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Lettre du groupe bolchevik à
l’Alternative révolutionnaire socialiste
groupe bolchevik
pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire, de l'internationale
ouvrière révolutionnaire
Destinataire : ARS / France
Copie à : CCI-T / France, CRP / Pérou, GKK / Autriche, PRS / Argentine
Objet : votre lettre du 14 janvier 2011
Date : 12 juillet 2011
Le parti révolutionnaire du prolétariat ne peut se
baser que sur un programme international correspondant au caractère de l'époque
actuelle, celle du couronnement et de l'écroulement du capitalisme. Un
programme communiste n'est nullement une somme de programmes nationaux ou un
amalgame de leurs traits communs. Il doit prendre directement pour point de
départ l'analyse des conditions et des tendances de l'économie et de l'état
politique du monde, prises comme un tout, avec leurs liens et leurs
contradictions, c'est-à-dire avec la dépendance mutuelle opposant ses
composantes entre elles. A l'époque actuelle, infiniment plus que pendant la
précédente, le sens dans lequel se dirige le prolétariat du point de vue
national doit se déduire et ne peut se déduire que de la direction prise dans
le domaine international, et non pas vice-versa. C'est en cela que consiste la
différence fondamentale qui sépare au point de départ l'internationalisme
communiste des diverses variétés de socialisme national. (Trotsky, Critique du programme de l‘IC, 1928)
Camarades de
l’Alternative révolutionnaire socialiste,
Nous avons discuté
de la lettre reçue le 21 janvier signée de votre direction. Cette lettre se
présente comme une réponse au projet de communiqué commun sur la Tunisie et
l’Algérie que le Groupe bolchevik vous avait soumis le 13 janvier ainsi qu’au
CCI-T (annexe 2).
L’ARS n’a
pas répondu véritablement à la proposition que lui a faite le Groupe bolchevik
le 18 avril 2010, ainsi qu’au CCI-T :
· examiner les questions internationales les plus importantes (le GB a soumis, pour sa part, un certain nombre de documents internationaux du Collectif révolution permanente dont il est membre) ;
· en cas d'accord, définir un programme pour la France ;
·
en cas d'accord, définir une organisation
commune fonctionnant selon le centralisme démocratique.
Le « CC
de l’ARS » avait alors envisagé une fusion avec le GB.
Il existe des divergences d’orientation entre nos
deux organisations. Nous devrons répondre ; peut-on les tolérer dans le
cadre d’une même organisation nationale et internationale? Si nous pouvons
tolérer ces divergences au sein d’un même parti, alors la question est réglée. Nous fusionnons, quitte à ce que des
tendances différentes s’expriment dans l’organe de notre parti. (ARS, Lettre au GB, 5 juin 2010)
Mais il n’a jamais
donné suite à notre proposition du 21 novembre 2010 d’organiser une réunion
commune des militants des deux groupes pour explorer cette possibilité (annexe
1). Le camarade Kléber a demandé une réunion des directions « pour préparer la réunion des
militants ». La rencontre entre directions était prévue le 3 janvier
2011. Personne n’est venu de l’ARS, sans prévenir. Une telle désinvolture
faisait déjà douter du caractère prolétarien du groupe, sans parler de sa
volonté de préparer une fusion.
Quand la
cellule centrale du GB a fini par rencontrer, non sans mal, le 3 avril 2011,
une délégation de l’ARS composée des camarades Céline et Kléber, celui-ci a uniquement
proposé une rencontre mensuelle entre directions.
Entretemps,
le Groupe bolchevik a proposé le projet de communiqué sur la Tunisie et
l’Algérie au CCI-T et à l’ARS. Nous l’avions envoyé parce que ces deux groupes français
disent vouloir construire un parti révolutionnaire dans ce pays où vit une importante
communauté d’origine algérienne et tunisienne, un pays dont la bourgeoisie opprime
et exploite le Maghreb depuis deux siècles. Le texte a été diffusé les jours suivants
sous forme d’un tract d’une page dans un certain nombre de rassemblements de
travailleurs et de jeunes tunisiens, dans une version légèrement remaniée par
le CCI-T. Il a été publié par le GB et le CCI-T.
Depuis, le
Collectif révolution permanente a fait parvenir à l’ARS et au CCI-T un projet
de déclaration internationale pour le 1er mai, proposition restée
sans suite.
Le silence
du 1er mai confirme que la lettre de l’ARS du 21 janvier n’avait pas
pour fonction d’adopter une position commune sur la Tunisie. D’ailleurs, elle
ne comportait ni des amendements, ni un autre projet de communiqué, tout en
faisant plus de 7 fois la longueur du projet envoyé par le GB.
Son auteur travestit
non seulement le texte qui était proposé, mais affabule aussi sur la situation
en Tunisie. Il tente de camoufler, sous un déluge de phrases ronflantes, que
lui-même ne prend pas au sérieux, son orientation réelle : le soutien aux manœuvres
des bureaucrates pour empêcher la grève générale, l’approbation de l’intervention
militaire de l’impérialisme français en Libye, la fermeture des frontières aux
ouvriers étrangers et leur départ du pays.
Selon la
lettre, il fallait expliquer le socialisme, présenter un
programme complet, expliquer comment « contenir
les débordements » et bien d’autres choses encore.
Expliquons
encore toujours les raisons de nos choix ! Expliquons la perspective
socialiste, même en quelques lignes. En quoi la socialisation des principaux
moyens de production et d’échange et la socialisation des ressources ouvrent
des possibilités évidentes pour le développement de l’économie du Maghreb et
comment une fédération du Maghreb offrirait le cadre à la satisfaction des
revendications du peuple travailleur. Nous avons besoin de redonner tous leur sens
aux mots, si souvent travestis et galvaudés. (ARS, Lettre au GB, 14 janvier,
p. 2)
Surprise !
Quand, cinq jours plus tard, le camarade Kléber rédige le communiqué de l’ARS
(annexe 3), il oublie tout ce qu’il vient de raconter à ses militants contre le
Groupe bolchevik. Pas un mot sur l’armement, le socialisme. Seulement… « garantir un vrai régime de
liberté », une formule proche de celles des partis ouvriers bourgeois
(PCF, PG, PS).
L’ARS donne en permanence des ordres à la classe ouvrière, comme le stalinisme de la troisième période d’erreurs de l’Internationale communiste (1929-1933). Du moins les staliniens de l’époque contrôlaient l’URSS, la 3e Internationale, des syndicats, alors que l’ARS n’est qu’un groupe national, de taille réduite et sans autorité sur un quelconque secteur de la classe ouvrière.
La lettre divague sur la France.
Dans le mouvement syndical, les révolutionnaires ont
leur propre direction, leur propre fraction rouge…
(ARS, Lettre au GB, 14 janvier,
p. 5)
Son auteur exalté vit en dehors de la réalité. Où est la « fraction rouge » syndicale de l’ARS ? Il n’y a aucun exemple dans la presse de l’ARS du moindre combat contre les directions de collaboration de classes de toutes les confédérations syndicales actuelles, encore moins d’une fraction nationale avec une direction reconnue.
L'ouvrier ne demande pas d'ordres, mais de l'aide
pour son orientation politique. Pour cela il faut lui dire avant tout ce qui
est. Ne pas sucrer, mais dire honnêtement ce qui est. La politique du
communisme ne peut que gagner à exposer la vérité dans toute sa clarté. Le
mensonge peut servir à sauver les fausses autorités, non à éduquer les masses. (Trotsky, Lettre à « La Vérité », 5 août 1929)
Quand elle en vient à la Tunisie, la lettre délire.
Et les révolutionnaires ont déjà commencé à s’armer
! Ils ont déjà formé leur organisation militaire, ont déjà constitué leurs
premiers groupes de combat, ont déjà leurs réseaux d’informateurs et leurs
cellules clandestines dans la police et dans l’armée. (p. 5)
Les « révolutionnaires », leurs « réseaux », leurs « cellules clandestines » n’existent que dans l’imagination du « CC de l’ARS ». Le camarade Kléber a la spécialité de décrire interminablement tout ce que doit faire « le parti ». La réalité est que le parti n’existe nulle part et qu’il doit donc être construit.
La logorrhée de l’ARS s’arrête où le problème commence : comment un petit groupe, déconnecté du réel, sans aucun lien international, incapable d’analyser les développements mondiaux et nationaux, dont le journal a des titres atemporels et interchangeables, va pouvoir contribuer à édifier un parti qui aura gagné la confiance de l’avant-garde du prolétariat, qui saura analyser les rapports entre les classes, qui développera la théorie, qui dialoguera avec la classe ouvrière, qui gagnera la majorité quand éclatera une révolution et qui conduira l’insurrection au moment décisif ?
Le sectaire pense qu’en répétant des formules magiques, il va obliger une classe tout entière à se grouper autour de lui. Mais au lieu d’ensorceler le prolétariat, il n’arrive jamais qu’à démoraliser et disperser sa propre secte. (Trotsky, Lettre au WP, 12 août 1935)
La décadence du capitalisme entraîne l’actualité de la révolution prolétarienne. Si la classe ouvrière ne prend pas le pouvoir, l’humanité est menacée par les crises, la destruction de l’environnement, les guerres, le fascisme. Auparavant, les révolutions se heurtaient surtout à l’insuffisance de la classe ouvrière, au poids des travailleurs non salariés et à la capacité de la bourgeoisie de développer l’économie à l’échelle mondiale et de remplir encore des tâches démocratiques. Avec l’impérialisme, le problème de la révolution est celui de la direction de la classe ouvrière.
L'erreur de Marx-Engels quant aux délais historiques
découlait d'une part de la sous-estimation des possibilités ultérieures
inhérentes au capitalisme et d'autre part de la surestimation de la maturité
révolutionnaire du prolétariat. La révolution de 1848 ne s'est pas transformée
en révolution socialiste, comme le Manifeste l'avait escompté, mais ouvrit par
la suite à l'Allemagne la possibilité d'un épanouissement formidable. La
Commune de Paris démontra que le prolétariat ne peut arracher le pouvoir à la bourgeoisie
sans avoir à sa tête un parti révolutionnaire éprouvé. Or la longue période
d'essor capitaliste qui suivit entraîna, non l'éducation d'une avant-garde
révolutionnaire, mais au contraire, la dégénérescence bourgeoise de la
bureaucratie ouvrière, qui devint à son tour le frein principal de la
révolution prolétarienne. (Trotsky, 90
ans de « Manifeste du parti communiste »,
octobre 1937)
Même avec l’écho mondial de la révolution russe, il a fallu à l’Internationale communiste, de 1919 à 1923, guider les nouveaux partis pour qu’ils s’implantent et élaborer des tactiques pour démasquer les partis travaillistes ou sociaux-démocrates qui conservaient une autorité auprès de la classe ouvrière (entrisme, front unique ouvrier…).
Après la dégénérescence de l’Internationale communiste, la situation s’est dégradée, car les internationalistes se sont retrouvés très minoritaires (et calomniés à une échelle inédite) dans le mouvement ouvrier. Du moins, il existait à l’époque la 4e Internationale, un programme qui tirait les leçons des grands événements mondiaux et l’autorité politique de Léon Trotsky.
Aujourd’hui, le mouvement ouvrier mondial est encore plus désorienté, faute de pôle bolchevik international qui fournisse à la classe ouvrière une perspective, un drapeau. En effet, la 4e Internationale a été détruite par sa propre direction (Pablo, Mandel) qui a capitulé devant le stalinisme en 1949, puis détruit l’internationale en 1951-52. La tâche centrale de tout groupe communiste est donc la construction d’un centre international qui permette la discussion et la collaboration internationale pour résoudre la crise de direction du prolétariat.
L’activité fébrile de l’ARS, malgré le dévouement des militants, ne débouche sur rien. Le petit groupe joue au parti et fait comme si les partis issus de la classe ouvrière, comme le PS et le PCF, n’existaient pas, ne jouaient aucun rôle dans la vie politique du pays, dans les syndicats, les élections, les grèves, les manifestations…
Comme toujours, la réalité se venge cruellement. Malgré sa phraséologie communiste, l’ARS vit à l’ombre des agences de la bourgeoisie française au sein de la classe ouvrière : soutien aux « journées d’action » contre la grève générale, soutien au « Non » chauvin lors du référendum, soutien à la limitation de l’immigration, soutien à la guerre impérialiste…
Pour construire le parti mondial de la révolution et donc ses partis nationaux, il faut un programme marxiste, une pratique internationaliste et la capacité d’affronter les directions qui dupent les masses, les exploitent politiquement, les conduisent à la défaite.
Pour
l’ARS, les responsables des défaites sont les travailleurs
Les révolutionnaires doivent se tenir prêts et alertes, pour que le peuple travailleur ne devienne pas le propre fossoyeur de sa révolution… Nous accusons un retard immense. Ce retard n’est pas seulement celui du mouvement communiste. C’est celui des travailleurs eux-mêmes, c’est celui du peuple tunisien… (Combat n° 55, février 2011)
Il n’existe actuellement aucun « mouvement communiste ». En outre, les travailleurs de tous les pays ont besoin, pour s’unir à l’époque du capitalisme en déclin, non d’un vague mouvement, mais d’une internationale ouvrière révolutionnaire.
L’organisation qui avait pris en 1919 le nom « Internationale communiste » (3e Internationale), avait été fondée pour remplacer la 2e Internationale et les partis socialistes qui avaient trahi en 1914, pour diriger la révolution mondiale. La prise du pouvoir par la bureaucratie en URSS au milieu des années 1920 s’est accompagnée d’une terrible régression, de la transformation de la 3e Internationale et des partis « communistes » en instruments contre-révolutionnaires dont le rôle n’était plus différent des partis « travaillistes » ou « socialistes ».
Plus rien ne distingue les communistes des
sociaux-démocrates, sauf la phraséologie… (Trotsky,
Le Congrès de liquidation de l’Internationale communiste, 23 août 1935)
En 1933, le KPD a facilité la victoire de Hitler ; en 1936, le PCF a préparé la victoire de Pétain :
Le puissant mouvement du prolétariat français en
1936 a révélé des conditions exceptionnellement favorables pour la conquête
révolutionnaire du pouvoir… Mais la politique basse, couarde et traitresse de
Léon Blum et de Léon Jouhaux, activement soutenue par la section française de
l’IC a conduit à l’effondrement d’un des mouvements les plus prometteurs de la
dernière décennie… (4e
Internationale, La Guerre
impérialiste et la révolution prolétarienne mondiale, mai 1940)
En 1936, le PCE a contribué à la victoire de Franco…
En son temps, le bolchevisme avait discrédité le
réformisme pour bon nombre d’années. Mais, avec la venue de la réaction, les
staliniens (et tous les crypto-staliniens) ont commencé à réinventer le
parapluie du réformiste. Le « front populaire » (coalition avec la
bourgeoisie), le devoir du prolétariat de défendre la patrie
(social-patriotisme), etc. (Trotsky, Les
Causes de la défaite de la révolution espagnole,
mars 1939)
Staline a dissout l’IC en 1943. La bureaucratie de l’URSS, celle qui avait assassiné Boukharine, Zinoviev, Trotsky, etc. s’est évertuée à empêcher la révolution socialiste en Grèce, en Italie, en France… Les héritiers de Staline ont écrasé tout mouvement révolutionnaire en Russie, en Europe centrale et en Chine qui aurait pu préserver la collectivisation, instaurer le pouvoir ouvrier, construire le socialisme, étendre la révolution mondiale.
Pour finir, les bureaucraties étatiques qui parasitaient l’économie collectivisée, usurpaient le pouvoir des travailleurs, empêchaient la construction du socialisme, ont rétabli le capitalisme à partir de 1989. Depuis l’instauration du « marché du travail », de la propriété privée des moyens de production et des bourses en Russie et en Chine, presque tous les partis « réformistes », d’origine sociale-démocrate ou stalinienne, ont abandonné la référence au socialisme. Quant aux organisations soi-disant trotskystes, elles sont, pour la plupart, des héritières honteuses du stalinisme qui s’intègrent aux bureaucraties syndicales et qui adoptent le réformisme, l’électoralisme, l’étapisme et l’étatisme.
Le
parti révolutionnaire doit être construit contre les directions traîtresses
Pourtant, d’après
Kléber, c’est « le peuple
travailleur » qui peut être « le
fossoyeur de la révolution ». Depuis 90 ans, les falsificateurs staliniens,
leurs descendants et les centristes crypto-staliniens rejettent sur le
prolétariat leur propre responsabilité des défaites produites par la
subordination à la bourgeoisie.
Les travailleurs sont si majoritaires et leur force
est si démultipliée par leur place stratégique dans la production que, s’ils
s’unissaient pour agir consciemment selon leurs propres intérêts, une simple
pichenette suffirait à vaincre la bourgeoisie… Mais ils ne sont pas unis, ils
n’ont pas de conscience de classe. La raison est l’influence de la bourgeoisie
dans les rangs ouvriers. Cette influence est diffusée de plusieurs façons, mais
la bureaucratie ouvrière est son principal vecteur. C’est pourquoi notre lutte décisive
contre la bourgeoisie commence par la lutte contre ses agents dans le mouvement
ouvrier. (Cannon, Lettre à Swabeck, 9 avril 1953)
S’il y a un fossoyeur de la révolution en Tunisie, ce n’est pas « le peuple travailleur », c’est la sociale-démocratie et le stalinisme, en particulier le parti social-démocrate français PS-SFIO (qui défendait l’empire colonial depuis 1914), le parti stalinien français PCF (qui défendait l’empire colonial depuis 1934), le parti stalinien tunisien PCT (qui soutenait la bourgeoisie nationale) et ses légataires Ettajdid et PCOT, ainsi que la bureaucratie syndicale de l’UGTT qui collaborait avec Bourguiba et Ben Ali.
Des masses de millions d'hommes s'engagent sans
cesse sur la voie de la révolution. Mais, chaque fois, elles s'y heurtent à
leurs propres appareils bureaucratiques conservateurs… La 4e Internationale déclare une
guerre implacable aux bureaucrates de la 2e et de la 3e
Internationales de même qu'à leurs satellites centristes ; au réformisme
sans réformes, à la démocratie alliée à la Guépéou, au pacifisme sans paix, à
l'anarchisme au service de la bourgeoisie... (4e
Internationale, L’Agonie du capitalisme et les tâches de la 4e
Internationale, programme de transition, 1938)
Parce que le
projet de communiqué commun osait parler de la jeunesse révoltée du Maghreb, la
lettre rédigée par le camarade Kléber l’a taxé de…« démagogie ».
Les
communistes font la distinction entre les différentes fractions de la jeunesse.
La jeunesse n’est pas un bloc. Il ne nous est pas permis de gommer les
différences sociales dans la jeunesse qui ont leurs traductions politiques. La
lutte des classes ne commence pas au dessus des 20 ou 25 ans ! Nous devons nous
défendre de toute démagogie en direction d’une partie de la population en
raison de son âge… (ARS, Lettre au GB, p. 4)
Certes, la
jeunesse n’a pas la capacité de diriger la révolution. Seule la classe sociale
productrice de marchandises et donc de survaleur pour la classe capitaliste
peut renverser le mode de production capitaliste et ouvrir la voie au mode de
production communiste. Pour un dialecticien, cela n’empêchait pas de
reconnaitre que la jeunesse a entamé le combat contre le despotisme en Algérie,
en Tunisie en janvier 2011.
Les
étudiants du 19e siècle et du début du 20e étaient presque
tous issus de familles des classes exploiteuses, surtout dans les pays arriérés.
Pourtant, dès le milieu du 19e siècle, une partie de la jeunesse
étudiante se révoltait contre l’ordre social, politique et moral, et cherchait
déjà la voie de la révolution sociale. Sinon, comment expliquer la trajectoire
de Karl Marx, Ferdinand Lassalle, Paul Lafargue, Vladimir Lénine, Léon Trotsky,
Antonio Gramsci… qui ont commencé leur activité révolutionnaire en tant
qu’étudiants, sans parler de Rosa Luxemburg, Amedeo Bordiga, Nicolas Boukharine…
qui la débutèrent comme lycéens ? Sinon, comment expliquer la place des
étudiants dans la politique révolutionnaire à partir du 20e siècle ?
L'agitation
qui renaît parmi les étudiants, après une si courte période de calme, constitue
un symptôme de banqueroute politique du régime actuel… La nouvelle bataille qui
met aux prises les étudiants et le gouvernement nous donne la possibilité et
nous impose le devoir d'accélérer cette mobilisation de toutes les forces
sociales hostiles à l'autocratie. (Lénine, Symptômes
de banqueroute,
15 février 1902)
Nous devons
sans cesse mener une action commune avec les organisations étudiantes et
paysannes.
(Trotsky, Discussions sur la
Chine, 9 août
1935)
Dans la
seconde moitié du 20e siècle, le potentiel de la jeunesse en
formation grandit grâce à la massification de l’enseignement secondaire et
supérieur. Celle-ci commence aux États-Unis, se généraliste aux pays avancés et
concerne maintenant nombre de pays dominés. Désormais, une partie significative
des jeunes en formation vient des classes exploitées et semi-exploitées, beaucoup
sont destinés à être exploités, une partie l’est déjà pour payer ses études.
La jeunesse,
qui se retrouve concentrée dans les lieux de formation, tend à se révolter
contre les conditions d’études, la menace du chômage, mais aussi l’oppression
nationale et les guerres impérialistes. D’où le rôle important des jeunes en Pologne,
en Tchécoslovaque, en Chine, aux États-Unis, en Allemagne, au Japon, en France,
en Italie, au Mexique, en Grèce… lors de la vague de la révolution mondiale des
années 1960-1970. Quand les travailleurs ont commencé à rejoindre la
protestation étudiante en Chine en 1989, la bureaucratie a pris peur et a
écrasé la révolte, ouvrant la voie à la restauration du capitalisme. Dans la
dernière décennie, les étudiants ou les lycéens ont manifesté en masse en
Tunisie, en Iran, au Chili, en Grèce, en France, en Algérie, en Italie, en
Espagne, en Grande-Bretagne, en Autriche, au Canada, au Gabon, aux Pays-Bas, au
Togo, en Suisse, au Pérou, en Belgique…
Il ne faut pas
prendre trop au sérieux les accusations de l’ARS. La lettre au Groupe bolchevik
oublie les titres du journal de l’ARS : « À l’intention de la jeunesse » (Combat n° spécial, été
2010), « Étudiants, tous dans la
rue ! » (Combat n °53,
septembre 2010).
Et si le GB
n’a pas le droit de parler de « jeunesse », qu’est-ce qui autorise l’ARS
à parler de « peuple » ou de « population » dans ses
publications ou dans la lettre elle-même ?
Sous peine de désintéresser le peuple…. (ARS, Lettre au GB, p. 1) ; la jeunesse du peuple classe (sic, p. 3) ; problèmes concrets des
populations (p. 6) ; peuple en
éveil (p. 8) ; vive la révolte
du peuple tunisien ! (ARS, 18 janvier
2011) ; vive l'émancipation du peuple libyen ! (ARS, 8 mars 2011)
Le camarade Kléber
se dispense d’appliquer ses exigences. Il devrait pourtant savoir que « les communistes font la distinction
entre les différentes fractions » du peuple, le peuple « n’est pas un bloc », « il ne nous est pas permis de gommer
les différences sociales » au sein du peuple.
D’autant
que, si nous ne connaissons guère de trahison historique opérée au nom de la
« jeunesse », de nombreuses ont été commises au nom du
« peuple » par les staliniens, sous les étiquettes de front
populaire, d’unité antifasciste, de front uni anti-impérialiste, de bloc des
quatre classes, etc.
Les fronts populaires d'une part, le fascisme de l'autre, sont les dernières ressources politiques de l'impérialisme dans la lutte contre la révolution prolétarienne. (4e Internationale, L’Agonie du capitalisme et les tâches de la 4e Internationale, 1938)
C’est
pourquoi le projet s’opposait à l’union avec la bourgeoisie tunisienne, le « rassemblement de tous les opprimés et
exploités », des « travailleurs
salariés, chômeurs, jeunes en formation » pour « s’organiser eux-mêmes en comités et les fédérer nationalement
pour se défendre, pour vaincre, pour arracher les revendications, pour empêcher
les partis bourgeois et les généraux de voler demain leur victoire », et
défendait « la révolution
socialiste » (annexe 2).
Fin 2010, la jeunesse de Tunisie se révolte, affrontant la police (équipée par des groupes capitalistes français et par le gouvernement Sarkozy), alors que la puissante centrale syndicale (UGTT) reste passive. Kléber décrète que la classe ouvrière ne doit pas faire grève, ne doit pas jeter toute sa force dans la bataille contre le régime.
En quoi la grève générale peut protéger la jeunesse ? (ARS, Lettre au GB, p. 5)
La grève générale, la paralysie de la production
n’aidera en rien la protection du mouvement. Si nous voulons parler des détails
de notre intervention en vue de protéger le mouvement, parlons de
l’intervention des révolutionnaires dans la police et dans l’armée, en
direction des ouvriers des aciéries, des
usines mécaniques ou du secteur de la chimie. Mais ne parlons pas de la grève
générale ! Quant au mot d’ordre de grève générale comme moyen de chasser
l’oligarchie capitaliste et ses politiciens, c’est encore non. Notre
révolutionnarisme n’est pas un utopisme syndical. (p.
6)
Il n’y a que dans le monde imaginaire de Kléber que les travailleurs peuvent prendre les armes sans cesser d’aller au travail. Avec des phrases ronflantes, il rend service à la bureaucratie de l’UGTT. Séparer grève générale et révolution, les opposer, ne correspond ni à la méthode dialectique, ni aux leçons de la lutte des classes.
Par l'évolution logique interne des événements en cours, la grève de masse se transforme en révolte ouverte, en lutte armée, en combats de rue et de barricades à Moscou. (Luxemburg, Grève de masse, parti et syndicat, 1906)
Tous les partis révolutionnaires, tous les syndicats
de Moscou, en déclarant la grève, avaient conscience et sentaient même qu'elle
se transformerait inéluctablement en insurrection. (Lénine, Les Enseignements de l'insurrection de Moscou, 29 août 1906)
Un des débats qui traversent « l’Association internationale des travailleurs » (1e Internationale) fut la question de la grève : les proudhoniens (ancêtres des anarchistes) s’y opposaient (comme à l’émancipation des femmes), mais la majorité du Conseil général, avec Marx, l’a emporté et l’a inscrite dans son programme.
Le but final du mouvement politique de la classe
ouvrière est naturellement la conquête du pouvoir politique à son profit, ce
qui implique nécessairement qu’au préalable une organisation suffisamment
développée de la classe ouvrière naisse et grandisse à partir de ses luttes
économiques mêmes. D’un autre côté, tout mouvement par lequel la classe
ouvrière s’oppose, en tant que classe, aux clases dominantes et tente de les contraindre
par une pression de l’extérieur est un mouvement politique. (Marx, Lettre à Bolte, 23 novembre 1871)
En 1883, le premier groupe communiste de Pologne, « Prolétariat », organise une grève générale. En 1889, Engels salue la victoire de la grève d’un mois des dockers de Londres (où Eleanor Marx joue un certain rôle). À partir des grèves générales, des soviets et des insurrections de la révolution russe de 1905, August Bebel et Rosa Luxemburg, incorporent la « grève de masse » ou « grève générale » au sein du SPD et de « l’Internationale ouvrière » (2e Internationale), comme une forme de la lutte des classes qui permet au prolétariat de prendre conscience de sa force collective, qui articule la lutte économique et la lutte politique, qui débouche sur la question du pouvoir.
La grève de masse n'est pas un moyen ingénieux
inventé pour renforcer l'effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le
mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte
prolétarienne au cours de la révolution. (Luxemburg, Grève de masse, parti et
syndicat, 1906)
Face aux
menaces de conflit en Europe, lors du congrès de 1910 de la 2e
Internationale à Copenhague, Édouard Vaillant et Keir
Hardie soumettent un amendement pour « la
grève générale ouvrière, surtout dans les industries qui fournissent à la
guerre ses instruments ».
Quand la guerre inter-impérialiste éclate, la direction du SPD donne, le 29 juillet 1914, au chancelier allemand l'assurance que le parti et la confédération syndicale n’appelleront pas à la grève générale, ni au sabotage. Deux jours plus tard, le 31 juillet, la direction de la CGT communique au ministre de l'intérieur français qu’elle renonce à la grève générale.
L’hostilité à la grève générale est, depuis 1914, un signe sûr de trahison et de social-patriotisme. N’en déplaise à l’ARS, la grève générale joue un rôle important dans la lutte des classes depuis plus d’un siècle.
Le puissant mouvement du prolétariat français en
1936 a révélé des conditions exceptionnellement favorables pour la conquête
révolutionnaire du pouvoir… (4e Internationale, La Guerre impérialiste et la révolution prolétarienne mondiale, mai 1940)
Par conséquent, elle fait depuis partie intégrante de la stratégie révolutionnaire.
Si les conditions sont propices, si la propagande
trouve un écho favorable, on peut passer à une grève générale. (Trotsky, Une école de stratégie
révolutionnaire, juillet 1921)
La révolution russe de 1917 s’est ouverte par la grève générale à Petrograd, nourrissant les manifestations qui ont permis la fraternisation avec les conscrits et le début de l’armement, autant de formes de la révolution que votre lettre oppose de manière stérile. De même, les grèves de masse de 1917 en Allemagne annoncent la révolution de 1918. La grève générale brise le putsch de Kapp en 1920. La révolution italienne commence comme une grève générale en 1920.
Pour délimiter une fraction bolchevik-léniniste (l’OGI) dans l’IC contre le stalinisme, Trotsky préconisa en 1929 un accord sur les problèmes internationaux (c’est la méthode que le Collectif révolution permanente et le Groupe bolchevik ont proposée au CCI-T et à l’ARS). À l’époque, il s’agissait de la politique économique en URSS, de la stratégie de la révolution chinoise et du bilan du « Comité anglo-russe ». Le Comité anglo-russe était un front entre la confédération syndicale russe dirigée par le Parti communiste (Staline, Boukharine…) et la confédération syndicale britannique (TUC) liée étroitement au « Parti travailliste » (c’est encore le cas aujourd’hui). « L’opposition unifiée » du Parti communiste de l’URSS (formée par Trotsky, Zinoviev, Preobrajensky, Radek, Smirnov, Smilga…) réclama en vain la rupture de ce front au moment où le TUC annula, le 12 mai 1926, la grève générale de Grande-Bretagne qu’il avait appelée le 3 mai, laissant isolés les mineurs face à la presse, aux policiers et au gouvernement du Parti conservateur (Baldwin et Churchill).
L'entrée du mouvement de masse dans une phase
ouvertement révolutionnaire rejeta dans le camp de la réaction bourgeoise les
politiciens travaillistes libéraux qui étaient allés quelque peu vers la
gauche. Consciemment et ouvertement, ils trahirent la grève générale, puis ils
sapèrent et trahirent la grève des mineurs. (Trotsky,
Critique du programme de l’Internationale communiste, 1928)
L’Opposition de gauche internationale (qui allait se tourner vers la « 4e Internationale » à partir de 1933) est donc née, entre autres, de la question de la grève générale, et de la condamnation de l’entrave sociale-démocrate et stalinienne à sa réalisation.
La section américaine de la 4e Internationale (CLA) conquit une implantation ouvrière par son rôle dans la grève générale des chauffeurs routiers en 1934 à Minneapolis. En 1934, quand les fascistes attaquent l’Assemblée nationale, la section française (LC), en lien étroit avec >Trotsky qui vivait alors en France, titra :
La classe ouvrière est en danger ! Pour le
front unique des organisations, l’organisation de la milice ouvrière et la
préparation de la grève générale ! (La
Vérité n° 190, 8 février 1934)
En 1936, dans le journal de la section française de la 4e Internationale (POI), Trotsky salua la grève générale en France comme le début de la révolution.
Ce qui s'est passé, ce ne sont pas des grèves
corporatives, ce ne sont même pas des grèves. C'est la grève.
C'est le rassemblement au grand jour des opprimés contre les oppresseurs, c'est
le début classique de la révolution. (Trotsky, La
Révolution française a commencé, 19 juin 1936)
Une vague de grèves annonça la révolution espagnole de 1936. En 1953, les ouvriers de Berlin et de l’est de l’Allemagne se mirent en grève et manifestèrent contre la bureaucratie stalinienne de RDA que l’ARS baptise ailleurs « régime révolutionnaire » (Notre organisation, p. 28). En 1956, la classe ouvrière de Hongrie relaya les étudiants qui avaient entamé la lutte antibureaucratique, combina la grève générale avec la création de conseils et l’armement, reconquit ses syndicats et commença la révolution politique pour chasser la bureaucratie stalinienne.
En 1958-59, la grève générale paralysa le régime de Batista à Cuba, déjà confronté au soulèvement des campagnes organisé par le M26J de Castro. La grève générale de 1960-61 posa la question du pouvoir en Belgique. En 1968, la classe ouvrière entra en lutte et secourut les étudiants en Tchécoslovaquie.
En mai 1968, en France, la classe ouvrière se mit en grève en débordant toutes les bureaucraties syndicales, pour ses revendications et aussi pour protéger la jeunesse étudiante et ouvrière qui se heurtait depuis plusieurs jours à la répression policière du pouvoir gaulliste (à qui le PCF avait donné le feu vert par un infâme article de Marchais). Le point de départ fut l’usine de Sud-Aviation (aujourd’hui Airbus) de Nantes où intervenaient des militants de l’Organisation communiste internationaliste (membre du Comité international de la 4e Internationale, d’où vient le Groupe bolchevik). Le poids du PCF (alors hégémonique) et de la direction de la CGT (les « organisations ouvrières » chères à l’ARS) réussit à sauver De Gaulle, en empêchant l’élection et la centralisation des comités de grève, l’armement des travailleurs, en faisant reprendre le travail.
En 1970-71, la grève générale des chantiers navals et des usines des ports de la Baltique dressa la classe ouvrière de Pologne contre la bureaucratie ; les manifestants affrontèrent la police et constituèrent un comité central de grève. En 1972, la grève générale des mineurs infligea une défaite au gouvernement de Grande-Bretagne. En 1978, la grève générale des travailleurs du pétrole précipita la révolution en Iran. Début 2009, les travailleurs en Guadeloupe et en Martinique déclenchèrent la grève générale et créèrent une situation pré révolutionnaire que le PCG, CO, le PCF, le PS, LO, le NPA et les bureaucraties syndicales aidèrent à isoler et à étouffer.
Certes, la grève générale ne résout pas le problème du pouvoir. Les élections encore moins, ce qui n’empêche pas les communistes d’y participer quand ils en ont les moyens. Même l’armement des travailleurs, quoique décisif dans la révolution, ne suffit pas à la mener. En 1944, en France, en Italie, en Grèce, la population s’était armée, mais le contrôle des partis staliniens sur les masses a débouché sur la reconstruction de l’État bourgeois. Ce qui est décisif, est le programme et le parti.
La racine de l’hostilité à la grève générale de l’ARS n’est pas à chercher dans les internationales ouvrières, mais chez les sociaux-patriotes de tout poil. Ainsi, pour le secrétaire de la CGT, celui qui boit du champagne avec Sarkozy à l’Élysée, la grève générale est taboue.
Il faut conjuguer arrêts de travail et manifestations, bloquer le pays n'est pas un objectif en soi. (Thibault, 14 octobre 2010)
Le refus de la grève générale relève de l’ex-stalinisme (PCF, PCOF…), du « sous-stalinisme » (LO, NPA...). La dénonciation de la grève générale coïncide avec la politique des bureaucraties syndicales de Tunisie comme en France. Le refus de la grève générale fait partie de l’aide des chefs de la CGT, de la CFDT, de FO… au gouvernement Sarkozy, au patronat pour faire passer leurs attaques. Le refus de la grève générale complète leurs « propositions », leur participation au « Conseil d’orientation des retraites », leur sabotage des mouvements au moyen des « journées d’action », des « grèves tournantes », leurs « grèves reconductibles ».
Or, l’ARS relaie chaque décision des bureaucraties syndicales, enjoint aux travailleurs de suivre leurs « journées d’action ». Le style de Combat n’est pas celui de L’Humanité, mais le contenu est le même.
Salariés, nous ne pouvons nous fier qu'à nous même.
Gardons le rythme : en grève mardi 31 mai ! Que cette journée nous
prépare pour les luttes prochaines, plus longues et victorieuses ! (ARS, 31 mai : en grève pour nos
salaires !)
Qu’est-ce qui est sorti du 31 mai ? En fait, l’ARS « se fie » à Thibault qui a décidé, avec Chérèque et Mailly, la « journée d’action » qui ne peut déboucher sur rien d’autre que la démoralisation. En fait, l’ARS « garde le rythme » du sabotage de la lutte des classes. Quand on gratte le « révolutionnarisme » de l’ARS, on trouve le stalinisme, c'est-à-dire la collaboration de classes, la contre-révolution, la défense de la nation, le culte du chef… déguisés en communisme.
L’ARS intervient dans un pays impérialiste dont la bourgeoisie exploite des travailleurs tunisiens en France et en Tunisie, persécute les Arabes et les musulmans en France, bombarde la Libye. Or, au moment où son impérialisme intervient militairement dans un pays dominé, la direction de l’ARS succombe à une certaine fascination pour la suprématie militaire de l’impérialisme et y voit des avantages pour les Libyens.
Dans un premier temps, l’intervention des armées impérialistes paraît se
conjuguer en effet avec la défense des insurgés. Les mirages et les rafales
français, les tornado et Eurofighter
britanniques, les F-16 danois et espagnols pilonnent les défenses
anti-aériennes libyennes, les centres de commandement de son armée, son
artillerie lourde, ses aéroports. Les systèmes radar son neutralisés. Sans
l’appui de la coalition, les rebelles auraient été écrasés militairement à
Benghazi, sans nul doute. (Combat n° 56, mai
2011)
Au passage, la marine de guerre de Kadhafi est épargnée par les bandits impérialistes, car elle va servir demain à empêcher l’immigration vers l’Europe. La direction de l’ARS converge, une fois de plus, avec les différents partis sociaux-démocrates actuels de son pays (le PCF, le PS, le PG). Elle qui ne voulait pas de grève générale prolétarienne pour protéger la jeunesse en Tunisie, fait croire que les missiles de sa bourgeoisie aident la révolution en Libye.
C’est seulement dans la mesure où les frappes de la coalition paraissent
encore aider les insurgés que le soutien majoritaire de l’opinion à
l’intervention militaire peut s’expliquer en France, en Grande Bretagne ou aux
États-Unis. Mais que les armées sous direction de l’OTAN contredisent le
mouvement des insurgés et toutes les illusions sur les véritables desseins de
nos gouvernements impérialistes se dissiperont. (Combat n° 56, mai
2011)
C’est la bourgeoisie qui fabrique, en temps ordinaire, « l’opinion ». L’ARS rend responsable les masses, la majorité de l’opinion, de sa capitulation devant sa bourgeoisie.
De même, dans « le mouvement des insurgés », il y a une contradiction de classe entre les jeunes et les travailleurs, qui voulaient en finir avec le despotisme de Kadhafi, et les capitalistes, les anciens ministres et les anciens généraux, autoproclamés gouvernement le 27 février (CNT), reconnu immédiatement par Sarkozy qui s’était mordu les doigts d’avait soutenu trop longtemps Ben Ali en Tunisie.
La première révolution est une sorte de Commune de Paris, avec ses
civils, jeunes gens, commerçants ou petit fonctionnaires, armés de leur
kalachnikov et de leur enthousiasme, défendant farouchement une ville insurgée
et les territoires libérés. Sans eux, rien ne serait possible, car ils se
battent. Ils ont pris, en février, sous la mitraille et à mains nues alors, la
caserne de Benghazi…
Deuxièmement, une révolution bourgeoise, qui n'est
pas sans rappeler celle de 1848, sous l'égide d'un Conseil national de
transition (CNT) - agrégation de l'élite libyenne, de puissantes familles, de
tribus, d'opposants de l'extérieur, de notables influents, avocats, médecins ou
ingénieurs, et d'une cohorte d'hommes d'affaires anglophones et pragmatiques,
souvent liés au pétrole. Loin de l'effervescence du front, c'est une révolution
bourgeoise, avec ses conciliabules dans le luxueux Hôtel Tibesti, ses
conférences de presse, ses jets privés, ses négociations à l'étranger, menée
par des hommes en costume sombre impeccable, et quelques femmes. (Le Monde, 5
juillet 2011)
À partir du 19 mars, un certain nombre d’États impérialistes ont utilisé leurs armées anti-ouvrières et néocoloniales pour renforcer leur pillage du pays et supplanter le régime nationaliste qui, d’une part, les avait autrefois défiés et, d’autre part, paraissait aussi incapable de maintenir l’ordre que ceux Ben Ali et de Moubarak.
Cette coalition étant emmenée par la France, cela confère une grande responsabilité au mouvement ouvrier de ce pays. L’ARS n’a pas passé le test. Pour elle, pas question de condamner l’intervention militaire de son propre impérialisme, d’appeler à le faire cesser par tous les moyens à la disposition de la classe ouvrière et d’exiger des confédérations syndicales qu’elle mènent effectivement ce combat.
Si le soutien à la guerre devient impopulaire (ou si Sarkozy la cesse), le chef de l’ARS se réserve le droit de tourner sa veste. Dans un second temps, il est envisageable que « les armées sous direction de l’OTAN contredisent le mouvement des insurgés ». Autrement dit, pour l’ARS, l’OTAN ne contredit pas, au moins « dans un premier temps », les besoins du « peuple insurgé ». Cela la place, cette fois aussi, en douteuse compagnie.
Après avoir accusé « l’opinion », l’ARS exonère les directions sociales-impérialistes du mouvement ouvrier de leurs responsabilités.
L’attentisme des principales organisations ouvrières et la faiblesse de
notre fraction révolutionnaire rend pour le moment difficile l’organisation
d’une campagne internationale de soutien au mouvement révolutionnaire libyen. (Combat n° 56, mai
2011)
Le PS et le PCF ne sont en rien attentistes. Ils invoquent « la France » et ils soutiennent l’immixtion de leur bourgeoisie en Afrique du nord. Leur désaccord avec Sarkozy ne porte que sur la manière de défendre l’impérialisme français.
Les choix diplomatiques de notre propre pouvoir exécutif sont
illisibles, contradictoires, et aboutissent in fine à altérer notre crédibilité
internationale. (PCF à l’Assemblée nationale,
22 mars 2011)
Les directions syndicales CGT, CFDT, FO, UNSA, Solidaires, UNEF suivent le PS et le PCF. Il y a une véritable union nationale (incluant le PCF, le PS, le PG) pour soutenir le « Conseil national de transition » bourgeois propulsé par Sarkozy et les services secrets français pour empêcher la révolution et ouvrir le pays aux groupes capitalistes français, comme il y eu union nationale pour que l’armée française remplace Gbagbo par Ouattara en Côte d’Ivoire.
Le Parti communiste
français réitère une fois… son plein soutien aux forces qui
agissent pour la démocratie en Libye, avec le Conseil National de Transition. (L’Humanité, 18 mars 2011)
Surtout, il y a l’accord de toutes « les principales organisations ouvrières » et de leurs satellites pour ne pas se prononcer contre la nouvelle guerre de brigandage de l’armée française. Le PG et le PS ont soutenu ouvertement les opérations de l’OTAN, alors que le PCF émettait quelques réserves pacifistes. En fait, l’ARS se retrouve… à droite du PCF.
Voila pourquoi elle n’a pas répondu à la proposition du Collectif révolution permanente d’une déclaration internationale contre la guerre impérialiste. Le Collectif, pour sa part, a suivi la voie de Lénine et de Trotsky.
Tout pays opprimé a le droit de résister à l’intervention militaire des
grandes puissances.
Pour aider la jeunesse et les travailleurs de Libye, les travailleurs
d’Amérique du nord et d’Europe de l’ouest ne peuvent faire aucune confiance à
leurs propres gouvernements qui sont tous au service des grands groupes
capitalistes, qui détruisent tous les conquêtes sociales antérieures et qui
soutiennent partout dans le monde la contre-révolution, les monarchies
cléricales et les pires dictatures.
Les travailleurs des centres impérialistes doivent exiger que les
organisations de masse d’origine ouvrière, syndicats et partis, se prononcent
pour l’ouverture des frontières aux travailleurs et aux étudiants de toute
l’Afrique, contre toute intervention militaire en Libye et dans les autres pays
de la région, pour l’évacuation immédiate de l’Irak et de l’Afghanistan, pour
la fermeture des bases militaires américaines, françaises et britanniques de tout
le bassin méditerranéen, pour la levée du blocus de l’Iran, pour la destruction
du mur de l’apartheid sioniste et le droit au retour de tous les réfugiés
palestiniens. la lutte résolue des travailleurs contre leurs propres
gouvernements impérialistes serait la meilleure aide aux travailleurs de Libye
et de la région… (CoReP, Adresse,
1er mai 2011)
Les interventions des grandes puissances à l’époque impérialiste n’ont rien à voir avec la démocratie et les libertés.
La question du caractère impérialiste, spoliateur, anti-prolétarien de la guerre actuelle a depuis longtemps dépassé le stade d'un problème purement théorique… L'impérialisme, dans ses traits principaux, est d'ores et déjà considéré comme la lutte de la bourgeoisie en déclin, caduque, pourrie, pour le partage du monde et l'asservissement des « petites » nations ». (Lénine, La Faillite de la 2e Internationale, 1915)
Il est un autre terrain sur lequel l’ARS se retrouve scandaleusement à droite du parti stalinien à l’agonie, avec ses éléments les plus douteux comme le député André Gerin.
L’isolement
national dans laquelle l’ARS s’est maintenue depuis sa fondation en 2001 a des
conséquences inquiétantes sur son orientation. Le socialisme national a débouché
sur l’alignement sur le « Non » du PCF lors du référendum de 2005, une
réunion publique avec Alain Soral (le chef de
l’organisation fasciste « Égalité et réconciliation »), la volonté
d’écarter les travailleurs étrangers de France…
Ni en
Algérie, et encore moins en Tunisie, l’heure est à l’émigration des forces
vives. Mobiliser, en plein mouvement ascendant des masses, contre les
restrictions françaises à « l’entrée des travailleurs et des étudiants en
provenance d’Algérie et de Tunisie », c’est envoyer le plus mauvais message au
peuple en éveil. (ARS,
Lettre au GB, p. 8)
Nous, communistes
internationalistes, ne reconnaissons pas le droit à la bourgeoisie
impérialiste, ni à la petite-bourgeoisie chauvine, qui voyagent librement, de
décider pour les travailleurs et les jeunes en formation.
Le
patriotisme bourgeois se manifeste avant tout par la brutalité avec laquelle il
traite les étrangers sans défense. Avant qu'aient été construits les camps de
concentration pour prisonniers de guerre, toutes les démocraties avaient
construit des camps de concentration pour les exilés révolutionnaires. Les
gouvernements du monde entier, particulièrement celui de l'URSS, ont écrit le
chapitre le plus noir de notre époque par la façon dont ils ont traité les
réfugiés, les exilés, les apatrides. (4e Internationale, La Guerre impérialiste et la révolution
prolétarienne mondiale, mai 1940)
L’origine de
l’ARS est obscure. Celle du Groupe bolchevik est claire, c’est la 4e
Internationale (voir la plateforme adoptée à sa 1e conférence). En
particulier, le Groupe bolchevik revendique l’héritage de la section française
des années 1930, le « Parti ouvrier internationaliste » fondé avec
l’aide politique de l’émigré russe Trotsky. À un moment où la bourgeoisie
française et sa 3e République prenaient des mesures proches de
celles de Sarkozy et Guéant, les communistes internationalistes se battaient,
contre la politique du PS-SFIO et du PCF, pour ouvrir les frontières aux
travailleurs et unir les rangs du prolétariat.
Droit démocratique d’asile ! Pour la carte d’identité
à chaque travailleur immigré ! (La
Lutte ouvrière n° 38, 2 avril 1937)
Ouvriers communistes, socialistes,
« trotskystes », front unique pour imposer les mêmes droits aux
travailleurs étrangers ! (La Lutte
ouvrière n° 39, 9 avril 1937)
Qui sont ces étrangers qui sont pêchés par le filet
de la police ? S’agit-il des agents de Mussolini ou de Hitler, de ceux de
Franco ou de la Guépéou ? Pas le moins du monde… Ce n’est pas à eux que
font défaut les passeports et les documents pour aller et venir au travers de
toutes les frontières… (La Lutte
ouvrière n° 56, 24 septembre 1937)
La France aux Français ? Non, la France aux
travailleurs ! (La Lutte ouvrière n° 57, 7 octobre 1937)
La bourgeoisie, aidée par les organisations fascistes, réformistes -surtout staliniennes- veut briser l’unité de front du prolétariat français et immigré… (La Lutte ouvrière n° 60, 11 novembre 1937)
Après la Deuxième
guerre mondiale, la section française (Parti communiste internationaliste)
développa un travail chez les ouvriers venus d’Indochine, à une époque où le
PS-SFIO et le PCF aidaient De Gaulle à reconstruire l’État bourgeois et l’empire
colonial.
Le Groupe
bolchevik préfère Lénine et Trotsky à Soral.
Puisque les travailleurs étrangers appartiennent dans leur grande majorité aux couches inférieures du prolétariat, ils sont de ce fait liés à ces couches et proches d’elles… Voilà pourquoi l’idéologie communiste peut gagner le respect des travailleurs étrangers et en faire un puissant instrument de pénétration dans l’ensemble de la classe ouvrière française. (Trotsky, Lettre à « Klorkeit », 10 mai 1930)
L’ARS refuse
de se prononcer pour le droit des travailleurs de circuler librement dans le
monde, rejoignant de fait les bureaucraties syndicales et les partis
sociaux-chauvins comme le PCF, le PS et le PG. Mais l’ARS va plus loin dans
l’abjection.
Les syndicats et les organisations de la classe ouvrière ont besoin de temps pour s’adapter à la nouvelle donne démographique… Les dernières vagues d’immigration ont été un facteur d’aggravation de la dépolitisation de la classe ouvrière et de montée des tensions communautaires. (ARS, Notre organisation, p. 47, sans date)
Pour Kléber,
les coupables des difficultés de la classe ouvrière ne sont pas les
bureaucraties corrompues, qui, selon lui, font ce qu’elles peuvent (les « syndicats et organisations ouvrières
ont besoin de temps »). Il accuse la composante immigrée de la classe
ouvrière et, comme les réactionnaires, surtout la plus récente (« les dernières vagues
d’immigration »).
La direction
de l’ARS ose dire que les salariés ou les jeunes arabes qui ne sont pas nés ici
sont « désengagés » en France
et… qu’ils feraient mieux de rentrer chez eux.
Aux travailleurs tunisiens en France : Détermine-toi, engage-toi !... Et dans les circonstances, nous nous adressons à toi particulièrement, lecteur immigré en France. Ta responsabilité est toute particulière, ton appui à la révolution st fondamental pour ton pays d’origine. Ici, désengagé de l’action militante, tu n’es que le spectateur du mouvement de ton peuple et tu sents comme une honte. Les évènements t’ont surpris et là tu es sur la touche. Remèdes-y vite. (Combat n° 55, février 2011, orthographe d’origine)
Kléber prétend
savoir ce que font les « immigrés en France » (rien) et même ce
qu’ils éprouvent (la « honte »). En bon socialiste national, il affecte tout travailleur à « son peuple ». Chacun chez
soi : « l’activité
militante » en France est, pour lui, l’affaire des Français de souche ;
en Tunisie, c’est l’affaire des seuls Tunisiens.
Mais les
courants politiques qui veulent réserver la politique aux nationaux, camarades
de l’ARS, c’est la réaction, en particulier celle qui vise ouvertement le
mouvement ouvrier, le fascisme. Ces phrases sont répugnantes. C’est leur auteur
qui devrait « sentir comme une
honte ».
Malgré sa
taille réduite, le Groupe bolchevik n’a jamais passé une année sans rencontrer
des travailleurs d’autres pays d’Europe, d’Afrique de l’ouest, d’Amérique
latine, d’Asie de l’ouest, militant en France. Les travailleurs étrangers ont
toujours joué un rôle dans la lutte des classes dans le pays où ils vivaient et
les meilleurs cadres du mouvement ouvrier ont tous séjourné à l’étranger.
C’est en fraternisant
avec les travailleurs du mouvement chartiste en Grande-Bretagne en 1843 que
l’émigré allemand Engels devint communiste ; c’est en fraternisant avec
les travailleurs des organisations clandestines en France que Marx devint
communiste en 1844.
Le document
le plus célèbre du mouvement ouvrier a été rédigé en commun fin 1847 par Marx
et Engels, alors immigrés allemands en Belgique. Le Manifeste du parti communiste était le programme de la « Ligue
des communistes » (LC), une petite organisation internationale dont la
plupart des membres étaient des travailleurs allemands immigrés en
Grande-Bretagne, en France, en Suisse et en Belgique. Sa section londonienne
comprenait aussi des immigrés français et scandinaves. Après l’échec des
révolutions européennes de 1848, plusieurs militants allemands de la LC partirent
aux États-Unis où ils jouèrent un rôle significatif dans l’introduction du
marxisme, la création du premier parti ouvrier et dans la guerre civile qui a
débouché sur l’abolition de l’esclavage. Les premiers partis ouvriers
d’Argentine, du Brésil, du Venezuela, furent fondés par des migrants européens.
« L’Association
internationale des travailleurs » (1e Internationale) fut
dirigée de 1864 à 1872 par un émigré allemand en Grande-Bretagne (Marx). En
1870, un autre émigré allemand s’installa à Londres et fut élu au conseil
générale de l’AIT (Engels).
En 1871, prirent part à la Commune de Paris de nombreux immigrés : le ministre du travail fut un Hongrois (Frankel), deux généraux furent polonais (Dombrowski et Wrobleski), l’Union des femmes fut présidée par une Russe (Dmitrieff), etc. Un autre général avait participé comme général à la guerre civile américaine (Cluseret).
En 1880, Jules
Guesde et trois émigrés vivant en Grande-Bretagne (deux allemands, Marx, Engels,
un français, Lafargue) rédigèrent à Londres le programme du premier parti
communiste en France, le « Parti ouvrier ».
Nous n’appartenons guère davantage au parti allemand
qu’au français, à l’américain ou au russe… (Engels,
Lettre à Bernstein, 28 février 1883)
De 1883 à 1895,
tous les partis marxistes du monde prenaient conseil auprès de Friedrich Engels,
qui vivait à Londres. Tous les partis socialistes adhérèrent à
« l’Internationale ouvrière » (2e Internationale) de 1889
à 1914.
Le premier
groupe communiste russe, « L’Émancipation du travail », naquit en
Suisse, en 1884, de l’initiative d’émigrés (Plekhanov, Axelrod,
Zassoulitch…). Ce noyau fut rejoint en 1901 par d’autres émigrés, plus jeunes (Lénine,
Martov, Trotsky…) qui entreprirent ensemble de reconstituer le « Parti
ouvrier social-démocrate » fondé en Russie 1898 mais démantelé par la
répression tsariste.
En 1893, la « Sociale-démocratie du royaume de Pologne » (SDKP) fut fondée en Suisse, par des immigrés (Luxemburg, Jogiches, Marchlewski…) en opposition au PSP socialiste national. En 1898, la polonaise Rosa Luxemburg s’installe en Allemagne et milite au sein du SPD, tout en continuant à diriger le SDKP.
Rien n'est plus frappant aujourd'hui, rien n'a une
importance plus décisive pour la vie politique et sociale actuelle que la
contradiction entre ce fondement économique commun unissant chaque jour plus
solidement et plus étroitement tous les peuples en une grande totalité et la
superstructure politique des États qui cherche à diviser artificiellement les
peuples, par les poteaux-frontières, les barrières douanières et le
militarisme, en autant de fractions étrangères et hostiles les unes aux autres.
(Luxemburg, Introduction à l’économie
politique, 1907)
En 1915, elle constitue en Allemagne avec Karl Liebknecht
la Spartakusbund. Ils sont jetés en prison pour leur
internationalisme. Lors de la Première guerre mondiale, les émigrés russes bolcheviks
Lénine et Zinoviev furent actifs en Suisse. L’émigré russe bolchevik Boukharine
fut actif en Suède d’où il fut expulsé, puis fut actif aux États-Unis. L’émigré
russe alors centriste (ni bolchevik, ni menchevik) Trotsky fut actif en France,
puis aux États-Unis.
En 1936, l’immigration
ouvrière italienne a importé en France la « grève sur le tas », c’est-à-dire
l’occupation des lieux de travail, lors de la grève générale.
Le SWP, la
section américaine de la 4e Internationale, se battit pour ouvrir
les frontières des États-Unis aux réfugiés ; de nombreux dirigeants du SWP
(Cannon, Dunne, Morrow,
Carlson, Dobbs…) furent condamnés à des peines de prison
pour leur internationalisme. En 1943-44, des immigrés de l’IKD, la section allemande
de la 4e Internationale, permirent le travail du POI, la section
française, en direction des travailleurs allemands sous l’uniforme, à une
époque où le PCF larbin de De Gaulle avait pour mot
d’ordre : « à chacun son
boche ». Le PCF a réglé définitivement le problème de certains
étrangers en France, en les assassinant, comme en 1943 Pietro Tresso, fondateur du Parti communiste d’Italie.
L’ARS se
réclame du « trotskysme », mais lui tourne le dos. Comme dans le cas
de la guerre impérialiste en Libye, l’ARS se range, dans les faits, aux côtés
de sa bourgeoisie qui affaiblit la classe ouvrière tout entière en désignant
comme boucs émissaires les étrangers.
Dans notre lutte pour le véritable internationalisme
et contre le social-chauvinisme, notre presse dénonce constamment les chefs
opportunistes du SPA (Parti socialiste d’Amérique), qui sont partisans de
limiter l'immigration des ouvriers chinois et japonais (à l'encontre
des décisions du congrès de Stuttgart de 1907 de l’Internationale ouvrière).
Nous pensons qu'on ne peut pas, à la fois, être internationaliste et se
prononcer en faveur de telles restrictions. Nous affirmons que si les socialistes
américains, et surtout les socialistes anglais, qui appartiennent à des nations
dirigeantes et oppressives, ne sont pas contre toute espèce d'entrave à
l'immigration… ils ne sont en réalité que des sociaux-chauvins. (Lénine, Lettre au secrétaire de la SPLA, 9 novembre 1915)
Depuis une
décennie, l’ARS papillonne d’un groupe à l’autre, sans jamais rassembler quoi
que ce soit. Serait-ce parce qu’une fusion obligerait son chef à participer à
un travail collectif et à rendre des
comptes à une base probablement plus expérimentée, plus instruite et moins
admirative ?
Une secte a besoin comme base de nigauds sans
cervelle. Pour qu’une secte existe, il ne suffit pas qu’un dirigeant ait des
partisans (tout dirigeant a une influence personnelle plus ou moins grande)
mais le dirigeant d’une secte doit être un gourou. Il doit être un mégalomane
qui a des révélations en dehors du domaine de la réalité. Le dirigeant d’une
secte est susceptible de changer d’orientation à tout moment et tous les
disciples le suivent automatiquement. (Cannon, Lutte
fractionnelle et direction du parti, 3 novembre
1953)
Camarades de l’ARS, il est plus que temps de sortir de la secte, du sous-stalinisme et du socialisme national, si vous voulez commencer à contribuer à construire le parti ouvrier révolutionnaire. Pour contribuer à cette mutation, le Groupe bolchevik renouvelle sa proposition de réunir ensemble tous les militants.
Une direction qui fait des phrases sur la révolution mais protège en pratique les appareils contre-révolutionnaires du mouvement ouvrier tend inéluctablement au réformisme. Quand elle fait des phrases sur la révolution, mais soutient son armée, sa police et ses douaniers contre les pays dominés et contre les ouvriers étrangers, elle court le risque de passer au fascisme (qui n’a jamais été avare de phrases contre le capitalisme et pour la « révolution nationale »).
Pour toute organisation ouvrière, l’alternative est simple : soit être guidée par des principes internationalistes, soit ne pas avoir de principe du tout.
Dans les différentes luttes nationales des
prolétaires, les communistes mettent en avant et font valoir les intérêts
indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. (Ligue des communistes, Manifeste du parti
communiste, 1848)
Si une organisation ouvrière a des principes internationalistes, elle commence par :
· renoncer à toute réunion avec des fascistes,
· défendre le droit de circuler et de s’établir des travailleurs étrangers,
· condamner toute intervention militaire de son impérialisme.
À ces conditions et à ces conditions seulement, un rapprochement est envisageable.
Cellule centrale du Groupe bolchevik
[Collectif révolution permanente]
Camarades de l’Alternative
révolutionnaire socialiste,
Le 14 septembre, la
cellule centrale a répondu favorablement à votre demande de fusion (et vous a
transmis, depuis, le projet rédigé par le bureau du Collectif pour un
regroupement international). La 7e conférence du groupe a approuvé
la démarche de la cellule centrale.
Pour entamer le
processus, nous vous proposons d’organiser au plus tôt une rencontre des
militants des deux groupes sur les thèmes suivants :
·
La situation
mondiale et les tâches des communistes internationalistes,
·
La situation
française après l’attaque contre les retraites.
Sauf si vous
connaissez un meilleur endroit, cela pourrait se tenir à l’AGECA sur une
journée.
Fraternellement,
Cellule centrale du Groupe bolchevik
La
crise capitaliste mondiale a aggravé la situation des travailleurs à l’échelle
mondiale : licenciements, intensification du travail, hausse des prix du
carburants, de l’alimentation et du logement... En Tunisie, le 17 décembre,
Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant de fruits et
légumes, âgé de 26 ans, s'est aspergé d'essence devant la préfecture de Sidi Bouzid après que la police municipale a confisqué sa
marchandise ; il a succombé à ses blessures. Des émeutes avaient
précédemment éclaté en 2010 à Ben Guerdane et une
grève avait paralysé Redeyef et tout le bassin minier de Gafsa en 2008 durant 6
mois, malgré la direction nationale de la confédération syndicale UGTT. Les
manifestations se sont déroulées fin décembre dans la majeure partie du pays.
Les protestations se multiplient dans les lycées et les universités. Le
gouvernement Ben Ali arrête pêle-mêle lycéens, avocats, syndicalistes,
rappeurs, blogueurs, artistes, opposants… La police aurait assassiné, à cette
date, 35 personnes. Depuis les meurtres, les manifestants n’ont pas cédé et ils
mettent ouvertement en cause le président. En Algérie, la hausse brutale des
prix des produits de première nécessité (huile, sucre, semoule…) a conduit le 5
janvier la jeunesse à se soulever, malgré les appels au calme des autorités et
de plusieurs imams. La police a assassiné 5 jeunes.
Le
11 janvier, la ministre française des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie
a proposé à Ben Ali et à Bouteflika l’aide de la police française, la même qui
attaque les grévistes et persécute les travailleurs immigrés en France. Les
travailleurs, les chômeurs et les lycéens ne peuvent pas compter sur les
« démocraties » d’Europe et d’Amérique du nord qui pillent le monde
entier, qui soutiennent et qui arment les régimes policiers d’Afrique, d’Asie
et d’Amérique latine, qui occupent Haïti et l’Afghanistan. La véritable
solidarité avec les jeunes et les prolétaires arabes et berbères d’Algérie ou
de Tunisie ne peut venir que de leurs sœurs et frères, les travailleurs et les
jeunes du Maroc, de Turquie, d’Égypte, d’Irak, d’Europe (dont de nombreux sont
d’origine maghrébine), d’Amérique du nord… Mais les bureaucraties syndicales et
les partis de masse d’origine ouvrière sont corrompus par leur propre
bourgeoisie. Il faut donc s’organiser pour imposer aux partis et syndicats
ouvriers d’appeler à manifester en défense de la jeunesse de Tunisie et
d’Algérie, empêcher les exportations d’armes et mettre fin aux politiques qui
restreignent l’entrée des travailleurs et des étudiants en provenance d’Algérie
ou de Tunisie. En France, en Espagne, en Italie... le soutien le plus efficace
aux travailleurs de l’autre côté de la Méditerranée est la lutte résolue pour
renverser son propre gouvernement, son propre capitalisme, son propre
impérialisme.
Le
prolétariat et la jeunesse d’Algérie et de Tunisie n’ont rien à attendre des bourgeois
« démocrates » locaux, opposants de façade qui veulent que
l’exploitation capitaliste perdure. Le prolétariat, les femmes et la jeunesse
n’ont rien à attendre des islamistes, défenseurs acharnés de la propriété
privée, dont les amis d’Iran s’enrichissent de la même manière que la famille
Ben Ali ou l’état-major de l’armée algérienne, qui ont collaboré avec l’armée
américaine contre l’Irak, qui répriment eux aussi les étudiants, les femmes,
les travailleurs. Les travailleurs salariés, les chômeurs, les jeunes en
formation ne peuvent pas compter sur les dirigeants confédéraux de l’UGTA et de l’UGTT, mais ils
doivent obliger les syndicats à appeler à la grève générale pour chasser Ben
Ali et Bouteflika. Ils doivent s’organiser eux-mêmes en comités et les fédérer
nationalement pour se défendre, pour vaincre, pour arracher les revendications,
pour empêcher les partis bourgeois et les généraux de voler demain leur
victoire. Les travailleurs doivent constituer leur propre parti, ouvrier,
révolutionnaire et internationaliste en lien avec l’avant-garde des autres pays
car ils ont besoin d’un programme, celui de la révolution socialiste. Le
rassemblement de tous les opprimés et exploités a le potentiel de renverser les
dictatures corrompues, d’imposer la libération de tous les prisonniers
politiques, le blocage du prix des produits de première nécessité, l’augmentation
des salaires, l’emploi pour tous, le logement décent pour tous, l’égalité
juridique des femmes, le respect des droits des minorités, la liberté sexuelle
des jeunes, la dissolution des corps de répression, etc. Pour les obtenir et
les garantir, il faut le pouvoir des
travailleurs: détruire l’État bourgeois, exproprier les groupes capitalistes
privatisés et étrangers, planifier, ouvrir la voie à la fédération socialiste
du Maghreb et de la Méditerranée…
Prolétaires
d’Algérie, de Tunisie, de tous les pays, unissez-vous !
Chômage, explosion des prix,
dictature policière, la révolte du peuple a explosé. Et le peuple
tunisien a eu raison de Ben Ali. Il a fait dégager Ben Ali. Le sang que la
dictature a fait couler n’a pas refroidi les ardeurs des travailleurs et de la
jeunesse.
Trop de misère, trop d’oppression, trop de corruption. Le président dictateur
Ben Ali et ses services de police ont fait un massacre. Mais les 80 assassinés,
le mouvement en a fait ses martyrs. Ils ont renforcé la détermination d’en
finir avec l’atmosphère de peur. Le sacrifice n’a pas été vain.
Maintenant, c’est toute l’oligarchie qui a peur autour du clan Trabelsi. La peur a changé de camp. Pas seulement en
Tunisie, en Algérie aussi et au Maroc. Le soulèvement tunisien ouvre la voie
pour l’ensemble des populations de la région du Maghreb. La révolte
tunisienne annonce un grand changement.
Tremblez mafieux les affairistes ! Tremblez bureaucrates ! Tremblez
protégés de l’impérialisme ! Tremblez officiers sanguinaires !
Tremblez les bourreaux ! Ben Ali a pris ses jambes à son coup.
Mais attention ! Les quarante voleurs sont toujours là qui veulent
répondre à l’affront. Ils saisiront la première occasion pour faire de nouveaux
massacres si le peuple ne s’est pas préparé.
La classe ouvrière tunisienne, alliée aux autres couches du peuple peut
saisir le moment pour constituer son propre gouvernement, débarrasser
définitivement le pays du pillage des millionnaires et garantir un vrai régime
de liberté.
Depuis
la fuite de Ben Ali, la bourgeoisie tunisienne, son armée, les régimes voisins
et leurs maîtres impérialistes veulent rétablir l’ordre bourgeois ; il ne
se passe guère de jour sans que les policiers, avec la complicité de l’armée,
ne matraquent les travailleurs, les chômeurs et les étudiants à Tunis.
Pourtant, les journaux, autrefois si serviles envers le dictateur et les
« démocrates » des deux rives de la Méditerranée tentent de persuader
les masses que la « révolution du jasmin » (sic) est achevée.
Tous
les partis réformistes et organisations semi-réformistes de France sont
d’accord sur l’essentiel : la révolution tunisienne qui a chassé Ben Ali
n’est en aucun cas le début de la révolution socialiste en Tunisie, en Afrique
et dans le monde.
Nous
souhaitons maintenant que les autorités provisoires tunisiennes créent les
conditions pour assurer la sécurité des populations. (PCF, La Révolution de Jasmin ne doit
pas être volée au peuple tunisien, 16 janvier 2011)
La
diplomatie française doit s'engager sans ambiguïté en faveur de la démocratie
en Tunisie, à laquelle le peuple tunisien a montré qu'il aspirait avec force. (PS, Le départ du Président Ben Ali
doit permettre la transition démocratique, 14 janvier 2011)
C’est
au peuple tunisien dans son ensemble de décider de son avenir. (POI, Bas les pattes devant la
Tunisie ! 15 janvier 2011)
Le
NPA renouvelle tout son soutien au peuple tunisien, à la révolution
démocratique à laquelle il aspire. (NPA, Ben Ali en fuite, soutien à la révolution
démocratique ! 14 janvier 2011)
Les
travailleurs, les classes populaires de Tunisie auront certainement encore à
lutter pour imposer leurs droits élémentaires et pour faire que le départ du
dictateur débouche sur un véritable changement social. (LO, Après le départ de Ben Ali, 15 janvier
2011)
Le
Parti de Gauche soutient la révolution citoyenne du peuple tunisien en cours.
Elle porte à la fois sur l’exigence d’une réforme démocratique profonde et de
partage des richesses. (PdG, Vive la révolution citoyenne
tunisienne, 14 janvier 2011)
Au
mieux, le socialisme est pour les opportunistes un objectif très lointain.
Présentement, il n’est question que d’un simple changement de régime politique
qui va permettre de réaliser la « démocratie », de réformer l’État
bourgeois, d’améliorer la situation des travailleurs ou même du peuple entier
(pour la plupart, il ne semble pas y avoir de classes en Tunisie), quitte à
repartager un peu les richesses. Pas besoin de mettre en cause la propriété
privée, l’exploitation, le noyau répressif de l’État bourgeois… ni les liens
avec l’impérialisme français. Une telle attitude coïncide avec les besoins de
leur propre bourgeoisie.
En
Tunisie, les prolétaires qu’ils soient salariés ou qu’ils soient au chômage,
ont manifesté un courage remarquable et même un grand instinct de classe.
Cependant, il leur manque une perspective, un programme, une stratégie, un
parti pour prendre la tête de tous les opprimés, déjouer les manœuvres de la
bourgeoisie et de l’impérialisme, imposer le pouvoir des travailleurs.
Les
organisations ouvrières qui ont survécu à la dictature sont l’UGTT, qui était
liée au régime, et le PCOT, qui était persécuté par la police, avec la
complicité des bureaucrates de l’UGTT.
L’UGTT
est actuellement la seule confédération syndicale. La bureaucratie syndicale
qui la dirige est totalement corrompue. Elle a d’ailleurs condamné le
soulèvement ouvrier de 2008, elle a soutenu la candidature de Ben Ali en 2009,
elle n’a appelé qu’après plusieurs semaines de répression sanglante à deux
heures de grève symboliques, elle a négocié avec le RCD la mise en place d’un gouvernement
provisoire. Sous la pression des masses, elle a dû retirer ses ministres du
gouvernement, mais elle se refuse obstinément à postuler elle-même au pouvoir.
En outre, ses organes dispersent la force de la classe ouvrière en appelant
tantôt un secteur, tantôt un autre à la grève, tantôt une région, tantôt une
autre.
La
direction de l’UGTT négocie le remaniement du gouvernement Ghannouchi :
La
commission administrative nationale de l'organisation syndicale, réunie, hier,
a accepté d'appuyer le gouvernement provisoire, sous la présidence de M.
Mohamed Ghannouchi, en tant que Premier ministre, et
de maintenir MM. Nouri Jouini
et Afif Chelbi, en
tant que membres de ce gouvernement. (La Presse de Tunisie, 28 janvier 2011)
Les
travailleurs conscients doivent se regrouper au sein de la centrale syndicale
pour y organiser les chômeurs et les femmes travailleuses, en garantir
l’indépendance vis-à-vis de l’État bourgeois et de toutes les fractions de la
bourgeoisie, expulser les bureaucrates, favoriser les assemblées générales pour
décider sur les lieux de travail, d’étude et de vie.
Si
le PCOT mettait en garde les travailleurs contre les manœuvres des démocrates
bourgeois, annonçait qu’il se prépare à prendre le pouvoir dès qu’il aura la
confiance de la classe ouvrière, il mériterait le soutien de tous les
révolutionnaires du monde, quelles que soient ses origines. Le PCOT comporte
des centaines de militants dévoués à la classe ouvrière, il se réclame du
« marxisme-léninisme », mais son orientation s’apparente en fait à
celle du Parti menchevik à partir de 1905, et surtout du stalinisme à partir de
1934. La direction du PCOT demande un « gouvernement provisoire »,
sème les illusions sur l’État bourgeois et en particulier l’armée, prétend que
la révolution sera seulement démocratique.
L'opposition
avec toutes les forces politiques et non-politiques, est invitée à serrer les
rangs en vue du changement démocratique, pour former l'alternative à la
tyrannie et à la dictature. Le Parti communiste des ouvriers renouvelle son
invitation à convoquer une assemblée nationale de l'opposition tunisienne qui
affrontera la question le plus rapidement possible. (PCOT, Le
Parti communiste ouvrier de Tunisie avec le peuple Tunisien qui s'insurge, 10 janvier
2011)
Le
changement démocratique dans toutes ses dimensions politiques, économiques,
sociales et culturelles exige une coupure effective et immédiate avec le régime
tyrannique. Cela nécessite la constitution d'un gouvernement provisoire ou
toute autre instance à vocation exécutive qui organisera des élections libres
pour désigner une assemblée constituante qui pose les fondements d'une
véritable République démocratique, où le peuple jouit de liberté, de justice
sociale et de dignité. Il est urgent que les forces démocratiques impliquées
sur le terrain forment des instances
nationales unies pour un changement démocratique, dont les prérogatives
seront de veiller à la sauvegarde des acquis du peuple et d’exiger le transfert
pacifique du pouvoir au peuple. (PCOT, Pour une Assemblée constituante qui pose les jalons d’une
République démocratique, 15 janvier 2011)
Une
assemblée constituante est une revendication démocratique qu’un parti ouvrier
peut tactiquement opposer à un gouvernement du type RCD-Ettajdid-PPD,
à condition qu’il préserve son indépendance des partis de la petite et de la
grande propriété, à condition que le parti ouvrier refuse tout soutien à tout
gouvernement provisoire, à condition qu’il ne cache pas que sa perspective est
la dictature du prolétariat et la révolution socialiste mondiale.
Or,
le chef du PCOT ne cache pas que sa perspective est un bloc avec la bourgeoisie
« démocratique ».
Pour
préparer l'assemblée constituante, nous avons besoin d'un gouvernement formé
d'hommes et de femmes sans liens avec l'ancien régime, qui jouissent
véritablement du respect et de la confiance des forces démocratiques qui n'ont
jamais cessé d'agir dans le pays. Ces femmes et ces hommes existent
aujourd'hui. C'est grâce à eux que nous pourrons espérer jeter les bases d'une
démocratie en Tunisie, dans un délai de trois à six mois, si le climat
politique le permet. (Hamma Hammami, Mediapart,
18
janvier 2011)
Hammami fait disparaitre les classes et donc la lutte entre les
classes. De fait, les prolétaires sont appelés par le PCOT à placer leur
confiance dans « des hommes et des femmes » non nommés qui sont
approuvés par des « forces démocratiques » non identifiées. Bref,
pour le PCOT, il suffirait d’exclure les membres de l’ancien gouvernement (tout
en laissant en place l’état-major ?) et de collaborer avec les
« forces démocratiques ». La leçon tirée des révolutions de 1848 par
les communistes est bien différente :
Il
faut qu'à côté des nouveaux gouvernements officiels, les ouvriers établissent
aussitôt leurs propres gouvernements ouvriers révolutionnaires, soit sous forme
d'autonomies administratives locales ou de conseils municipaux, soit sous forme
de clubs ou comités ouvriers, de façon que les gouvernements démocratiques
bourgeois non seulement s'aliènent aussitôt l'appui des ouvriers, mais se
voient, dès le début, surveillés et menacés par des autorités qui ont derrière
elles toute la masse des ouvriers. En un mot, sitôt la victoire acquise, la
méfiance du prolétariat ne doit plus se tourner contre le parti réactionnaire
vaincu, mais contre ses anciens alliés, contre le parti qui veut exploiter seul
la victoire commune. (Friedrich Engels et Karl Marx, Adresse du Comité central à la
Ligue des communistes, 1850)
L’alliance
avec la bourgeoisie conduit forcément à limiter les revendications et les
luttes des travailleurs, donc à paralyser et démoraliser la classe ouvrière, à
décevoir ses alliés potentiels (paysans pauvres, travailleurs indépendants des
villes, étudiants, conscrits…), à encourager les complots de la réaction dont
les travailleurs feront les frais. Telles sont les leçons de la Chine en 1927,
de l’Espagne en 1937, de la Bolivie en 1952, de l’Iran en 1953, de l’Indonésie
en 1965, du Chili en 1973…
Il
a fallu l’héroïsme des jeunes et des travailleurs pour chasser Ben Ali, sans
que les partis démocratiques y soient pour grand-chose et malgré le soutien
jusqu’aux derniers jours de la centrale syndicale. Pour extirper les racines de
son régime, il faut poursuivre la révolution. Seuls l’approfondissement dans le
pays de la révolution et son extension géographique permettront de châtier les
bourreaux, de satisfaire les aspirations des masses et d’éviter un coup d’État
de l’armée tunisienne en lien avec les services secrets des États-Unis et de la
France. Les masses sont entrées en lutte contre la dictature poussées par leur
situation économique insupportable. Le départ de Ben Ali n’a en rien réglé ce
problème. Sa solution dépend de la poursuite de l’action des masses, de leur
prise du pouvoir.
La
lutte contre la débâcle économique ne doit pas aboutir à la confiance en
l’État, elle doit aboutir à la revendication d’un État dirigé par les
prolétaires et les semi-prolétaires. (Vladimir Lénine, La Débâcle économique et la façon
prolétarienne de la combattre, 1917)
Le principal danger qui menace la révolution
tunisienne à cette étape est la confiance d’une partie des masses dans l’armée
alors que l’état-major nommé par Ben Ali la contrôle toujours, que la police
assassine reste intacte et que les généraux sont les vrais maîtres du Premier
ministre Ghannouchi et du gouvernement RCD-Ettajdid-PPD. Tous les partisans de l’aménagement du
capitalisme, y compris ceux qui usurpent le nom de « communiste », de
«socialiste » ou qui se baptisent « anticapitaliste » répandent
des illusions criminelles sur l’armée bourgeoise, comme ils ont autrefois vanté
les qualités de l’armée chilienne avant qu’elle écrase la révolution chilienne
en 1973 et instaure une dictature anti-ouvrière.
L'armée
constituée essentiellement des enfants du peuple est appelée à veiller sur
notre sécurité et la sécurité du pays. Elle doit respecter les choix du peuple…
(PCOT,
Pour une Assemblée
constituante qui pose les jalons d’une République démocratique, 15 janvier
2011)
Ainsi, selon le PCOT, l’armée pourrait
« respecter les choix du peuple ». Faire croire que l’armée
appartient au peuple, alors que c’est celle de la bourgeoisie, qu’elle
constitue la composante décisive de l’État bourgeois, est criminel.
Le pouvoir d'État centralisé, propre à la société
bourgeoise, est apparu à l'époque de la chute de l'absolutisme. Les deux
institutions les plus caractéristiques de cette machine d'État sont : la
bureaucratie et l'armée permanente. (Vladimir
Lénine, L’État et la révolution, 1917)
Pour l’instant, les « enfants du peuple »
sous l’uniforme restent sous le commandement des généraux issus de la classe
bourgeoise, formés par l’armée française et l’armée américaine, nommés par Ben
Ali. Ben Ali
lui-même a été éduqué dans les écoles d’officiers de l’armée française, l’année
même de l’indépendance, puis dans celles des services secrets américains.
Militaire
de carrière formé à l'École interarmes de Saint-Cyr en France et à l'École
supérieure de renseignement et de sécurité aux États-Unis, il devient général,
puis ministre de l'Intérieur. (Jeune Afrique, 25 octobre 2009)
Depuis
plusieurs années, l’armée tunisienne et l’armée algérienne collaborent avec
l’OTAN, la coalition militaire des impérialismes occidentaux sous l’égide des
États-Unis.
La Tunisie abritera le centre de commandement militaire
conjoint de la 6e édition de l'exercice naval
« Phoenix-Express ». Le vice-amiral Harry B. Harris Jr, commandant de
la sixième Flotte des États-Unis, a tenu, hier, en compagnie de M. Gordon
Gray, ambassadeur des USA à Tunis, un point de presse à l'ambassade des
États-Unis à Tunis en présence d'une pléiade de journalistes tunisiens. (La Presse de Tunisie, 10 novembre 2010)
L’armée est tout autant bourgeoise que la police.
Ben Ali avait reçu le soutien de l’armée pour supplanter Bourguiba devenu
sénile. L’armée a épaulé la police contre l’insurrection de Redeyef.
Le soulèvement du bassin minier a duré plus que
cinq mois. Le 6 juin 2008, le régime de Ben Ali l’a sauvagement réprimé. Des
milliers d’agents des forces de l’ordre ont été lancés contre la ville de
Redeyef, bastion de la résistance. Ils ont ouvert le feu sur la foule faisant
un mort et vingt-six blessés, dont un qui a succombé quelques semaines après à
ses blessures. Ils ont ensuite investi les quartiers populaires qu’ils ont pris
maison par maison. La police de Ben Ali a défoncé les portes des maisons
terrorisant, agressant et humiliant les habitants et a pillé leurs biens. Les
commerces n’ont pas été épargnés, ils ont été à leur tour saccagés et pillés.
Les jeunes, moteur du soulèvement, ont été pris pour cible principale, ils ont
été agressés et arrêtés par dizaines. Des centaines d’entre eux ont quitté leur
maison pour se réfugier dans les montagnes proches de la ville.
Dans la nuit du 6 au 7 juin, l’armée a investi la
ville et occupé ses principales rues et places décrétant le couvre-feu et
imposant aux habitants de ne pas quitter leur demeure. Elle a bloqué l’entrée
sud de la ville ainsi que tous les accès aux montagnes où se sont réfugiés des
centaines d’activistes et de jeunes pour empêcher leur famille de leur fournir
de la nourriture et de l’eau potable.Les dirigeants
du soulèvement, dont notamment Adnane Hajji, Bachir Abidi,
Taïeb Ben Othmane et Adel Jayar, ainsi que des
centaines d’activistes ont été arrêtés, sauvagement torturés et incarcérés.
Après Redeyef, les forces de l’ordre ont attaqué la
ville de Metlaoui et y ont perpétré les mêmes crimes
contre les habitants. Des dizaines d’activistes et de jeunes ont été arrêtés,
torturés et déférés devant le tribunal de Gafsa qui leur a infligé de lourdes
peines de prison ferme allant jusqu’à 6 ans. (Inprecor,
janvier 2009)
Les généraux actuels ont été nommés par Ben Ali,
comme les chefs de la police et les juges. L’état-major, probablement en lien avec la diplomatie,
l’armée et les services secrets des États-Unis, a poussé au départ du
président, pour tenter d’empêcher la révolution, sauver l’État bourgeois et
préserver le capitalisme. Il a protégé la fuite du dictateur.
Nul
doute qu'en coulisses, ce sont les militaires tunisiens, qui ont joué un rôle
déterminant dans cette transition… L'armée a convaincu le président et son
entourage honni par une large partie du peuple tunisien de quitter la scène,
avant qu'il ne soit trop tard… Elle est restée loyale à l'ex-président Ben Ali,
jusqu'au moment où la situation lui a échappé. (Le Figaro, 14 janvier 2011)
Le
rôle de l’impérialisme américain dans l’éviction de Ben Ali par l’armée
tunisienne est d’ailleurs confirmé, non sans amertume, par son rival français.
Ce
sont les Américains qui ont pris les choses en main… Les militaires américains
ont parlé avec leurs homologues tunisiens, et Ben Ali a été prié de quitter,
sans plus attendre, le territoire. Inutile de préciser que les Américains n’ont
pas pris la peine de nous tenir au courant. (Michèle Alliot-Marie, citée par Le Canard enchaîné, 19 janvier
2011)
Les
libertés démocratiques arrachées par la population doivent être étendues aux
soldats du rang, dont la plupart sont des conscrits. Les soldats doivent non
seulement s’organiser, comme les travailleurs et les chômeurs des quartiers
pauvres, mais distribuer les armes à ces derniers pour qu’ils puissent se
protéger de la police et la dissoudre. Les soldats doivent désarmer, destituer
et arrêter les officiers qui s’opposent à la solidarité avec le peuple, qui
protègent la police, qui obéissent au gouvernement RCD, qui tenteraient de
réprimer les grévistes et les manifestants.
Les
travailleurs ont constitué spontanément les « comités de vigilance »
pour défendre les quartiers populaires et des équipements collectifs contre les
mercenaires de Ben Ali qui tentaient de faire croire que les manifestants n’étaient
que des pillards, alors que les pires voleurs qu’ait connus la Tunisie depuis
le départ de la puissance coloniale étaient l’entourage de Ben Ali.
Il
est 18 h, c’est l’heure du couvre-feu qui se prolonge jusqu’à 5 h. Et
pourtant ! À l’entrée des quartiers et dans différents coins, pour la
plupart stratégiques des cités, vous verrez un groupe de jeunes et de moins
jeunes bâtons à la main, en train de monter la garde. Ce sont les habitants de
ces quartiers, volontaires et braves ils ont décidé de protéger leurs voisins,
leurs villes des mains des pilleurs et des fouteurs de troubles. (Le Temps, 18 janvier
2011)
Les
salariés et les fonctionnaires des entreprises publiques, des ministères et des
administrations centrales de l’État, organisent des occupations de leurs lieux
de travail pour réclamer l'épuration et l’exclusion des dirigeants, quasiment
tous membres du RCD.
Dans
plusieurs cas, cette exigence est même mise en pratique, comme à la Caisse
nationale de Sécurité sociale, aux assurances Star et à la banque BNA où les
directeurs ont été chassés sous les huées des travailleurs. Des formes de
contrôle ouvrier se développent également, avant tout par rapport aux livres de
comptes des entreprises, afin de mettre à jour la corruption des nombreux
patrons liés au régime de Ben Ali. Les employés de l’administration centrale
des impôts, quant à eux, tout en exigeant la démission immédiate du directeur,
ont pris le contrôle des dossiers afin d'enquêter sur les évasions fiscales.
Les masses se mettent en révolution non point avec
un plan tout fait de transformation sociale, mais dans l'âpre sentiment de ne
pouvoir tolérer plus longtemps l'ancien régime. C'est seulement le milieu
dirigeant de leur classe qui possède un programme politique, lequel a pourtant besoin
d'être vérifié par les événements et approuvé par les masses. Le processus
politique essentiel d'une révolution est précisément en ceci que la classe prend
conscience des problèmes posés par la crise sociale, et que les masses
s'orientent activement d'après la méthode des approximations successives. Les
diverses étapes du processus révolutionnaire, consolidées par la substitution à
tels partis d'autres toujours plus extrémistes, traduisent la poussée
constamment renforcée des masses vers la gauche, aussi longtemps que cet élan
ne se brise pas contre des obstacles objectifs. (Léon
Trotsky, Histoire de la révolution russe, 1930)
Il
manque un parti ouvrier pour déjouer les manœuvres des démocrates, des
cléricaux et des puissances impérialistes, un parti de type du Parti bolchevik
qui a conduit à la victoire la révolution prolétarienne russe en octobre 1917.
Le regroupement de l’avant-garde des travailleurs et de la jeunesse sur la base
du marxisme permettra de systématiser et d’imposer les revendications éparses
qui surgissent du mouvement des masses :
ü Expulsion de tous les soutiens de
Ben Ali et de tous les membres du RCD de bas en haut de l’UGTT, droit de tendance
pour tous les courants ouvriers dans le syndicat.
ü Constitution dans les
entreprises, les régiments, les administrations, les quartiers, les
universités, les lycées de comités, centralisation des comités sous forme de
conseils ouvriers et populaires dans chaque localité et à l’échelle du pays,
tout le pouvoir aux conseils.
ü Armement des salariés, des
étudiants, des habitants des quartiers, des paysans pauvres contre la police,
les nervis du RCD, contre toute menace de l’armée, dissolution de la police.
ü Retrait de l’Union pour la
Méditerranée, de l’ONU et de la Ligue arabe, rupture avec l’OTAN, publication
de tous les accords et traités secrets avec l’impérialisme français et
l’impérialisme américain, ouverture des dossiers administratifs, fiscaux et policiers,
ouverture de la comptabilité des entreprises.
ü Expropriation des entreprises
industrielles, bancaires et commerciales de tous les patrons membres du RCD
massacreur du peuple, nationalisation sans indemnité des grands groupes
tunisiens et étrangers sous contrôle des travailleurs, nationalisations sans
indemnité des grandes propriétés foncières et transformations en coopératives
agricoles.
ü Indexation des salaires sur les
prix, diminution des horaires de travail, plan d’urgence pour assurer l’emploi
de tous les chômeurs, la construction des logements, la production des biens de
première nécessité.
ü Aucune participation des
organisations ouvrières à un gouvernement qui comprendrait des ministres
capitalistes, aucun soutien du PCOT ni de l’UGTT à tout gouvernement
bourgeois !
ü Gouvernement ouvrier et paysan
basé sur les comités de base, séparation complète de la religion et de l’État,
soutien à toutes les autres révolutions prolétariennes dans la perspective de
la suppression des frontières coloniales, de l’unification socialiste du
Maghreb et du Makrech, des États-Unis socialistes de la Méditerranée et de la
fédération socialiste mondiale.
Les
bourgeoisies impérialistes qui se permettent d’intervenir au nom de la
« démocratie » dans le monde entier tentent jusqu’au bout de
préserver les régimes autoritaires qui leur sont soumis.
Le
gouvernement égyptien est stable et s’efforce de répondre aux besoins de la
population. (Hillary Clinton, citée par Le Monde, 27 janvier 2011)
D’un
côté, tous les régimes des pays voisins paniquent, multiplient les mesures
préventives (blocages des prix alimentaires, etc.). De l’autre, les masses
d’Égypte, mais aussi d’Algérie, de Jordanie, des Territoires palestiniens, de
Libye, du Yémen, du Soudan… s’inspirent ouvertement de la révolution
tunisienne. L’Afrique subsaharienne n’est pas plus stable. L’extension de la
révolution à l’Égypte affaiblit la bourgeoisie en Tunisie et y renforce la
classe ouvrière.
La
responsabilité des travailleurs d’Europe, des États-Unis et d’Israël est d’empêcher
toute intervention militaire contre les travailleurs en révolte. D’ores et
déjà, la révolution prolétarienne de Tunisie a ébranlé l’ordre bourgeois
mondial, après des décennies de reculs et de défaites de la classe ouvrière. La
présence significative d’étudiants tunisiens et de travailleurs d’origine
tunisienne en France et en Italie facilite la solidarité envers la révolution
tunisienne et hâtera l’avènement de la révolution socialiste en Europe, qui
consolidera à son tour le pouvoir des travailleurs en Afrique du nord et
assurera la transition commune des deux rives de la Méditerranée au socialisme.
Pour
vaincre, le prolétariat a besoin d’un parti à lui dans chaque pays, un parti
révolutionnaire qui le relie consciemment à celui des autres pays par la
construction simultanée d’une internationale communiste.
Vive
la révolution prolétarienne tunisienne ! Vive la révolution prolétarienne
égyptienne ! Vive la révolution socialiste africaine ! Vive la
révolution socialiste mondiale !