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Un test pour les « trotskystes » issus de l’école de Lambert

 

Le CRI et le CCI face à l’intervention de leur impérialisme au Tchad

 

Début février : une nouvelle intervention de l’impérialisme français au Tchad avec la complicité des organisations traditionnelles de la classe ouvrière et des pseudo-trotskystes

 

Fin janvier, avec l'aide du Soudan, une colonne armée de militaires dissidents est partie d’est en ouest du Tchad, en direction de la capitale parcourant 750 km. Ses chefs, qui comportent des parents du président, ont sans doute voulu tenter de prendre le pouvoir à Déby avant le déploiement de l'Eufor (3 700 militaires) annoncé le 28 janvier par un Conseil des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Union européenne.

Le 1er février, l'armée dissidente a balayé l'armée officielle qui tentait de barrer la route de N'Djamena et elle est entrée dans la capitale. Dès le 2 février, l'armée française, qui assurait déjà le conseil, l’espionnage et le ravitaillement, s'est engagée plus directement, avec l’aide de la Lybie.

Devant cette nouvelle intervention de son impérialisme, le Groupe bolchevik a pris position à partir des déclarations de Sarkozy et des accusations –vraisemblables– des opposants de Déby (Document 1). Il exigeait l’arrêt des opérations  françaises au Tchad, la fermeture de toutes les bases militaires, l’ouverture des frontières de la France aux étudiants et aux travailleurs du Tchad… Cette déclaration (envoyée, entre autres, au CRI et au CCI) se prononçait pour le front unique ouvrier, pour que les organisations ouvrières –partis et syndicats– organisent une protestation contre cette nouvelle ingérence au compte des grands groupes capitalistes français et fassent en sorte de l’empêcher.

Le Groupe bolchevik aurait, évidemment, participé à toute protestation contre l’intervention avérée de son impérialisme, quelque soient les ambiguïtés des organisateurs, comme l’ont fait ses camarades du DNK à Vienne le 5 février contre l’envoi de troupes autrichiennes au Tchad.

Cependant, les directions du mouvement ouvrier français ont laissé les mains libres au gouvernement, comme elles l’ont aidé à porter des coups à la classe ouvrière française lors de la grève de la SNCF sabotée par la direction de la CGT (voir Révolution Socialiste n° 26). Il n’y a eu aucun rassemblement contre l’intervention, aucune manifestation de la part des syndicats (pas même ceux de FO dirigés par le PT, les SUD dirigés par la LCR, la FSE dirigée par le CRI…), ni des partis issus de la classe ouvrière, y compris les organisations « trotskystes » qui effectuent actuellement un tournant droitier : adoption d’un parti encore plus large et « républicain » pour le PT, listes de front populaire pour LO aux élections municipales, liquidation de la LCR dans un « parti large » (voir Révolution Socialiste n° 25 et n° 26).

En fait, les « rebelles », vaincus par l’armée régulière appuyée par l’armée française, ont évacué la capitale le 6 février. Le calme semble, pour l’instant, revenu au Tchad et la présence militaire française s’est faite plus discrète. Le niveau de présence militaire est devenu inférieur à celui de la France en Côte d’ivoire ou au Liban et surtout en Afghanistan. Dans les jours suivants, les medias n’ont plus abordé le Tchad que pour envisager la grâce, par le président Déby, des voleurs d’enfants de l’ONG française l’Arche de Zoë, en guise de remerciement à Sarkozy.

En fonction de la situation concrète, une manifestation de rue contre l’intervention devenait peu vraisemblable. Par contre, une explication marxiste des événements, incluant l'inertie des partis réformistes et des directions syndicales, demeurait possible. Le CRI et le CCI n’en ont pas voulu, à cause de leur matrice lambertiste et du fil qui les relie aux carriéristes qui dominent les organisations ouvrières de masse.

Les centristes, pickpockets de l’histoire

Ultérieurement aux affrontements armés et après avoir reçu la déclaration du Groupe bolchevik, le groupe CRI, sans avoir pris lui-même position, a proposé le 9 février à plusieurs dizaines d’organisations de discuter d’une initiative commune pour « manifester publiquement » mais sans proposer de texte d’appel (Document 2).

Le même jour, « Grosz », qui a collaboré autrefois avec le CRI, a posé une question pertinente (Document 3) :

Pourquoi la FSE, où le CRI est implanté, ne s’adresse-t-elle pas à toutes les centrales syndicales du mouvement ouvrier pour proposer une réaction unitaire ?

Ni le CRI, ni la FSE n’ont jamais daigné répondre à cette suggestion. Pour sa part, le Groupe bolchevik a  réagi dans les termes suivants  à la proposition du CRI, en joignant son texte comme base de discussion (Document 4) :

Nous sommes d’accord avec la nécessité que les organisations de la classe ouvrière prennent leur responsabilité contre toute intervention militaire de notre impérialisme, soit à son compte, soit sous couvert de l’ONU ou de l’UE. La responsabilité d’une manifestation de masse, ce qui ne serait qu’un minimum en tel cas, incombe avant tout aux organisations syndicales et aux partis issus de la classe ouvrière.

En outre, une prise de position commune pour regrouper un pôle communiste, révolutionnaire et internationaliste contre notre bourgeoisie et ses agents réformistes est très utile.

D’après le CRI (Document 5), les seules autres organisations à avoir répondu étaient :

               la FSE (un syndicat dirigé par le CRI),

               le MPE (dont la nature nous est inconnue et dont nous ignorons les liens avec le CRI),

               le CCI (qui se réclame comme le CRI du trotskysme).

À notre connaissance, aucune de ces organisations n’avait pris de position au moment où les troupes françaises paradaient à l’aéroport et dans les rues de N’Djamena.

Le 12 février, le CRI a écarté le texte soumis par le Groupe bolchevik sans explication et proposé un autre projet, copiant en partie la déclaration du Groupe bolchevik, mais la truffant de formules passablement opportunistes, voire grotesques (Document 6).

Le 14 février, le Groupe bolchevik, qui avait prévenu par téléphone de son absence à la réunion convoquée la veille par le CRI, a relevé que le projet CRI ne tenait aucun compte de l’évolution de la situation et qu’il remplaçait la manifestation publique par un simple « meeting-débat » dans une faculté (Document 7).

Le même jour, le CRI a invoqué que tout appel serait subordonné à l’accord du MPE et de la FSE pour aboutir à une « initiative » à Tolbiac (Document 8).

Le 15, le Groupe bolchevik a proposé que, d’une part, la FSE s’adresse aux organisations syndicales et que, d’autre part, les organisations qui se réclament du communisme et de l’internationalisme prennent une position communiste et internationaliste commune (Document 9).

Le CRI, le CCI et le GB peuvent adopter ensemble une position clairement communiste (ce qui inclut sans doute l'exigence du FUO, mais ne s'y borne pas), délimitée clairement du réformisme et du centrisme. La FSE devrait s'adresser aux organisations syndicales de l'enseignement supérieur dans un cadre de FUO : condamnation commune des interventions françaises, droits des étudiants africains, suppression des bases (oubliée dans le projet CRI), dispositif de manifestation rapide en cas d'intervention ouverte au Tchad…

Le 17, il a remanié le texte du CRI (Document 13), en fournissant à ses interlocuteurs ses motifs (Document 12) :

Le projet du CRI ne se prononce pas pour la liberté d’immigrer, il ne se prononce pas clairement pour la suppression des bases militaires, alors que Sarkozy veut en ouvrir une nouvelle dans le Golfe arabo-persique, il ne se prononce pas sur l’intervention des troupes françaises en Asie, il comporte des exagérations nuisibles ("pour préserver à tout prix une certaine stabilité au Tchad qui leur est indispensable, les puissances impérialistes…" : à tout prix ? indispensable ?), il n’utilise pas les informations disponibles sur l’implication française dans la défaite des forces opposées à Déby, il tait l’inertie scandaleuse des organisations traditionnelles et des centristes début février, il n’explique en rien la possibilité pour le pouvoir actuel de porter des coups en France et en Afrique.

Le CCI a annoncé le 18 : « nous pourrons signer aussi bien la version initiale du CRI que celle proposée par le Groupe bolchevik » puisque les amendements du Groupe bolchevik n’étaient que des « détails qui ne changent en rien le sens » (Document 14). Pour le CCI, le droit pour les travailleurs et étudiants du Tchad de venir en Franc est donc un « détail ».

Sans aucune explication politique, le CRI a alors incorporé une dizaine d’amendements du Groupe bolchevik à son projet ;  sans aucune explication politique, il a écarté les autres. Voila qui s’apparente à de la contrefaçon. Le CCI, qui annonçait qu’il pouvait signer les deux projets, a choisi celui du CRI.

Nous avons commis une erreur, en oubliant que « les centristes sont les pickpockets de l’histoire » (Trotsky). Il ne fallait pas améliorer un texte qui n’était pas pour une véritable action, ni basé sur des principes clairs :

La propagande doit s'appuyer sur des principes clairs, sur un programme précis. Marcher séparément, frapper ensemble. Le bloc n'est créé que pour des actions pratiques de masse… (Léon Trotsky, «La révolution allemande et la bureaucratie stalinienne », 1922, Comment vaincre le fascisme, p.163)

Le CRI et le CCI s’abritent derrière la FSE pour camoufler leurs propres positions

Un front unique permet à l’organisation révolutionnaire de lutter, d’agir en commun avec des courants réformistes, qui prétendent améliorer le sort des travailleurs au sein du capitalisme, ou des courants centristes, intermédiaires entre réformistes et révolutionnaires. En l’occurrence, l’initiative du CRI ne permettait :

               ni de « frapper ensemble » : comment croire qu’une réunion-débat, dans une faculté, qui se tiendrait fin février pourrait contribuer à arrêter une intervention… qui s’est déroulée début février ?

               ni de « marcher séparément » : puisque ni le CRI, ni la FSE, ni le CCI, ni le MPE n’ont pris de position propre sur le Tchad.

Pour le CRI, tout « communiqué commun » CCI-CRI-Groupe bolchevik devait être écarté puisqu’il « exclut deux des organisations concernées, sous prétexte de leur nature différente » ; pour le CCI, cela « exclut de fait la FSE ».

En réalité, la FSE, qui n’est jamais intervenue pour donner son opinion, a exclu elle toute intervention digne d’un syndicat, malgré les suggestions de Grosz et du Groupe bolchevik, auxquelles elle n’a pas daigné répondre. Le CRI a toujours parlé au nom de la FSE, ce qui confirme qu’il la dirige.

Le centrisme mène une existence parasitaire : c’est aux marxistes, c’est-à-dire avant tout aux bolcheviks-léninistes, qu’il emprunte ses principaux arguments, en émoussant pourtant le tranchant de leur critique, en se soustrayant aux conclusions pratiques et en privant ainsi leur critique de tout objet

Le texte final, approuvé par le CCI, malgré les améliorations attribuables surtout au Groupe bolchevik (« des détails » selon le CCI), émousse le tranchant de la critique des bolcheviks :

               La confusion dès le titre du « peuple tchadien » (il n’y a pas de classes sociales au Tchad, pas de lutte entre elles ?) ;

               La mansuétude à l’égard de certaines « organisation politiques qui se réclament de la défense des travailleurs » : « Le silence et la passivité de la plupart… » (quelles sont celles qui ont manifesté ?)

               Les conseils donnés aux directions syndicales : « Elles ont la capacité de créer les conditions politiques nécessaires à des actions de blocage des transports et télécommunications de l’armée et du patronat vers l’Afrique. » L’idée est reprise du Groupe bolchevik, mais il faudrait, d’abord, une étape plus ou moins longue pour « créer les conditions politiques » (pourquoi n’existent-elles pas ? la confiance envers l’ONU de la LCR, du PCF et du PS, la « défense de la France » systématique par les réformistes n’y sont-elles pour rien ?)

               La justification par laquelle l’appel se conclut (rédigée par des gens qui voyagent librement dans le monde entier avec leur passeport français) du droit à la circulation et d’établissement « des étrangers » (même des anciens dictateurs ?) : ils y sont « obligés par le pillage de leur pays et toute la politique de l’impérialisme à venir chercher du travail ici » (ceux qui ne sont pas réduits à la misère n’ont pas le droit de visiter la France, d’y étudier… ? qu’est ce que ces explications viennent faire comme fin choisie par le CRI et approuvée par le CCI?)

La ligne du CRI apparaît encore plus clairement quand on examine le passage qu’il a écarté avec l’aval du CCI :

Une défaite de l’impérialisme français au Tchad serait d’autant plus salutaire que les services secrets et l’armée sont des ennemis des peuples opprimés dans le monde et en même temps des forces de guerre civile contre le prolétariat français lui-même. En dernière analyse, seules la destruction de l’Etat bourgeois et l’expropriation des grands groupes capitalistes en finiront avec le pillage et l’immixtion.

Les travailleuses et les travailleurs du Tchad et de France sont en droit d’exiger que toutes les organisations qui se réclament des travailleurs rompent avec Sarkozy, dénoncent l’intervention impérialiste française au Tchad, appellent à manifester, bloquent les transports et les télécommunications de l’armée vers l’Afrique.

Début février, les directions syndicales et les partis réformistes de tout poil (PS, PCF, LCR, LO) ont laissé les mains libres au gouvernement Sarkozy – Alliot-Marie – Kouchner au Tchad pour les mêmes raisons qu’elles acceptent de discuter ses plans anti-ouvriers et qu’elles ont empêché jusqu’à présent la grève générale qui seule permettrait de les faire reculer, de les battre, de les chasser, comme à la SNCF en novembre. Le « réformisme » est lié à l’impérialisme car il vit des miettes que les bourgeoisies des pays dominants accordent aux bureaucraties du mouvement ouvrier. Ceux qui soutiennent l’ONU respectent la 5e République.

Quant aux forces armées « rebelles », leurs dirigeants ont fait partie du régime pendant des années. S’ils arrivaient au pouvoir, ils poursuivraient une politique de pillage des richesses naturelles et d’exploitation de la population, au compte de l’impérialisme français ou de ses rivaux.

Cela prouve qu’il faut bâtir un nouveau parti ouvrier, communiste, révolutionnaire et internationaliste, tant au Tchad qu’en France, partis rassemblés dans une internationale, dont le but est la révolution prolétarienne, le pouvoir des travailleurs, la construction du socialisme mondial.

Le CCI et le CRI s’appuient sur la FSE, qui reste silencieuse et qui ne fait rien pour le front unique, pour refuser une claire déclaration communiste et internationaliste et pour couvrir des positions confuses et opportunistes, qui sont en fait les leurs.

Lambert est mort, reste à enterrer le lambertisme

Le CCI (T) a pris une position, trois semaines avant, sur les élections municipales, mais pas de position propre sur le Tchad. Le CRI a été plus rapide à témoigner de ses « condoléances » à la mort de Lambert qu’à s’occuper du Tchad.

Le CCI (T) a été créé en 2003 par des syndicalistes  qui ont quitté successivement deux organisations politiques en cinq ans, ce qui ne pourrait se justifier que par de très graves divergences programmatiques.

Les fondateurs du CCI faisaient partie d’une minorité du Comité contre laquelle Just avait entrepris son dernier combat politique, interrompu par sa mort en 1997. Quand la conférence suivante du Comité a rejeté leur orientation crypto-lambertiste en 1997, Serge Goudard, Hélène Bertrand et Jean Ribes ont en 1998 usurpé le nom de l’organisation et volé son journal. Bien que sa scission précipitée n’ait pas permis un débat approfondi et éducatif, la surestimation par cette minorité des élections législatives en France et des luttes sociales aux Etats-Unis permettait de couvrir une adaptation significative à la bureaucratie de la FSU, censée être poussée à gauche (alors qu’elle allait en réalité vers la droite, comme tout le mouvement ouvrier) et, en remarquable convergence avec la « 4e Internationale » lambertiste, une valorisation d’un « Labor Party » américain fondé par quelques pans de la bureaucratie de l’AFL-CIO (qui s’est révélé mort-né, par incapacité à défier le Pari démocrate).

Le CCI s’est séparé lui-même du faux Comité en 2003. Malgré une taille très réduite, un de ses membres est présent au Bureau national du « Syndicat national de l'administration scolaire, universitaire et des bibliothèques » (SNASUB-FSU).

Quant au groupe CRI, il est né d’un noyau d’étudiants d’une grande école, l’Ecole normale supérieure de lettres et sciences humaines, qui avaient rejoint le PT réformiste fondé en 1991 sur les ruines du Parti communiste internationaliste par son mini-appareil (contrôlé par Lambert et Gluckstein) et par la bureaucratie syndicale de FO (représentée par Sandri et Hébert). Dans le PT, la dissidence des futurs fondateurs du CRI s’est opérée de manière académique, sur la droite du PT. Ils n’ont pas remis en cause, à notre connaissance, l’adaptation à FO, le chauvinisme, les alliances scandaleuses  avec le FIS en Algérie ou le MRC en France. Ils choisirent, en 2002, comme angle d’attaque, le catastrophisme économique façon Lassalle-Hyndman-Thorez qui lui sert –vaguement– d’alibi théorique. Le CRI est d’ailleurs tombé dans le travers symétrique, à la Bernstein-Kidron-Mandel-Herzog (Document 15).

Sa rupture avec le lambertisme est incomplète, comme en témoignent les « condoléances » (sic) présentées par le CRI au PT à l’occasion de la mort de Lambert :

Pierre Lambert restera comme une figure du mouvement ouvrier français… Un courage admirable… Le courant lambertiste continue de former des militants syndicaux qui défendent les travailleurs sur les lieux de travail… Il continue de fournir aux militants ouvriers, aux travailleurs et aux jeunes des analyses immédiates et quelques propositions utiles pour leur lutte de classe… C’est pourquoi le meilleur hommage à Pierre Lambert est d’étudier maintenant sa vie comme il l’a menée d’un bout à l’autre, en militant ouvrier, de poursuivre le combat trotskyste… (CRI, Communiqué, 22 janvier 2008)

Lambert était un bandit politique qui a maquillé toute sa vie avec des phrases « trotskystes » son opportunisme congénital, ses relations de chef à chef avec des nationalistes bourgeois, ses magouilles avec la bureaucratie syndicale et la sociale-démocratie, son recours systématique à la calomnie et à la violence contre les révolutionnaires et, à la fin de sa vie, la capitulation devant les islamistes du FIS et un répugnant social-chauvinisme.

L’indulgence du CRI envers Lambert contraste avec sa sévérité à l’égard de l’ouvrier révolutionnaire Stéphane Just. Toujours est-il que les hommages sont allés du CRI au Grand-Orient de France, en passant par des dirigeants du PS et de FO. Ont assisté le 25 janvier aux obsèques de Boussel- Lambert deux anciens secrétaires nationaux de cette centrale syndicale et celui en exercice, Mailly, qui vient de trahir les travailleurs de la SNCF et de la RATP, qui vient de signer la « séparation à l’amiable » voulue par le patronat et Sarkozy (voir Révolution Socialiste n° 26). Imagine-t-on Jouhaux aux funérailles de Trotsky ?

En fait, les chefs de FO ont témoigné de la reconnaissance à quelqu’un qui a bien servi le réformisme, en particulier l’appareil syndical constitué par Jouhaux avec l’appui du PS-SFIO et de la 4e République, ainsi que de la bureaucratie de l’AFL-CIO et de l’Etat américain au moment de la guerre froide. Lambert a été payé comme permanent syndical par FO dès 1952, il a voté pour l’orientation confédérale au congrès de FO dès 1959 (et non en 1969, comme l’affirme le CRI qui veut faire étudier au monde entier la vie de Lambert). En 1982, Lambert a fait participer l’UNEF aux conseils d’administration des universités aux côtés de FO. En 1984, Lambert a exclu Just et ceux qui résistaient à la révision de la « ligne de la démocratie » type FO et à la liquidation au compte de FO de ce qui restait de la section française de la 4e Internationale. Puis Lambert a fait scissionner le SNES, le SNI, le SNEP, le SNESup… pour créer des syndicats FO dans l’enseignement.

Le CRI a gardé de sa gestation lambertiste le goût des masques de carnaval et des poupées russes. En moins de trois ans, il a lancé, successivement, des « comités pour le Non » au référendum, un appel au regroupement PT-LCR-LO, un appel à l’unité LO-LCR, un « Forum de la résistance sociale », avant de se rallier au « parti large »de Besancenot et Krivine…

Ou bien la construction de ce nouveau parti passe par en haut, par des accords entre appareils : c’est ce que préconise le courant « droitier » de la LCR, dirigé par Christian Piquet… Ou bien la construction du nouveau parti passe par en bas, justement avec ces travailleurs et ces jeunes qui ont lutté ces dernières années et se sont radicalisés : c’est ce que préconisent Besancenot et la direction de la LCR. (Le CRI des Travailleurs n° 28, septembre 2007)

Le CRI se passionne pour les subtiles divergences qui traversent du petit appareil de la LCR dont le financement dépend largement de la 5e République, comme celles de LO et du PT. Or, le nouveau parti sert à la LCR à se débarrasser de toute référence au communisme, afin d’avoir les mains libres pour s’intégrer aux bureaucraties syndicales et rallier les coalitions de type front populaire, comme le prouve la participation de la LCR à des dizaines de listes d’Union de la gauche à l’occasion des élections municipales de mars 2008.

Comme le PT (avec les syndicats FO de l’enseignement) et la LCR (avec les SUD), le CRI a, à son échelle, créé  son propre syndicat dans son milieu social. Il a fondé en 2003, avec quelques éléments du PCF qui refusaient la fusion des deux UNEF, la « Fédération syndicale étudiante » (FSE) qui prend part à tous les organismes de cogestion de l’université, comme les syndicats étudiants dirigés par le PCF, le PS et la LCR. Puis il a élargi son champ d’action en 2006, avec l’appui de Grosz, aux salariés avec un « Comité pour un courant intersyndical lutte de classe et antibureaucratique » (CILCA). Le Groupe bolchevik n’a pas pu s’y associer car le CRI–FSE-CILCA refuse de lutter contre la participation gaulliste et de se prononcer contre la présence des organisations de policiers au sein des syndicats ouvriers (voir Bulletin Bolchevik n° 3, p. 7-8).

Dans toutes les luttes, dont la mobilisation des jeunes contre la loi Sarkozy-Pécresse et celle des travailleurs de la SNCF en automne 2007, le CRI et ses bras syndicaux FSE et CILCA ont couvert les « journées d’action » et les « grèves reconductibles » contre l’exigence que les directions syndicales appellent à la grève générale.

Il faut dire que la FSE semble avoir les mêmes sources de financement que la CE, l’UNEF et SUD étudiant. En tout cas, elle ne publie pas ses comptes.

De Gaulle a mis en place la cogestion à l’université pour tenter d’empêcher un nouveau Mai 68. La « loi Faure » fut adoptée en novembre 1968 avec la complicité du PS-SFIO et du PCF. Mais, lors de son congrès de Marseille en décembre 1968, le syndicat étudiant, l’UNEF, a refusé le piège de la participation et ainsi préservé son indépendance vis-à-vis de l’Etat bourgeois. Les staliniens ont aussitôt divisé le syndicalisme étudiant pour aider De Gaulle, Pompidou et Faure, en créant l’UNEF-Renouveau participationniste (d’où vient la FSE). La LCR a aidé le PCF et l’UEC en appelant à détruire l’UNEF à la rentrée 1969 et puis a envoyé quelques années plus tard ses militants enseignants et étudiants dans les conseils de participation-cogestion. Lambert a fait adopter la participation à l’UNEF, alors dirigée par le PCI, en 1982, sous prétexte de la venue au pouvoir de Mitterrand.

Les universités sont depuis la loi Faure majoritairement présidées par des membres du PCF et du PS. Dans leur ombre, on trouve la LCR, LO et aussi le CRI et le CCI. Depuis leur naissance, le SNASUB-FSU et la FSE participent à tous les organismes de cogestion de l’université et touchent à ce titre des avantages très concrets, dont les subventions annuelles versées par les conseils d’administration aux syndicats qui cogèrent. Les statuts de la FSE prévoient discrètement ce financement (Document 16) et la direction CRI de la FSE en voudrait bien plus (Document 17).

Six semaines après l’intervention militaire française, il n’y a même pas eu de « réunion-débat ».

Les faits sont têtus : ni le CILCA, ni la FSE, ni le MPE n’ont bougé quand l’armée française est intervenue au Tchad du 1er au 6 février, pas même sous forme d’un communiqué. En particulier, le syndicat étudiant dirigé par le CRI n’a pas appelé les étudiants à manifester, n’a pas proposé de front unique contre l’intervention aux organisations syndicales de l’université, alors qu’il y a plus de 45 000 étudiants d’Afrique sub-saharienne en France, dont des centaines d’étudiants tchadiens.

La construction du parti ouvrier révolutionnaire ne sera pas un processus spontané. Elle passe par le rassemblement de l’avant-garde et aussi sa délimitation des réformistes qui trahissent et des centristes qui les protègent.

L’intransigeance politique et une politique souple de front unique constituent deux armes pour atteindre un sel et même but. (Trotsky, « Centrisme et 4e Internationale », 1934, Œuvres t. 3, p. 239)

9 mars 2008

La cellule centrale du Groupe bolchevik

Document 1 : Déclaration du Groupe bolchevik, 6 février

Non à l’intervention au Tchad ! Retrait de toutes les troupes françaises ! Fermeture des bases militaires françaises !

Le 5 février, le président de la république française a déclaré : « Si la France doit faire son devoir au Tchad, elle le fera » en demandant le feu vert à l’ONU. La veille, le Conseil de sécurité de l'ONU a déjà « condamné fermement les attaques perpétrées par des groupes armés contre le gouvernement tchadien » et appelé « les États membres à apporter leur soutien au gouvernement du Tchad ». L’impérialisme français avait adressé le même jour une mise en garde directe aux forces de l’armée tchadienne entrées en rébellion qui menaçaient N’Djamena. Sarkozy a demandé « à l’aviation française de survoler la frontière avec le Soudan, côté Tchad, pour vérifier qu’il n’y ait pas d’incursion étrangère ». Auparavant, il avait renforcé le détachement français sur place, sous prétexte humanitaire.

Selon le principal chef des troupes dissidentes, le général Mahamat Nouri, l’aviation française a « bombardé » les positions des rebelles « depuis hier matin jusqu’à une heure ce matin » pour protéger le régime du président Idriss Deby Itno. Nouri accuse « la France » d’une « intervention directe » dans la capitale. L’armée française reconnaît avoir fourni, ces derniers jours, de l’espionnage, ainsi qu’une aide logistique. En avril 2006, l’armée française avait aidé le pouvoir tchadien avec du carburant, du renseignement, des munitions et surtout intimidé les militaires rebelles avec ses avions. En février 2006, lors d'une tentative de coup d'État, Idriss Déby fut protégé par des hommes du 1er RPIM. En 1990, du temps du gouvernement Mitterrand-Rocard, les services secrets français avaient aidé Déby à prendre le pouvoir par les armes.

Pour garantir ses positions économiques, diplomatiques et militaires, la 5e République dispose de bases, de 10 000 soldats au Tchad, mais aussi à Djibouti, au Sénégal, au Congo, au Gabon, en Côte d’Ivoire… Grâce à ce dispositif, elle est intervenue dans plus d’un pays d’Afrique, sous De Gaulle, Giscard, Mitterrand, Chirac, souvent pour mettre en place ou maintenir des dictateurs. L’armée française a instruit et couvert les artisans du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. L’armée française a détruit l’aviation ivoirienne en 2004. Elle a secouru militairement le président de Centrafrique Bozizé en 2006.

Sarkozy s’inscrit pleinement dans la tradition de l’impérialisme français. Le Tchad accueille plus de 1 000 mercenaires de l’impérialisme français, dans le cadre de « l’Opération Epervier » et la France fournit aussi un détachement d'assistance militaire et d'instruction (Dami). En fait, le Dami, composé de forces spéciales -très souvent les 1er et 8e RPIM, sert d’unité de renseignement et de protection du pouvoir, qui ne brille pas par le respect des libertés démocratiques.

Outre son emplacement stratégique, le Tchad est devenu un pays pétrolier dont les ressources sont partagées par les compagnies pétrolières américaine, anglaise et française. Les ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Union européenne ont décidé le 28 janvier l’envoi de 3 700 soldats au Tchad et au Centrafrique (« opération Eufor Tchad-RCA »), alors que 20 000 soldats y sont prévus au compte de l’ONU et de l’Union africaine (la « Minuad »), sous couvert d’aider le peuple du Darfour au Soudan.

Ainsi, l’Afrique reste sous-développée, malgré ses ressources naturelles et humaines. Les pouvoirs politiques corrompus y restent soumis aux pressions économiques, politiques et militaires des impérialismes, au premier chef de la France et des États-Unis. Le pillage et les rivalités entre les puissances capitalistes exacerbent la répression du mouvement ouvrier, l’oppression des femmes, l’instabilité politique, le militarisme, les affrontements ethniques, les déplacements de population, les génocides… La charité, les ONG et « l’ingérence humanitaire » ne sont que le complément du colonialisme, de la domination européenne et américaine.

En France, il faut que la classe ouvrière et la jeunesse, qui comporte d’ailleurs de nombreux travailleurs et étudiants d’origine africaine, brisent le pillage des grands groupes capitalistes français, empêchent les immixtions des services secrets et de l’armée qui protègent les intérêts de ces derniers. Les organisations ouvrières, partis et syndicats, doivent réaliser un front unique pour empêcher toute intervention de leur impérialisme au Tchad : manifestations de rue, blocages des déplacements et des transmissions, etc.

Cela n’implique aucun soutien aux opposants armés, qui est de même nature sociale et politique que le régime en place et qui se transformerait inévitablement, en cas de victoire, en relais de la domination étrangère. La lutte de la classe ouvrière et de la jeunesse françaises contre les ingérences impérialistes contribuera, au contraire, à préparer le renversement, par les prolétaires et les paysans pauvres d’Afrique, des représentants des classes exploiteuses locales, pour mettre en place des gouvernements ouvriers et paysans, expropriant les groupes capitalistes, édifiant les Etats-Unis socialistes d’Afrique.

Pour mener une lutte concertée et efficace contre les puissances impérialistes comme la France et leurs relais locaux comme Déby, il faut un cadre de collaboration fraternelle, une internationale ouvrière révolutionnaire.

Non à toute intervention de l’armée française au Tchad, avec ou sans approbation de l’ONU ! Dénonciation de tous les traités officiels et secrets ! Retrait des troupes françaises du Tchad, de Côte d’Ivoire, d’Afghanistan, etc. ! Fermeture de toutes les bases militaires françaises ! Droit d’entrée et de séjour pour tous les étudiants et travailleurs africains !

Document 2 : Courriel du CRI, 9 février

Aux organisations qui se réclament de l'anti-impérialisme en France

Camarades,

L'impérialisme français, dirigé par Sarkozy dans la continuité de ses

prédécesseurs, intervient une nouvelle fois militairement au Tchad pour protéger

les intérêts des entreprises françaises et autres multinationales.

Dans cette situation, on ne peut que regretter l'absence (à notre connaissance)

de toute action de solidarité anti-impérialiste avec le peuple tchadien, qui

paie une fois de plus au prix fort la politique de l'impérialisme français, de

l'Union européenne et de l'ONU.

C'est pourquoi nous vous proposons de prendre ensemble une initiative pour

manifester publiquement, au minimum, la solidarité avec les travailleurs et le

peuple tchadien opprimé, le refus de l'intervention militaire française,

l'exigence du retrait des troupes françaises et le refus de la politique de

Sarkozy (formulations exactes à élaborer).

Pour discuter d'une telle initiative, nous vous proposons une réunion (avec un

ou deux représentants par organisation) :

MERCREDI 13 février à 19 heures à Paris

Le lieu de réunion et une proposition de texte commun plus développé seront

envoyés d'ici mardi aux organisations qui auront répondu à ce message. N'hésitez

pas à envoyer d'ici là des propositions. Il est possible également de nous

joindre au 06 64 91 49 63.

Merci de faire suivre cette proposition à d'autres organisations se réclamant de

l'anti-impérialisme qui ne seraient pas sur notre liste.

Salutations anti-impérialistes,

Groupe CRI

Document 3 : Courriel de Grosz, 9 février

Il me semblerait préférable, plutôt que de faire une manif témoignage sans effet, de combattre dans les organisations syndicales de masse pour une riposte de type front unique.

Pourquoi la FSE, où le CRI est implanté, ne s'adresse -t-elle pas à toutes les centrales syndicales du mouvement ouvrier pour proposer une réaction unitaire ?

Document 4 : Courriel du Groupe bolchevik, 11 février

Chers camarades,

Nous avons bien reçu votre proposition du 9 février aux « organisations anti-impérialistes » pour « manifester publiquement, au minimum, la solidarité avec les travailleurs et le peuple tchadien opprimé, le refus de l'intervention militaire française, l'exigence du retrait des troupes françaises et le refus de la politique de Sarkozy ».

Comme vous le savez par la déclaration du Groupe bolchevik qui vous a été adressée le 6 février, nous sommes d’accord avec la nécessité que les organisations de la classe ouvrière prennent leur responsabilité contre toute intervention militaire de notre impérialisme, soit à son compte, soit sous couvert de l’ONU ou de l’UE.

La responsabilité d’une manifestation de masse, ce qui ne serait qu’un minimum en tel cas, incombe avant tout aux organisations syndicales et aux partis issus de la classe ouvrière.

En outre, une prise de position commune pour regrouper un pôle communiste, révolutionnaire et internationaliste contre notre bourgeoisie et ses agents réformistes est très utile. La classe ouvrière a besoin de clarté à l’heure où les organisations « trotskystes » accomplissent chacune un tournant opportuniste avéré, respectivement vers un « parti large » débarrassé de toute référence au communisme ou vers la gestion municipale et la demande d’entrée dans la « gauche plurielle » aux côtés du débris du plus vieux parti de l’impérialisme (le PRG) ou d’un des partis bourgeois les plus chauvins (le MRC).

Nous sommes évidemment prêts à discuter avec vous et les autres organisations qui se réclament de l’anti-impérialisme d’une telle perspective. Nous proposerions alors notre déclaration (rappel ci-dessous), certainement améliorable, comme base de discussion.

Avec notre salut bolchevik,

La CC du Groupe Bolchevik (Collectif Révolution Permanente)

Document 5 : Courriel du CRI, 12 février

Camarades,

A cette heure, ont répondu à notre courriel de samedi :

- Le Groupe bolchevik

- Le Mouvement pour l'égalité

- La FSE Paris

La réunion aura lieu demain mercredi à 19 heures au local syndical de l'Ecole

normale supérieure, 24, rue Lhomond, Paris Ve, Métro 7 Place Monge ou RER B

Luxembourg. En cas de problème ou retard, téléphonez au 06 64 91 49 63.

Nous enverrons en fin de soirée un projet de texte s'efforçant de tenir compte

du statut et des prises de position des organisations qui ont répondu, pour

faciliter la recherche d'une déclaration commune.

Etant donné la petite taille des organisations concernées, l'initiative concrète

proposée, si un texte commun est adopté, pourrait être dans un premier temps une

réunion publique, par exemple à l'Université de Paris-I (proposition à

discuter).

A demain donc,

Groupe CRI

Document 6 : Projet du CRI, 12 février

Solidarité avec le peuple tchadien !

Non à l’intervention impérialiste française au Tchad !

Non à toute la politique de Sarkozy, en Afrique comme en France !

Alors qu’ils multiplient les attaques contre les travailleurs en France (contrat de travail, retraites, Sécurité sociale, traque et expulsion des sans-papiers, loi Pécresse, rapport Attali, rapport Pochard, nouveau traité européen, etc.), Sarkozy et son valet Kouchner prétendent œuvrer pour la paix au Tchad. Comme en 2006, il s’agit en fait de sauver le régime dictatorial, criminel et corrompu d’Idriss Déby. Car celui-ci, depuis sa mise en place par Mitterrand-Rocard en 1990, opprime le peuple tchadien au compte des entreprises françaises et autres multinationales pillant ce pays, notamment son pétrole. Avec le soutien de l’ONU, de Union européenne et de l’Union africaine, l’impérialisme français cherche en fait à garder sa place forte stratégique au cœur de l’Afrique, pour maintenir sa tutelle colonialiste et notamment son dispositif militaire de la Côte d’Ivoire à Djibouti et du Gabon au Centrafrique.

Bien évidemment, on ne doit se faire aucune illusion sur les intérêts des forces armées rebelles : leurs dirigeants combattent aujourd’hui Idriss Déby après avoir fait partie de son régime pendant des années. S’ils arrivaient au pouvoir, ils poursuivraient une politique de pillage des richesses naturelles et d’oppression de la population, que ce soit au compte de l’impérialisme français ou de ses rivaux. Mais par sa vieille tutelle coloniale et son soutien à bout de bras du régime honni et usé de Déby, l’impérialisme français reste le principal responsable des violences, dont la première victime est le peuple tchadien.

Aujourd’hui, pour préserver à tout prix une certaine stabilité du Tchad qui leur est indispensable, les principales puissances impérialistes trouvent des compromis. Ainsi, à l’initiative du gouvernement français, le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté une résolution condamnant “fermement les attaques perpétrées par des groupes armés contre le gouvernement tchadien”, et appelé “les États membres à apporter leur soutien au gouvernement du Tchad”. Comme toujours, les mêmes prétextes sont avancés pour justifier un “droit d’ingérence”, cher au ministre Kouchner : rappatriement des ressortissants occidentaux, mission humanitaire en faveur des populations de la région... C’est sous ce même prétexte que l’Union Européenne a décidé, fin janvier, le déploiement d’une force militaire de 3 700 hommes à la frontière tchadienne, l’Eufor. Moins hypocrite mais plus maladroit, Déby explique les véritables objectifs de cette force dans sa lutte contre les rebelles : “Cela nous aurait aidés si l’Eufor avait déjà été installée.”

Les travailleurs et les jeunes de France n’ont aucun intérêt commun avec la politique de Sarkozy, que ce soit en Afrique ou en France, car elle est intégralement au service du grand patronat. Or une défaite de l’impérialisme français au Tchad, et notamment un effondrement du régime de Déby, ne serait pas seulement une bonne nouvelle pour le peuple tchadien, qui mesurerait mieux la relative fragilité de tout pouvoir qui tient avant tout sa force de l’impérialisme. En outre, cela affaiblirait Sarkozy en France même et, après les luttes de l’automne, contribuerait à relancer la lutte de classe contre toute sa politique.

Les organisations syndicales et politiques qui se réclament de la défense des travailleurs et de la solidarité avec les peuples dominés devraient donc dénoncer et combattre concrètement l’intervention impérialiste française au Tchad. En créant ainsi les conditions politiques d’une mobilisation des travailleurs sur cet axe, elles auraient ensuite la capacité d’organiser des actions de blocage des transports et télécommunications de l’armée et du patronat vers l’Afrique. Dans l’immédiat, elles ont le devoir d’organiser au minimum une grande manifestation de solidarité anti-impérialiste :

• Contre la politique impérialiste de Sarkozy, avec ou sans caution de l’ONU ;

• Pour le retrait d’Afrique de tous les militaires français et de l’Eufor ;

• Pour l’abrogation des lois anti-immigrés et la régularisation des sans-papiers, obligés par le pillage de leur pays et toute la politique impérialiste à venir chercher du travail ici.

Pour populariser ces mots d’ordre et combattre pour la convocation d’une telle manifestation,

PARTICIPEZ À LA RÉUNION-DÉBAT

TEL JOUR, TELLE HEURE

UNIVERSITÉ DE PARIS-I TOLBIAC (???)

SIGNATURES ET COORDONNÉES

Document 7 : Courriel du Groupe bolchevik, 14 février

Chers camarades

La proposition d'une réunion s'étant faite le 9 février sans projet de texte, nous vous avions fait soumis, comme base de discussion, le tract que nous avions adopté le 4, et qui a été amendé par nos camarades d'Autriche le 5, avant qu'ils participent eux-mêmes à un rassemblement à Vienne contre l'envoi des troupes de leur pays au Tchad.

Sans explication, notre projet a été écarté pour un autre envoyé un jour avant la rencontre, qui ne tient pas compte de l'évolution de la situation depuis et qui se termine par l'appel à une réunion publique dont il n'avait pas été question.

N'ayant pas pu participer à la réunion convoquée par le CRI, nous vous présentons nos excuses et nous attendons de connaitre les résultats de votre concertation pour donner votre avis sur les propositions.

Avec notre salut bolchevik,

Pour la CC du Groupe bolchevik, Couthon

Document 8 : Courriel du CRI, 14 février

Chers camarades,

Seuls le Groupe CRI et la FSE ont pu participer à la réunion d'hier. La

proposition tient cependant toujours.

Il s'agit bien de parvenir à un tract COMMUN, non de signer un texte déjà publié

par tel ou tel avec naturellement des positions d'organisation particulières.

Le projet, annoncé pour mardi dès notre courriel initial, a cependant été

rédigé en tenant compte du statut et des prises de position connues des

organisations qui avaient répondu, afin de faciliter la possibilité d'un accord.

De plus, bien des communiqués peuvent être faits et sont faits régulièrement par

les uns et les autres sur telle ou telle question. Cette fois, le but n'est pas

un simple communiqué, mais une INITIATIVE.

Cependant, ni le Groupe CRI, ni les autres organisations qui ont répondu à notre

message, ni même leur coalition n'ont la force de convoquer une manifestation,

même si cela reste l'objectif clairement affiché. La PROPOSITION d'une réunion

publique tient compte de cette situation : ce serait une initiative, donc plus

qu'un communiqué, sans pouvoir être encore une véritable action. Naturellement,

si le lieu ne convient pas, d'autres propositions sont bienvenues. Il serait

d'ailleurs possible de faire aussi de telles réunions en province.

A partir de là, les formulations du texte proposé peuvent évidemment être revues

si elles font réellement obstacle à la recherche d'un accord. Les propositions

doivent tenir compte évidemment du statut et des prises de position connues des

organisations acceptant de participer à cette recherche.

Enfin, la tentative de prise de contact avec d'autres organisations susceptibles

de s'associer encore à l'initiative proposée peut et doit se poursuivre.

Salutations militantes,

Groupe CRI

Document 9 : Courriel du Groupe bolchevik, 15 février

Chers camarades

Il nous semble que le problème n'est pas "simple communiqué"  contre "initiative", mais de définir la nature politique d'un éventuel accord contre notre impérialisme et contre son rôle au Tchad en particulier.

Il est difficile de soutenir qu'il s'agisse à proprement parler d'un accord de front unique pour l'action (pour des "initiatives" qui pèseraient réellement et immédiatement). En tout cas, le Groupe bolchevik se considère, pour sa part, comme un groupe minuscule sans grands moyens et avec guère d'influence dans la classe ouvrière.

Par conséquent, il nous parait que :

1/ Le CRI, le CCI et le GB peuvent adopter ensemble une position clairement communiste (ce qui inclut sans doute l'exigence du FUO, mais ne s'y borne pas), délimitée clairement du réformisme et du centrisme.

2/ La FSE devrait s'adresser aux organisations syndicales de l'enseignement supérieur dans un cadre de FUO : condamnation commune des interventions françaises, droits des étudiants africains, suppression des bases (oubliée dans le projet CRI), dispositif de manifestation rapide en cas d'intervention ouverte au Tchad...

Si cette perspective est aussi celle du CCI, du MPE et du CRI, la CC du Groupe bolchevik se penchera sur toutes les propositions cette fin de semaine.

Avec notre salut bolchevik,

Pour la CC du Groupe bolchevik, Couthon

Document 10 : Courriel du MPE, 15 février

Chers camarades,

Suite au récent appel du Groupe CRI en faveur d?une action unitaire sur le Tchad, nous tenons à attirer l?attention des différentes organisations qui étaient destinataires de cet appel sur deux articles de la presse. Le journal « La Croix » a confirmé, sur la base de sources militaires et diplomatiques, une implication directe de l?armée française dans les affrontements qui ont lieu au Tchad entre les forces du président Idriss Déby et les « rebelles ». Le quotidien « Le Figaro » a repris l?information : http://www.lefigaro.fr/international/2008/02/08/01003-20080208ARTFIG00402-tchad-la-france-aurait-participe-aux-combats.php.

Peut-être d?autres journaux s?en sont-ils fait aussi l?écho.

Cela nous semble argumenter plus encore en faveur d?une action unitaire, urgente. Comme quelques autres organisations, nous avons donné notre accord pour une telle action. Mais malheureusement nous sommes encore trop peu à l?avoir fait, peut-être par manque d?information sur le niveau de l?engagement français dans les événements actuels au Tchad. C?est pourquoi nous avons tenu à porter à votre connaissance cette information en espérant que vous pourrez nous rejoindre et que nous pourrons « frapper ensemble » (même si « nous marchons séparément ») pour protester contre l?intervention de l?impérialisme français au Tchad.

Avec nos salutations anti-impérialistes

MPE

Document 11 : Courriel du CRI, 16 février

Camarades,

Nous maintenons notre proposition d'une initiative commune et notre projet

d'appel qui reste à discuter, amender, etc. D'où l'envoi de ce projet aux

destinataires de notre courriel initial, suite à la relance très juste du MPE,

même si restent faibles les chances de trouver un accord avec d'autres que le

Groupe bolchevik, le CCI-T, le MPE et la FSE-Paris, seuls à avoir répondu jusqu'à présent.

Tant que toute possibilité d'une telle initiative n'est pas épuisée, nous ne

souhaitons pas nous en tenir à un simple communiqué, encore moins s'il exclut

deux des cinq organisations concernées, sous prétexte de leur nature différente.

Si le projet proposé vous convient globalement, nous vous proposons donc

d'envoyer maintenant vos amendements sous une forme précise.

La question de déclarations communes à des groupes "fermement communistes"

relève d'autres perspectives, irréductibles à la question ponctuelle qui est

posée, mais nécessitant sans doute des discussions politiques plus générales

dont la proposition n'a été faite d'aucun côté à ce jour.

Salutations militantes,

Groupe CRI

Document 12 : Courriel du Groupe bolchevik, 17 février

Chers camarades,

Le Groupe bolchevik a publié le 6 février une déclaration contre le rôle de l’impérialisme français au Tchad. Le 9, le CRI a proposé une initiative commune à plusieurs dizaines d’organisations, sans aucun texte.

Ont répondu le CCI, la FSE et le MPE. Le Groupe Bolchevik a soumis sa déclaration comme base de discussion. Le MPE a relevé que La Croix confirmait l’implication de l’armée française dénoncée par les opposants de Déby.

Le CRI n’a émis aucune critique du texte soumis par le Groupe bolchevik et a proposé un autre texte le 12 février, qui présente à nos yeux plusieurs insuffisances :

               Il ne se prononce pas pour la liberté d’immigrer,

               Il ne se prononce pas clairement pour la suppression des bases militaires, alors que Sarkozy veut en ouvrir une nouvelle dans le Golfe arabo-persique,

               Il ne se prononce pas sur l’intervention des troupes françaises en Asie,

               Il comporte des exagérations nuisibles ("pour préserver à tout prix une certaine stabilité au Tchad qui leur est indispensable, les puissances impérialistes…" : à tout prix ? indispensable ?),

               Il n’utilise pas les informations disponibles sur l’implication française dans la défaite des forces opposées à Déby,

               Il tait l’inertie scandaleuse des organisations traditionnelles et des centristes début février,

               Il n’explique en rien la possibilité pour le pouvoir actuel de porter des coups en France et en Afrique.

Pour ces raisons, nous vous proposons le projet amendé suivant.

Avec notre salut internationaliste,

La cellule centrale du Groupe Bolchevik

Document 13 : Texte amendé par le Groupe bolchevik, 17 février

Solidarité avec le peuple tchadien !

Front unique ouvrier contre l’intervention impérialiste française au Tchad !

Non à toute la politique de Sarkozy, en Afrique comme en France !

Alors qu’ils multiplient les attaques contre les travailleurs en France (contrat de travail, retraites, Sécurité sociale, traque et expulsion des sans-papiers, loi Pécresse, rapport Attali, rapport Pochard, nouveau traité européen, etc.), Sarkozy et son valet Kouchner prétendent œuvrer pour la paix au Tchad. Comme en 2006, il s’agit en fait de sauver le régime dictatorial, criminel et corrompu d’Idriss Déby : “Dans le cadre d’un Détachement d’assistance militaire et d’intervention (Dami) envoyé quelques semaines plus tôt au Tchad , des officiers français ont notamment coordonné l’attaque menée le 1er février par l’armée tchadienne contre la colonne rebelle à Massaguet. (…) Dès le lendemain, des éléments du Commandement des opérations spéciales (Cos) français s’impliqueront dans les combats de N’Djamena, avec une stratégie qui se révélera payante : épuiser les rebelles, bientôt à court de munitions.(La Croix, 8 février.

Par sa tutelle néocoloniale et son soutien à bout de bras du régime honni et usé de Déby, l’impérialisme français reste le principal responsable des violences, dont la première victime a été la population civile de N'Djamena. Car Déby, depuis sa mise en place par Mitterrand-Rocard en 1990, opprime le peuple tchadien au compte des entreprises françaises et autres multinationales exploitant ses travailleurs et pillant ses ressources, notamment son pétrole. Déby vient d’ailleurs fait arrêter ses opposants civils. Avec le soutien de l’ONU, de Union européenne et de l’Union africaine, l’impérialisme français cherche en fait à garder sa place forte stratégique au cœur de l’Afrique, pour maintenir sa tutelle colonialiste et notamment son dispositif militaire de la Côte d’Ivoire à Djibouti et du Gabon au Centrafrique.

Pour s’assurer une certaine stabilité du Tchad, les principales puissances impérialistes trouvent des compromis. Ainsi, à l’initiative du gouvernement français, le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté une résolution condamnant “fermement les attaques perpétrées par des groupes armés contre le gouvernement tchadien”, et appelé “les États membres à apporter leur soutien au gouvernement du Tchad”.

Les travailleurs et les jeunes de France n’ont aucun intérêt commun avec la politique de Sarkozy, que ce soit en Afrique ou en France, car elle est intégralement au service du grand patronat. Une défaite de l’impérialisme français au Tchad serait d’autant plus salutaire que les services secrets et l’armée sont  des ennemis des peuples opprimés dans le monde et en même temps , des forces de guerre civile contre le prolétariat français lui-même. En dernière analyse, seules la destruction de l’Etat bourgeois et l’expropriation des grands groupes capitalistes en finiront avec le pillage et l’immixtion.

Les travailleuses et les travailleurs du Tchad et de France sont en droit d’exiger que toutes les organisations qui se réclament des travailleurs rompent avec Sarkozy, dénoncent l’intervention impérialiste française au Tchad, appellent à manifester,  bloquent les transports et les télécommunications de l’armée vers l’Afrique.

Début février, les directions syndicales et les partis réformistes de tout poil (PS, PCF, LCR, LO) ont laissé les mains libres au gouvernement Sarkozy – Alliot-Marie – Kouchner au Tchad pour les mêmes raisons qu’elles acceptent de discuter ses plans anti-ouvriers et qu’elles ont empêché jusqu’à présent la grève générale qui seule permettrait de les faire reculer, de les battre, de les chasser, comme à la SNCF en novembre.

Le “réformisme” est lié à l’impérialisme car il vit des miettes que les bourgeoisies des pays dominants accordent aux bureaucraties du mouvement ouvrier. Ceux qui soutiennent l’ONU respectent la 5e République. Quant aux forces armées “rebelles”, leurs dirigeants ont fait partie du régime pendant des années. S’ils arrivaient au pouvoir, ils poursuivraient une politique de pillage des richesses naturelles et d’exploitation de la population, au compte de l’impérialisme français ou de ses rivaux.

Cela prouve qu’il faut bâtir un nouveau parti ouvrier, communiste, révolutionnaire et internationalistes, tant au Tchad qu’en France, partis rassemblés dans une internationale, dont le but est la révolution prolétarienne, le pouvoir des travailleurs, la construction du socialisme mondial.

Manifestation unie à l’appel des organisations se réclamant des travailleurs contre la politique impérialiste de Sarkozy, avec ou sans caution de l’ONU et de l’UE !

Retrait du Tchad et de la Côte d’Ivoire de tous les militaires français et de l’Eufor, pour le retrait des troupes françaises du Liban et de l’Afghanistan, pour la fermeture de toutes les bases militaires françaises !;

• Abrogation des lois anti-immigrés, régularisation des sans-papiers, droit pour les travailleurs d’Afrique de circuler et de s’établir en France et en Europe.

Document 13 : Courriel du CCI, 18 février

Chers camarades

Excusez-moi d'abord de répondre un peu tardivement dans le débat en cours entre nous. Il me semble effectivement qu'il y a un problème de méthode que soulève à juste titre les camarades du MPE.

Il y a sans aucun doute des divergences politiques plus ou moins importantes entre nos différents groupes sur plus d'une question. Par exemple, entre le CRI et le CCI(T) sur la nature du PS, etc...

Est-ce que l'on part de là, ou bien de la nécessité d'une action, même limitée dans un premier temps, contre l'intervention impérialiste française au Tchad et de la nécessité d'un combat de front unique sur cette question ?

Pour être précis :

Le titre de l'appel proposé par le GB me semble meilleur que celui proposé par le CRI.

Les précisions  sur l'engagement de l'armée française au Tchad apportées dans le texte proposé par le Groupe Bolchevik nous conviennent également, mais ce sont des détails qui ne changent en rien le sens de l'appel initial. De ce point de vue, nous pourrons signer aussi bien la version initiale du CRI que celle proposée par GB.

Sur la phrase proposée par Groupe bolchevik sur la nécessaire construction d'un parti et d'une internationale ouvrière révolutionnaire : évidemment le CCI(T) est d'accord avec cet objectif, mais tous ceux qui sont contre l'intervention impérialiste française et qui ne sont pas pour construire une internationale révolutionnaire, ou bien pas sur les mêmes bases que celles de GB, ou du CCI(T) etc. doivent avoir toute leur place dans ce combat, et donc dans l'appel pour convoquer une réunion publique commune.

Sinon, on exclut de fait par exemple la FSE qui n'a pas à ma connaissance cet objectif révolutionnaire, quelle que soit l'appartenance politique de ses militants.

Evidemment chaque organisation reste libre, avant, pendant et après la réunion commune, de préciser plus avant son analyse et son orientation.

Etienne, pour le CCI(T)

Document 14 : Courriel du CRI, 19 février

Camarades,

Voici une nouvelle version du texte proposé, tenant compte de plusieurs

remarques reçues (amendements en bleu), en espérant que ce pourra être la

version définitive.

Le groupe UPC (cf. communisme.over-blog.org) nous a contactés et est donc

désormais partie prenante de la discussion (nous lui faisons suivre les

courriels précédents).  L'implantation à Lyon de ce groupe comme du CCI-T

rend-elle envisageable l'organisation d'une réunion publique dans cette ville

également ?

Si le texte convient, il est possible de fixer la date de la réunion publique

parisienne à la fin de la semaine prochaine ou au début de la semaine suivante.

Merci de donner votre réponse dès que possible.

Il est possible également de nous joindre au 06 64 91 49 63.

Salutations militantes,

Groupe CRI

PS : Nous prenons acte avec regret de la persistance du Groupe bolchevik à refuser l'initative

unitaire proposée. Ce choix revient d'une part à proposer un énième communiqué

au lieu de réunions publiques, d'autre part exclut le MPE et la FSE, enfin fait

semblant d'ignorer les divergences politiques entre le GB, le CRI et le CCI-T,

comme si une discussion commune sur la question du parti révolutionnaire, de

l'Internationale révolutionnaire, etc., était à l'ordre du jour. Ceci étant dit,

nous ne nous engagerons pas dans une nouvelle polémique avec le Groupe bolchevik (nous avons

déjà donné !) et reconnaissons son droit le plus stict de prendre à témoin "le

monde entier" des fautes du CRI, de la FSE, du MPE, et on ne sait de qui encore.

Document 15 : Version finale du CRI, 19 février

Solidarité avec le peuple tchadien !

Pour un front unique contre l’intervention impérialiste française au Tchad !

Non à toute la politique de Sarkozy, en Afrique comme en France !

Alors qu’ils multiplient les attaques contre les travailleurs en France (contrat de travail, retraites, Sécurité sociale, traque et expulsion des sans-papiers, loi Pécresse, rapport Attali, rapport Pochard, nouveau traité européen, etc.), Sarkozy et son valet Kouchner prétendent œuvrer pour la paix au Tchad. Comme en 2006, il s’agit en fait de sauver le régime dictatorial, criminel et corrompu d’Idriss Déby. C’est pour cela que l’armée française est intervenue directement : « Dans le cadre d’un Détachement d’assistance militaire et d’intervention (Dami) envoyé quelques semaines plus tôt au Tchad, des officiers français ont notamment coordonné l’attaque menée le 1er février par l’armée tchadienne contre la colonne rebelle à Massaguet. (…) Dès le lendemain, des éléments du Commandement des opérations spéciales (Cos) français s’impliqueront dans les combats de N’Djamena, avec une stratégie qui se révélera payante : épuiser les rebelles, bientôt à court de munitions. » (La Croix, 8 février.)

Depuis sa mise en place par Mitterrand-Rocard en 1990, Idriss Déby opprime le peuple tchadien au compte des entreprises françaises et autres multinationales pillant ce pays, notamment son pétrole. Avec le soutien de l’ONU, de Union européenne et de l’Union africaine, l’impérialisme français cherche en fait à garder sa place forte stratégique au cœur de l’Afrique, pour maintenir sa tutelle colonialiste et notamment son dispositif militaire de la Côte d’Ivoire à Djibouti et du Gabon au Centrafrique.

Bien évidemment, on ne doit se faire aucune illusion sur les intérêts des forces armées rebelles : leurs dirigeants combattent aujourd’hui Idriss Déby après avoir fait partie de son régime pendant des années. S’ils arrivaient au pouvoir, ils poursuivraient une politique de pillage des richesses naturelles et d’oppression de la population, que ce soit au compte de l’impérialisme français ou de ses rivaux. Mais par sa vieille tutelle coloniale et son soutien à bout de bras du régime honni et usé de Déby, l’impérialisme français reste le principal responsable des violences, dont la première victime est le peuple tchadien.

Aujourd’hui, pour assurer une certaine stabilité du Tchad qui leur est indispensable, les principales puissances impérialistes trouvent des compromis. Ainsi, à l’initiative du gouvernement français, le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté une résolution condamnant « fermement les attaques perpétrées par des groupes armés contre le gouvernement tchadien », et appelé « les États membres à apporter leur soutien au gouvernement du Tchad ». Comme toujours, les mêmes prétextes sont avancés pour justifier un « droit d’ingérence », cher au ministre Kouchner : rappatriement des ressortissants occidentaux, mission humanitaire en faveur des populations de la région... C’est sous ce même prétexte que l’Union Européenne a décidé, fin janvier, le déploiement d’une force militaire de 3 700 hommes à la frontière tchadienne, l’Eufor. Moins hypocrite mais plus maladroit, Déby explique les véritables objectifs de cette force dans sa lutte contre les rebelles : « Cela nous aurait aidés si l’Eufor avait déjà été installée. »

Les travailleurs et les jeunes de France n’ont aucun intérêt commun avec la politique de Sarkozy, que ce soit en Afrique ou en France, car elle est intégralement au service du grand patronat. Or une défaite de l’impérialisme français au Tchad, et notamment un effondrement du régime de Déby, ne serait pas seulement une bonne nouvelle pour le peuple tchadien, qui mesurerait mieux la relative fragilité d’un pouvoir tenant avant tout sa force de l’impérialisme. En outre, cela affaiblirait Sarkozy en France même et, après les luttes de l’automne, contribuerait à relancer la lutte de classe contre toute sa politique.

Les organisations syndicales et politiques qui se réclament de la défense des travailleurs et de la solidarité avec les peuples dominés devraient donc dénoncer et combattre l’intervention française au Tchad. Le silence et la passivité de la plupart reviennent à couvrir cette intervention, alors qu’elles ont la capacité de mobiliser les travailleurs contre la politique impérialiste de Sarkozy. Elles ont la capacité de créer les conditions politiques nécessaires à des actions de blocage des transports et télécommunications de l’armée et du patronat vers l’Afrique. Dans l’immédiat, elles ont le devoir d’organiser au minimum, dans l’unité, une grande manifestation de solidarité anti-impérialiste :

 

• Front unique contre la politique impérialiste de Sarkozy, avec ou sans caution de l’ONU ou de l’UE ;

• Pour le retrait d’Afrique de tous les militaires français et de l’Eufor, comme du Liban et de l’Afghanistan ;

• Pour l’abrogation des lois anti-immigrés, la régularisation des sans-papiers, l’égalité des droits, le droit de circulation et d’installation des étrangers, obligés par le pillage de leur pays et toute la politique impérialiste à venir chercher du travail ici.

Pour populariser ces mots d’ordre et combattre pour la convocation d’une telle manifestation,

PARTICIPEZ À LA RÉUNION-DÉBAT

TEL JOUR, TELLE HEURE

UNIVERSITÉ DE PARIS-I TOLBIAC + LYON (???)

SIGNATURES ET COORDONNÉES

Document 15 : Extrait d’une contribution internationale du CRI, 2003

Il est indispensable, pour qui veut progresser dans la construction du parti marxiste, de rompre définitivement avec les mythes et les fantasmes sur la « décadence du capitalisme »… (CRI, « Contribution sur l’Appel en 21 points du CWG, du Groupe bolchevik, du GOI, de LM et de la LOI », 2003, Bulletin Bolchevik n° 2, p. 2)

Les fondateurs du CRI sont des experts en matière de « parti marxiste », puisqu’ils ont choisi de rejoindre le PT à la fin des années 1990 quand ils étaient étudiants. Devenant des universitaires au début des années 2000, ils avisent le monde entier de leur découverte : il est « indispensable » pour « progresser dans la construction du parti marxiste » de « rompre définitivement » avec « le mythe de la décadence du capitalisme »… c’est-à-dire de rompre avec tous ceux pour qui la possibilité de la révolution prolétarienne provient du déclin du mode de production capitaliste, de sa décadence :

À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s'étaient mues jusqu'alors. De formes de développement des forces productives qu'ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s'ouvre une époque de révolution sociale. (Marx, « Préface », Contribution à la critique de l'économie politique, 1859, Editons Sociales, p. 4)

Si l'économie politique a pour tâche et pour objet d'expliquer les lois de la formation, du développement et de l'expansion du mode de production capitaliste, elle doit, par une conséquence inéluctable, dévoiler les lois du déclin du capitalisme, car tout comme les formes économiques antérieures, elle n'est pas éternelle, mais représente seulement une phase historique passagère, un degré dans l'échelle infinie de l'évolution sociale. La théorie de la montée du capitalisme se transforme logiquement en théorie de la décadence du capitalisme, la science du mode de production du capital en fondement scientifique du socialisme, le moyen théorique de domination de la bourgeoisie en arme de la lutte de classe révolutionnaire pour l'émancipation du prolétariat. (Luxemburg, Introduction à l’économie politique, 1907, Anthropos, p. 66)

On doit caractériser l’impérialisme comme un capitalisme de transition ou, plus exactement, comme un capitalisme agonisant. (Lénine, L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916, ELE, p. 154)

Jusqu'à sa mort, le capitalisme sera en proie à ces fluctuations cycliques. Seules, la prise du pouvoir par le prolétariat et la révolution mondiale socialiste pourront sauver l'humanité de cette catastrophe permanente provoquée par la persistance du capitalisme moderne. Ce que le capitalisme traverse aujourd'hui n'est autre que son agonie. (« Thèses sur la tactique », 1922, Les Quatre premiers congrès de l’IC, Maspero, p. 155) 

Voiler le commencement de ce déclin, qui est mondial, c'est se faire l'apologiste du capitalisme. (Trotsky, Le Marxisme et notre époque, 1939, Œuvres t. 20, p. 173)

 

Document 16 : extrait des statuts de la FSE, 2003

Article 6 –  La « Fédération Syndicale Etudiante » ne perçoit aucune subvention provenant d’organismes privés et notamment de partis politiques…

Donc, la FSE veut bien des subventions, dont celles qui découlent de la participation gaulliste (souligné par nos soins).

 

Document 17 : extrait de la lettre de la FSE à SUD étudiant, 20 mai 2004

La présence des syndicats de lutte au CNESER nous aurait notamment permis d'avoir davantage accès aux médias, afin de permettre une meilleure connaissance des réformes et un meilleur développement des luttes, dans les sites où nous ne sommes pas présents sur le terrain. La subvention conséquente aurait également permis de mettre tout cet argent au service de la lutte (matériel syndical en plus grande quantité…). Ces moyens matériels nous auraient aussi aidé à mieux développer le syndicalisme combatif dans de nouveaux sites, gage de lutte nombreuses et puissantes. Enfin, cela nous aurait permis de nous poser en alternative crédible au syndicalisme cogestionnaire développé par l'Unef et à son discours démobilisateur (tendant à justifier les réformes auprès des étudiants), obstacle important sur la voie d'un véritable mouvement d'ampleur nationale.

Le secrétaire national de la FSE qui écrit à SUD, qualifié de « syndicat de lutte »,  pour pouvoir entrer conjointement au CNESER (présidé par le ministre, aux côtés) était un des fondateurs du CRI. Un des enjeux de cette présence, aux côtés du Medef, à l’instance suprême de la participation gaulliste à l’université (présidée par le ministre) est visiblement une somme coquette (l’extrait est souligné par nos soins).