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La situation en France après le vote massif pour
Chirac, la guerre contre l'Irak et la politique d'agression du gouvernement aux
droits et conquêtes acquises par les travailleurs dans les périodes antérieures
(ou ce qu'il en reste)…
La lutte des classes en
France est une expression particulière des rapports internationaux entre la
bourgeoisie et le prolétariat mondial.
Faute d’avoir pris le
pouvoir dans un certain nombre de pays décisifs au moment de la réapparition
des crises économiques en 1973, le prolétariat a subi à partir des années 1980
la contre-offensive de la part des principales bourgeoisies. Celles-ci ont
utilisé le chômage de masse et surtout la couardise des directions du mouvement
ouvrier (bureaucraties syndicales et « partis ouvriers bourgeois »)
pour porter des coups à la classe ouvrière. La défaite des mineurs face au
gouvernement Thatcher en 1984 en fut la manifestation la plus spectaculaire en Europe.
Sur la base de cette
impuissance politique et de ces reculs des classes ouvrières les plus
importantes, un événement décisif a été la destruction de l’URSS en 1991 aux
mains de la bureaucratie stalinienne et le rétablissement ultérieur du
capitalisme dans le seul pays où la prolétariat avait accompli une révolution
et exercé le pouvoir. Cette défaite historique a encouragé les puissances
impérialistes, et en particulier l’État américain, à faire régner avec
brutalité leur ordre en Irak en 1991, en Yougoslavie en 1999, en Afghanistan en
2002, de nouveau en Irak cette année.
C’est dans ce contexte
que la bourgeoisie française, comme ses sœurs et rivales d’Europe occidentale,
a entrepris de reprendre tout ce qu’elle avait dû concéder au prolétariat, du
lendemain de la seconde Guerre mondiale aux années 1970.
Or, les travailleurs
sont affaiblis par les trahisons des partis qu’ils avaient autrefois édifiés et
par les bureaucraties corrompues qui contrôlent les organisations syndicales.
Le PS et le PCF ont
porté eux-mêmes des coups au compte de la classe capitaliste quand ils ont
accédé au gouvernement (par exemple, pour le gouvernement « Gauche
plurielle » de Jospin entre 1997 et 2002 : la guerre contre la
Serbie, de multiples privatisations, des mesures fiscales en faveur des riches
et des lois de flexibilité du temps de travail). Avec le renfort de la LCR, ils
ont appelé à voter Chirac au deuxième tour de l’élection présidentielle, voici
un an. Aussitôt plébiscité, Chirac, avec son ministre Sarkozy a renforcé les mesures
contre les immigrés et a restreint les libertés démocratiques.
Pour leur part, les
directions des syndicats acceptent de discuter les attaques patronales et
gouvernementales, puis participent à leur application. La principale
confédération, la CGT, a ouvertement embrassé « le syndicalisme de
proposition ». Aujourd’hui, tous les appareils syndicaux (avec l’aide du
PS, du PCF, de LO, de la LCR et du PT), essaient d’empêcher la grève générale
contre le gouvernement Chirac-Raffarin qui veut détruire les statuts des
travailleurs de l’enseignement public et veut attaquer les retraites de tous
les salariés.
Raconte-nous brièvement l'origine du GB.
Les racines du Groupe
bolchevik plongent dans la section française de la 4e Internationale, qui se
nommait Parti ouvrier internationaliste en 1938, puis Parti communiste
internationaliste à partir de 1944, OCI en 1965, de nouveau PCI en 1980.
Dans les années 1970,
cette organisation, sous la conduite de Pierre Lambert, s’est peu à peu coulée
dans l’ordre existant, par l’intermédiaire d’une adaptation à la
social-démocratie et aux bureaucraties syndicales « réformistes » de
l’ex-FEN et de FO. Cela est apparu au grand jour, lors du premier tour de
l’élection présidentielle de 1981, quand la direction du PCI, avec le soutien
de Nahuel Moreno, a refusé de présenter un candidat
révolutionnaire pour appeler à voter pour celui du Parti
« socialiste », Mitterrand.
Dans les années
suivantes, la collusion avec l’appareil de FO s’est accentuée. La direction du
PCI a basculé dans le révisionnisme avec l’adoption de l’étapisme
parlementariste (le but étant de défendre la république et d’obtenir « la
démocratie ») et avec l’abandon du léninisme (au profit d’un parti
« large » prétendant rassembler tous les courants du mouvement ouvrier).
Pour cela, il a fallu à
Lambert, à Cambadélis (aujourd’hui dirigeant du PS) et à Gluckstein purger le
PCI de ceux qui restaient révolutionnaires. Les exclus ont constitué une
organisation nommée Comité pour le redressement du PCI sous l’impulsion de Stéphane
Just à partir de 1984. Mais le PCI a finalement été liquidé par sa direction
dans le « Parti des travailleurs » social-chauvin en 1992, après
avoir refusé de défendre l’Irak en 1991 et adopté une position neutraliste et
pacifiste en commun avec le PCF. Notre organisation s’est alors renommé
« Comité pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire, de
l’Internationale ouvrière révolutionnaire ».
Vous avez affirmé que la IVe Internationale
est morte. Peux-tu développer un peu cette affirmation ?
La 4e Internationale
ne peut plus être le cadre d’un regroupement principiel des révolutionnaires,
des internationalistes, des marxistes. Elle n’existe plus depuis 1953, quand sa
propre direction (Pablo et Mandel) a confié à la bureaucratie du Kremlin le
soin de réaliser le socialisme et a prétendu transformer l’internationale en
groupe de pression et en conseillers de la bureaucratie stalinienne.
Bien sûr, il y a eu
résistance : dès 1951, avec la section française dirigée par Marcel
Bleibtreu, puis en 1953 avec les sections américaine, britannique, suisse et
chinoise. Mais les efforts du Comité international de la 4e Internationale,
fondé en 1953 par James Cannon pour préserver et réorganiser la 4e
Internationale, ont finalement échoué. A u
fil du temps, toutes les sections qui avaient défendu le trotskysme ont disparu
ou ont dégénéré.
Dans ces conditions,
prétendre « reconstruire », « refonder »,
« régénérer » ou « recréer » une organisation fondée il y a
plus de 65 ans n’a guère de sens. Cependant, le programme de l’Internationale
communiste et celui de la 4e Internationale (en particulier L’Agonie du capitalisme de 1938 et le Manifeste de 1940) restent essentiels
pour analyser et intervenir dans la lutte des classes contemporaines, pour
construire les partis ouvriers révolutionnaires et édifier l’Internationale
ouvrière révolutionnaire qui manquent tragiquement au prolétariat.
Et l’évolution du GB jusqu'à sa 2e Conférence ?
Le Groupe bolchevik
(pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire, de l’Internationale
ouvrière révolutionnaire) est issu de l’éclatement du Comité après la mort de
Stéphane Just en
Nous luttions alors
pour notre survie, face aux scissions répétées et aux vols (du journal et des fonds
de l’organisation). Pour nous, la mort du Comité était en grande partie la
conséquence de son isolement international. La 1e conférence a donc
décidé de tenter de surmonter le « national-trotskysme » qui avait
facilité l’opportunisme et le sectarisme.
À partir de leur 1e
conférence, les militants du Groupe bolchevik ont continué à intervenir dans
les syndicats, sur leurs lieux de travail et d’études, à publier et diffuser
leur bulletin. Avec la plateforme politique qu’il avait adoptée, le groupe a
pris ou repris contact avec des militants et des courants hors de France :
des militants issus du groupe Germinal de Valence dissous en 1999, la FTSI
impulsée par le PTS d’Argentine, le Communist Workers’ Group de Nouvelle Zélande et la LOI d’Argentine.
Le Grupo
Germinal s’est reconstitué. Si la discussion avec les centristes de la FTSI
s’est révélée une impasse, la participation au congrès de Buenos-Aires de
décembre
Un bref bilan de la 2e Conférence ?
La conférence a marqué
le passage de la phase de la lutte pour la survie politique à la phase de
construction du groupe.
Elle a travaillé sur
l’analyse de la situation mondiale après la défaite de l’Irak, sur la question
du front unique ouvrier. Ont participé à ces discussions une délégation du CRI
(une scission récente du PT), ainsi qu’un délégué de Lucha Marxista
et deux de la LOI.
La conférence a désigné
une direction dont le mandat est la construction du groupe et la préparation de
la conférence internationale.
Depuis qu’elle s’est
tenue, les militants combattent avec vigueur pour la grève générale contre les
projets réactionnaires du gouvernement Chirac-Raffarin. Le groupe a attiré
récemment plusieurs jeunes travailleurs et étudiants en provenance de LO.
D’anciens militants, qui s’étaient éloignés au fil des scissions du Comité, se
sont rapprochés ou son revenus.
Et vos rapports internationaux?
Aujourd’hui, les partis
ouvriers traditionnels, qu’ils soient sociaux-démocrates ou travaillistes de
longue date ou qu’ils soient ex-staliniens, rivalisent en abjection dans la
soumission au capital. En outre, les multiples courants qui usurpent la
référence au trotskysme prostituent le drapeau de la 4e Internationale dans la
capitulation devant les bureaucraties syndicales, le refus de défendre l’Irak
contre l’impérialisme, le vote Chirac, le vote Lula-Alencar, la participation
au gouvernement bourgeois du Brésil, la reconnaissance d’Israël, l’appel à
l’ONU, le soutien au Forum social mondial, etc.
Il est temps de
rassembler les forces saines du mouvement ouvrier. Le Groupe bolchevik
participe aux efforts de construction d’un cadre international avec l’appel
commun des Cinq (CWG, GB, GOI, LOI, LM) à une conférence internationale.
Nos relations sont toutes récentes. Ceci dit, quel
bilan tires-tu de ton court séjour à Barcelone et d’EDM ?
Tout d’abord, je
remercie sincèrement les camarades d’En Defensa del Marxismo pour leur accueil
fraternel.
Mon appréciation
politique est limitée, à cause de la brièveté de mon séjour, de mes limites
linguistiques et des règles actuelles de fonctionnement d’EDM qui rendent
difficile de distinguer ce qui est la vision individuelle de ses animateurs et
la ligne collective du groupe.
J’ai rencontré une
organisation de militants qui sont révolutionnaires et internationalistes, des
adversaires irréductibles de la classe des exploiteurs, de son État, de ses agents
au sein du mouvement ouvrier. Cela confirme que notre petite organisation
française n’est pas la seule de ce genre, ce qui est réconfortant !
Néanmoins, des cadres
d’EDM ont, me semble-t-il, développé des appréciations superficielles et des
orientations dangereuses sur une série de questions : un refus de prendre
en compte la présence de courants bourgeois au sein du mouvement ouvrier (les
« partis ouvriers bourgeois » de Lénine), une tendance à abandonner
le travail dans les syndicats, une révision de l’analyse trotskyste de
l’ex-URSS, l’absence de critique et de combat politique contre le nationalisme
petit-bourgeois qui entraîne dans l’impasse les peuples opprimés par l’État
espagnol et qui divise le prolétariat.
Si EDM s’inscrit dans
le processus de regroupement en cours initié par les Cinq, dans la discussion
préparatoire à la conférence internationale des forces saines du mouvement
ouvrier, cela donnera l’occasion d’éclaircir ces questions, de corriger les
erreurs que nous pouvons tous commettre, surtout à l’échelle d’un seul pays.
Dans EDM, on trouve des
militants qui peuvent apporter beaucoup à leurs camarades d’autres pays, car
ils ont cumulé une expérience considérable et ont manifesté une grande
indépendance d’esprit.
Personne ne peut
garantir l’issue de la conférence internationale à laquelle les Cinq vont
appeler. Cependant, elle pourrait déboucher sur la mise sur pied d’un centre
international… et aussi sur une organisation léniniste-trotskyste dans l’État
espagnol renforcée numériquement et politiquement.