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Lettre
du Groupe bolchevik au Grupo Germinal du 17 septembre
2006
Chers camarades,
Nous vous adressons une note sur le n° 7 de la
revue. L’éditorial et l’excellent article sur
Fraternellement,
La cellule centrale du GB
1. Ni l’auteur de l’article, ni la rédaction de la revue, ne rappellent aux lecteurs qu’il existe une déclaration du GG & du GB sur la question nationale basque (Révolution Socialiste n° 11, novembre 2003 ; Germinal, numéro spécial, novembre 2003).
2. L’article attaque les centristes (« Tant El Militante que le Partido Obrero Revolucionario, au lieu de défendre une politique d’indépendance de classe, authentiquement socialiste, se bornent à exiger d’IU qu’elle rompe ses accords avec la droite, basque et espagnole », Germinal n° 7, p. 12). Il faudrait préciser la critique :
a) S’adresser au PCE-IU seulement est une manifestation d’opportunisme envers le stalinisme : El Militante et le « POR » devraient appeler les deux partis ouvriers traditionnels à rompre (et ajouter que le « POR » devrait lui-même mettre fin à son alliance prolongée avec le PCE dans IU de Catalogne).
b) Proposer de rompre « avec la droite » est une caricature de trotskysme. Dans « une perspective d’indépendance de classe », les bolcheviks exigent la rupture de toutes les organisations ouvrières avec la bourgeoisie.
c) Cette exigence de rupture avec la bourgeoisie est liée aux tâches concrètes (comme la libération des combattants nationalistes, défendues par l’article) et n’a de sens que si elle permet de construire des organes ouvriers soviétiques dans toute l’Espagne et, surtout, un parti de type bolchevik tant contre la social démocratie vendue à la bourgeoisie espagnoliste que contre les débris du stalinisme qui a assuré l’écrasement de la révolution espagnole et la transition de Franco à la monarchie.
3. L’article utilise à plusieurs reprises le terme journalistique et confus de « gauche » (« la gauche pseudo-révolutionnaire », p. 12 ; « la gauche centriste », p. 12 ; « la gauche réformiste », p. 14) de manière symétrique au langage d’El Militante et du POR (« droite »). Jamais il ne caractérise scientifiquement les partis politiques à partir des classes sociales.
4. L’article
semble confondre la lutte nationale et la révolution sociale : « la lutte pour l’unification territoriale d’Euskal Herria et pour le droit à
l’autodétermination et la lutte pour le socialisme sont une seule et même
lutte », p. 12. L’article identifie la lutte pour l’unification
des provinces de peuplement basque, administrativement séparées, et le droit à
l’autodétermination avec la lutte pour le socialisme. Nous doutons fort que la
lutte pour l’unification du territoire basque représente la même importance que
la lutte pour le socialisme mondial. S’il faut avancer ce mot d’ordre dans
l’Etat espagnol, ce que
5. Alors
qu’il faut, comme le note justement l’article, une perspective d’indépendance
de classe et authentiquement socialiste, l’article oublie d’avancer la
perspective de
6. De même, l’article ne mentionne pas la nécessité de construire une nouvelle direction, un parti ouvrier de toute l’Espagne basé sur le marxisme,
1. L’article du camarade Mateo a le mérite de porter sur l’Argentine. Il apporte des informations utiles, en particulier sur ce qui s’est passé au sud du pays, à Las Heras, mais il est regrettable que la déclaration du Collectif sur la répression à Las Heras n’ait pas été publiée, alors qu’il y avait la place dans ce numéro.
2. L’avant-dernière phrase est curieuse : « les partisans de Menem d’hier, puis
de Duhalde y maintenant de Kirchner, qui, avec tous
les galonnés et partis patronaux ont dilapidé et ruiné se beau pays qui se
nomme Argentine » (p. 19). L’article
affirme que c’était un beau pays avant
qu’il ait été ruiné par la soldatesque et les présidents Menem, Duhalde et Kirchner. Cela pose la question : quand l’Argentine était-elle un si beau
pays ? La ruine de l’Argentine par les militaires date-t-elle de
1976 ? de 1966 ? de 1955 ? de 1943 ?de 1930 ? de
1829 ? Etait-ce un » beau pays » à l’époque du massacre les Amérindiens
(Pampas) ? Etait-ce un « beau pays » du temps de Perón ?
3. Le titre « Kirchner : continuité politique et économique de l’impérialisme » (Germinal n° 7, p. 15) nous paraît contestable.
a) Soit la
phrase veut dire que l’Argentine est impérialiste, ce qui serait presque aussi
ridicule que prétendre que
b) Soit cela veut dire que le gouvernement argentin et ses prédécesseurs (« continuité ») sont purement et simplement l’expression de la domination étrangère. Mais alors, quelle est cette puissance étrangère ? Comment s’y prend-elle pour faire accepter sa domination par la population ? N’y a-t-il pas du tout de bourgeoisie argentine ? Un des recours politiques de la bourgeoisie locale n’est-il pas la tradition péroniste, un populisme avec sa rhétorique nationaliste, voire anti-impérialiste ?
4. L’article emploie à plusieurs reprises « surexploités » (p. 16, p. 18), comme si le terme « exploités » n’était pas suffisant. Cela évoque la pratique –infantile- de ceux qui disent « fascistes » ou « génocidaires » pour toute violence contre un peuple. « Surexploités » n’a de sens que pour un secteur particulier, par comparaison avec la majorité du prolétariat. Ici, il s’agit plutôt de la baisse générale de la valeur de la force de travail qui, dans le cas de l’Argentine après 2001 est allées jusqu’à la baisse du salaire réel, du pouvoir d’achat, jusqu’à la paupérisation.
5. L’article ne présente pas véritablement la situation sociale, économique et politique de l’Argentine. Il nous semble, même si nous ne sommes pas les mieux placés pour cette analyse (pour des raisons de langue et d’éloignement), qu’il y a eu successivement une crise révolutionnaire ou prérévolutionnaire (2001-2002 ?), puis une phase de reflux (2002-2004 ?) et, dernièrement, d’un renouveau des luttes économiques :
a) Le régime
a été menacé par des soulèvements des masses en décembre 2001, consécutifs à
une crise monétaire et bancaire : pillages, fuite du président de
b) Le
prolétariat n’a pas réussi à jouer de rôle déterminant dans cette crise
révolutionnaire, contrairement à la montée révolutionnaire du début des années
1970. Contrairement à ce que prétendaient les dirigeants de
c) En 2004, le régime a poursuivi sa consolidation avec la tenue de l’élection présidentielle, gagnée par le candidat d’une autre aile du PJ, Kirchner. Il a consolidé sa position avec les élections d’octobre 2005 (législatives et locales) : la fraction FV du PJ aurait obtenu 40 % des suffrages. Dans la tradition populiste, il a attaqué les multinationales étrangères et le régime dictatorial des généraux mis en place dans les années 1970.
d) L’économie capitaliste argentine s’est partiellement rétablie, grâce à la baisse des salaires et à la précarisation d’une part, à la demande mondiale, à la dépréciation du peso et l’aide du Venezuela d’autre part. Après l’effondrement du PIB (- 4,4 % en 2001 ; - 8,8 % en 2002), les taux de croissance ont été parmi les plus importants d’Amérique latine (+ 8,8 % en 2003, + 9,0 % en 2004, + 8,6 % en 2005). Le gouvernement a pu rembourser, comme le Brésil, sa dette au FMI de manière anticipée. Une autre conséquence est que le niveau de l’emploi a remonté, ce qui a ouvert une vague de revendications salariales.
6. La grève des travailleurs du site Repsol (groupe espagnol du pétrole) de Las Heras (Patagonie), se situe dans ce contexte. La mort d’un policier, à l’occasion de la répression des ouvriers, le 6 février, a déclenché une campagne contre-révolutionnaire dans toute l’Argentine et un quadrillage démesuré de la petite ville par les forces de répression. Il est regrettable que l’article se berce de mots : « Le conflit n’est pas terminé », p. 17. Les révolutionnaires doivent dire la vérité : la grève de Repsol a cessé dès l’intensification de la répression. Seule une grève générale de tout le prolétariat argentin ou, du moins, de tout Repsol d’Argentine aurait pu empêcher la défaite des travailleurs. La grève a laissé place à une lutte justifiée, mais défensive (pour le départ de la gendarmerie, la réintégration des licenciés, etc.). Ces protestations sont d’ailleurs conduites surtout par les femmes, épouses et filles de ces ouvriers qui ont repris le travail.
7. L’article parle de la solidarité des « partis de gauche », p. 17. Mais qu’est-ce qu’un « parti de gauche » ? N’est-ce pas estomper la lutte des classes ?
8. Toujours à propos de la répression par le gouvernement de
Patagonie et le gouvernement fédéral à Les Heras,
l’article pense qu’il s’agit d’une « provocation
contre le mouvement trotskyste », p. 17.
a) Pourquoi ne pas nommer l’organisation qui a été la cible de la campagne de la bourgeoisie ?
b) Une chose est d’être solidaire de toute organisation ouvrière qui fait face à la répression de la bourgeoisie, à l’Etat bourgeois ; une autre est de faire passer le PO comme trotskyste, même si les medias, le gouvernement et la police l’appellent ainsi. Par exemple, les militants staliniens ont été persécutés comme communistes aux Etats-Unis à partir de 1946, mais cela ne faisait pas du CPUS un parti vraiment communiste, ni du CPUS une partie du « mouvement communiste » avec le SWP et la 4e Internationale.
c) Le bulletin Germinal a toujours réfuté le mythe du « mouvement trotskyste ». Le Collectif Révolution Permanente a comme base le rejet de toute illusion envers un prétendu mouvement trotskyste et la perspective de « réunifier », « rebâtir » « reconstruire », « recréer » la 4e Internationale. En particulier, le CoReP et le GG se sont déterminés clairement contre la perspective post-moréniste de la « régénérer » dont deux concrétisations seraient le « Secrétariat Unifié » basé sur la capitulation devant Castro en 1963 (voir Novak & Munzer, Los Acontecimientos de 1989, p. 240) et le lancement du « Comité de Liaison » sans programme en 2004 avec les partisans du front unique anti-impérialiste (CRI France, POR Argentine…).
9. Dans la même veine, ont trouve un vague vœu : « Ceux qui se revendiquent du Marxisme révolutionnaire ont une grande responsabilité », p. 18. N’ont-ils pas de nom ? Assument-ils cette responsabilité ? Les lectrices et les lecteurs de Germinal n’en sauront pas plus. En fait, les organisations « trotskystes » sont pour la plupart issues du révisionnisme pabliste dont l’acte de naissance en Argentine est la capitulation honteuse devant le nationalisme bourgeois, devant le péronisme. En pratique, elles semblent incapables de mener un travail dans les CGT contrôlées par les bourgeois péronistes. Toutes ont avalisé la division entre chômeurs et salariés occupés. La plupart (PO, MST, MAS, PTS…) ont dérivé en 2002-2003 la révolte des masses vers une réforme du régime (assemblée constituante) tandis que d’autres (LOI-DO) se berçaient d’illusions sur la spontanéité des masses et s’enivraient de phrases radicales, tout en étant incapables d’appliquer une démarche transitoire, de poser le problème du pouvoir et de construire un parti sérieux.
10. En guise de travail syndical, l’article se borne à proclamer: « A bas l’UIA (le MEDEF argentin) et la bureaucratie syndicale », p. 19.
a) Quelles
sont ces bureaucraties syndicales qu’il faut jeter à bas ? L’article ne
les nomme jamais. Pour nous, les appareils corrompus qui servent de relais à la
bourgeoise argentine sont ceux des deux CGT, de
b) Dire
« à bas » est insuffisant. Identifier l’organisation patronale et la
bureaucratie syndicale ne peut convaincre que les convaincus d’avance. Comment
s’y prendre en pratique pour que les masses les rejettent, quels mots d’ordre
peuvent aider à la mobilisation et à l’expulsion des bureaucrates ? Les
révolutionnaires doivent préciser ce que
devraient faire les syndicats pour les travailleurs et contre les patrons…
Les communistes doivent combattre pour une seule confédération rassemblant
chômeurs et travailleurs avec emploi, argentins et immigrés (Boliviens…),
indépendante de l’Etat bourgeois, reposant sur la démocratie ouvrière et le
droit de tendance.
c) En tout
cas, l’intervention des noyaux communistes dans les lieux de travail et dans
les organisations de masse (de travailleurs occupés ou de chômeurs) réclame du sérieux et de l’opiniâtreté. Pour cela, il faut un parti de
type bolchevik.
11. Face
au problème de la division du mouvement ouvrier, l’article répond : « Nous devons nous montrer capables de
dépasser nos propres limites. Ainsi que les manœuvres sectaires qui
surviennent. Ainsi, nous aboutirons,
avec la volonté politique et avec les méthodes de la démocratie ouvrière dont
nous nous réclamons si souvent et qui est une tâche urgente pour le mouvement
ouvrier tout entier. Frapper d’un seul poing l’ennemi de classe et avancer
ensemble sous des drapeaux distincts ou séparés si on préfère. » (p. 18).
C’est bien vague, voire faux.
a) « Nous avons des limitations ». Qui est concerné, qui est ce « nous » ? Quelles sont ces « limitations » ?
b) Il faut frapper l’ennemi d’un seul poing. Certes, mais sur quel programme ? Le front unique ouvrier est toujours concret : il porte sur des exigences ouvrières dans une conjoncture précise.
c) Et qui doit frapper ensemble ? Une tactique de front unique doit s’adresser clairement à des organisations précises.
d) Il faut marcher ensemble ou « séparé, si on veut » (« marchar juntos a banderas abiertas y separadas si se quiere »). Qui est ce « on » ? Le front unique est l’exigence formulée par les bolcheviks que toutes les organisations ouvrières se battent contre les attaques des patrons, de la classe capitaliste, de ses mercenaires, de son Etat. Mais les bolcheviks doivent garder leur liberté de critique et rester séparés. La délimitation n’est pas facultative (« si on veut »).
12. L’article semble croire que le mouvement spontané et/ou
ceux qui se « revendiquent du Marxisme révolutionnaire », le
« mouvement trotskyste », seront suffisants. Il ne parle jamais du
gouvernement ouvrier ni de la nécessité
d’une nouvelle direction. Or, il faut en finir avec la ligne de bâtir à
l’échelle internationale des Zimmerwald centristes (orientation commune à tous
les courants morénistes) et des « pôles ouvriers » en
Argentine (comme la campagne électorale commune de
1. L’article du camarade Trepper
traite le même sujet que l’éditorial, au nom du GG (« nosotros, desde el grupo
germinal », p. 10) mais de manière très différente de cet
éditorial. Quand il aborde l’exemple de
2. Trepper désigne le gouvernement Zapatero comme un « gouvernement socialiste » (Germinal n° 7, une fois p. 7 ; deux fois p. 8). Cela nous semble maladroit, car les bolcheviks ne sont pas simplement des critiques, ils avancent une perspective, qui comprend un gouvernement socialiste. Il serait donc plus pertinent d’en rester à gouvernement PSOE ou encore de le nommer gouvernement social-démocrate ou gouvernement « socialiste ».
3. L’article
réduit la compétition entre entreprises ou entre pays aux salaires
nominaux : « chercher à
abaisser encore les salaires des travailleurs », p. 8
; « des bas salaires, comme ceux que
supportent les camarades travailleurs des nouveaux Etats membres de l’UE »,
p. 9 ; « mettre l’Espagne non
au niveau de vie de la France ou de l’Allemagne, mais à ceux de Pologne ou de
Lituanie », p. 9 ;
« abaisser davantage les salaires
des travailleurs », p. 8. Si c’était
vrai, pourquoi
4. Il affirme que la bourgeoisie n’a aucune marge de manœuvre : « le rêve néolibéral s’est épuisé plus rapidement que croyaient la plupart, la crise du système mondial ne donne pas de marge à la bourgeoisie », p. 10. Est-ce bien certain? Ce serait l’effondrement immédiat de la production et des échanges internationaux, la multiplication des faillites et la hausse considérable de l’armée de réserve salariale, bref une crise économique. L’article emploie le terme : « la crise économique de la zone euro », p. 8. En réalité, l’économie capitaliste mondiale connaît une embellie temporaire, à l’exception de la zone euro qui ne bénéficie que d’une faible croissance. Si nous appelons cela une « crise économique », comment appellerons-nous le moment où la production baisse ?
5. L’expression « la société de consommation », p. 9, est mal choisie. Dans l’infrastructure économique de la société, le mode de consommation est certes important mais il n’est pas indépendant du mode de production. Ce dernier est même déterminant. En outre, comment justifier la coexistence, dans cet article, de la baisse du niveau de vie des masses avec l’existence d’une prétendue société de consommation ?
6. L’expression « la décadence de la société néolibérale », p. 10, ne vaut pas mieux. Y avait-il une société « non libérale » qui soit supérieure, autrefois ? Le camarade, au lieu de découvrir du fascisme dans l’interdiction du tabac dans des hôpitaux, les écoles, les centres commerciaux et dans les bureaux depuis le 1er janvier (p. 8) devrait s’interroger sur les régimes politiques qui furent les plus interventionnistes, les moins « libéraux » entre les deux guerres mondiales… Et qu’est-ce qu’une société « néo-libérale » ? Soit cela veut dire que le mode de production capitaliste a atteint un nouveau stade (lequel ?), soit cela signifie partir de la superstructure (une idéologie) et non de l’infrastructure pour caractériser une formation sociale. Ni l’un, ni l’autre ne nous semble justifié. Par exemple, la décision par 12 Etats d’Europe d’adopter une monnaie commune n’a rien de libéral : l’euro n’a pas émergé des marchés, mais d’un accord politique entre des gouvernements.
7. L’article
accuse l’Union européenne d’être à l’origine des attaques anti-ouvrières :
« les
réformes de la zone euro »,
p. 9 ; « imposer des
augmentations majeures des niveaux d’exploitation des travailleurs,ce qui dévoile le véritable « projet » de l’Union
européenne », p. 10. Quelles sont les prétendues réformes qui
toucheraient toute la zone euro ? Attribuer la responsabilité à l’Union
européenne des attaques qui viennent de son propre capitalisme et de son propre
Etat bourgeois est une filouterie sociale-chauvine qui est fréquemment employée
par les appareils réformistes pour protéger leur bourgeoisie et leur
gouvernement Chirac, Zapatero, Merkel, Blair, Caramanlis… Aucune travailleuse
consciente, aucun travailleur conscient ne peut compter sur l’UE pour défendre
ses intérêts. Mais les coups qui pleuvent sur les prolétariats et les jeunesses
des pays d’Europe proviennent du rapport antagonique entre capital et travail
et ils prennent la forme de mesures politiques nationales (lois, décrets…). Si
l’OCDE, le FMI ou l’UE les approuvent et les encouragent, ils ne sont pas
imposés de l’extérieur à un gouvernement espagnol ou français impuissant et aux
abois : ils sont bel et bien décidés par l’Etat national bourgeois. Cela
explique que les mêmes politiques aient été mises en œuvre (et souvent
auparavant) par les gouvernements de l’UE qui n’ont pas adopté l’euro comme
8. Le texte
du camarade Trepper laisse entendre aux lecteurs de Germinal que la bourgeoisie européenne
est unifiée, qu’il y a un unique « système capitaliste européen » et
un véritable « impérialisme européen » : « avoir les mains libres pour appliquer les politiques
« néo » libérales dont le système capitaliste européen a besoin pour
continuer à fonctionner », p. 8 ; « la sociale-démocratie qui a toujours été un instrument servile
de la domination du capitalisme européen », p. 7. Or, les
rivalités inter-impérialistes n’ont pas été surmontées par les bourgeoisies
européennes, comme l’ont prouvé l’explosion de
9. L’article commet deux bévues complémentaires sur la question des directions traîtresses de l’Etat espagnol. D’une part, l’article tend à réduire la direction réformiste du prolétariat aux bureaucraties syndicales : « la classe ouvrière, quoiqu’elle se trouve très contrôlée par la bureaucratie syndicale de l’UGT et des CO qui opèrent comme une véritable cinquième colonne de l’ennemi ». Ainsi, le slogan final considère que la seule bureaucratie ouvrière est de type syndical, elle oublie la bureaucratie de type politique, elle omet Zapatero, IU et le PSOE : « A bas Mendez et Fidalgo, et toute la bureaucratie traître ! », p. 11. Or, il n’y a pas de différence essentielle entre appareils syndicaux et partis réformistes, qu’ils soient dans l’opposition comme en France ou au gouvernement comme dans l’Etat espagnol. Ce sont deux faces d’un même problème, la crise de direction du prolétariat.
10. D’autre part, l’article met dans le même sac tous les partis et tous les politiciens : « les grandes machines électorales, comme le PP et le PSOE », p. 7 ; « les organisations syndicales venues au patronat ou les politiciens professionnels au service du système capitaliste », p. 10 ; « la bande de serviteurs du système de domination qu’incarnent los politiciens professionnels et les bureaucraties des syndicats », p. 10.
a) L’article gomme la différence entre les partis réformistes et les partis bourgeois. Les maires, les députés, les ministres, les dirigeants du PSOE, du PCE, du PP, du PNV, de CIU… sont tous, selon l’article, « des politiciens professionnels au service de la bourgeoisie ». Pourtant, il y a une certaine différence entre les partis issus de la classe dominante et les partis que la classe ouvrière a édifiés contre les précédents, quelles que soient leurs limites, quelle que soit leur dégénérescence. Les manifestations contre le gouvernement Aznar et les locaux du PP l’ont illustré en 2004. Cette différence d’origine et de place dans la lutte des classes a des conséquences pour toute politique révolutionnaire sérieuse.
b) Si tout « politicien professionnel » incarnait le
« système de domination », ne faudrait-il pas jeter Que faire ? de Lénine aux
orties ? Qu’étaient Marx dans les années 1860, Engels dans les années
1870, Guesde dans les années 1880, Kautsky dans les années 1890, Luxemburg dans
les années 1900, Lénine dans les années 1910, Nin dans les années 1920, Cannon
dans les années 1930, sinon des politiciens professionnels fidèles au
prolétariat ? Sans politiciens professionnels du prolétariat, pas d’internationale,
pas de parti.
11. L’article oublie complètement le rôle des appareils
syndicaux dès qu’il passe à
a) La lutte de la jeunesse étudiante française a été précédée
de la jeunesse espagnole et italienne et elle a été suivie de la jeunesse
chilienne et de la jeunesse grecque. Ces révoltes massives de la jeunesse
encouragent les révolutionnaires ; les bolcheviks peuvent s’y renforcer, à
condition d’une analyse lucide et d’une intervention (à la mesure de leurs forces)
pour aider la jeunesse et la classe ouvrière à vaincre la bourgeoisie et à
déjouer les manœuvres de ses agents. Malgré de nombreuses différences, toutes ces
luttes de la jeunesse se sont heurtées aux mêmes problèmes : le camouflage
de la réalité par les medias et les calomnies de la réaction, la répression de
l’Etat bourgeois et des bandes fascistes, le sabotage du mouvement par les
appendices jeunes des directions traîtres (politiques et syndicales), les
manœuvres parlementaires et l’empêchement de la grève générale des
travailleurs, etc.
b) Le mouvement de la jeunesse a pris en France une grande
ampleur qui lui a permis de surmonter la campagne du pouvoir et des medias, de
déborder les syndicats étudiants participationnistes (UNEF…), de créer tant
bien que mal une centralisation du mouvement (
c) Seul le prolétariat pouvait paralyser le pays. Pour sa
part, la classe ouvrière n’a pas réussi à déborder les appareils. Quand a
eu lieu la grève générale dont parle l’article ? Les
directions syndicales ont réussi à empêcher la grève générale. Elles ont
canalisé, avec l’aide des centristes et des anarchistes, la volonté d’unité
avec la jeunesse et de combat contre le gouvernement dans des « journées
d’action » qui protégeaient le gouvernement pendant que les partis
réformistes faisaient appel à Chirac, lui faisaient des propositions pour
sortir le pays de la crise politique et préparaient, à tout hasard, un front populaire (avec l’aide hypocrite de LO
et celle ouverte de
d) Par
conséquent, il n’y a eu qu’un recul partiel du pouvoir politique (sur le CPE).
Le CNE est maintenu, les emplois précaires pour les jeunes travailleurs sont
maintenus, la loi Villepin officialise les stages des jeunes en formation jusqu’à
6 mois, elle confie les jeunes chômeurs à l’armée, elle fait passer l’âge
minimal de travail de 16 à 14 ans, le travail de nuit à 15 ans. Est-ce l’échec
de « la soumission de la jeunesse à des conditions
dégradantes » ? Avec l’aide des directions syndicales étudiantes et
salariales, avec la complicité du PS, du PCF, de
12. L’article ne dit pas un mot de l’intervention du Groupe bolchevik dans le mouvement du printemps ; il ne dit pas un mot de la nécessité d’un parti, ni en France, ni dans l’Etat espagnol. Pourtant, pour résoudre la crise de la direction du prolétariat, la spontanéité des masses est insuffisante : il faut construire un nouveau parti, avec ses « politiciens professionnels » révolutionnaires.
13. Construire un véritable parti nécessite plus que des déclamations du style : « à bas… ! ». Nous avons besoin de mots d’ordre transitoires et de tactiques de front unique. Par exemple, l’exigence :
• que les syndicats et les confédérations refusent de discuter tout projet anti-ouvrier du gouvernement au service de la bourgeoisie,
• qu’ils réalisent l’unité contre un tel projet, qu’ils appellent à manifester contre les Cortes si le gouvernement Zapatero y dépose un tel projet,
• qu’ils appellent la grève générale jusqu’au retrait du projet,
• que les militants et les députés PSOE et IU le rejettent, mobilisent contre un tel projet. Notre tâche est de regrouper l’avant-garde et d’empêcher qu’elle s’isole des masses qui ont encore confiance dans les chefs syndicaux, dans le PSOE ou IU.
Notre rôle est de faire en sorte que l’avant-garde, regroupée, organisée, aide les masses, dans leur propre mouvement, qui inclut les soviets, à se débarrasser de l’ancienne direction, tant politique que syndicale. Telle est la raison d’être du Grupo Germinal et du Collectif Révolution Permanente.
(Cette lettre est restée sans réponse de la part du GG. Quelques mois
après avoir publié dans on organe, sans aucune réserve, des articles aussi verbeux,
opportunistes et délirants que celui de Trepper, qu’on
croirait rédigé par la LOI Argentine, le GG a scissionné du Collectif au nom de
divergences imaginaires, sans mettre en cause la moindre position du Collectif
ou de ses composantes.)