tendances opportunistes et nationales, avec des slogans de plus en plus inadaptés (« gouvernement PS-PCF » le matin, « manifestation centrale à un million » l’après-midi) et des formules de plus en plus désincarnées au fil des ans (« construction de l’IOR » sans entreprendre quoi que ce soit dans ce sens). Ils utilisent encore le langage du Comité, mais aucune flamme révolutionnaire ne les habite pas ou plus.

Aucun de ceux qui ont porté autrefois des coups criminels au Comité fondé par Just n’a tenté de se lier à des révolutionnaires étrangers, ni entamé une discussion honnête avec le noyau bolchevik de ce pays. Au contraire, tous tentent de se rassembler sur le dos de ceux qui leur avaient résisté et tous se sont enkystés en sectes nationales. La cause principale en est leur adaptation à l’aristocratie ouvrière, aux appareils contre-révolutionnaires du mouvement ouvrier français (que certains préfèrent la bureaucratie de la FSU et de la CGT et d’autres le PS et le PCF est une question secondaire), à la légalité bourgeoise. Ce que nous savons de leur attitude par rapport au référendum, avant comme après, le confirme.

Aux éléments sains qui s’y seraient égarés, le Groupe bolchevik ne peut que conseiller de revenir au programme de la dictature du prolétariat et à l’internationalisme vivant.

Sache, cher camarade, que nous prenons au sérieux la discussion toujours ouverte avec les travailleurs qui nous lisent ou nous côtoient, même si nous sommes bien lents à rédiger… N’hésite pas à nous donner ton appréciation sur le texte du 12 juin analysant les résultats du référendum et sur la présente réponse. Reçois notre salut internationaliste,

La cellule centrale du Groupe Bolchevik pour la construction du POR, de l’IOR