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Pour la révolution  socialiste
sous le drapeau de Marx, Engels
Lénine & Trotsky

Plateforme adoptée par la 1e Conférence 
du Groupe bolchevik  pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire, de l’Internationale ouvrière révolutionnaire

2002

 

Sommaire

Notre plateforme est disponible en langue espagnole

 

Le capitalisme maintient la grande masse de l’humanité dans une horreur sans fin

Le maintien du capitalisme menace l’humanité d’une fin pleine d’horreur

Exproprier le capital est une nécessité, car le socialisme est la seule alternative à la barbarie

La classe ouvrière étant la seule classe révolutionnaire de notre époque, tout soutien politique aux représentants de la bourgeoisie est une trahison

L’ennemi est dans notre pays : le gouvernement ouvrier a pour première tâche la destruction de l’État bourgeois

Le socialisme ne peut triompher qu’à l’échelle mondiale

L’unité des rangs des travailleurs pour les revendications prépare le pouvoir ouvrier

Les syndicats ne peuvent pas être laissés aux mains des agents de la bourgeoisie

Pour une CGT réunifiée et lutte de classe

Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire

Sans un parti ouvrier révolutionnaire, pas de révolution victorieuse

La 4e Internationale a sauvé et enrichi l’héritage du bolchevisme

En 1951-1953, la 4e Internationale a éclaté à cause du révisionnisme de sa direction

La constitution du Comité international de la 4e Internationale préservait les chances de sauver l’internationale

Reconstruire la 4e Internationale a finalement échoué 

La lutte contre le révisionnisme lambertiste n’a pu empêcher la liquidation de la section française

Le Comité a lui-même été victime du rétrécissement national et de l’opportunisme

L’avant-garde doit se regrouper sur la base du marxisme pour construire le Parti et l’Internationale

 

 

 

Le capitalisme maintient la grande masse de l’humanité dans une horreur sans fin

 

Depuis la restauration du capitalisme en Russie en 1991, sans opposition significative du prolétariat, alors que c’était le seul pays où il avait conquis en 1917 le pouvoir, tous les idéologues de la bourgeoisie affirment que le capitalisme est l’horizon de l’humanité.

Pourtant, à aucune époque de l’histoire, la société humaine n’a présenté un contraste aussi aigu entre les forces productives d’une part, et les conséquences du maintien de l’exploitation par une minorité exploiteuse d’autre part. La bourgeoisie peut accaparer une large part des produits du travail car elle possède toutes les entreprises de taille, donc les moyens de production de ces richesses. Elle ne rétrocède sous forme de salaires qu’une partie de la valeur des marchandises crées par le travailleur collectif, accaparant le reste en profits.

Le potentiel scientifique et technique est désormais suffisant pour émanciper toute l’humanité, soit six milliards de personnes, de la famine et de la misère, de l’oppression et du travail abêtissant et épuisant.

Mais, sous le règne du capital, la recherche s’oriente vers les mathématiques de la spéculation boursière, la physique des armements, la biologie qu’on brevette…

Depuis longtemps, la bourgeoisie a achevé son rôle progressiste, qui consistait à renverser les monarchies, à liquider les rapports féodaux et instaurer l’égalité juridique, à séparer l’État de la religion, à générer l’industrie moderne, à créer le marché mondial. Le capitalisme est devenu un frein au développement de l’humanité en passant à sa phase impérialiste, à la fin du 19e siècle en Europe, au début du 20e en Amérique du Nord.

La centralisation, par diverses opérations de fusion, ainsi que la concentration du capital ont abouti à la constitution d’un « capital financier » fusionnant les fonctions du capital bancaire et du capital industriel, sous la forme de sociétés par actions et de groupes de telles sociétés.

Dans la plupart des branches, quelques grands groupes capitalistes de ce type se partagent l’essentiel du marché mondial. Au sein de ce qu’on appelait au début du siècle « monopoles » ou « trusts », les sociétés-mères gèrent à l’échelle internationale leurs filiales et planifient leurs activités. Ainsi s’exprime, au sein même du capitalisme, une tendance à la socialisation des forces productives, dont la pleine réalisation est pourtant antagonique au capitalisme.

L’immense majorité des firmes « multinationales » de ce type relève de quelques pays. Une poignée de bourgeoisies nationales dominent en effet le monde entier. Leurs conflits ont déjà causé deux guerres mondiales. Entre les deux massacres, la crise économique mondiale de 1929 a abouti à une fantastique régression, à la dislocation du marché mondial. Tous ces phénomènes sont la preuve que les forces productives entrent en conflit avec les rapports de production capitalistes, et en particulier que la tendance à l’internationalisation de l’économie est incompatible avec le maintien des frontières nationales devenues trop étroites.

Des régions entières de pays, et même des parties de continents, s’enfoncent dans la paupérisation. Le sida ravage l’Afrique noire, y compris l’Afrique du Sud.

Au sein même des pays impérialistes, le prolétariat est soumis à la menace du chômage, à la précarisation, à l’intensification du travail, au laminage de ses conquêtes antérieures ; des parties significatives de la population y sont exclues durablement de la production et marginalisées, sombrant dans la misère ou basculant dans la délinquance. L’Organisation mondiale de l’agriculture et de l’alimentation estime à 34 millions le nombre de personnes insuffisamment nourries dans les pays développés eux-mêmes, 800 millions dans le monde.

À l’autre pôle de la société, la bourgeoisie affiche un luxe insolent. Un millième de la population mondiale jouit à lui seul d'un tiers de la richesse de la population entière. Parmi eux, 425 ont une fortune de plus d’un milliard de dollars.

 

Le maintien du capitalisme menace l’humanité d’une fin pleine d’horreur

 

Après la Seconde guerre mondiale, les directions traditionnelles des organisations ouvrières ont bloqué la vague révolutionnaire en Europe et permis au capitalisme de contrôler les deux tiers du globe. Le capitalisme remis en selle a combiné la croissance avec des traits de pourrissement. La bourgeoisie aux abois a concédé des avantages significatifs au prolétariat des centres impérialistes, par crainte de la révolution. Elle a pu les maintenir grâce à plus de deux décennies de prospérité retrouvée dans les centres impérialistes. Encore faut-il relever que cette phase d’accumulation des années 1950 et 1960 s’est basée en grande partie sur les destructions massives de capital durant la guerre et sur l’économie d’armement qui a perduré malgré la fin de la guerre mondiale. Le taux de profit a commencé à baisser dès les années 1960. En 1973, après l’effondrement du système monétaire international, la crise économique que les politiciens et les économistes bourgeois pensaient conjurée a réapparu.

La bourgeoisie a dû réagir. Au début des années 1980, sous le drapeau du « libéralisme économique », le capital financier a repris l’initiative en Grande-Bretagne et aux États-Unis, sous la houlette de Thatcher et de Reagan. Partout, la classe dominante les a imités, en s’appuyant sur ce qui est toujours resté son État : elle a intensifié le travail, elle a désindexé les salaires, elle a procédé à des réductions des dépenses sociales, elle est revenue sur nombre de concessions qu’elle avait dû accorder.

Les principales bourgeoisies ont fini par restaurer la valeur de leur monnaie et ont redressé le taux de profit par le renforcement de l’exploitation du prolétariat. Elles y sont parvenues grâce, d’une part, au poids du chômage sur la classe ouvrière et, d’autre part, à la couardise et aux trahisons des directions traditionnelles de la classe ouvrière, partis réformistes et bureaucraties syndicales. L’éclatement de l’URSS et le rétablissement du capitalisme en Russie ont constitué le point d’orgue de cette contre-offensive réactionnaire et des reculs concomitants, qui n’étaient pourtant pas fatals, du prolétariat mondial.

Cependant, même aux États-Unis, qui ont refait une partie du terrain perdu sur leurs principaux concurrents, l’Allemagne et le Japon, l’accumulation du capital n’a jamais repris au rythme des années 1950. L’utilisation de l’informatique pour intensifier le travail, l’ouverture de nouvelles branches de production baptisées «nouvelles technologies de l'information et de la communication », ne suffisent pas à surmonter les contradictions du capitalisme. Au contraire, le recours aux équipements automatisés au sein des entreprises tend à augmenter la composition organique du capital et à menacer à nouveau la rentabilité du capital, car seul le travail vivant crée de la plus-value, de la survaleur que se partagent les capitalistes sous forme de profits et d’intérêts. La crise boursière du Nasdaq en 2000 a déjà écorné le mythe de la « nouvelle économie ».

Des charlatans prétendent guérir le capitalisme de la spéculation, en lui imposant une réformette consistant à taxer les transactions financières internationales. En réalité, pour se débarrasser de la spéculation, il faut en finir avec le règne du capital. D’autant que l’aliment de la spéculation actuelle est le palliatif même de la crise capitaliste. Durant la dernière décennie, les crises monétaires, boursières et économiques survenues dans plusieurs pays au développement industriel récent comme le Mexique ou l'Asie du Sud-est, ainsi que les faillites bancaires et les krachs boursiers apparus à plusieurs reprises dans les centres impérialistes ont été surmontés par le recours massif au crédit. L’argent salvateur a été accordé par les États bourgeois dominants et par leurs institutions communes, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Ainsi, la crise économique d’ensemble a-t-elle été différée. Mais ces méthodes aggravent à terme les contradictions du capitalisme sénile, car elles alimentent une pyramide gigantesque de capital fictif. Là est la racine des bulles spéculatives que sécrètent périodiquement les marchés financiers. La masse gigantesque de titres, qui prétendent tous bénéficier de la plus-value extorquée au prolétariat mondial, ne peut que s’effondrer face à l’affaiblissement inéluctable du taux de profit.

Chaque bourgeoisie impérialiste tentera de s’en sortir au détriment des autres. Pour l’instant, tirant pleinement les bénéfices de l’éclatement de l’ex-URSS et du rétablissement du règne du capital à l’est de l’Europe, l’impérialisme américain affirme son hégémonie et fédère le maintien de l’ordre mondial dont tous les impérialismes profitent. Emmenées par celle des États-Unis d’Amérique, leurs armées coalisées écrasent sous leurs bombes et leurs missiles tout pays dont le régime manifeste la moindre résistance. En cas de telles agressions, contrairement à tous les sociaux-chauvins qui défendent, que ce soit sur un mode hypocritement pacifiste ou ouvertement belliqueux, les intérêts de leur bourgeoisie, les bolcheviks sont pour la défaite de l’impérialisme.

L’unité que présentent les impérialismes est de façade. Dans le cadre de l’Union européenne, les vieilles puissances européennes de second ou de troisième ordre tentent de surmonter l’étroitesse de leurs marchés nationaux, et esquissent une alliance fragile pour résister à la domination américaine. De son côté, la bourgeoisie américaine a mis sur pied son propre bloc économique régional, l’ALENA. Elle tente d’évincer sa rivale française d’Afrique. Elle dispute à la bourgeoisie allemande des positions dans la restauration du capitalisme en Europe orientale et centrale. Les entreprises européennes pénètrent en Amérique latine et défient les interdictions américaines de commercer avec Cuba et d’y investir. La bourgeoisie japonaise vise les mêmes zones du Pacifique que la bourgeoisie américaine.

D’ores et déjà, les rivalités s’intensifient, comme l’ont prouvé le rôle des impérialismes européens dans l’éclatement de l’ancienne Yougoslavie et l’échec des négociations de l’Organisation mondiale du commerce à Seattle causé par les antagonismes entre les Etats capitalistes de l’Union européenne et les États-Unis. Les démonstrations de la force militaire armée américaine contre l’Irak, contre la Yougoslavie, contre l’Afghanistan sont aussi des avertissements de la seule puissance d’envergure mondiale au Japon, à l’Allemagne, à la France. La crise économique et la concurrence entre impérialismes pour exploiter la planète alimenteront des tensions grandissantes : le capitalisme porte la guerre comme la nuée l’orage.

Le capitalisme du début du 21e siècle s’achemine vers une crise économique de grande envergure et la dislocation du marché mondial, ce qui menace l’humanité de nouvelles horreurs, si le prolétariat ne le renverse pas et n’ouvre pas ainsi la voie à un stade plus avancé de l’histoire.

 

Exproprier le capital est une nécessité, car le socialisme est la seule alternative à la barbarie

 

La survie du capitalisme menace l’humanité. L’existence de la bourgeoisie n’est plus compatible avec la société.

Les travailleurs des villes et des campagnes ne peuvent pas vivre décemment de leur travail, ne peuvent pas être à l’abri du chômage, dans un régime économique basé sur la propriété privée des entreprises, sur la concurrence entre elles.

Les travailleurs ne peuvent circuler librement, et encore moins s’établir, dans un monde asservi par l’impérialisme. Les ouvriers et employés immigrés ne peuvent jouir de l’égalité juridique et politique qu’avec le pouvoir des travailleurs.

Le racisme, l’oppression des femmes, ne peuvent disparaître qu’avec le socialisme.

La jeunesse ne peut espérer en l’avenir, ne peut bénéficier d’une formation et d’une culture dignes de ce nom, d’une instruction sans patron et sans curé, ne peut s’épanouir librement qu’au sein d’une civilisation libérée de l’emprise religieuse, que grâce à une économie basée sur la satisfaction des besoins, que dans une société où les classes dépérissent.

L’environnement de l’espèce humaine ne peut être ménagé dans un mode de production guidé par le profit.

À l’époque de l’impérialisme, la seule force capable de réaliser l’égalité, les libertés, les droits démocratiques, l’émancipation des peuples opprimés, la libération des femmes, la laïcité, ce sont les masses prolétariennes et semi-prolétariennes, et non les parlementaires réformistes, les bouffons cléricaux, les démagogues nationalistes. Tous ceux qui protègent les nantis sont des ennemis des opprimés et des exploités. Les conquêtes sociales et démocratiques ne peuvent être préservées ou arrachées que par l’activité de ceux qui sont écartés en temps ordinaire des décisions : la classe ouvrière et, s’ils se rangent à ses côtés, les paysans travailleurs, les jeunes en formation, les travailleurs indépendants des villes, les cadres…

La plus immédiate de toutes les revendications est l’expropriation des capitalistes. Il ne s’agit pas de l’utopie réformiste de corriger l’inégalité des revenus, de réquisitionner des entreprises qui licencient en faisant des profits, de réquisitionner une part des profits pour prétendument créer des emplois. Il est indispensable et urgent d'exproprier sans indemnité ni rachat les banques et les assurances, l'industrie lourde et l’énergie, la fabrication d'automobiles et d’avions, les grandes entreprises du bâtiment, les grandes entreprises de l’électronique et de matériel électrique, les laboratoires pharmaceutiques et la chimie, les chaînes de télévision et les télécommunications, les grands propriétaires fonciers des campagnes et des villes…

Ainsi, et seulement ainsi, pourra être établi un plan de création des richesses sociales sous le contrôle de la société, partant des besoins à satisfaire et tenant compte des moyens disponibles. La collectivisation des principaux moyens de production permettra à la population, organisée en conseils, débarrassée des exploiteurs, de décider démocratiquement de la production et de sa répartition, d’édifier le socialisme.

Seule la classe ouvrière, si elle se dote d’un parti ouvrier révolutionnaire, peut renouer avec la révolution socialiste mondiale qui a débuté en 1917 et ainsi déblayer l’obstacle du capitalisme.

 

La classe ouvrière étant la seule classe révolutionnaire de notre époque, tout soutien politique aux représentants de la bourgeoisie est une trahison

 

L’immense majorité de l’humanité a intérêt à ce que la révolution sociale l’emporte. Mais celle-ci ne peut avoir à notre époque qu’un caractère prolétarien. Les révoltes contre l’exploitation et l’oppression doivent être menées et relayées  par la classe ouvrière pour trouver une issue.

La société capitaliste comporte deux classes fondamentales : d’une part, la classe bourgeoise, les possesseurs privés des moyens de production ; d’autre part, la classe ouvrière, les travailleurs salariés qui n’ont pour vivre que la vente de leur force de travail. La classe ouvrière est à la fois un résultat du capitalisme, sa condition nécessaire, et son fossoyeur potentiel. La classe bourgeoise repose sur l’exploitation de la classe ouvrière, tout en étant de plus en plus réduite numériquement, elle contrôle une part toujours plus grande de la richesse de la société tout entière.

Bien sûr, les classes capitalistes des pays dominés ne bénéficient que d’une portion congrue de la plus-value mondiale. Pour autant, elles se révèlent depuis longtemps incapables de mener une lutte conséquente pour l’indépendance et le développement. Ces bourgeoisies ont souvent un caractère compradore, elles sont trop liées aux bourgeoisies impérialistes et aux propriétaires fonciers autochtones, elles ont trop peur de la mobilisation des masses, pourtant indispensable à la réalisation des tâches démocratiques et nationales de la révolution bourgeoise. Bref, elles préfèrent la dépendance au risque de révolution prolétarienne, et n’hésitent pas à réprimer dans le sang leur prolétariat. Depuis l’effondrement de l’URSS et le rétablissement du capitalisme à l’échelle de toute l’Europe, les marges d’autonomie des bourgeoisies des pays dominés se sont encore amenuisées.

L’extension de la sphère capitaliste et l’accumulation du capital ont abouti à rendre absolument majoritaire la classe ouvrière dans tous les centres impérialistes, à en faire une force sociale significative dans plusieurs pays nouvellement industrialisés comme la Corée du Sud ou le Brésil. Bien qu’elles soient des produits situés aux pôles opposés du même processus, croissance du capital et augmentation du prolétariat constituent un tout.

Cependant, les formations sociales dominées par le capitalisme ne comportent pas que deux classes. Aux franges du capitalisme, survivent les déclassées (lumpen), dont une partie mène des activités illicites, voire se tourne le banditisme. Partout, le thème de « l’insécurité » sert de justification au renforcement de l’appareil coercitif de l’État qui est fondamentalement destiné à écraser le prolétariat. La prolongation du joug du capitalisme sur l’humanité a multiplié les forces de maintien de son ordre inégalitaire et exploiteur, sous forme de policiers, de militaires professionnels, de juges, de gardiens de prison, de vigiles de toutes sortes.

Entre bourgeoisie et prolétariat, se trouve la petite-bourgeoise traditionnelle des petits agriculteurs, des petits commerçants, des artisans, des artistes, des professions libérales qui ont en commun de travailler pour le marché tout en étant formellement indépendants. Ces couches sont globalement en déclin numérique, car ruinées pour la plupart par la concurrence du grand capital. Par contre, la concentration du capital, la croissance de la taille des entreprises ont entraîné le développement considérable de la petite-bourgeoisie salariée, constituée de la hiérarchie qui encadre les prolétaires.

Ces classes moyennes, anciennes ou modernes, ne peuvent guère jouer un rôle indépendant dans la lutte des classes. Ou bien elles restent les stipendiées -et les dupes- de la classe dominante, relayant en temps normal son hégémonie dans les médias, au sein des entreprises, à l’université, et jusque dans les organisations constituées par la classe ouvrière, par le biais des bureaucrates syndicaux, des parlementaires, des maires, etc. Dans certains cas, les couches moyennes exaspérées par la crise peuvent même, aux côtés des déclassés du lumpen, servir de base de masse aux bandes fascistes contre le prolétariat. Ou bien elles se rallieront au prolétariat quand celui-ci s’engagera hardiment dans la lutte pour le pouvoir.

Il revient à la classe ouvrière, de prendre le relais des tâches démocratiques inachevées, ce qui n’est possible qu’en accomplissant les premiers pas de la révolution socialiste. Elle ne peut faire aucune confiance à la bourgeoisie et à ses partis . Il faut à la classe ouvrière un outil pour prendre le pouvoir, un parti de type bolchevik dans chaque pays.

Toute politique de soumission du prolétariat d’un pays dominé à la bourgeoisie « nationale », tout « front unique anti-impérialiste », tout soutien politique à un parti bourgeois comme le PRD du Mexique, l’ANC d’Afrique du Sud, le PRD d’Indonésie est à ce titre une trahison.

A fortiori, dans les pays impérialistes, tout soutien électoral à une coalition bourgeoise de type « front populaire » ou à un candidat bourgeois comme Nader aux États-Unis ou Chirac en France, tout vote pour des partis comme les Verts, le PRG et le MDC est une trahison, commise par LO à plus d’une reprise, et par la LCR systématiquement.

 

L’ennemi est dans notre pays : le gouvernement ouvrier a pour première tâche la destruction de l’État bourgeois

 

Seule la classe ouvrière peut accomplir une révolution sociale. Elle ne peut le faire par la voie électorale. La bourgeoisie n’accepte jamais une quelconque menace sur sa place sociale, sa puissance économique, sans réagir en s’appuyant sur son État, voire sur des supplétifs fascistes.

C’est pourquoi le prolétariat ne saurait en appeler à l’État bourgeois contre les racistes et les fascistes. Non seulement les corps de l’État qui garantissent les rapports capitalistes d’exploitation, la justice, la police et l’armée bourgeoises fourmillent de complices de cette racaille, mais tous les dispositifs pris officiellement contre les « extrémismes » sont utilisés en pratique et au final contre les grèves, contre les manifestations de travailleurs, contre l’avant-garde ouvrière organisée. En réalité, la classe ouvrière et ses organisations ont la force de bâillonner les racistes et d’écraser le fascisme dans l’œuf sur les lieux de travail et dans la rue.

En aucun cas, le prolétariat ne doit être dupe des prétextes humanitaires des interventions de l’armée de son impérialisme. La bourgeoisie française, sa république, son armée, ont déjà sur les mains le sang de Marocains, de Malgaches, de Vietnamiens, d’Algériens, d’Irakiens et de nombreux peuples africains. En aucun cas, le prolétariat français ne doit se compromettre avec la bourgeoisie française et ses guerres impérialistes. Il ne doit pas davantage placer sa confiance dans des organismes impérialistes : OTAN, ONU, Union européenne.

Pour autant, les bolcheviks ne sont pas des pacifistes. La résistance des peuples opprimés aux agressions impérialistes est légitime. La classe ouvrière, la jeunesse, les immigrés, les organisations ouvrières ont le droit et le devoir de se défendre contre les bandes fascistes, les nervis patronaux, contre la police bourgeoise. Les masses ont besoin de piquets de grève, de milices ouvrières, de gardes rouges pour se défendre et remporter l’insurrection qui mettra à bas l’État bourgeois.

À cet égard, la guérilla contre les forces de la réaction est une stratégie nocive car elle se substitue à l’action des masses ; elle reflète forcément une orientation non prolétarienne.

Le terrorisme contre les travailleurs, considérés comme coupables des exactions de leur impérialisme est encore pire.  Il est totalement contre-révolutionnaire dans ses effets et toujours l’expression de forces sociales ennemies de la classe ouvrière.

Aujourd’hui, en France, les partis traditionnels de la classe ouvrière se coulent lamentablement dans le moule de la 5e République forgée par de Gaulle, pour de Gaulle, qu’ils condamnaient autrefois justement comme bonapartiste. C’est parce qu’ils sont depuis 1914 pour le Parti « socialiste », depuis 1933 pour le Parti « communiste » français, des partis ouvriers bourgeois, des organes de défense de la société bourgeoise et de son État, qu’ils servent ces institutions anti-démocratiques.

Le prolétariat a besoin des libertés démocratiques les plus larges. Il doit s’opposer à l’existence du Sénat, à la privation pour les travailleurs immigrés des droits politiques, aux pouvoirs discrétionnaires de la police et des services secrets, à la dictature potentielle que confère la 5e république au président.

Il ne s’agit en aucun cas d’opposer le parlementarisme, la démocratie bourgeoise, à la 5e République, au régime bonapartiste bâtard, comme le faisaient le PS et le PCF avant d’accéder au gouvernement, comme le font la LCR avec sa « 6e République » ou le PT avec sa « démocratie ». Quant à LO, elle est allée jusqu’à réclamer plus de police, comme la prétendue « Gauche socialiste » du PS et le PCF.

Demander plus de police revient à renforcer l’État de la bourgeoisie contre la classe ouvrière. Revendiquer une « 6e république » est l’inscrire dans la filiation de cinq républiques bourgeoises, dans le droit fil des massacreurs de la Commune de Paris de la 3e République et des fusilleurs d’ouvriers de la 3e, 4e et de la 5e. Revendiquer la démocratie, c'est-à-dire la démocratie bourgeoise, revient à défendre le régime parlementaire de la 4e République, tout aussi anti-ouvrier que la 5e et agent de plusieurs guerres coloniales ignobles.

Toutes ces orientations réformistes sont en fait contre-révolutionnaires. Elles permettraient de dresser, en cas d’offensive révolutionnaire du prolétariat, le parlementarisme  comme ligne de défense de la société bourgeoise, de son État. C’est ce qu’ont fait plus d’une fois les partis traîtres au nom de la démocratie : le SPD en Allemagne en 1918 et 1945 ; la SFIO et le PCF en France en 1936, en 1944, en 1968 ; le PCE et le PSOE en Espagne en 1936 et en 1975 ; le PSI et le PCI en Italie en 1944 et le PCI en 1969 ; le Parti travailliste en Grande-Bretagne en 1945 et 1970 ; le PSB et le PTB en Belgique en 1944 et 1961 ; le PSC et le PCC au Chili en 1971…

La « démocratie » ou la « 6e République » sont des mots d’ordre bourgeois qui s’opposent par nature aux organes soviétiques, émanant de la classe ouvrière et de la population travailleuse (comités de grève, conseils, organe central des comités élus), au gouvernement ouvrier, au pouvoir des travailleurs.

Seul un gouvernement émanant de la classe ouvrière peut exproprier le capital. Car il faut s’appuyer sur le prolétariat et les masses exploitées et opprimées, les armer, pour pouvoir abattre les institutions de la république bourgeoise, son corps de hauts fonctionnaires, pour détruire le noyau répressif de l’État bourgeois, sa police, son armée, ses services secrets.

Le gouvernement ouvrier instaurera l’État à bon marché, où chaque élu ou élue ne touchera pas plus qu’un ouvrier qualifié. Le pouvoir des conseils sera celui de l'immense majorité, où tout(e) élu(e) sera révocable à tout instant. À la 5e République bourgeoise, il faut opposer la république ouvrière et socialiste, telle que l’a esquissée la Commune de Paris en 1871, telle que l’a incarnée en octobre 1917 le congrès panrusse des soviets. L’État ouvrier est ainsi un État qui commence à dépérir. Pour parvenir à l'abolition définitive des classes et donc à la disparition de l’État, il faut atteindre le stade d’abondance du socialisme.

Mais le socialisme ne saurait se développer à l’intérieur des frontières d’un seul État actuel, surtout dans un continent aussi découpé que l’Europe. La survie du pouvoir ouvrier dans un pays comme la France et le développement des forces productives dépendront de la formation des États-Unis socialistes d’Europe. Il faut construire une Internationale ouvrière révolutionnaire.

 

Le socialisme ne peut triompher qu’à l’échelle mondiale

 

Octobre 1917 est la seule fois où le prolétariat a pris dans ses mains le pouvoir à l’échelle de tout un pays, la Russie, grâce à l’existence d’un parti ouvrier révolutionnaire, internationaliste, marxiste, le Parti bolchevik de Lénine. Pour le Parti bolchevik, il s’agissait du premier acte de la révolution socialiste mondiale, le pays arriéré ayant besoin de la collaboration des gouvernements ouvriers des pays capitalistes les plus avancés, au premier chef l’Allemagne, pour développer harmonieusement les forces productives et prétendre construire le socialisme. Pour cela, Lénine, Trotsky, Zinoviev et Boukharine créèrent la 3e internationale ouvrière, l’Internationale communiste.

Les puissances capitalistes de la France, des États-Unis, du Japon, de la Grande-Bretagne, qui avaient déchaîné la boucherie sanglante de la Première guerre mondiale, tentèrent, avec les armées de la terreur blanche, tsariste et antisémite, d’écraser la révolution ouvrière. L’Armée rouge conduite par Trotsky, l’éclatement de révolutions en Europe centrale, sauvèrent la république des soviets.

Mais la poussée révolutionnaire en Europe, allant jusqu’à l’éclatement de révolutions en Allemagne, en Hongrie, en Italie, fut contenue par la bourgeoisie avec l’aide active des partis réformistes, qui avaient déjà trahi la classe ouvrière en soutenant chacun sa bourgeoisie en 1914, en participant à « l’Union sacrée ». Ce qui a manqué à la révolution européenne, ce sont des partis révolutionnaires expérimentés, délimités des réformistes, des chauvins, des révisionnistes. Ce qui a manqué est un parti de type bolchevik.

L’isolement de l’URSS et l’épuisement du prolétariat russe ont permis à la bureaucratie de l’État et du parti de s’émanciper de tout contrôle et de consolider son pouvoir en 1924 sous la conduite d’un dirigeant bolchevik de second ordre, Staline. La bureaucratie cachait ses avantages matériels derrière l’utopie nationaliste du « socialisme dans un seul pays ». La contre-révolution politique en URSS ne pouvait manquer d’entraîner la dégénérescence de l’Internationale communiste, la destruction du Parti bolchevik.

La domination d’une couche petite-bourgeoise sur le premier État ouvrier était fondamentalement instable. La bureaucratie n’était pas une nouvelle classe exploiteuse instaurant un nouveau mode de production, ni une bourgeoisie ayant rétabli le capitalisme. Le sort de l’URSS dépendait de la lutte mondiale entre les classes sociales fondamentales. Soit le prolétariat d’URSS renversait la caste bureaucratique par une révolution politique, et le pouvoir ouvrier était restauré, soit la pression impérialiste aboutissait à la liquidation de ce qui restait des conquêtes d’Octobre : la collectivisation des moyens de production, l’emploi pour tous, le plan, le monopole du commerce extérieur…

Face à la guerre froide, à l’offensive de l’impérialisme américain qui visait à son renversement et au rétablissement du capitalisme, la bureaucratie du Kremlin a étendu la collectivisation des moyens de production à l’Europe centrale. Dans des circonstances exceptionnelles et en s’appuyant sur l’existence de l’URSS, à plusieurs reprises, des directions de mouvements de guérilla sont allés plus loin qu’ils en avaient l’intention dans la rupture avec la bourgeoisie, en Albanie, en Yougoslavie, au Vietnam, en Corée du Nord, en Chine, à Cuba. Ils ont exproprié le capital, ils ont instauré des États ouvriers, déformés d’emblée, car calqués sur le modèle de l’État ouvrier dégénéré. Par conséquent, dans aucun de ces pays, la classe ouvrière n’a exercé le pouvoir. Il a été confisqué par des bureaucraties staliniennes, conservatrices et privilégiées constituées par des appareils d’origine stalinienne ou castriste.

La classe ouvrière a plusieurs fois affronté la bureaucratie qui usurpait le pouvoir en son nom. À plusieurs reprises la perspective de la révolution politique s’est esquissée : en Allemagne en 1953, en Hongrie et en Pologne en 1956, en Tchécoslovaquie en 1968, en Pologne en 1971, en Pologne en 1980, en Allemagne en 1989, en Chine en 1989. Mais il a manqué des partis ouvriers révolutionnaires, il a manqué une internationale ouvrière révolutionnaire. La direction Pablo-Mandel  de la 4e Internationale a capitulé devant la bureaucratie stalinienne à partir de 1950. La direction Lambert de la section française qui avait initialement résisté à ce révisionnisme s’est alignée en 1980 sur la direction cléricale et restaurationniste du syndicat polonais Solidarność.

Dramatiquement, la continuité avec Octobre 1917 a été brisée en URSS même. Plus elle se développait, plus l’économie de l’URSS avait besoin de s’insérer dans l’économie mondiale. À partir des années 1980, dans un contexte de reculs de la classe ouvrière mondiale, en particulier des prolétariats des centres impérialistes, l’impérialisme a accentué sa pression militaire, économique, politique et diplomatique sur une URSS affaiblie par la course aux armements et la gestion bureaucratique de l’économie.

Dans l’impasse, craignant par dessus tout la révolution ouvrière, la bureaucratie russe sous Gorbatchev a capitulé devant l’impérialisme américain et s’est engagée dans la voie capitaliste. L’URSS a éclaté en 1991 et Eltsine a liquidé les dernières conquêtes d’Octobre. La réunification allemande s’est faite sous l’égide de l’Allemagne capitaliste, le capitalisme a été restauré en Europe centrale.

La Yougoslavie a éclaté à cause des prétentions de la fraction serbe de la bureaucratie à muter, au mépris des minorités nationales, en bourgeoisie de toute la fédération. Mais cette mutation n’était possible que par la force et surtout était fonction du soutien ou non du camp des puissances impérialistes : France, Allemagne, Grande-Bretagne, États-Unis. La concurrence entre ces pays joua à plein, les vieilles alliances historiques se reconstituant pour et par la marche à la guerre entre, d’un côté les fractions croate et slovène et de l’autre la partie serbe. La restauration du capital en Yougoslavie se fit par l’écrasement des peuples des Balkans (croate, serbe, bosniaque et kosovar). De 1991 à 2000, les impérialismes se sont affrontés, contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, par le biais des fraction rivales de l’ex-bureaucratie devenues bourgeoisies nationales. Ils n’ont pas hésité à intervenir contre les mauvais élèves refusant d’être des valets (Milosevic et sa clique) en bombardant la Serbie et le Kosovo au printemps 1999. Aujourd’hui, les armées des impérialismes dirigés par les États-Unis occupent la Bosnie, le Kosovo et surveillent toutes les frontières de l’ex-Yougoslavie.

En Russie, en Ukraine, en Géorgie, la santé et l’enseignement publics sont laminés, le banditisme et l’alcoolisme ravagent le pays, le prolétariat a renoué avec le chômage, l’Église orthodoxe est rétablie dans ses privilèges.

Le rétablissement du capitalisme dans le seul pays où la classe ouvrière avait pris le pouvoir renforce l’arrogance de l’impérialisme, qui se croit les mains libres pour régner sur le monde entier.

Cette défaite historique désoriente partout la classe ouvrière, accélère la dégénérescence des directions traditionnelles du mouvement ouvrier, fait évoluer vers le chauvinisme et l’opportunisme les formations révisionnistes du programme de la 4e Internationale, comme en France LO, la LCR, le PT. ..

La disparition de l’URSS amenuise les marges de manœuvre des bourgeoisies des pays dominés et les possibilités de lutte des organisations nationalistes petites-bourgeoises des peuples opprimés. Il n’y aura plus, dans ces conditions, de révolutions incomplètes menées par des directions petites-bourgeoises. Au contraire, le rétablissement du capitalisme en Russie et en Europe centrale déstabilise les États ouvriers qui subsistent. La Corée du Nord est exsangue. La Chine, Cuba, le Vietnam sont au bord de la restauration capitaliste.

Jusqu’au bout, le prolétariat mondial doit défendre les conquêtes révolutionnaires qui subsistent dans ces pays contre les pressions militaires des impérialismes, au premier chef américain, les appétits des grands groupes capitalistes du monde entier, les tendances restaurationnistes de leur bureaucratie.

La seule voie est que le prolétariat chasse la caste stalinienne usurpatrice et instaure le pouvoir ouvrier dans ces États ouvriers déformés, et renverse le capitalisme par la révolution socialiste dans les autres pays. Il faut construire une internationale ouvrière révolutionnaire.

 

L’unité des rangs des travailleurs pour les revendications prépare le pouvoir ouvrier

 

L’accusation capitale que les bolcheviks lancent contre les organisations traditionnelles du prolétariat est le refus de se séparer de la bourgeoisie. Comme le prouvent les expériences répétées en France (1936, 1944, 1981, 1997) et d’autres pays, il ne peut émaner d’une alliance politique avec les représentants de la bourgeoisie qu’un programme bourgeois, un programme qui ménage les rapports d’exploitation capitalistes et préserve l’État bourgeois.

Les partis ouvriers traditionnels, qu’ils soient issus de la social-démocratie ou du stalinisme, trahissent depuis des décennies le prolétariat. À l’ouverture de la Première guerre mondiale, les partis de la 2e Internationale ont préféré « l’union sacrée » à l’internationalisme prolétarien et se sont enfoncés depuis dans la collaboration de classes la plus vile. En 1934, les partis de la 3e Internationale ont épousé ouvertement le menchevisme avec la stratégie des fronts populaires qui ont conduit à l’étouffement de la grève générale en France et à une sanglante défaite de la révolution en Espagne. Faute de pouvoir pratiquer des coalitions, les staliniens ont recouru à des variantes de la soumission à la bourgeoisie, en soutenant Roosevelt aux États-Unis ou en entrant dans l’ANC en Afrique du Sud.

Depuis le rétablissement du capitalisme en Russie, les partis ouvriers bourgeois renient avec soulagement la référence au socialisme qui, en période plus favorable au prolétariat mondial, servait de feuille de vigne à leur subordination au capitalisme. Ils combattent activement pour la subordination de la classe ouvrière à la bourgeoisie, en pratiquant directement le « social-libéralisme », en soutenant des partis « écologistes », « progressistes », « républicains », « antifascistes » ou encore en participant à des coalitions contre-révolutionnaires baptisées « Front populaire », « Union de la gauche », « Unité populaire », «L’Olivier », « Gauche plurielle », etc.

Quant aux directions syndicales :

Soit elles cautionnent les coalitions des partis réformistes avec des partis bourgeois (un exemple particulièrement scandaleux de capitulation syndicale de ce type a été en 1982 la décision de la direction PCI de l’UNEF de participer à la cogestion à l’université, sous prétexte que le gouvernement bourgeois incluait le PS) ;

Soit elles pratiquent elles-mêmes à leur compte de telles politiques (par exemple, la direction social-démocrate de l’AFL-CIO des États-Unis soutient financièrement et électoralement le Parti démocrate) ;

Soit elles affichent une pseudo neutralité entre partis ouvriers et partis bourgeois (comme la direction de FO en France, qui tolère une fraction RPR au sein du syndicat, qui refuse, comme la direction de la CGT ou celle de la FSU, d’appeler à voter pour les partis ouvriers contre les partis bourgeois aux élections).

La question des alliances de collaboration de classe, des fronts populaires, est la question principale de la stratégie prolétarienne de notre époque. Elle offre aussi le meilleur critère pour différencier le bolchevisme du réformisme et du centrisme.

Un gouvernement constitué par un ou des partis ouvriers bourgeois sur un programme bourgeois, renforçant l’État bourgeois, défendant à l’intérieur comme à l’extérieur les intérêts de sa classe bourgeoise, est un gouvernement bourgeois. Sont de ce genre les gouvernements travaillistes de Grande-Bretagne comme celui de Blair. A fortiori, un gouvernement des partis réformistes avec des représentants de la bourgeoisie. Étaient ou sont clairement des gouvernements bourgeois : le gouvernement dirigé par Prodi en Italie, le gouvernement dirigé par Jospin en France, le gouvernement dirigé par  Schröder en Allemagne.

À de tels gouvernement, les bolcheviks n’accordent aucun soutien. Les bolcheviks « n’exigent » pas que ces gouvernements de capitalistes cessent d’être impérialistes, contrairement à ce que font les centristes du mouvement ouvrier, comme en France la LCR, LO, le PT, PO, SPEB, le GLC… L’éloignement du trotskysme de la direction lambertiste de l’ex-PCI français fut manifeste après 1981 avec la formule : « un gouvernement à la croisée des chemins ». Les bolcheviks démontrent le caractère entièrement mensonger des promesses de tout gouvernement bourgeois, ils démasquent les partis pourris qui les appuient et y participent.

Les bolcheviks opposent à tout gouvernement bourgeois et à la collaboration de classes, la perspective d’un gouvernement ouvrier, comme appellation populaire de la dictature du prolétariat. Le front unique ouvrier ne prend son sens que dans la perspective du gouvernement ouvrier. Certains centristes jurent volontiers par la politique du front unique, mais ils la vident de tout contenu révolutionnaire, en substituant des combinaisons parlementaires au combat pour le gouvernement ouvrier.

Or, le front unique n’est pas un « principe suprême », n’est pas une « stratégie », mais une tactique visant à mobiliser les masses en tenant compte du fait qu’elles restent sous l’influence des directions traîtres. Le but du « front unique ouvrier » ou de « l’alliance ouvrière » est d’énoncer -et de faire, si possible- ce qui est nécessaire pour gagner, pour que dans l’action, les masses s’affrontent aux directions traîtres, reprennent à leur compte les mots d’ordre et le programme révolutionnaires, adhèrent à la nécessité du parti ouvrier révolutionnaire. La mobilisation des masses fera émerger des formes de double pouvoir, des organismes élus par les travailleurs, qui constitueront une alternative au gouvernement bourgeois, aux institutions bourgeoises, chambres parlementaires comprises.

La tactique du front unique ouvrier part du fait que la majorité des militants ouvriers reste sous l’emprise des appareils réformistes. Il s’agit en s’appuyant à chaque moment sur la situation concrète de la lutte des classes et les impératifs de la lutte, de proposer une politique qui rompe avec la bourgeoisie et dresse la classe ouvrière et ses organisations face à la classe dominante et à son État. Pour des raisons semblables, les bolcheviks sont parfois conduits à appeler à voter pour des candidats des partis réformistes dans des élections, mais jamais pour un représentant politique de la bourgeoisie.

Le combat pour l’unité des organisations ouvrières est assujetti à un critère bien plus élevé, l’unification de l’avant-garde prolétarienne sur la base d’une politique marxiste intransigeante. En particulier, une organisation révolutionnaire qui en a les moyens politiques et financiers ne peut renoncer à présenter aux élections ses candidats contre ceux des partis faillis. Un pas décisif de l’ex-PCI dans l’opportunisme a commencé avec le soutien à Mitterrand dès le premier tour de l’élection présidentielle de 1981.

De même, tout en avançant leur programme, en édifiant un nouveau parti, les bolcheviks exigent de toutes les organisations qui parlent au nom des travailleurs, de tous les courants du mouvement ouvrier, qu’ils rompent politiquement avec la bourgeoisie et entrent dans la voie du pouvoir des travailleurs. S’ils peuvent avancer à certains moments le mot d’ordre de gouvernement PS-PCF, les bolcheviks ne sont pas le « parti du gouvernement PS-PCF » et ne le font pas découler d’une majorité relative à l’Assemblée nationale de la 5e république. Le mot d’ordre de gouvernement ouvrier est un mot d’ordre anti-bourgeois et anticapitaliste, et non une perspective « démocratique » qui reposerait sur une majorité parlementaire du Parti socialiste et du Parti communiste français. La tactique de front unique ouvrier s’applique certes aux élections (y compris en cas de présentation de candidats sur la base du programme communiste révolutionnaire, puisque, en France, le scrutin est à deux tours). Mais elle n’a rien de spécifiquement électorale, elle n’est en aucun cas électoraliste.

La revendication adressée systématiquement aux vieilles directions : « Rompez avec la bourgeoisie ! Prenez le pouvoir ! » n’a rien à voir avec le crétinisme parlementaire. Elle reste un instrument important pour dévoiler le caractère traître des réformistes de toute sorte. Toute atténuation de la critique des appareils sous le prétexte de faciliter le front unique servirait à affaiblir le poids de l’avant-garde que les bolcheviks veulent regrouper, la désarmer. Or, la question décisive est le regroupement de l’avant-garde ouvrière dans un parti.

 

Les syndicats ne peuvent pas être laissés aux mains des agents de la bourgeoisie

 

L’offensive de la bourgeoisie contre tous les acquis arrachés antérieurement, le sort qu’elle entend faire subir aux nouveaux prolétaires, rendent plus que jamais nécessaires des organisations permanentes qui rassemblent l’ensemble des travailleurs salariés pour se défendre collectivement face à l’employeur et à l’ensemble des patrons. La bourgeoisie a d’autant plus besoin de complicités au sein du mouvement ouvrier. Pour cela, et elle en a particulièrement les moyens dans les pays impérialistes, elle corrompt et intègre les appareils politiques et syndicaux du mouvement ouvrier, par la participation et les subsides.

Les travailleurs ne disposent pas aujourd’hui de véritables syndicats. Un syndicat ouvrier est une organisation qui se donne pour objectif de lutter contre le capital pour améliorer la situation des travailleurs, qui participe à la lutte révolutionnaire pour renverser la bourgeoisie, qui participera à l’organisation de l’économie sur une base socialiste. Ni en France, ni dans le reste du monde, il n’existe aujourd’hui une organisation de ce type.

En France, on ne compte pas moins de sept confédérations, officiellement « représentatives » (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC) ou en gestation (G10, UNSA).

La Confédération générale du travail est fondée en 1895, sous direction anarchiste. Sa direction Jouhaux trahit pour l’Union sacrée en 1914. La bureaucratie réformiste exclut son aile révolutionnaire en 1921, qui forme la CGTU. La CGTU passée sous contrôle stalinien et la CGT réformiste se réunifient en 1936 sur la base de l’appartenance à la coalition de Front populaire. En 1939, la direction Jouhaux exclut de nouveau l’aile stalinienne. En 1940, la direction Jouhaux fait allégeance à Pétain. Mais le régime de Vichy met en place la Charte du Travail (sous l’égide d’un ancien dirigeant CGT, Belin) : Jouhaux rompt alors avec Pétain en compagnie de la CFTC. En 1943, les deux fractions de la CGT se réunifient sur une base social-patriote. La CGT atteint son zénith à la Libération, les staliniens y deviennent nettement majoritaires. Les deux ailes soumettent le syndicat à la reconstruction du capitalisme français.

En 1947, à l’ouverture de la guerre froide, les réformistes scissionnent la CGT pour fonder FO, avec l’aide de l’État bourgeois et de la direction confédérale américaine AFL-CIO. La fédération CGT de l’enseignement, la FEN, maintient son unité et reste autonome des deux confédérations (CGT et CGT-Force ouvrière). La FEN scissionne finalement en 1992. Elle exclut l’aile contrôlée par le PCF, qui se transforme en FSU. L’aile dirigée par le PS lance l’UNSA, avec le renfort d’un syndicat autonome de policiers (la FASP).

À partir de 1988, la LCR lance les syndicats SUD, à partir de forces exclues de la CFDT. En 1993, avec d’autres syndicats autonomes, dont le SNUI de l’administration des impôts, les SUD constituent le « Groupe des dix ».

Des anarchistes tentent de faire vivre un syndicat qui leur est propre, la CNT.

Toutes les organisations syndicales ne sont pas nées de l’initiative d’un courtant du mouvement ouvrier.

Dès l’apparition de la CGT, révolutionnaire et anticléricale, l’Église catholique encourage en contre-feu des syndicats chrétiens, qui se rassemblent en 1919 sous le nom de Confédération française des travailleurs chrétiens.

La CFTC prend en 1964 le nom de CFDT, mais une minorité se maintient sous l’appellation ouvertement cléricale.

En 1944, naît une organisation syndicale séparant les « cadres » des salariés de base, la CGC. Ce vocable de cadres est une mystification qui mélange des salariés qui ont une autorité hiérarchique (et n’appartiennent pas à la classe ouvrière) avec des travailleurs très qualifiés sans délégation du capital sur le travail. La CFE-CGC défend les privilèges de la hiérarchie, en récompense de son rôle de relais du capital.

À toutes les confédérations, il faut ajouter de nombreuses organisations « autonomes » qui isolent les travailleurs de telle ou telle catégorie ou entreprise de leurs sœurs et frères de classe

Toutes les organisations syndicales sont, d’une manière ou d’une autre, actuellement sous le contrôle de la classe ennemie, des exploiteurs. La bourgeoisie peut miser sur la couardise et la corruption des directions réformistes pour mener ses assauts, en même temps qu’elle s’appuie sur des organisations syndicales étrangères au mouvement ouvrier, comme la CFDT, la CFTC et la CGC en France.

Cependant, tourner le dos aux syndicats revient à abandonner les syndicats aux appareils, revient à renoncer au combat contre les directions traîtres du mouvement ouvrier. Les bolcheviks rejoignent les organisations syndicales telles qu’elles existent dans leur secteur de travail, en priorité dans celles qui sont issues de la CGT (CGT, FO, FSU, UNSA-Education). Quand ils sont en formation, les jeunes militants adhèrent à l’UNEF.

Le Groupe bolchevik condamne clairement ceux qui ajoutent à la division syndicale, qui constituent de syndicats supplémentaires, comme les anarchistes avec leur CNT, comme le PT scissionnant l’ex-FEN pour fonder des syndicats enseignants FO, comme la LCR créant les SUD. La division syndicale n’a rien à voir avec le léninisme ni le trotskysme : pas de parti avec les chauvins et les opportunistes, mais un seul syndicat ! En France, à l’émiettement des organisations syndicales, les bolcheviks opposent la perspective d’une CGT indépendante, réunifiée, unique, avec droit de tendance.

L’objectif des bolcheviks n’est pas d’occuper des responsabilités syndicales octroyées par l’appareil et encore moins de bénéficier de privilèges. Sous le contrôle de leur cellule et de la cellule centrale, les militants doivent gagner avant tout la confiance et le soutien de la base du syndicat et, plus largement, de leurs camarades de travail ou d’études. Sur cette base, les bolcheviks s’efforceront de constituer des noyaux communistes au sein des lieux de travail et de regrouper plus largement les travailleurs en tendances lutte de classe. Ils ne peuvent postuler à des responsabilités syndicales que si elles reflètent la confiance de travailleurs du rang.

Un des résultats de la soumission des appareils aux besoins de la bourgeoisie est le considérable affaiblissement de toutes les organisations ouvrières. Sans une orientation de lutte de classe, les syndicats tendent à être domestiqués, intégrés au pouvoir d’État. Si la nature sociale des appareils traîtres du mouvement ouvrier est petite-bourgeoise, la politique des partis ouvriers dégénérés et les appareils syndicaux est fondamentalement bourgeoise. La bureaucratie réformiste est une menace pour l’existence même des syndicats ouvriers.

 

Pour une CGT réunifiée et lutte de classe

 

Les bolcheviks combattent pour l’indépendance de classe vis-à-vis du patron et du pouvoir d’État, pour la rupture avec la bourgeoisie dans toutes les formes concrètes nécessaires. Au « syndicalisme de proposition », aux accommodements, compromissions et trahisons des directions bureaucratiques, les marxistes révolutionnaires opposent les revendications conformes aux intérêts d’ensemble du prolétariat. Ils cherchent à aider les masses, dans le processus de leur résistance quotidienne à l’exploitation et dans les conflits ouverts, à trouver le pont entre leurs besoins immédiats et la révolution socialiste. Le Groupe bolchevik se démarque des faux « trotskystes », de tous les révisionnistes du programme de la 4e internationale, qui capitulent envers les appareils : le PT devant la direction de FO, la LCR et LO devant celles de la FSU et de la CGT.

Face à la politique de trahison constante de toutes les directions syndicales actuelles, les bolcheviks défendent une ligne classe contre classe. Il ne saurait y avoir une orientation dans le syndicat différente de l’orientation politique d’ensemble, de la lutte pour le gouvernement ouvrier, pour le socialisme. Il n’y a pas deux programmes, un pour le parti, un pour le syndicat. Les bolcheviks avancent un programme de revendications transitoires qui partent des conditions objectives pour aboutir invariablement à une seule et même conclusion : la classe ouvrière doit prendre le pouvoir.

Pour cela, les bolcheviks se battent pour la démocratie dans le syndicat, car elle permet aux travailleurs d’examiner les différentes positions et de se prononcer. Sans démocratie ouvrière, seule la politique de l’appareil peut s’exprimer dans le syndicat et les assemblées générales.

La rénovation des syndicats ne se fera pas à froid, en dehors du mouvement révolutionnaire des masses, car il faudra briser les appareils corrompus et conservateurs qui contrôlent et affaiblissent les syndicats. Ouverts normalement par nature à l’ensemble des salariés, les syndicats ne peuvent pas remplacer le parti révolutionnaire. En outre, les plus étendus n’organisent qu’une partie du prolétariat, et souvent sa fraction la plus qualifiée et la mieux payée. Ne regroupant qu’une partie des travailleurs, en particulier en France, les syndicats ne sont pas l’embryon de la dictature du prolétariat, qui ne peut s’exercer qu’au travers des conseils beaucoup plus larges.

À chaque fois qu’une lutte s’engage, les militants bolcheviks proposent et soutiennent les formes autonomes d’organisation, des organes soviétiques ou pré-soviétiques de combat qui embrassent des masses plus amples : piquets, assemblées générales, comités de grève élus et révocables, comité central de grève, etc.

 

Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire

 

Dès que le capitalisme est apparu au sein des formations sociales d’Europe occidentale, il a engendré le prolétariat moderne.

L’exploitation des travailleurs salariés est la source de la survaleur que s’approprie la bourgeoisie et qui lui permet d’accumuler. La classe ouvrière a crû avec les autres forces productives, au fur et à mesure que le capitalisme a supplanté les modes de production précédents.

En poursuivant sa tâche historique d’unification de l’économie mondiale sur la base d’un développement sans précédent de la technique, le mode de production capitaliste a engendré son fossoyeur. Sa contradiction fondamentale est l’antagonisme grandissant entre le maintien de la propriété privée des moyens de production et le caractère de plus en plus social de la production. Par sa place dans les rapports de production, le prolétariat est l’acteur historique qui peut renverser les rapports de propriété capitalistes pour libérer les forces productives.

Certes, le prolétariat n’est au début qu’une force d’appoint aux côtés de la bourgeoisie et de la démocratie petite-bourgeoise contre le féodalisme, la monarchie et l’Église. Mais la lutte de classes moderne oppose peu à peu les travailleurs salariés à la bourgeoisie, car les rapports sociaux de la production capitaliste contraignent le prolétariat à défendre ses propres intérêts. À partir de 1848 en France, la classe ouvrière entreprend à son propre compte un combat qui ne se borne plus à la lutte pour la démocratie. Ce mouvement pratique contre la classe capitaliste est la source de la constitution de sa conscience de classe. Les premières organisations collectives de solidarité ouvrière et de défense contre l’exploitation, syndicats et partis politiques se réclamant du prolétariat, sont nourris de la méfiance à l’égard de la classe exploiteuse, voire de l’action contre elle.

L’idée du socialisme précède l’apparition du prolétariat sur la scène de l’histoire. Mais il ne pouvait alors que demeurer une utopie. Dès que la nouvelle classe exploitée combat pour elle-même, elle se dote d’une conscience de classe embryonnaire. Celle-ci est renforcée par le ralliement d’intellectuels à l’avant-garde des travailleurs.

Au contact des prolétaires révolutionnaires en France, puis au sein d’une petite organisation internationale d’avant-garde d’ouvriers artisanaux allemands, la Ligue des communistes, Marx et Engels ont commencé à élaborer ce que l’histoire a baptisé « marxisme ». Ils ont cherché à doter le mouvement ouvrier de la méthode de la dialectique matérialiste, d’une compréhension des lois de l’histoire, de l’analyse de l’économie capitaliste, d’une politique conforme à ses intérêts.

Le caractère scientifique du marxisme procède d’une prise de parti, celui de la classe ouvrière. En effet, celle-ci est la seule à avoir intérêt à comprendre la société capitaliste. Au contraire, la bourgeoisie pense le capitalisme comme naturel, et non historique.

Surtout, une fois qu’elle a triomphé des anciennes classes exploiteuses et qu’elle est confrontée elle-même à la menace de la révolution, la bourgeoisie éprouve moins d’intérêt à dévoiler les mécanismes qui expliquent les phénomènes de l’histoire, de la société et de l’économie. Les savoirs qui sont élaborés dans ces domaines restent partiels et soumis au cadre d’ensemble de l’idéologie dominante. Seul le marxisme rend possible la percée vers une science véritable de la société humaine.

En outre, devenue une classe historiquement réactionnaire, la bourgeoisie recourt de plus en plus à la religion comme opium du peuple et tend à régresser elle-même dans l’obscurantisme et la superstition.

Élaboré sur la base des acquis de la bourgeoisie ascendante et de l’expérience du mouvement ouvrier, le marxisme est la théorie en développement permanent qui permet la compréhension du mode de production capitaliste et qui guide la lutte pour le communisme.

Ce fut le rôle historique de la 1e Internationale ouvrière, l’Alliance internationale des travailleurs fondée en 1864, de sélectionner le marxisme contre le mutuellisme apolitique et antigrève de Proudhon, contre le socialisme étatique de Lassalle pactisant avec Bismarck, contre le réformisme embourgeoisé des directions syndicales britanniques et contre l’anarchisme manipulateur et individualiste de Bakounine. La Commune de Paris a donné en 1871 la réponse à la question de la forme que devait prendre la domination politique de la classe ouvrière.

Ensuite, la croissance du prolétariat a permis l’apparition d’organisations regroupant des centaines de milliers de travailleurs, unis dans la 2e Internationale, l’Internationale ouvrière, dont la direction, celle du SPD allemand, se réclamait officiellement du marxisme.

 

Sans un parti ouvrier révolutionnaire, pas de révolution victorieuse

 

Cependant, tout en menant un travail d’organisation, d’éducation et de lutte électorale, l’Internationale ouvrière et les partis de la social-démocratie censuraient le marxisme sur la question de la dictature du prolétariat. Dans les puissances coloniales qui pillaient le monde entier, une « aristocratie ouvrière » -relativement aisée par rapport à la masse des prolétaires- devenait patriote et adoptait le point de vue de sa classe dominante. Une forte pression s’exerçait sur les travailleurs devenus permanents des syndicats, ainsi que sur les députés et les maires travaillistes ou socialistes (qui étaient souvent, à l’origine, avocats, professeurs ou médecins).

Au sein des partis socialistes et de la 2e Internationale, cela se traduisit par des conflits sur le « ministérialisme » (la participation de dirigeants socialistes à des gouvernements bourgeois), le « révisionnisme » (la confection d’une idéologie adéquate à la pratique réformiste), la justification du colonialisme et la lutte contre la guerre. Le centre « orthodoxe » (A. Bebel, K. Kautsky) rejetait officiellement la révision du marxisme et mollement le ministérialisme de l’aile droite. En fait, après la révolution russe de 1905, la direction internationale devient plus agressive envers l’aile gauche. Cette aile, représentée par R. Luxemburg, F. Mehring, A. Pannekoek, H. Gorter, V. Lénine, I. Martov, L. Trotsky, D. Blagoev, G. Dimitrov… n’était pas organisée.

Les prémisses objectives de la révolution prolétarienne ne sont pas seulement mûres : elles ont commencé à pourrir. L’avènement de la période impérialiste a confronté l’humanité à l’alternative  socialisme ou barbarie. La barbarie esquissée dans les conquêtes coloniales se manifesta sur le sol des pays avancés avec la boucherie déclenchée par les rivalités entre impérialismes en 1914. La plupart des organisations ouvrières, dont les principales sections de la 2e internationale, trahirent et sombrèrent dans l’union sacrée. En France, la vague chauvine de 1914 emporta tant le parti politique PS-SFIO que la confédération syndicale CGT.

En Europe de l’est, une poignée d’organisations s’y opposa. Il s’agissait de petits partis affiliés à la 2e Internationale, mais déjà séparés de fait des opportunistes locaux (fraction bolchevik du POSDR en Russie, fraction des « étroits » du Parti social-démocrate ouvrier en Bulgarie et SDKPIL en Pologne). Tirant le bilan de la trahison de la 2e Internationale, le Parti bolchevik affirma dès 1914 la nécessité de délimiter une nouvelle internationale, la troisième, clairement et fermement révolutionnaire, sans hésiter à préconiser la défaite de son propre impérialisme pour hâter la révolution.

Octobre 1917 répondit à l’impasse historique du capitalisme, que manifestait la guerre mondiale et qu’allait confirmer la grande crise économique de 1929.

La révolution triompha parce que le prolétariat russe avait à l’époque une direction politique correspondant à ses tâches historiques. La révolution d’Octobre 1917 reposa sur la majorité que le Parti bolchevik avait conquise dans les soviets, véritables parlements ouvriers. Pour la première fois, la classe ouvrière conquit le pouvoir à l’échelle de tout un pays.

Mais le prolétariat russe fut saigné par l’effort nécessaire pour faire face à la réaction tsariste et aux interventions de tous les impérialismes, dont la République parlementaire française. Pour Lénine et Trotsky, comme pour Luxemburg, le sort de la patrie d’Octobre dépendait entièrement de la victoire de la révolution mondiale. S’appuyant sur la révolution des soviets, la direction du Parti bolchevik engagea le combat pour la construction de partis révolutionnaires dans tous les pays et proclama en 1919 la 3e Internationale pour laquelle elle s’était prononcée dès 1914.

 

La 4e Internationale a sauvé et enrichi l’héritage du bolchevisme

 

Mais l’immaturité des jeunes partis communistes et la trahison des partis réformistes ne permirent pas à la révolution qui avait éclaté en Allemagne, en Italie, en Hongrie, en Finlande, en Pologne et en Bulgarie de vaincre ; ces défaites isolèrent l’URSS économiquement retardée, culturellement arriérée, dévastée par les guerres. Elles y démoralisèrent le prolétariat et renforcèrent le corps des fonctionnaires de l’État et du parti. Cette bureaucratie chercha à échapper à tout contrôle, se mit à défendre ses privilèges : pour cela, elle conquit le parti et l’État à la mort de Lénine, en défaisant dans une véritable contre-révolution thermidorienne l’aile gauche du parti. Le prolétariat fut dès lors exproprié du pouvoir politique.

La victoire de la bureaucratie conservatrice, chauvine et privilégiée entraîna la faillite de la 3e Internationale, devenue à partir des années 1930 un instrument aux mains de la bureaucratie stalinienne. En retour, les nouvelles défaites renforcèrent l’emprise totalitaire de l’appareil réactionnaire sur l’URSS. Les partis stalinisés rejoignirent politiquement la social-démocratie, ils passèrent à leur tour du côté de l’ordre bourgeois.

C’est en tirant les leçons de la dégénérescence de l’URSS, qui nécessitait une révolution politique pour chasser la caste dominante, ainsi que des leçons du reniement de l’Internationale communiste, passée à l’alliance avec la bourgeoisie, que Trotsky et les bolcheviks-léninistes constituèrent le Parti mondial de la révolution socialiste (la 4e Internationale) en 1938.

Le programme fut enrichi des leçons des luttes des classes d’entre les deux guerres. Née des plus grandes défaites du prolétariat (Italie, Allemagne, Chine, Espagne, URSS…), le jeune Parti mondial de la révolution socialiste visait à préparer la victoire de la prochaine vague de la révolution mondiale. Il s’agissait, alors que Staline assassinait les cadres bolcheviks et que Hitler mettait la botte sur le prolétariat allemand, alors qu’il était « minuit dans le siècle » et que se préparait la 2e Guerre mondiale, de résoudre la crise de la direction du prolétariat. La 4e Internationale entendait construire dans chaque pays un parti ouvrier révolutionnaire, une direction de type bolchevik.

La 4e internationale a été proclamée en 1938 pour pallier la dégénérescence irréversible de la 3e Internationale, que le stalinisme avait transformé, d’instrument de la révolution socialiste mondiale en un groupe de pression de la bureaucratie du Kremlin sur les bourgeoisies impérialistes, en partis contre-révolutionnaires comme l’a tragiquement illustré la Guerre d’Espagne. Depuis 1933, Trotsky avait tracé la perspective d’une nouvelle internationale, faute d’avoir pu redresser l’Internationale communiste. S’appuyant sur la section américaine, le Parti socialiste des travailleurs (SWP), la plus implantée et la plus solide, l’objectif de la 4e Internationale était de devenir le parti mondial de la révolution socialiste dans la vague révolutionnaire qu’allait entraîner inévitablement la deuxième guerre mondiale.

Mais, émergeant d’une période de défaites de grande ampleur du prolétariat mondial, faiblement implantée, la 4e internationale a subi fortement la tentation des raccourcis et la pression de forces sociales non prolétariennes. Dès 1939, une première offensive conduite par Burnham et un dirigeant historique de la section américaine, Shachtman, remettait en cause l’analyse de l’URSS comme un État ouvrier. En pratique, sous la pression de la bourgeoisie américaine, l’opposition petite-bourgeoise abandonnait la défense de l’URSS face à toute agression de l’impérialisme. Cette offensive fut vaincue par James Cannon avec l’aide de Trotsky.

En France, face aux difficultés de construction de la section, un petit groupe conduit par Barta scissionna en 1939 de la section française de la 4e Internationale, sans divergence politique avouée. Ce courant étroitement national se tiendra toujours à l’écart de la 4e Internationale et de la lutte pour la redresser puis la reconstruire.

D’ailleurs, en 1947, l’UC rompt sur un point du programme. Elle va mettre en place un « syndicat rouge », le SDR, après la grève de Renault et s’y engloutira. Les élèves de Barta, que celui-ci a vigoureusement reniés en 1972, sont connus aujourd’hui sous le nom de LO, une organisation économiste qui s’est profondément adaptée au stalinisme, qui fait silence sur la nécessité du pouvoir ouvrier, qui refuse de construire un parti ouvrier révolutionnaire.

 

En 1951-1953, la 4e Internationale a éclaté à cause du révisionnisme de sa direction

 

Dans la 4e Internationale elle-même, une mise en cause du programme fut commise à partir de 1950. Elle fut d’autant plus grave qu’elle provenait des principaux dirigeants de la 4e Internationale de l’époque, Ernest Mandel et Michel Pablo, inspirés par le renégat Isaac Deutscher. Sans mesurer les limites de l’expropriation du capital en Europe centrale, en Yougoslavie et en Chine, aboutissant à des États ouvriers d’emblée calqués sur l’URSS dégénérée, cette seconde vague de révision misait non plus sur le prolétariat mondial, mais sur la bureaucratie du Kremlin et les partis staliniens pour conduire des révolutions. Par conséquent, le secrétariat international pabliste transformait la 4e Internationale en groupe de pression pour réformer la bureaucratie usurpatrice du Kremlin et redresser les partis staliniens.

Trotsky étant mort depuis 1940, assassiné sur ordre de Staline, ce cours opportuniste et liquidateur ne se heurta pas à grande résistance avant le congrès mondial de 1951, quand la section française, le Parti communiste internationaliste s’opposa aux thèses de Pablo. En 1952, le CC du PCI  refusa, sous l’impulsion de Marcel Bleibtreu, la liquidation des militants ouvriers révolutionnaires dans le parti stalinien. Le SI pabliste soutint la fraction minoritaire de Pierre Frank et Michèle Mestre et exclut la section française. La minorité scissionna en volant le nom du journal et en usurpant le nom de l’organisation. La LCR est l’héritière de cette scission révisionniste et de cette opération bureaucratique.

Une fois exclue la section française, Pablo se tourna contre les sections britannique et américaine en 1953. Le vétéran James Cannon se mit en mesure, à 63 ans, de contrer l’offensive pabliste au sein de la section américaine, face à l’inertie de la direction Dobbs. Gerry Healy fit de même dans la section britannique.

À l’échelle internationale, Cannon appela à une fraction, le Comité international de la 4e Internationale, sur la base d’une « lettre ouverte aux trotskystes du monde entier ». Le CIQI regroupa d’emblée, contre le révisionnisme pabliste, les sections américaine, suisse, britannique, française. Il fut rapidement rejoint par la fraction Moreno de la section argentine, par la section chinoise et par la section canadienne.

 

La constitution du Comité international de la 4e Internationale préservait les chances de sauver l’internationale

 

Sans la réaction de la direction du SWP, sans la formation du CI, c’en était fini dès 1953 de la 4e Internationale, elle serait morte en tant qu’organisation combattant sur le programme de la révolution prolétarienne.

Néanmoins, divisée et discréditée, la 4e Internationale ne fut pas au rendez-vous de l’histoire quand le prolétariat se leva en Europe centrale contre la bureaucratie privilégiée et policière, pour renverser le totalitarisme stalinien. Les traîtres pablistes condamnèrent, au nom du de la 4e Internationale fondée par Trotsky, la révolution politique naissante en 1953 en Allemagne et en 1956 en Hongrie. Le secrétariat international pabliste salit ainsi le drapeau de la 4e Internationale et piétina le programme marxiste en se plaçant à la remorque des satrapes du Kremlin, puis des nationalistes petits-bourgeois et bourgeois de toute sorte, dont le régime du FNL en Algérie.

Le centre de Pablo et Mandel encouragea systématiquement la capitulation envers le nationalisme bourgeois, aboutissant à la liquidation de sections significatives, implantées dans la classe ouvrière comme le Parti ouvrier révolutionnaire de Bolivie qui explosa en 1954 après avoir soutenu le parti nationaliste bourgeois MNR, comme le LSSP du Sri Lanka qui entra dans un front populaire en 1964.

Pour sa part, le Comité international de la 4e Internationale prit position aux côtés des ouvriers de Berlin Est, puis des conseils ouvriers de Budapest.

Pourtant, le Comité international se révéla impuissant à reconstruire la 4e internationale, reflétant l’usure de la section américaine qui aurait dû en être le fer de lance, et son opportunisme politique au plan des États-Unis. À sa formation, le Comité international ne résulta pas d’une lutte de fraction acharnée au sein de l’Internationale et de toutes ses sections, mais d’une simple proclamation de la déchéance du SI pabliste. Dès 1954, s’abandonnant au fédéralisme, le CI ne prit plus d’initiative pour réorganiser la 4e Internationale, laissant de fait les pablistes usurper l’autorité de la 4e Internationale. L’absence de bilan approfondi, le fédéralisme du CI, l’abandon du combat centralisé et international contre le pablisme, permirent à toutes les sections de développer des opportunismes de même nature.

Au fil du temps les composantes les plus importantes du Comité international de la 4e Internationale, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France sombrèrent dans le  pablisme ou succombèrent au shachtmanisme. Les deux déviations, l’adaptation au stalinisme et la capitulation devant la bureaucratie du Kremlin, l’adaptation au réformisme de guerre froide et la capitulation directe devant la bourgeoisie impérialiste, se sont souvent révélées compatibles avec la soumission à d’autres forces étrangères au socialisme et à des arrangements avec les directions nationalistes petites-bourgeoises et bourgeoises.

Après quelques années de succès à la fin de la guerre et durant les années qui suivirent, les trotskystes américains connurent à partir de 1947 une situation difficile, dans un contexte de croissance économique inattendue, de reflux des luttes ouvrières et de chasse aux rouges déclenchée par l’État dans la citadelle impérialiste. Déjà, en 1949, la direction Dobbs du SWP avait vacillé à l’ouverture de la guerre de Corée, en adoptant une attitude neutraliste de type « troisième camp », comme les shachtmanistes. Il fallut toute l’autorité de Cannon, qui avait pris sa retraite, pour que le journal The Militant défendît la Corée du Nord et la révolution chinoise face à l’intervention de l’impérialisme. En 1954, la direction du SWP, s’adaptant à l’organisation petite-bourgeoise NAACP, en appela à l’armée américaine pour protéger les Noirs du Sud des États-Unis. En 1956, elle s’orienta vers l’aile droite du stalinisme américain en crise. Par conséquent, la section américaine se désintéressa du Comité international. Quand la guérilla prit le pouvoir à Cuba, puis expropria le capital en 1961, la direction Hansen du SWP et la direction Moreno de la section argentine se rapprochèrent des pablistes pour les rejoindre en 1963, en formant le « secrétariat unifié de la 4e Internationale ». Le vieux Cannon apporta sa caution à cette opération qui niait pourtant son dernier combat politique. Le mouvement castriste, qui avait fusionné avec le parti stalinien cubain, était qualifiée par le SUQI de «marxiste », et le SU se prononçait en conséquence contre la section cubaine et contre le renversement de la bureaucratie cubaine. Le SWP était mort comme organisation trotskyste.

En Amérique du Sud, les partisans du Comité international étaient regroupés au sein du SLATO, reposant sur le POR argentin dirigé par Nahuel Moreno. Mais celui-ci manifesta vite autant d’opportunisme envers le nationalisme bourgeois que les pablistes latino-américains conduits par Posadas. Moreno plaça son organisation sous l’autorité de Perón. Pour justifier ses capitulations, Moreno en revint, contre la stratégie de révolution permanente adoptée par la 4e Internationale, aux formulations ambiguës du front uni anti-impérialiste que l’Opposition de gauche de l’Internationale communiste avait enterré après la tragédie de la révolution chinoise de 1927. Au début des années 1960, Moreno devait s’adapter au castrisme, rejeter la conception léniniste-trotskyste du parti, et rejoindre ses alter ego Mandel, Maitan et Hansen dans le SU.

Quant à la section française, elle était exsangue après 1952. Elle avait subi l’expulsion de l’internationale, une scission de la minorité pabliste de Frank et Mestre qui usurpa le nom de PCI et de l’organe La Vérité. Elle fut ultérieurement affaiblie par la politique opportuniste conduite par Pierre Lambert qui subordonna le PCI aux nationalistes algériens du MNA.

Dans les années 1950, la section britannique (le Club de Gerry Healy) manifesta elle-même un grand opportunisme vis-à-vis des réformistes de gauche du Parti travailliste dans lequel il était entré. Néanmoins, la section britannique se dynamisa avec la conquête de tout un pan du Parti communiste après la révolution hongroise de 1956 et une influence grandissante au sein de la jeunesse travailliste qu’elle conquit dans les années 1960. De fait, il revint à la section britannique de mener la lutte au sein du Comité international pour contrer le cours opportuniste et liquidateur de la direction de la section américaine. Ainsi, le Comité international de la 4e internationale fut maintenu. Malgré ses faiblesses (le refus de considérer Cuba comme un État ouvrier déformé), la lutte internationale menée par la Ligue socialiste des travailleurs (SLL) fut d’une importance décisive. Elle aida à dégager au sein du SWP, une opposition autour de Jim Robertson et de Tim Wohlforth. Elle tira du LSSP de Ceylan (Sri Lanka) une minorité fidèle au programme. Elle contribua également à la reconstruction de la section française qui prit le nom d’Organisation communiste internationaliste (OCI).

 

Reconstruire la 4e Internationale a finalement échoué

 

Il était possible encore, sur cette base politique et organisationnelle, de rebâtir l’internationale, d’autant que les sections française et britannique allaient croître dans la phase de montée de la révolution mondiale. Leur élaboration théorique allait reprendre avec Cliff Slaughter, Stéphane Just et d’autres. La 3e conférence du CI, en 1966, précisait correctement qu’il n’était pas à proprement parler la 4e Internationale, mais l’instrument pour la reconstruire.

Pourtant, Healy exclut bureaucratiquement de la conférence et donc du CI une organisation américaine qui se tenait sur le terrain du programme, la Spartacist league, sans protestation des représentants de la section française. Ceci devait nuire tant au Comité international de la 4e Internationale qu’à la SL. D’autant que Healy et Lambert s’accordèrent pour aggraver le fédéralisme en décrétant que toute décision devait être prise à l’unanimité, pour leur laisser les mains libres dans leur pays respectif.

Ainsi, les tendances opportunistes des organisations nationales issues du CI de la 4e Internationale se conjuguèrent le plus souvent à un fonctionnement caudilliste éloigné de la démocratie bolchevik, couplé à un recours à la calomnie et à la violence contre leurs opposants externes et internes. Les mœurs de Healy et de Lambert n’eurent rien à envier à celles d’un personnage comme Moreno

L’éclatement en 1971 du Comité international, à l’initiative de direction de la section britannique, la SLL réduisit considérablement les chances de reconstruction de la 4e Internationale. La direction Healy-Banda-Slaughter de la SLL britannique pensait, en se proclamant parti (WRP), que son rôle national résoudrait tous les problèmes de l’internationale. En réalité, elle allait se compromettre politiquement auprès des régimes réactionnaires du Proche-Orient, en mendiant auprès de Hussein, de Kadhafi et consorts le financement de son appareil hypertrophié et de son quotidien prématuré. Le WRP a éclaté en 1985 après la grève des mineurs, en couvrant de discrédit le trotskysme.

Aux États-Unis, la SL naquit du combat de quelques cadres jeunes au sein du SWP, en lien avec le Comité international. Mais, en 1966, Robertson fut expulsé de manière scandaleuse par Healy, lors de la conférence de Londres du CI. La direction de la SL américaine, après s’être tournée en vain vers LO, s’est finalement engagée vers la constitution de son propre courant international qui a dérivé vers un néo-pablisme exacerbé. En quelques années, les robertsonistes ont successivement appelé les satrapes du Kremlin à écraser le mouvement des travailleurs polonais en 1980, remis à l’armée de l’URSS le soin de transformer l’Afghanistan en 1980, confié en 1989 à la clique bureaucratique restaurationniste de Honecker le soin de sauver l’État ouvrier de RDA…

Une ultime opportunité de liquider le pablisme et de reconstruire la 4e internationale s’ouvrit en 1979, quand deux fractions du SU (la TLT et la FB) rompirent avec la direction pabliste de Mandel, Bensaïd et Maitan lors de la capitulation de celui-ci devant le FSLN du Nicaragua. Mais la FB centrée autour du PST argentin de Moreno et le CORQI impulsé par le PCI français s’unifièrent prématurément, en refusant de tirer un bilan approfondi… Par exemple, elles  réaffirmèrent la validité du « front unique anti-impérialiste » contre la révolution permanente.

Par conséquent, les deux composantes du nouveau CI furent impuissantes à construire une organisation léniniste-trotskyste en Iran pour la révolution sociale, contre le clergé musulman de Khomeiny.

Elles se révélèrent aussi incapables de combattre pour la révolution politique en Pologne et de se délimiter de l’appareil clérical et restaurationniste de Solidarnosc.

Elles capitulèrent de concert devant le front populaire français baptisé « Union de la gauche » : la direction Lambert-Cambadélis-Gluckstein du PCI, avec l’appui de Moreno et contre la position de Stéphane Just, appela à voter Mitterrand dès le premier tour de l’élection présidentielle française de 1981.

Moreno scissionna peu après le regroupement sans principe qu’il venait de constituer avec Lambert, pour constituer la LIT autour du MAS argentin.

Ce désastre alimenta le scepticisme sur les chances de reconstruction de la 4e internationale, facilitant la dégénérescence de la section française. Le mini-appareil, disproportionné, du PCI, est devenu un instrument de la bureaucratie syndicale de type FO ou AFL-CIO, issues de la guerre froide, qu’il flattait bassement comme « indépendantes ». Tout s’est passé comme si il y avait eu OPA de l’appareil FO sur le PCI.

En 1984, Lambert, Cambadélis et Gluckstein ont révisé le programme au profit de la « ligne de la démocratie ». L’abandon de la révolution permanente est la conséquence d’une pratique réformiste, opposée à la révolution socialiste. Ainsi, en 1986, le premier congrès du « Mouvement pour un parti des travailleurs » qui allait devenir le PT et engloutir le PCI a dénoncé dans son programme « les solutions extrêmes ».

Après avoir participé à l’exclusion de Stéphane Just, Cambadélis préféra le grand parti réformiste plutôt qu’un petit sans avenir. Il emporta en 1986 plusieurs centaines de militants et la direction de l’UNEF-ID, le principal syndicat étudiant, en rejoignant le PS.

En 1991, ce qui restait de la direction du PCI a rejeté le mot d’ordre de défaite de l’impérialisme face à l’agression contre l’Irak. Elle a convergé avec la ligne « pacifiste » du PCF qui refusait de défendre ce pays dominé face à la coalition à laquelle l’armée française a participé.

La direction lambertiste a définitivement abandonné le programme de la 4e internationale au profit de la « démocratie » parlementaire et du nationalisme. Elle a finalement liquidé en 1992 la section française dans l’artificiel Parti des travailleurs, chauvin et réformiste. Feu le PCI a emporté dans sa faillite le regroupement international qu’il avait constitué, 4e Internationale-Centre international de reconstruction.

 

La lutte contre le révisionnisme lambertiste n’a pu empêcher la liquidation de la section française

 

Le Comité pour le redressement du PCI a été fondé par Stéphane Just en 1984 après son exclusion du PCI, comme fraction pour le redresser, et ainsi pour préserver les dernières chances de reconstruire la 4e Internationale :

Le Comité a combattu l’adaptation de la direction du PCI aux les bureaucraties réformistes. La direction Lambert est allée jusqu’au vote pour Mitterrand dès le premier tour de l’élection présidentielle de 1981, après avoir voté à plus d’une reprise les rapports moraux des directions syndicales FEN et FO. Cette politique capitularde a nourri une stalinophobie de type shachtmaniste, valorisant les organisations modelées par la guerre froide : PS, appareil syndical FEN et surtout appareil syndical FO.

Le Comité a dénoncé la conception parlementariste du front unique ouvrier et de la lutte pour un gouvernement ouvrier, déviation combattue en son temps par Trotsky.

Le Comité a refusé l’opportunisme du PCI vis-à-vis de l’Union de la gauche, le front populaire au pouvoir en France à partir de 1981, quand la direction du PCI refusa de caractériser comme un gouvernement bourgeois et proclama qu’il « était à la croisée des chemins ». Sous-entendu : un front populaire pouvait constituer une avancée, une coalition avec des partis bourgeois pouvait satisfaire les revendications.

Le Comité a tenté de maintenir le PCI dans la voie de l’internationalisme prolétarien, alors que sa direction a capitulé devant le chauvinisme, sous couvert de lutte contre la domination américaine, contre le FMI et contre l’Union européenne et protège en fait l’impérialisme français.

Le Comité a défendu la conception marxiste de l’État, a défendu la théorie de la révolution permanente contre la révision lambertiste du programme, connue sous le nom de « ligne de la démocratie », qui remplace la dictature du prolétariat par le parlementarisme bourgeois.

Le Comité est resté fidèle à la conception léniniste-trotskyste du parti, alors que la PCI a été liquidé pour un Parti des travailleurs, constitué sous le parrainage de l’appareil FO, ayant pour programme la démocratie.

Contre l’opportunisme et le révisionnisme, l’héritage politique de la section française et de la 4e Internationale a pu être sauvegardé par la minorité trotskyste qui en est issue, le Comité (aujourd’hui Groupe bolchevik). Mais le PCI et la  QI-CIR sont définitivement morts comme organisations trotskystes en 1991. En 1991, la direction du PCI et de  QI-CIR ont refusé de combattre du côté de l’Irak contre l’intervention impérialiste à laquelle participait l’armée française. En 1992, le Parti communiste internationaliste était liquidé par Lambert et Gluckstein, pour faire place au Parti des travailleurs.

Toutes les possibilités que recelait la 4e Internationale sont désormais épuisées. Plus de 60 ans après sa fondation, toute perspective de la « reconstruire », « reforger », « rebâtir » est caduque.

D’une part, il a existé et il subsiste encore plusieurs organisations qui s’intitulent « 4e Internationale », autant d’impostures qui usurpent le drapeau, dont le SU pabliste et la «4e Internationales reproclamée » de Lambert-Gluckstein, qui le souillent à chaque échéance de la lutte des classes.

D’autre part, toutes les sections qui avaient initialement résisté au pablisme ont à leur tour sombré dans la révision du marxisme et se sont liquidées comme organisation révolutionnaire. Le SWP américain est devenu une secte castriste qui a dénoncé ouvertement en 1982 la stratégie de la révolution permanente et la fondation de la 4e internationale ; le WRP britannique a disparu de la scène sans gloire depuis 1985 ; au PCI français a été substituée en 1992 une formation parlementariste et chauvine.

Après l’éclatement de la 4e Internationale qui a débuté en 1951, après que le SWP a succombé à son tour au révisionnisme pabliste à partir de 1961, après l’éclatement du CIQI en 1971, la mort du PCI en 1991 a mis un terme aux possibilités de remettre sur pied l’internationale fondée par Trotsky. Cela signifie une aggravation considérable de la crise de la direction révolutionnaire, telle qu’elle est décrite au début de L’Agonie du capitalisme et les tâches de la 4e internationale. En tirant les leçons, le groupe trotskyste qui avait tenté de sauver le PCI a modifié en 1991 son nom pour Comité pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire, de l’Internationale ouvrière révolutionnaire.

Le Comité a été un instrument irremplaçable pour tirer le bilan de la 4e Internationale et de sa section française, pour poursuivre l’élaboration politique, pour agir de manière coordonnée.

Le Comité a aussi eu pour mérite l’élaboration sur la situation politique en France et dans de nombreux pays, la formulation de réponses politiques concrètes pour l’intervention dans la lutte des classes : la caractérisation des coups portés par l’impérialisme au prolétariat au cours des années 1980, jusqu’au rétablissement du capitalisme en Russie, l’évolution de la lutte des classes dans certains pays dominés par l’impérialisme (par exemple : Algérie, Palestine, Afrique du Sud) ainsi que dans les principales métropoles impérialistes.

Enfin, le Comité était tout sauf un cercle de bavards et de plumitifs en chambre ou une secte d’aigris et de résignés. Son journal, Combattre pour le socialisme, était un outil pour l’intervention politique, relayant les initiatives des militants, comme lors du test qu’a constitué le mouvement de grève en novembre et décembre 1995. La mise en pratique du programme pour construire l’organisation a permis en particulier de nouer des liens dans la jeunesse, en captant des forces radicalisées par le mouvement de la jeunesse de 1986 contre le gouvernement Chirac, au sein de l’organisation de jeunesse pabliste (JCR).

Mais quand s’use une organisation, s’use aussi la génération qui l’a portée.  L’encadrement du Comité n’y a pas échappé.

 

Le Comité a lui-même été victime du rétrécissement national et de l’opportunisme

 

Notre organisation a subi le poids de son isolement international et des reculs de la classe ouvrière qui avaient emporté le PCI. Après la disparition de son fondateur en 1997, à trois reprises, au mépris de ses conférences démocratiques, une partie de sa direction a conduit une minorité à scissionner, à voler le Comité. Les instigateurs des scissions ont régressé dans les mœurs anti-démocratiques, violentes, délatrices et corrompues de l’école des Moreno, des Healy et des Lambert.

Le contenu politique des trois vagues de destruction qu’a dû surmonter l’organisation peut se résumer ainsi : par scepticisme, par découragement, par capitulation, des cadres ont non seulement abandonné le combat pour la révolution prolétarienne, mais tout fait pour liquider le Comité.

L’organisation qui fut fondée par Stéphane Just, qui puise ses racines dans la section française de la 4e Internationale de Léon Trotsky, ne peut tolérer que son nom et celui de son organe soient confondus avec des gens qui piétinent l’organisation qui a nécessité tant d’efforts collectifs, qui menacent physiquement leurs adversaires d’idées, qui falsifient leurs propres interventions syndicales, qui tronquent leurs propres textes, qui volent leurs camarades, qui soutiennent des partis bourgeois comme l’ANC d’Afrique du Sud, qui restent neutres quand une coalition impérialiste bombarde la Yougoslavie, qui dénoncent des militants au procureur et à la police, ou qui défendent l’appareil contre-révolutionnaire de la confédération syndicale FO.

Par conséquent, la 12e Conférence du Comité pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire et de l'Internationale ouvrière révolutionnaire a décidé de se renommer Groupe bolchevik pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire et de l'Internationale ouvrière révolutionnaire et de changer le nom de son organe, qui s’appellera désormais Révolution Socialiste.

 

L’avant-garde doit se regrouper sur la base du marxisme pour construire le Parti et l’Internationale

 

Un long processus historique va vers son terme, celui où les appareils syndicaux, les partis sociaux-démocrates et travaillistes, la bureaucratie du Kremlin et son appareil international ont exercé un quasi monopole sur le mouvement ouvrier, celui où ils ont pu manipuler le prolétariat. Leur emprise a été telle qu’elle a même pu faire craquer et détruire la 4e Internationale. Pourtant, elle était armée du programme élaboré par Léon Trotsky tirant les leçons de la vague révolutionnaire qui s’est développée à la fin et à la suite de la première guerre impérialiste mondiale, de son reflux faute de directions révolutionnaires dans les pays où elle a déferlé, les leçons de la révolution russe de 1917, de sa dégénérescence, de la naissance et de la victoire de la bureaucratie du Kremlin et de son rôle dans le monde.

Le Groupe bolchevik poursuit en France le combat de la Ligue des communistes, du courant marxiste de la 1e Internationale, de l’aile révolutionnaire de la 2e Internationale. Il se réclame de la 3e Internationale et du combat mené par la fraction bolchevik-léniniste, l’Opposition de gauche de l’Internationale communiste pour sauver celle-ci de la gangrène stalinienne. Il revendique sa filiation avec la 4e Internationale, puis sa fraction léniniste-trotskyste, le Comité international de la 4e Internationale, qui avait préservé les chances de la reconstruire. Il s’appuie sur l’héritage de la section française de la 4e Internationale (LC, GBL, POI, PCI, OCI, PCI) et aussi du Comité de Stéphane Just.

Face aux trahisons des directions traditionnelles qui participent à la liquidation des conquêtes ouvrières, face à leur dégénérescence accélérée par le rétablissement du capitalisme en Russie, face à leur abandon de toute référence au socialisme, face à l’objectif affiché de tous les courants centristes du mouvement ouvrier (souvent des pseudo-trotskystes) de construire autre chose que des partis ouvriers révolutionnaires, les travailleurs sont actuellement démoralisés, désorientés par l’absence de perspective.

Pourtant, dans les mouvements que les prolétariats déclencheront pour se défendre contre l’offensive capitaliste, dans le développement de la crise du mouvement ouvrier, se dégageront les conditions objectives de sa reconstitution sur un nouvel axe : celui de partis ouvriers révolutionnaires que les militants marxistes auront à construire, d’une internationale ouvrière révolutionnaire, sur la base du programme résultant des combats et de l’expérience des quatre premières internationales. Le Groupe bolchevik entend, en intervenant dans la lutte des classes, défendre l’acquis politique et théorique de ces internationales et établir des jalons pour la reconstruction du mouvement ouvrier sur l’axe de la révolution socialiste mondiale.

Pour le Groupe bolchevik, il ne s’agit pas de se borner à la France, ni de renvoyer aux calendes l’édification d’une internationale. Toute organisation purement nationale est vouée à la dégénérescence, comme l’a prouvé l’éclatement du Comité.

Des organisations révolutionnaires ne peuvent survivre en dehors de l’existence entre elles d’un lien international étroit, qu’à la condition qu’existent entre elles un échange vivant d’expériences et un contrôle mutuel vigilant. Le Groupe bolchevik accordera donc une grande place dans sa presse aux événements du reste du monde. Il portera de l’attention aux travailleurs et aux jeunes étrangers qui séjournent en France. Il consacrera de l’énergie à nouer des liens avec d’autres organisations sur la base de principes communs.

Dans le monde entier, des forces se dégageront des organisations traditionnelles de la classe ouvrière, mais aussi des courants qui usurpent la référence au trotskysme, de l’anarchisme ou du guérillérisme petit-bourgeois. Car c’est une certitude : le prolétariat repartira à l’offensive, sous l’aiguillon de la nécessité. Mais la spontanéité ne suffit pas :

D’une part, même dans ses luttes, le prolétariat, comme classe exploitée et dominée idéologiquement, ne peut accéder seul à la conscience de son rôle historique.

D’autre part, son mouvement se heurtera aux impostures des courants cléricaux et des nationalistes bourgeois, à la politique conservatrice des sommets parlementaires et syndicaux du mouvement ouvrier, à la confusion de leurs satellites centristes.

Faute de direction qui lui soit dévouée, qui lutte pour la dictature du prolétariat, la classe ouvrière subirait de nouvelles défaites. Le parti doit être construit au feu de l’action, par la jonction de toutes les forces d’avant-garde sur la base du programme.

L'édification d'un parti ouvrier révolutionnaire est une tâche urgente, décisive. Le parti ouvrier révolutionnaire se construira en aidant les masses à édifier leurs propres comités, les conseils pour submerger les directions traîtres, les bureaucraties syndicales et les partis ouvriers bourgeois, en permettant à la classe ouvrière d'avancer vers un authentique gouvernement ouvrier, vers son propre pouvoir, vers l'expropriation du capital. Ainsi se trouveront établis les rapports politiques qui ont manqué —en France en 1936, en 1944, en 1968 et en 1981— pour que s'engage un processus révolutionnaire qui s'étendra internationalement.

Le Groupe bolchevik se définit par son objectif : construire le parti ouvrier révolutionnaire dans ce pays, l’internationale ouvrière révolutionnaire à l’échelle mondiale, pour la révolution prolétarienne, pour le pouvoir de l’immense majorité, pour l’expropriation de la minorité capitaliste, pour la fin de l’exploitation, pour les États-Unis socialistes d’Europe, pour le triomphe mondial du socialisme.

Aux travailleurs et aux jeunes qui se révoltent contre le capitalisme, les militants bolcheviks disent : pour préparer de nouveaux Octobre, il faut s’organiser sur la base du marxisme, rejoignez-nous.

Vive le pouvoir des travailleurs ! Vive la révolution socialiste mondiale !

Paris, le 1er mai 2002