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Parti Communiste
Internationaliste
Les grandioses
nouvelles de la révolution hongroise méritent de provoquer l'enthousiasme dans
le cœur de tous les travailleurs. Stimulés par l'exemple des prolétaires
polonais, qui ont contraint les hommes du Kremlin à un recul précipité, les
ouvriers, les étudiants, les soldats hongrois, avec un héroïsme extraordinaire,
ont affronté victorieusement les tanks russes et les mitrailleuses de la police
secrète stalinienne. Ils ont abattu le régime bureaucratique instauré par les
agents de Staline ; ils se battent pour l'indépendance de leur pays, pour
l’évacuation des troupes russes.
Silence aux
disciples attardés du contre-révolutionnaire Staline, assassin des compagnons
de Lénine ! Silence aux Thorez-Duclos-Servin, qui, mortellement effrayés,
abreuvent de calomnies les héroïques prolétaires hongrois ! Qui
espèrent-ils convaincre que les ouvriers de Pologne et de Hongrie veulent
restaurer le capitalisme ? Qu'ils sont tombés par milliers pour les beaux
yeux des impérialistes occidentaux ?
Ces mêmes hommes,
dirigeants du Parti communiste français, ont proféré les mêmes basses injures
contre la « clique fasciste de Tito », ce même Tito à la porte de qui
font la queue les délégations des partis communistes du monde entier, à la
suite de Khrouchtchev et Boulganine ; ce même Tito qui fait faire antichambre
à la délégation du PCF. Ces mêmes hommes traitèrent de fascistes les insurgés
de Berlin-Est, en 1953, et les insurgés de Poznan, qu’aujourd’hui le nouveau
gouvernement communiste polonais de Gomulka salue comme d'authentiques
combattants pour la démocratie ouvrière. Ces mêmes hommes insultaient bassement
les militants trotskystes du PCI, les meilleurs combattants de la classe
ouvrière. Ces mêmes hommes n'ont pas trouvé assez d'injures contre le
communiste Rajk, pendu sur l'ordre de Staline, auquel les travailleurs de
Budapest viennent de faire une réhabilitation grandiose. Ces mêmes hommes ont
voté les pouvoirs spéciaux à Mollet-Lacoste pour la sale guerre d'Algérie. La
guerre des colonialistes, la guerre des capitalistes ! Ces mêmes hommes,
en 1944-47, ont sauvé la bourgeoisie française, en imposant la dissolution des
milices ouvrières patriotiques, en prêchant le « produire d'abord »,
en proclamant que « la grève est l'arme des trusts ! » Ces mêmes
hommes, aujourd'hui, s'opposent par tous les moyens en leur pouvoir à la
volonté des travailleurs français de mettre fin au régime de misère et de
guerre qu'ils subissent par un mouvement d'ensemble contre le patronat et son
gouvernement, par la grève générale, par des manifestations de masse dans les rues !
Des calomnies
contre les insurgés de Poznan, Gomulka, dans son discours devant le comité central
du Parti ouvrier unifié polonais, a fait justice, lorsqu'il a dit :
Les travailleurs
de Poznan n'ont pas protesté contre la Pologne populaire, ou contre le
socialisme, lorsqu'ils sont descendus dans la rue. Ils ont protesté contre le
mal qui s'est largement répandu dans notre système social et qui les a touchés
également douloureusement, contre les déviations des principes fondamentaux du
socialisme qui est leur idéal… Les agents et les provocateurs peuvent être et
agir partout .et toujours. Mais jamais et nulle part ils ne peuvent décider de
l'attitude de la classe ouvrière… Les causes de la tragédie de Poznan et du
profond mécontentement de la classe ouvrière se trouvent chez nous, dans la
direction du Parti, du gouvernement. »
Et c'est Szabad Nep, l'organe central du Parti
des travailleurs hongrois (communiste) qui répond à L'Humanité, lorsqu'il écrit, le 28 octobre :
Le peuple exige
l'ordre, et en premier lieu le départ des troupes soviétiques… C'était un
mouvement, national juste, et les fautes de ceux qui l'ont provoqué sont
d'autant plus lourdes.
et le 29
octobre :
Les jeunes ont
prouvé au cours des combats qu'ils, n'étaient ni des fascistes, ni des contre-révolutionnaires,
ni des pillards Face à toutes les calomnies répandues jusqu'à présent, il est
très important de déclarer cela nettement pour que le pays voit clairement le
visage réel de cette jeunesse universitaire et ouvrière.
Les calomnies, ce
sont L'Humanité, la Pravda, Libération, ce sont ces torchons staliniens qui les répandent.
C'est à ces torchons staliniens que répond Szabad
Nep !
Les éléments
troubles, qui essaient de mettre à profit la situation dans un sens
contre-révolutionnaire, sont emportés comme un fétu par le maëlstrom du
mouvement des masses. Ce sont les insurgés eux-mêmes qui les dénoncent. C'est Radio Gyoer, organe du Comité ouvrier,
qui s’écrie :
Nous ne voulons
pas que revienne le vieux système capitaliste, nous voulons une Hongrie
indépendante et socialiste !
La lutte du
prolétariat contre la bureaucratie stalinienne, qui entre aujourd'hui dans sa
phase terminale, fut commencée par Lénine lui-même, qui consacra ses dernières
forces, avant sa mort, à combattre l'ascension au pouvoir de Staline. Elle fut
poursuivie par l'opposition de gauche de l'Internationale communiste, sous la
direction de Trotsky, dès 1923.
Profitant des
défaites subies par la révolution hors des frontières de l'URSS, et de la
lassitude du prolétariat soviétique, dont les meilleurs combattants avaient
péri dans la guerre civile, une nouvelle aristocratie de directeurs d'usine, de
techniciens, de fonctionnaires du Parti et de l'État parvint, à partir de 1921‑23,
à usurper l'héritage de la Révolution d’octobre en URSS. Sur la base même de
l’économie socialisée, de la nationalisation des usines et de la terre, de
l’économie planifiée, ils s’octroyèrent des privilèges monstrueux. Leurs
salaires 50 à 100 fois plus élevés que ceux des simples ouvriers, leurs
appartements vastes et luxueux, leurs villas à la campagne, leurs autos, leurs
domestiques insultent encore a aujourd'hui au niveau de vie très bas des
ouvriers et des paysans de l'URSS. C'est pour défendre, contre la légitime
indignation des travailleurs, leurs privilèges que le sinistre Staline instaura
un régime de terreur dirigé contre les masses, écrasant l'Opposition de gauche,
assassinant les vieux bolcheviks, les compagnons de Lénine, tout en les
abreuvant des calomnies les plus infâmes, massacrant sans jugement des
centaines de milliers de communistes et d'ouvriers sans parti, enfermant des
millions d'hommes dans ses camps de concentration !
De nouvelles
victoires du prolétariat sur le capitalisme représentaient une menace mortelle
pour les privilèges de la bureaucratie en URSS même. C'est pourquoi Staline se
fit l’allié de la bourgeoisie de tous les pays contre la révolution prolétarienne.
Ce fut malgré lui que la Révolution yougoslave, puis la Révolution chinoise
l'emportèrent. Il instaura en Europe orientale
un régime d'oppression policière et bureaucratique, privant les peuples des
soi-disant « démocraties populaires » de toute liberté et de leur
indépendance nationale
Il y a plus de vingt ans, Léon Trotsky annonça
l’inéluctable soulèvement révolutionnaire des masses prolétariennes contre la
bureaucratie, pour la démocratie socialiste. Ce pronostic se réalise
aujourd'hui sous nos yeux. Des conseils d’ouvriers et de soldats, comme en
Russie en 1917, couvrent la Hongrie. Ils s’appuient sur les milices ouvrières.
Ils sont l’expression la plus directe du pouvoir ouvrier, de la démocratie
prolétarienne. Ils châtient les bureaucrates assassins de communistes. Ils
abolissent les privilèges des hauts fonctionnaires, qui insultent à la misère
du peuple. Ils exigent la fixation d’un maximum de salaires. Ils entreprennent
la réorganisation de fond en comble de l’économie, pour mettre le plan de
production au service des besoins du peuple travailleur. Le nouveau Conseil central
des syndicats, dont les membres sortent à peine de prison, réclament :
La constitution
de Conseils ouvriers' dans toutes les usines, avec droit de regard sur la
planification et l’établissement des normes.
Instauration
d'une direction ouvrière. Transformation radicale du système de planification
et de la direction de l'économie
exercée par l'État. Rajustement des salaires, augmentation immédiate de 15 %
des salaires inférieurs à 800 forint et de 10 % pour les salaires de moins
de 1 500 forint. Etablissement d'un plafond de 3 500 forint pour les traitements mensuels. Suppression
des normes de production, sauf dans les usines où les conseils d'ouvriers en
demanderaient le maintien. Suppression de l'impôt de 4 % payés par les
célibataires et les familles sans enfants. Majoration des retraites les plus
faibles. Augmentation du taux des allocations familiales. Accélération de la
construction de logements par l’État.
On annonce enfin la réunion à Budapest d’un
congrès des comités ouvriers, qui constituera « un gouvernement dans l’esprit de Bela Kun », le président de la République hongroise des
Conseils de 1918, Bela Kun, fusillé par Staline ! Leur action est un
exemple pour les travailleurs de tous les pays. Il sera suivi !
En URSS même, les répercussions seront immenses.
Des soldats russes ont fraternisé avec les ouvriers hongrois. L'organe des
syndicats hongrois réclame le droit d’asile pour eux en Hongrie. L'heure où les
prolétaires russes livreront l'assaut aux canailles bureaucratiques tapies dans
le Kremlin, où ils restaureront, à un niveau incomparablement plus élevé, la
démocratie socialiste du temps de Lénine et de Trotsky, cette heure n'est plus
éloignée !
L'heure est venue, pour les travailleurs français,
de tirer profit pour eux-mêmes de ces événements révolutionnaires gigantesques.
De Varsovie et de Budapest à Alger et Rabat, la révolution gronde. La classe
ouvrière française prendra bientôt sa place au tout premier rang dans ce
combat. Il faut pour cela briser le carcan bureaucratique stalinien que
constitue l'appareil du PCF et de la CGT, ce rempart de la bourgeoisie
française contre la révolution prolétarienne. Les staliniens, ces diviseurs,
ces calomniateurs professionnels, ces organisateurs de grèves tournantes, ces
saboteurs de la grève générale, ces combinards parlementaires, ces voteurs de
pouvoirs spéciaux à Lacoste, ces ennemis, de l'indépendance des peuples
coloniaux, ces partisans de la « Voie parlementaire vers le socialisme »,
ces adeptes dévots du traître contre-révolutionnaire Staline et de ses
successeurs, ces laudateurs des assassins des ouvriers hongrois, les staliniens
doivent être chassés du mouvement ouvrier. À la porte les permanents, les
fonctionnaires « syndicaux », les « chefs ouvriers »,
choisis par eux-mêmes, soucieux seulement de préserver leur fromage ! À la
porte du mouvement ouvrier, les Thorez, Duclos, Servin et leurs derniers
fidèles ! Ces canailles bureaucratiques, instruments du gouvernement
contre-révolutionnaire du Kremlin, doivent être extirpées du mouvement
ouvrier !
Place à l’action libératrice des masses, malgré et
contre tous les bureaucrates ! Pour mettre fin à la guerre d’Algérie, pour
vaincre la misère, pour abattre le capitalisme, il nous faut un nouveau parti
ouvrier, libre de toute attache avec la bourgeoisie comme avec tout
gouvernement étranger ! Un parti sans bureaucrates, où les travailleurs
fassent la loi et non les permanents ! Un véritable parti de classe !
C’est ce combat que mènent les trotskystes !
Travailleurs, tourne le dos au bureaucrate, rejoins nos rangs sans
retard !
Paris, 30 octobre 1956
Le BP du Parti communiste internationaliste (section
française de la IVe Internationale)
Tous à la réunion publique du PCI, aux Sociétés
Savantes, salle D (28, rue Serpente), métro Odéon, le vendredi 9 novembre à 20 h
30 : DE BUDAPEST À ALGER, LA RÉVOLUTION GRONDE.
Supplément à La
Vérité n° 430 du 2 novembre 1956