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Révolution Socialiste n°7-8 (mars 2003)

 

Le gouvernement Chirac-Raffarin accentue l’offensive contre la classe ouvrière

Rupture des directions syndicales et partis ouvriers avec la bourgeoisie et son gouvernement ultra-réactionnaire !

 


Aggravation de la crise du capitalisme français

 

Depuis 2002, l’économie capitaliste française est entrée en récession, rejoignant les puissances impérialistes dominantes, Etats-Unis, Allemagne et Japon :

Alors que l'industrie est tombée en récession à la fin de l'année, les investissements ont encore poursuivi leur recul au quatrième trimestre (-0,7%). Les entreprises diminuent leurs dépenses depuis maintenant neuf mois. L'actualité très grise des derniers mois a manifestement contribué à ce pessimisme. L'incertitude plane de plus en plus autour du conflit irakien, les entreprises réduisent la voilure, le chômage croît... Les carnets de commandes sont en berne et l'investissement a été reporté. Dans ce contexte, le déstockage des entreprises s'est poursuivi. Il a encore fait perdre 0,1 point de croissance au quatrième trimestre, soit un total de 0,6 point sur l'ensemble de 2002. (Le Figaro, 22 février 2003)

La perspective d’une guerre impérialiste contre l’Irak n’explique pas la récession et la crise, il faut chercher ses causes dans le pourrissement de l’ensemble du mode de production capitaliste. Illustrations spectaculaires, les crises financières qui depuis le milieu des années 90 dévastent les pays dominés par l’impérialisme : Mexique (1995), Asie du Sud-Est (1997-1998), Russie (1998), Brésil (1999), Argentine (2001).

Les conséquences immédiates, ce sont les faillites en chaîne et les licenciements et suppressions de postes, comme la fermeture de l’usine Metaleurop, de l’entreprise de transport aérien Air Lib, les milliers de suppressions de postes programmées chez Giat Industrie, France Telecom.

Les capitalistes du monde entier espèrent rétablir le profit aux frais de la classe ouvrière. En outre, le capitalisme français est menacé par la concurrence des autres impérialismes comme le montrent ses tentatives de contraindre l’administration Bush au sein de l’ONU, ses basses manœuvres guerrières en Côte d’Ivoire.

C’est pourquoi la bourgeoisie française charge son gouvernement de redoubler de brutalité contre le prolétariat, pour faire baisser massivement la valeur de sa force de travail et faire remonter son taux de profit. La défense du capitalisme en crise exige que les grandes conquêtes du prolétariat soient mises à sac, en particulier les retraites et la Sécurité sociale ; que les garanties de salaires et d’emploi des fonctionnaires et travailleurs des entreprises d’Etat soient détruites, ainsi que les entraves à la flexibilité du travail pour l’ensemble des salariés.

Cette politique n’est pas nouvelle, les précédents gouvernements l’ont menée, mais les besoins du capital exigent d’aller beaucoup plus loin.

 

Ordre moral et guerre aux pauvres

 

Nantis d’une majorité UMP-UDF écrasante au parlement, chapeautée par Chirac, petit Bonaparte élu avec le concours pressant des directions syndicales et partis ouvriers-bourgeois, la bourgeoisie se sent les coudées franches.

Le bilan provisoire du gouvernement Chirac-Raffarin est impressionnant. Son premier acte a été le renforcement considérable de l’appareil répressif, le recrutement de milliers de policiers supplémentaires, la fusion des forces de gendarmerie et de police. Les lois Sarkozy visent directement la jeunesse prolétarienne des cités ouvrières et leurs familles : alourdissement des sanctions pénales, création de prisons pour les mineurs, délits de « rassemblement », suppression des allocations aux familles de « délinquants »… La chasse aux mendiants, aux prostituées, surtout immigrées, aux tziganes parqués dans des bidonvilles, est ouverte. L’ordre moral et sécuritaire désigne comme cible les fractions les plus fragiles du prolétariat, la jeunesse, les pauvres, et les immigrés.

Sarkozy savourait cyniquement au congrès du syndicat policier Synergie :

Les bavures ? "Hélas, elles existent, comment pourrait-il en être autrement ?" (Le Monde, 8 février 2003)

Les libertés démocratiques sont dans le collimateur : les mises en examen de militants syndicaux augmentent ; José Bové, dirigeant de la Confédération paysanne, vient d’écoper de dix mois de prison ferme. Le contenu et le croisement des fichiers de police sont étendus, ainsi que l’accès aux réseaux informatiques. L’obligation de notifier son droit au silence à toute personne placée en garde à vue est supprimée.

La réaction défend ses symboles, l’étendard de Vichy et des guerres coloniales, de la boucherie de 1914-18 et de l’écrasement de la Commune de Paris :

Les "outrages" au drapeau tricolore et à la Marseillaise seront sanctionnables de six mois de prison et 7500 euros d’amende. (Le Monde, 25 janvier 2003)

ü                Abrogation des lois Sarkozy !

 

Chirac et Raffarin multiplient les coups contre le prolétariat

 

Les patrons ont de quoi se réjouir, après la mise en place des contrats-jeunes, payés au SMIC, exonérés de charges, à durée déterminée, après l’aggravation de la flexibilité du travail déjà renforcée par les lois Aubry, l’assouplissement des règles de licenciement, les coups contre l’UNEDIC, Chirac annonce la poursuite des cadeaux fiscaux :

M. Chirac n’a pas oublié pour autant l’emploi d’aujourd’hui, en assurant que "toute la gamme des moyens d’action" était mise en œuvre par le gouvernement "pour améliorer l’environnement des entreprises " (Le Monde, 1er mars 2003)

Après avoir royalement augmenté leurs ministres de 70%,  Chirac et Raffarin enrichissent le patronat. La loi Dutreil  allège  l’impôt sur les grandes fortunes :

[Les amendements à cette loi votés par le parlement] portent ainsi l'ensemble des avantages consentis par le texte pour l'essentiel aux Français les plus aisés à près de 500 millions d'euros, au nom de l'aide à la création et à la transmission d'entreprise (L’Humanité, 10 février 2003).

 

Haro contre la Fonction publique

 

Le projet de loi de décentralisation est une machine de guerre contre les travailleurs, particulièrement ceux de la Fonction publique. Il vise à briser les garanties nationales statutaires et salariales des fonctionnaires, à les soumettre aux potentats et bourgeois locaux, dans la perspective qui a toujours été celle de la bourgeoisie : réduire le coût de l’entretien et de la reproduction de la force de travail. Étranglement des hôpitaux publics, suppression massive de postes de fonctionnaires, cassage de catégories unifiées, capables de se défendre collectivement, nationalement : voilà parmi les recettes appliquées.

Raffarin, le 28 février, a annoncé le transfert de 10 milliards d’euros vers les régions, tandis qu’il scellait immédiatement le sort d’une partie des fonctionnaires :

Et ce sont 150 000 agents de l'Etat qui, à terme, sont appelés à rejoindre la fonction publique territoriale. (Le Monde, 1er mars 2003)

La destruction des garanties nationales liées aux diplômes et formations, ainsi que le démantèlement des corps nationaux des travailleurs de l’Education nationale est au centre de la décentralisation :

La région sera l'interlocuteur unique pour la formation professionnelle et l'orientation. En matière d'éducation, M. Raffarin a confirmé qu'un projet de loi sur l'autonomie des universités est en préparation. Et un nouveau statut des collèges et des lycées sera expérimenté, leur permettant "d'adapter leur offre éducative" - "dans le respect des programmes nationaux"- et d'y associer davantage parents d'élèves et élus. Les collectivités locales seront aussi plus impliquées dans la gestion des moyens. Les départements seront responsables de la carte des collèges et les grandes agglomérations gèreront le logement étudiant à titre expérimental. Enfin, les agents techniques et ouvriers spécialisés chargés de l'entretien dans l'enseignement supérieur seront placés, dans un premier temps à titre expérimental, sous l'autorité des collectivités. . (Le Monde, 1er mars 2003)

La référence aux programmes nationaux n’est que poudre aux yeux, il s’agit de démanteler l’Education nationale au profit des intérêts les plus immédiats de la bourgeoisie, à commencer par l'adaptation des élèves et étudiants à ses besoins, ce qui passe par la déqualification généralisée. Quant aux statuts, le projet de loi créant les « assistants d’éducation » témoigne des reculs que veut infliger le gouvernement aux salariés de l’enseignement public.

     Bas les pattes devant les statuts des travailleurs de l’État !

     A bas le projet de décentralisation !

 

Les étudiants et les enseignants se sont mobilisés pour défendre le statut d’étudiants-surveillants

 

Après avoir décidé de supprimer 5 600 postes de surveillants, le gouvernement se lance dans le dépeçage du statut.

Tandis que les étudiants-surveillants étaient jusque là recrutés par les rectorats, les « assistants d’éducation » le seraient par les chefs d’établissement. C’est la volonté de soumettre directement les personnels aux fonctionnaires d’autorité, de casser le cadre national de leur statut et garanties.

Précaires, ils signeraient un contrat de 3 ans (renouvelable une fois) et qui n’a plus grand chose à voir avec les conditions d’emploi des actuels MI-SE : 1600 heures annualisées, mi-temps à 17h30 au lieu de 28h par semaine aujourd’hui. 46 semaines de présence contre 37 pour les MI-SE, 3 semaines de travail pendant les vacances scolaires pour une actuellement. Salaire au SMIC, mi-temps imposé pour les étudiants. Aucun droit à congé pour examen n’est prévu : les surveillants disposent de 4 jours pour révision et d’une autorisation d’absence de droit pour passer examens et concours.

Alors que la nomination d’un MI-SE se faisait sur un établissement, l’assistant pourrait travailler sur plusieurs établissements, voire être mis à la disposition de la commune ou du département. Quant aux missions de ces personnels, le ministre les qualifie comme « infiniment plus variées » que celles incombant aux actuels surveillants : polyvalence, flexibilité tous azimuts au programme.

Massivement, les étudiants se sont mobilisés contre ce projet. Massivement, les enseignants soutiennent la nécessité de défendre le statut de MI-SE, de combattre la politique du gouvernement.

 

Les dirigeants syndicaux de l’enseignement public ont isolé et impuissanté le mouvement

 

Le 19 mars, le gouvernement présente son projet à l’Assemblée nationale pour adoption. Les dirigeants syndicaux, au premier rang ceux du SNES, syndicat majoritaire dans le secondaire, ont décidé de ne pas gâcher la fête : ils appellent les seuls MI-SE et emplois-jeunes à manifester… le 18, dans le cadre d’une nouvelle journée d’action :

Il est indispensable de donner pour la fin du second trimestre des suites au dispositif d’actions à répétition que nous avons mis en place depuis la rentrée de septembre. (L’US, journal du SNES, 27 février 2003)

Contre la préparation de la grève générale, contre l’appel à tous les personnels de l’enseignement public pour qu’ils bloquent le projet gouvernemental, les directions syndicales ont organisé le concassage : grèves de 24h pour « négocier » ce qui n’est pas négociable ; isolement des surveillants et des emplois jeunes qui avaient décidé la grève pour se défendre ; dévoiement de leur aspiration au combat uni en « grèves reconductibles » épuisantes et impuissantes. Dans l’art de la trahison du combat efficace, l’imagination est sans borne :

Reprise de l’action des MI-SE et des A-E dès la fin des congès de février. La modalité arrêtée est celle d’une grève répétée de 2 jours par semaine en faisant tourner les jours chaque semaine. (L’US, 27 février 2003)

A l’opposé de cette orientation qui permet au gouvernement d’avancer sans obstacle, il faut imposer que les organisations syndicales jouent leur rôle de cadre de défense des travailleurs.

Toutes disent rejeter le projet instaurant les « assistants d’éducation ».

ü                Alors, que les responsables syndicaux appellent les personnels à manifester en masse à l’Assemblée nationale le jour du vote, pour l’interdire !

 

Attaques contre les retraites

 

La destruction des retraites a été un des thèmes majeurs de la campagne de Chirac, avec le renforcement de l’appareil répressif. Cela n’a pas empêché le PS, le PCF, la LCR et les directions syndicales d’appeler à voter pour lui. Le contenu du plan de destruction se situe entièrement dans la continuité du plan Balladur de 1993, il reprend les objectifs du gouvernement Chirac-Juppé de 1995 contre les régimes de retraite particuliers des travailleurs des entreprises publiques.

Derrière des expressions prudentes et la volonté exprimée de laisser la discussion trancher sur "l'essentiel", M. Fillon a clairement indiqué que la durée de cotisation dans le public devra s'aligner sur celle du privé. Sur un éventuel alignement de la période prise en compte pour le calcul des retraites, soit les 25 meilleures années pour le privé (telles que le prévoient les réformes Balladur de 1993) et les 6 derniers mois pour le public, M. Delevoye a réaffirmé qu'"il n'y avait pas de question tabou" et M. Fillon que l'on parlait bien "d'harmonisation". (Le Monde, 28 février 2003)

Partout en Europe, les gouvernements bourgeois ferraillent contre les droits arrachés par le prolétariat, retraites en tête.

Les prétextes mis en avant, avec une mine de curé apitoyé, servent à masquer que Chirac-Fillon combattent pour que les capitalistes exploitent plus longtemps les travailleurs, pour que les revenus des actifs et des retraités baissent, pour faire main basse sur le salaire différé. Quand les travailleurs et leur famille se réjouissent d’arrêter de travailler avant d’être totalement usés, de vivre plus vieux, quand ils revendiquent de pouvoir se soigner, s’instruire, les capitalistes expliquent que tout cela coûte trop cher, qu’il faut être raisonnable. Ce sont les travailleurs qui créent toutes les richesses ! Leurs aspirations sont légitimes !

Il n’y a de limite à la rapacité capitaliste que celle qu’imposent les prolétaires, par leur résistance. Voilà pourquoi l’unité des rangs ouvriers est une nécessité au moment où une bataille de cette importance se prépare.

 

Complicité des bureaucraties syndicales

 

Or, les directions syndicales font obstacle à ce front unique contre la politique du gouvernement puisqu’elles se sont prononcées pour la "réforme" des retraites dans une déclaration commune :

L'avenir des retraites a permis de réaliser une "première" dans l'histoire de l'unité syndicale. Les sept organisations, membres du Conseil d'orientation des retraites, se sont dotées, le 6 janvier dernier, de "propositions communes pour consolider les systèmes de retraites des salariés des secteurs publics et privés". (…) Mais l'événement réside surtout dans la nature de leur union, qui ne se réalise pas d'abord contre un projet, mais sur une série de propositions affirmant la "nécessité d'une réforme" des retraites. (L’Humanité, 16 janvier 2003)

Le gouvernement ne s’y est pas trompé, Fillon félicite chaudement les signataires :

Une position courageuse et raisonnable qui inscrit les organisations syndicales dans le processus que le gouvernement souhaitait. (Le Nouvel Observateur, 16 janvier 2003)

En effet, instruite de novembre-décembre 1995, la bourgeoisie française craint les capacités de riposte du prolétariat. Elle a besoin des sommets syndicaux pour tenter d’empêcher toute réaction collective. Pour cela, elle les implique dans l’acceptation de la contre-réforme des retraites, sans leur demander de mettre leur signature au bas d’un « nouveau pacte national ».

En 1995, Nicole Notat était expulsée fermement des manifestations pour le retrait du plan Juppé, elle qui le défendait farouchement. Aujourd’hui, l’alliance de capitulation entre les organisations syndicales ouvrières et les fers de lance de la bourgeoisie au sein de la classe ouvrière que sont la CFDT et la CFTC, (sans parler de la CGC) témoigne de la volonté délibérée des directions de la CGT et de FO de laisser passer le gouvernement :

La réforme pourrait ainsi être votée en juin, sans que toutes les questions ne soient réglées dans le détail. Cette première réunion du groupe de travail confédéral sera suivie de deux réunions par semaine, les prochaines étant convoquées les 6, 12 et 14 mars. (Le Monde, 2 mars 2003)

Cette politique désastreuse pour le prolétariat a pourtant subi un premier revers.

 

Le rejet des travailleurs d’EDF-GDF

 

Le 9 janvier 2003, 53 % des travailleurs d’EDF-GDF ont répondu NON au référendum sur le plan de destruction de leur régime de retraite concocté par le gouvernement Chirac-Raffarin et la direction de l’entreprise.

Après des mois de discussions qui ont abouti à la signature par la CFDT, la CFTC et la CGC d’un relevé de conclusions préparant la fin du statut des gaziers et électriciens ; après des mois de matraquage sur « le caractère inéluctable » de la privatisation, de la perte des acquis sociaux, les travailleurs ont rejeté l’accord.

Pourtant, la direction du principal syndicat, la CGT, est allée jusqu’à demander l’organisation du référendum et appeler à voter OUI. Dans un de ses bastions, en soutien aux attaques que prépare le gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy-Fillon-Mer, l’appareil de la CGT s’apprêtait à signer le relevé de conclusions. Pour cela, il fallait faire porter la responsabilité de cette trahison aux travailleurs, via le référendum. Le coup a échoué, le vote des travailleurs l’a contrainte à s’abstenir.

Les travailleurs d’EDF-GDF ont signifié que le prolétariat n’a pas été écrasé, qu’il est capable de bouleverser les plans patronaux et de ne pas obéir aux injonctions des dirigeants traîtres. Cependant, le gouvernement Chirac-Raffarin veut tenter de passer outre.

C’est pourquoi, face au décret annoncé par le gouvernement, il est urgent de combattre pour :

§                Dirigeants de la CGT et de FO d’EDF-GDF rompez avec la direction du groupe et le gouvernement !

§                Appelez à la grève générale tous les gaziers et électriciens pour imposer le retrait du projet de décret du gouvernement Chirac Raffarin !

Infliger cette défaite au gouvernement reviendrait à l’affaiblir dans l’offensive généralisée contre les retraites et contre toute la classe ouvrière.

 

Nouvel assaut contre la branche santé de la Sécurité sociale

 

En préparation pour aboutissement cet automne, le gouvernement a présenté les grandes lignes de son projet par la voix de Mattei, ministre de la santé :

La réforme portera, à la fois sur l’architecture institutionnelle du système de santé français, sur les missions respectives de la Sécurité sociale et de l’assurance complémentaire et sur une meilleure prise en compte des critères sanitaires dans la définition de l’objectif national de dépense d’assurance maladie (Ondam), qui sert à bâtir le budget de la "Sécu". (Le Monde, 21 février 2003)

Objectif : aller au bout du plan Juppé de destruction de la Sécurité sociale, engagé en 1995, livrer le système de santé en pâture aux mutuelles et assurances privées.

M. Mattei réaffirme sa conviction que " le tout gratuit n’est pas possible" et qu’il faut responsabiliser davantage les professionnels de santé et les assurés sociaux. (Le Monde, 21 février 2003)

Cette politique ouvre la voie à la privatisation de la santé :

Une assurance personnelle obligatoire et à géométrie variable sera proposée aux assurés qui ne sont couverts que par la Sécurité sociale. Le déplacement de frontières entre la "Sécu" et les complémentaires jouera en faveur des mutuelles. M. Mattei (…) pense que "les assureurs sont en train de s’écarter du marché de la santé", "car il n’y a rien à y gratter". (Le Monde, 21 février 2003)

La bourgeoisie veut liquider ce qui reste de la Sécurité sociale, effacer sa nature de caisse de solidarité entre prolétaires, de cadre de gestion du salaire différé mis en commun. Pour cela, il est prévu d’augmenter le poids patronal dans les organismes de santé :

[Mattei] n’exclut pas que le patronat puisse être tenté, par exemple, à des structures du type conseils de surveillance. Par ailleurs, l’idée de "compléter le paritarisme", en l’ouvrant aux représentants des malades et des mutuelles chemine. ". (Le Monde, 21 février 2003)

Une fois de plus, cette offensive s’appuie sur la participation des directions syndicales, leur acceptation des conditions fixées par le gouvernement :

Comme pour les 35 heures à l’hôpital, M. Mattei a demandé à trois groupes de travail « pluriels » (syndicats, patronat, mutualité, caisses, etc.) de lui faire des propositions. Cette préconcertation est importante pour un ministre soucieux de "ne pas perdre un an" en raison d’une situation financière très dégradée. (Le Monde, 21 février 2003)

La « dégradation » dont il est question, ce sont des millions de prolétaires exclus de la production, les exonérations massives de charges sur les salaires, les arriérés dus par les patrons aux caisses de Sécurité sociale. La classe ouvrière n’a pas à endosser la crise du capitalisme, c’est aux patrons de payer ! Les dirigeants syndicaux n’ont rien de bon à faire dans les réunions de concertation et préconcertation qu’ils doivent quitter ! Car le préalable à l’organisation du combat de défense de la Sécurité sociale, c’est de rompre la collaboration avec le gouvernement qui l’attaque. Il faut exiger des directions syndicales qu’elles se prononcent pour :

§                l’abrogation du plan Juppé de 1995 et de toutes les dispositions antérieures contre la Sécurité sociale

§                le remboursement intégral de tous les soins

§                les patrons hors de la  Sécu !

 

Le combat du prolétariat est cadenassé par la collaboration de classe des sommets du mouvement ouvrier

 

La collaboration de classe du PS et du PCF n’est pas un fait nouveau, celle des directions syndicales non plus, pas plus que l’alignement de tous les pseudo-trotskystes et débris de la 4e Internationale sur la politique des vieux appareils traîtres.

Mais l’appel à voter Chirac au second tour des élections présidentielles, appel jamais renié, a donné une nouvelle impulsion à cette politique collaborationniste. Chirac, le pire ennemi des prolétaires, est au contraire désigné comme arbitre suprême, « l’élu » de tous les Français. Pour preuve, le PS et le PCF soutiennent la politique de l’impérialisme français dans les préparatifs de guerre contre l’Irak et en Côte d’Ivoire.

La méthode qu’utilisent les sommets des centrales syndicales ouvrières pour aider le gouvernement se résume ainsi : réclamer des « négociations » dès que le gouvernement annonce son attaque au lieu de lui signifier le non catégorique qui est celui du prolétariat. Crier au scandale quand les premières mesures sont dévoilées. Se dire rassuré quand les derrières sont installés dans les sièges confortables des ministères. N’ouvrir pour « perspective » aux travailleurs que les « journées d’action » pour « peser sur les discussions ».

La voie prise par les Thibault, Blondel et consorts face aux graves menaces contre les retraites est emblématique de cette méthode :

Le ministre Fillon annonce le 27 février qu’il va généraliser les lois Balladur aux pensions des fonctionnaires. Les directions CGT et FO s’indignent…

La CGT menace déjà de quitter la table des négociations si les syndicats "sont cantonnés à une discussion de type technique sans débat de fond sur le dossier. (Le Monde, 28 février 2003)

et courent siéger avec le MEDEF et le gouvernement (qui, faut-il préciser, n’a évidemment pas lâché quoi que ce soit) :

"Cette réunion a été l'objet d'une clarification et la volonté ministérielle de nous rassurer était évidente", juge Jean-Christophe Le Duigou, pour la CGT. Jean-Marie Toulisse (CFDT) attendait "de rentrer dans le vif du sujet" et "cela a été fait", estime-t-il. Et les "craintes" de FO ont été levées, selon Bernard Devy : "Il y a eu des éclaircissements qui nous permettent d'espérer que nous allons traiter des vrais sujets." "Une excellente ambiance" donc, selon les mots de Guillaume Sarkozy, le représentant du Medef. (Le Monde, 1er mars 2003)

En fait, les dirigeants syndicaux ont accepté la « réforme » les retraites, son calendrier, jusqu’à l’organisme chargé de la copiloter !

Tandis qu’ils sont décidés à siéger deux fois par semaine avec les patrons et les représentants de Fillon, ils décrètent des « journées d’action » pour lessiver les capacités de résistance du prolétariat. Premier rendez-vous, une pseudo mobilisation fourre tout, dans le cadre de l’Union Européenne :

Si aucune date de manifestation n'est arrêtée pour l'instant, le 21 mars, journée européenne de mobilisation sur les questions sociales, pourrait donner une occasion de manifester, sur les retraites comme sur la multiplication des plans sociaux. Dès la semaine prochaine, certains syndicats entendent discuter, confidentiellement [sic ! NR], de l'organisation de la riposte. (Le Monde, 28 février 2003)

Tout est fait par les appareils pour prendre la classe ouvrière dans une nasse, pour dévoyer ses aspirations. Pourtant, le gouvernement est prudent.

La spontanéité des masses peut déjouer tous les plans. Pour libérer le potentiel de combat des travailleurs, pour bloquer le coup contre les retraites, pour infliger une défaite aux Chirac, Raffarin et Fillon, il faut imposer la rupture des directions syndicales et partis ouvriers avec ce gouvernement de guerre contre les acquis du prolétariat.

     Assez de « concertation » pour casser les retraites !

     Dirigeants de la CGT et de FO, appelez à une manifestation centrale de tout le prolétariat pour interdire ces attaques !

     Appelez à la grève générale si le gouvernement maintient sa « réforme !

 

Combattre pour construire le Parti ouvrier révolutionnaire

 

Le refus de l’accord à EDF-GDF, les centaines de milliers de manifestants le 1er février venus pour défendre les retraites et non les « réformer », la mobilisation des surveillants sont autant de signes que la classe ouvrière, la jeunesse gardent de la ressource. Elles ont la puissance de bouleverser le dispositif de la bourgeoisie, la collaboration que lui offrent les vieux partis ouvriers-bourgeois, les appareils syndicaux.

Les revendications des travailleurs : droit au travail, aux retraites, aux soins, à la formation, se heurtent sans cesse au maintien du mode de production capitaliste. Seul un gigantesque mouvement du prolétariat imposant le pouvoir ouvrier pour exproprier les capitalistes, édicter un plan de production fondé sur la satisfaction des besoins des masses garantira ses conditions de travail et de vie.

En permanence, pour se défendre contre le capital, les travailleurs sont obligés de combattre et cherchent à utiliser les organisations ouvrières qui existent, aussi dégénérées soient le PS, le PCF, les directions syndicales.

Les vieux appareils s’opposeront de toutes leurs forces à l’affrontement avec la bourgeoisie, tandis que grandira dans le mouvement révolutionnaire du prolétariat la conscience qu’il faut briser la résistance de ces obstacles à la mobilisation. En formulant, sur la ligne du front unique ouvrier, ce que doit être la politique d’un parti révolutionnaire, d’une direction au service des opprimés, le Groupe bolchevik combat pour aider ce mouvement, pour rassembler les travailleurs les plus conscients et les plus résolus.

La mobilisation révolutionnaire du prolétariat submergera les vieux appareils passés irrémédiablement du côté de la défense de l’ordre bourgeois. Cette submersion dégagera les conditions politiques pour l’édification du Parti ouvrier révolutionnaire, section de l’Internationale ouvrière révolutionnaire, pour que les militants révolutionnaires les construisent.