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Groupe bolchevik
pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire, de l’internationale ouvrière révolutionnaire
[Collectif révolution permanente]

Lettre à la LRP sur les élections en France

 

28 mai 2007

Chers camarades de la League for the revolutionary party,

Nous avons reçu le 14 avril une lettre du camarade Walter au nom de la LRP des Etats-Unis qui porte sur la tactique du Groupe bolchevik à l’occasion de l’élection présidentielle d’avril et mai 2007 en France.

Votre contribution évoque deux « déclarations », qui sont en fait les deux derniers éditoriaux de l’organe du GB, Révolution Socialiste. Ces éditoriaux portaient non seulement sur l’élection présidentielle, mais sur les élections législatives, en application de l’analyse et de la ligne définie par la 5e conférence d’octobre 2006 de notre organisation, envers le mouvement ouvrier français d’après la restauration du capitalisme en Russie.

Le GB apprécie l’intérêt que vous manifestez pour la vie politique étrangère et envers sa tactique. Par conséquent, il a traduit votre lettre pour la diffuser dans ses cellules et aussi auprès des militants du Collectif révolution permanente qui lisent le français mais pas l’anglais.

Votre raisonnement, si nous l’avons bien compris, est le suivant :

1.  La ligne du GB est un soutien critique au Parti socialiste au premier comme au deuxième tour de l’élection présidentielle.

2. On ne peut soutenir électoralement un parti réformiste que s’il est alors à la tête des luttes.

3. Le PS a, du propre aveu du GB, a participé aux attaques de la bourgeoisie.

4. Par conséquent, le GB a tort de soutenir le PS.

Si c’était vrai, on s’attendrait à découvrir une proposition alternative, une meilleure tactique électorale. Mais Walter n’en dit mot. Qui plus est, la démonstration est fausse de bout en bout. Certes, la LRP a l’excuse de la distance et du manque de familiarité avec les partis réformistes de masse, voire les élections à deux tours, mais rien ne l’autorise à travestir la position du Groupe bolchevik, ni à taire sa propre position.

 

Toute la démonstration du camarade Walter repose sur une entourloupe

 

Dans le syllogisme du camarade Walter, la prémisse n° 1 est évidemment indispensable.

Vous signalez, dans votre déclaration du 21 janvier, que la plupart des suffrages qui iront aux organisations ouvrières bénéficieront au PS plutôt qu’au PCF ou aux plus petits groupes centristes, pour des raisons d’« efficacité électorale ». Le PS est le seul parti ouvrier qui a des chances d’atteindre le second tour de l’élection présidentielle. Par conséquent, il nous semble que votre position, malgré votre démenti, est celle d’un soutien critique à Royal et au Parti socialiste.

Elle est inepte, puisque le Groupe bolchevik a écrit clairement :

Partisans de la rupture de toute organisation ouvrière avec la classe dominante, les bolcheviks ne s’opposent pas à l’expression, aussi déformée et limitée soit-elle, de la lutte entre les classes au cours des élections. Au premier comme au second, à la présidentielle comme aux législatives, les voix des travailleuses et des travailleurs ne peuvent aller qu’aux partis et organisations ouvrières (PS, PCF, LO, LCR), jamais aux candidats de formations bourgeoises. (Révolution Socialiste n° 22, janvier 2007)

Le Groupe bolchevik ne peut soutenir aucune candidature. Néanmoins, il appelle les travailleuses et les travailleurs qui peuvent et qui désirent voter à choisir, lors des premiers tours, une candidate ou un candidat d’une organisation issue de la classe ouvrière (PS, PCF, LCR, LO) contre tous les candidats bourgeois. Pour les mêmes raisons, le Groupe bolchevik appelle, si une candidate (ou un candidat) d’une organisation ouvrière reste au second tour, à lui apporter son vote, sinon à s’abstenir. (Révolution Socialiste n° 23, avril 2007)

Depuis quand un pronostic est-il une préconisation ? Si des bolcheviks disent : « les luttes isolées contre les plans de licenciement sont très difficiles » ou « la révolte de la jeunesse des quartiers pauvres revêt des formes impuissantes et contre-productives, à cause de l’isolement dans lequel les laisse le mouvement ouvrier », seul un imbécile ou un mal intentionné traduira : « les bolcheviks sont opposés aux grèves contre les licenciements et sont partisans de l’isolement des jeunes voués au déclassement ». Si le camarade Walter affirmait : « il va probablement pleuvoir durant la Pentecôte à Paris », nous faudrait-il comprendre : « le camarade Walter souhaite qu’il pleuve demain sur les têtes des Parisiennes et des Parisiens » ?

L’élection présidentielle française se déroule en deux tours, au suffrage universel direct. Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour, les deux candidats ayant obtenu le plus de voix au premier restent en lice pour un second tour. Les élections législatives sont aussi prévues en deux tours. Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour dans la circonscription, tous ceux ayant obtenu plus de 12,5 % des suffrages peuvent se présenter au second, qui désigne comme député/e celle ou celui qui obtient le plus de voix.

Le Groupe bolchevik avait analysé, quatre mois avant le premier tour de l’élection présidentielle, que le PS obtiendrait probablement de nombreuses voix de travailleurs dès le premier tour, plus de voix qu’en 2002, au détriment de ses concurrents réformistes :

Le prolétariat et une partie de la jeunesse tenteront d’utiliser les urnes pour réaliser ce que les directions syndicales, le PS, le PCF, leurs adjoints de LO et de la LCR les ont empêchés de faire par la lutte de classe depuis le premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Au printemps 2007, des millions de travailleuses et de travailleurs voteront à l’élection présidentielle (puis aux élections législatives) pour balayer Sarkozy, Villepin, Chirac (et aussi contrer les autres candidats bourgeois Le Pen, de Villiers, Bayrou, Voynet…). Il est probable que, par souci d’efficacité électorale, le vote des ouvriers et des employés profitera au PS, plus qu’au PCF, à la LCR et à LO, sans qu’il y ait pour autant beaucoup d’illusions envers Royal et le PS. (Révolution Socialiste n° 22, janvier 2007)

Au passage, le groupe CRI, que vous mentionnez et qui a publié plusieurs articles de votre journal, avait salué dans le référendum du 29 mai 2005 un important succès de la classe ouvrière, comme tous les produits de la décomposition avancée de la 4e Internationale de ce pays. Mais comment expliquer que la défaite électorale de 2007 succède si rapidement à la victoire du 2005, que la classe ouvrière soit passée en deux ans de plus de 54 % des suffrages (« Non » au référendum) à… 6,5 % (LCR + LO + PCF + PT à la présidentielle) ?

Par contre, le pronostic du GB s’est révélé assez pertinent, puisque le PS a rassemblé, au premier tour, 3 millions de suffrages de plus qu’il y cinq ans : Jospin avait obtenu 6,5 millions de voix le 21 avril 2002 (16,18 % des suffrages exprimés) ; Royal a bénéficié de 9,5 millions le 23 avril 2007 (25,87 %). Pour le reste du mouvement ouvrier, le candidat du PCF Hue avait obtenu 0,9 million en 2002 (3,37%), Buffet a obtenu 0,7 en 2007 (1,93 %) ; la candidate de LO Laguiller avait obtenu 1,6 million en 2002 (5,72 %), 0,5 en 2007 (1,33 %) ; le candidat de la LCR Besancenot avait obtenu 1,2 million (4,25 %), 1,5 million en 2007 (4,08 %).

En fait, pour les marxistes, les élections ont illustré la nature de parti ouvrier bourgeois du PCF et du PS. Les catégories officielles « ouvriers », « employés » et « professions intermédiaires » de l’INSEE correspondent –approximativement- à la classe ouvrière. D’après les enquêtes des instituts de sondage, 24 % des ouvriers ont voté Ségolène Royal au premier tour, 54 % au second tour. Les employés ont voté à 25 % pour Royal au premier tour, 54 % au second tour. Les professions intermédiaires ont voté au premier tour à 31 % pour Royal, à 49 % au second.

Les sympathisants du MEDEF et de la CGPME (petites entreprises) ont voté pour Nicolas Sarkozy à 96 %. Ségolène Royal, qui a pourtant mené campagne sur « la réconciliation des Français avec l’entreprise » a convaincu seulement... 2 % des patrons. (L’Humanité, 5 mai 2007)

 

Les « circonstances appropriées » du camarade Walter

 

Le camarade Walter récuse la tactique qu’il attribue faussement au GB (vote pour le PS au premier comme au second tour) sans jamais donner sa position sur le PCF, LO, la LCR et le PT.

Quand vous appelez les travailleurs à voter pour le PS au premier ou au second tour, sous prétexte que c’est une organisation ouvrière, vous dites en réalité qu’un vote pour Royal est un vote de classe. Cela ne contribue-t-il pas à renforcer les illusions des travailleurs dans le PS ? Pour ces raisons… il nous paraît incorrect d’appeler à voter pour le PS à l’élection présidentielle.

En 1977, James Robertson a créé, à partir des Etats-Unis où il n’existe pas de parti ouvrier bourgeois, une règle pour toutes les élections du monde. Trente ans après, le camarade Walter en invente une autre, qui ne vaut guère mieux et ne doit pas plus à Trotsky. Elle permet de soutenir des candidats réformistes si deux conditions sont remplies :

1.  Qu’ils dirigent les masses en lutte ;

2. Qu’une fraction importante des travailleurs partage l’illusion que l’élection de réformistes particuliers permettra de faire progresser leur lutte.

Pour appuyer sa thèse, il ne mentionne aucun cas tiré de la riche et longue histoire du mouvement ouvrier. À défaut d’exemple, il se contente d’une citation de Trotsky qui n’a rien à voir avec les élections en général, ni la tactique envers des candidats réformistes en particulier.

Le réformisme renferme toujours la possibilité d'une trahison. Mais cela ne signifie pas que réformisme et trahison s'identifient à tout moment. Quand les réformistes font un pas en avant, on peut passer avec eux des accords provisoires. Mais, quand effrayés par le mouvement des masses, ils le trahissent, maintenir la coalition avec eux revient à tolérer les traîtres et à dissimuler la trahison. (« Critique du programme de l’IC », 1928, partie II, ch. 8, L’Internationale communiste après Lénine, PUF, t.  1, p. 239)

Le camarade Walter est désinvolte, tant à l’égard de Trotsky que des destinataires de sa lettre. Les deux phrases qu’il invoque ne montrent pas que Trotsky avait décidé qu’il ne fallait plus voter pour le Parti travailliste britannique. Nous sommes donc très impatients que le camarade Walter nous le prouve.

Le conseil de Trotsky ne peut s’appliquer au GB dont les forces réduites ne permettent aucunement d’imposer une « coalition » aux réformistes. Notre organisation n’a donc pu commettre la faute de maintenir un tel front quand les réformistes ont trahi une grève générale.

Dans les faits, le bloc avec le PS, le PCF et les directions syndicales, lors des derniers mouvements de masse en France, de 1995 à 2006, a été l’œuvre du centrisme pourri. Ces mêmes produits de la décomposition de feue la 4e internationale avaient annoncé qu’ils refuseraient de se désister pour le candidat du PS au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002 (certains allant finalement voter Chirac avec le PS et le PCF). En hiver 2005-2006 et au printemps 2006, le bloc de tous les réformistes contre la grève générale s’est plus d’une fois étendu à des partis bourgeois, sous forme de réunions publiques PCF-LCR-LO-MRC-PRG… (voir Révolution Socialiste n° 20).

Le front unique ouvrier n’est pas forcément une tactique pour les élections. S’il avait existé un parti révolutionnaire en France en 2007, même minoritaire, il aurait dû présenter sa candidate ou son candidat contre ceux des réformistes de toutes sortes. Telle était la position de Just pour le PCI, contre Lambert et Moreno qui appelèrent à voter Mitterrand au premier tour de l’élection présidentielle française en 1981. Tel fut le conseil de Trotsky au SWP pour l’élection présidentielle américaine de 1940. Devant les prétextes dilatoires de la direction de la section américaine, Trotsky préconisa de faire campagne pour le candidat stalinien, puisque le PCUS en présentait un contre celui du Parti républicain et surtout celui du Parti démocrate, Roosevelt. L’abstentionnisme électoral de la direction du SWP recouvrait en réalité le refus de rompre son bloc dans les syndicats avec les bureaucrates pro-Roosevelt.

Aujourd’hui, c’est plutôt le camarade Walter que le GB qui nourrit des illusions, sur les masses… et sur les appareils contre-révolutionnaires eux-mêmes.

 

Quels sont les mystérieux partis réformistes qui n’ont pas trahi ?

 

Le front unique ne s’applique aux élections que si les communistes n’ont pas les moyens d’y participer ou en cas de désistement quand il y a deux tours, comme en France. Dans le cas où des candidats des partis issus de la classe ouvrière et qui conservent la confiance d’une partie de la classe ouvrière affrontent des représentants directs de la bourgeoisie, les révolutionnaires ne s’abstiennent pas.

Le camarade Walter a un thermomètre qui lui permet de savoir quand les masses « partagent l’illusion que l’élection de réformistes particuliers permettra de faire progresser leur lutte » et quand elles ont l’illusion « qu’élire des réformistes, en un sens, les aidera même en l’absence de lutte ».

Dans la réalité, ces sentiments sont évidemment mêlés et la participation aux élections implique généralement la domination de la seconde composante. Les conditions chères au camarade Walter n’étaient pas mentionnées par Lénine quand il conseilla en 1920 aux organisations communistes britanniques de soutenir, presque partout, les candidats du Parti travailliste :

Nous ne présenterions des candidats que dans un nombre infime de circonscriptions, absolument sûres, c'est-à-dire où la présentation de nos candidats ne ferait pas passer un libéral contre un travailliste (membre du Labour Party). Nous ferions notre propagande électorale en diffusant des tracts en faveur du communisme et en invitant, dans toutes les circonscriptions où nous ne présenterions pas de candidats, à voter pour le travailliste contre le bourgeois. Les camarades Sylvia Pankhurst et Gallacher se trompent quand ils voient là une trahison envers le communisme ou une renonciation à la lutte contre les social-traîtres. Au contraire, la cause de la révolution communiste y gagnerait sans nul doute. (V Lénine, La Maladie infantile du communisme, 1920, ch. 9, Œuvres complètes t. 31, p. 84

Le camarade Walter pense qu’il ne faut pas voter pour un parti réformiste qui a trahi.

Les révolutionnaires ne peuvent soutenir les candidates réformistes, de manière critique, que tant qu’ils dirigent les masses en lutte… En aucun cas, le PS et ses dirigeants n’ont été à la tête des luttes ouvrières. Au contraire, comme vous l’avez signalé, ce parti – et en particulier Ségolène Royal – a participé aux attaques de la bourgeoisie contre les travailleurs.

Mais peut-il dire clairement quels sont partis réformistes qui n’ont pas trahi ?

Comme dit la citation choisie par le camarade, réformisme et trahison « ne s'identifient pas à tout moment ». Presque tous les militants du Groupe bolchevik ont eu l’occasion de participer à des luttes de masse sur leur lieu d’études ou de travail. Ils savent par expérience que la trahison de la lutte par les dirigeants syndicaux, le PS, le PCF, la LCR et LO (ce sont parfois les mêmes) n’apparaît pas clairement à tout moment, et à tous les travailleurs, singulièrement quand aucun parti ni même véritable organisation ne la dénonce ni ne trace d’orientation alternative.

Et les élections se déroulent rarement au moment des luttes… Quand c’est le cas, il faudrait que les candidats réformistes fussent stupides pour afficher ouvertement à ce moment-là leur caractère traître. Par exemple, en avril 2007, tous les candidats des organisations issues de la classe ouvrière, Royal, Buffet, Laguiller et Besancenot, sont allés « soutenir » les grévistes de l’usine automobile du groupe PSA d’Aulnay.

Dans les années 1930, Trotsky ignorait complètement toutes les vertueuses précautions du camarade Walter, tant pour les élections britanniques de 1935 que les élections françaises de 1936. Répondant à un jeune camarade qui a été gagné par l’entrisme au sein des Jeunesses socialistes, Trotsky recommanda :

Quant aux élections législatives en France, je ne crois pas qu’on puisse accepter le boycott. Faire de la propagande pour les comités d’action, oui. Opposer les futurs comités d’action à la présente action électorale, non ! On ne peut boycotter le parlementarisme que quand on est assez fort pour le remplacer par l’action directe révolutionnaire. (L. Trotsky, « Lettre à Fred Zeller », 1936, Œuvres t. 9, p. 56)

Suivant cet avis, la section française de la 4e Internationale et les Jeunesses socialistes révolutionnaires présentèrent quelques candidats et appelèrent, dans la majorité des circonscriptions, à voter pour le PS-SFIO et le PCF-SFIC. Peu auparavant, il avait donné un conseil équivalent à un militant de l’ILP britannique :

Il faut donner un soutien critique au Parti travailliste non pas parce qu’il est pour ou contre des sanctions, mais parce qu’il représente la classe ouvrière. (L. Trotsky, « Entretien avec Roberstson (Earle Birney) », 1935, Œuvres t. 7, p. 136)

Il est difficile d’être plus clair : les révolutionnaires apportent un soutien électoral critique aux réformistes, quand ils n’ont pas de candidat, pour une seule raison, parce que la classe ouvrière les considère comme leurs représentants. Pas à cause de leur programme. Au passage, la formule de Trotsky ressemble beaucoup à la « tactique permanente de soutien critique » que dénonce le camarade Walter.

 

Faut-il boycotter systématiquement les candidatures du PS ?

 

Par contre, sa propre condition, que « les candidats réformistes dirigent les masses en lutte », est ambiguë. Car, d’une part, les candidats à des élections sont rarement ceux qui sont à la tête des masses en lutte et, d’autre part, toutes les bureaucraties trahissent, d’une manière ou d’une autre, les luttes.

Paradoxalement, la règle du camarade Walter obligerait à se plier, en cas de luttes dirigées par les réformistes, à l’obligation de participer à des élections bourgeoises. Or, quand les masses sont « en lutte », il n’est pas évident qu’il faille accepter des élections, sans parler d’y soutenir les réformistes.

Par exemple, Lénine a toujours revendiqué le boycott des élections à la Douma en 1905. Puisque nous discutons de la France, le camarade Walter nous permettra d’évoquer une situation de ce genre. Lors la grève générale de mai 1968, de Gaulle, très ébranlé, reprit l’initiative après s’être rendu auprès du chef des troupes françaises occupant l’Allemagne, le général Massu. À son retour, il prononça un discours menaçant, tout en proposant comme porte de sortie des élections législatives anticipées.

Je ne me retirerai pas. J’ai un mandat du peuple, je le remplirai… Je dissous aujourd’hui l’Assemblée nationale… Les élections législatives auront lieu dans les délais prévus par la Constitution, à moins qu’en entende bâillonner le peuple français tout entier en l’empêchant de s’exprimer en même temps qu’on l’empêche de vivre, par les mêmes moyens qu’on empêche les étudiants d’étudier, les enseignants d’enseigner, les travailleurs de travailler… (C. de Gaulle, Discours, 30 mai 1968, in L. Joffrin, Mai 68, 1988, Seuil, p. 295)

Ce jour-là, de Gaulle galvanisa la contre-révolution… et donna aux « réformistes » l’opportunité de mettre fin à la grève générale. Le 23 juin 1968, au premier tour, le parti gaulliste UDF obtint 43,65 % des suffrages (Sarkozy a obtenu 31,11 %au premier tour de l’élection présidentielle de 2007) et, à l’issue du deuxième tour, 358 députés sur 485.

Aux lendemains du 30 mai, la grève générale a été désintégrée de l’intérieur, au nom de la dissolution de l’Assemblée nationale et de la préparation de nouvelles élections… Mettant les illusions de la classe ouvrière à profit, les appareils syndicaux et le PCF, immobilisant la grève générale, se sont saisis de la dissolution de l’Assemblée afin de la désamorcer politiquement et de la transformer en simple mouvement revendicatif et de la désintégrer de l’intérieur. Les résultats des élections ont sanctionné la liquidation de la grève générale et exprimé le reflux de la classe ouvrière. (La Vérité n° 543, avril 1969)

Au contraire du PCF (à l’époque très implanté dans la classe ouvrière) et de la SFIO (à l’époque réduit à presque rien), l’organisation issue de la section française de la 4e Internationale, l’Organisation communiste internationaliste (dont le Groupe bolchevik est lui-même issu), dénonça l’appel aux élections, au lieu de soutenir les candidatures du PCF et de la SFIO selon la règle du camarade Walter. L’OCI a commis bien des erreurs, en mai 1968 et ensuite, mais elle a eu raison sur cette question.

Il est, ainsi, des circonstances où les révolutionnaires doivent tenter de s’opposer à des élections bourgeoises et même boycotter un scrutin. Pour d’autres raisons, c’était la position du Groupe bolchevik pour le 2e tour de l’élection présidentielle de 2002 et pour le référendum sur le traité constitutionnel de l’Union européenne.

 

Aux élections aussi, classe contre classe !

 

La période est difficile. Mais les révolutionnaires ne choisissent pas les conditions dans lesquels ils vivent et combattent collectivement. Dans les élections aussi, ils affirment que deux classes s’opposent.

Dans l’état actuel de la construction du POR, c’est-à-dire à un point catastrophique depuis la destruction de la 4e Internationale en 1951-1953 et la dégénérescence ultérieure de toutes ses sections, dont la française et l’américaine, il est impossible de présenter des candidats pour défendre le communisme et avancer un programme d’action, un programme de transition pour la situation actuelle du pays. Pour autant, toute organisation ouvrière n’a pas disparu de la scène politique.

L’orientation du Groupe bolchevik est définie par la résolution Construire un nouveau parti communiste et internationaliste pour résoudre la crise du mouvement ouvrier par la délimitation des révolutionnaires et par la politique du front unique, qui est disponible depuis son adoption sur le site du GB. Elle est conforme aux traditions de l’Internationale communiste du vivant de Lénine et de la 4e Internationale du vivant de Trotsky.

Le camarade Walter ne dit jamais ce qu’il convenait de faire en France en 2007. Nous en sommes réduits à des conjectures : soit il fallait voter PCF, LO, PT ou LCR car eux ne seraient pas réformistes ; soit il faudrait s’abstenir de manière permanente. La discussion gagnerait en clarté si le camarade disait sa position.

Les bolcheviks-léninistes français ne sont pas très impressionnés par les phrases radicales contre tout soutien électoral au PS. Ils ont constaté qu’en pratique, la plupart des « trotskystes » qui rejettent le front unique ouvrier collaborent avec les anciens staliniens, jusqu’à cogérer avec eux les institutions gaullistes (y compris le CRI). Lors des luttes des masses, les ennemis du « social-libéralisme » forment généralement un bloc… avec le PS, contre la grève générale. Au fil des ans, nous avons vu pas mal d’entre eux rejoindre… le PS.

Pour avancer, nous nous permettons de vous demander quelques éclaircissements :

ü                À quoi vous sert d’analyser que le PS est un parti ouvrier bourgeois ?

ü                Pouvez-vous nous préciser quelle tactique vous auriez préconisée lors des élections françaises ?

ü                Est-ce que votre focalisation sur un sujet relativement mineur signifie que vous vous avez un accord global avec le reste des activités et des positions du Groupe bolchevik et du Collectif révolution permanente ?

Avec notre salut internationaliste,

La cellule centrale du Groupe bolchevik