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Révolution Socialiste n°1

 

L’impérialisme français et l’Argentine


Comment Chirac a fourni des conseillers à la dictature militaire

 

Appuyé par l’État américain, l’état-major a pris le pouvoir en mars 1976. De 1976 à 1983, Videla et l’armée argentine ont exercé une dictature sanglante, arrêtant, emprisonnant, torturant et assassinant 30 000 militants ouvrier et jeunes. Sous le nom de « plan Condor », le junte argentine a pratiqué aussi le terrorisme à l’extérieur de ses frontières, en assassinant les réfugiés dans d’autres pays en collaboration avec les autres dictatures du continent et la CIA.

Mais l’impérialisme français a apporté aussi sa contribution à la dictature des généraux argentins. La République bourgeoise (si chère au PCF, au PS, au PT…), la « démocratie » française, a accumulé une grande expérience de la terreur envers les populations coloniales et de l’usage de la torture. Elle a en fait profiter la junte argentine :

Rien n’indiquait au départ que l’instruction pour « séquestration suivie de tortures » sur plainte des proches de quinze disparus français, non seulement conduirait vers des officiers français en poste à la mission militaire française permanente en Argentine… La mobilisation judiciaire… a ainsi conduit à mettre en relief la filiation entre les méthodes développées contre le FLN algérien et celles utilisées contre les démocrates latino-américains, une véritable pédagogie de la torture… Après la guerre d’Algérie, le général Aussarres a été « instructeur à la lutte anti-subversive » aux États-Unis, au début de la guerre du Vietnam. Surtout, on le retrouve ensuite comme attaché militaire français au Brésil entre 1973 et 1975… L’enseignement alors dispensé aux Argentins a un maître à penser, le lieutenant-colonel Trinquier… et le commandant Aussarres… « En Argentine, nous avons tout d’abord reçu l’influence française, puis nord-américaine… » déclarera en 1981 le général Ramon Camps, chef de la police sous la dictature du général Videla… Le colonel Robert Servant aurait même été installé au quartier général de l’armée de terre à Buenos Aires, alors dirigé par le général Videla. « Le Point » précise qu’il dépendait directement du premier ministre d’alors, Jacques Chirac… (Le Monde, 16 juin 2001)

L’armée argentine a su écraser son peuple durant plusieurs années, torturer les militants ouvriers, mais a échoué dans sa tentative de confrontation militaire aux Iles malouines avec l’impérialisme britannique en 1982. De retour aux affaires, les gouvernements radicaux et péronistes ont vendu une large part du potentiel productif à l’étranger et ouvert le pays au capital financier international, dont les groupes français Carrefour, Crédit agricole, BNP Paribas, EDF, TotalFinaElf, Danone, Peugeot, Renault, etc : la bourgeoisie française a eu sa récompense pour l’aide de son État en conseils « contre la subversion »  et son prêt de spécialistes de la torture.

Aujourd’hui, Renault, le principal producteur automobile en Argentine, a réduit son effectif de 23 %. Le chiffre d'affaires de Carrefour, première entreprise de distribution en Argentine, a chuté d'environ 10 % cette année. Le gouvernement français, par la voix de Védrine, est inquiet et en appelle au nouveau président Duhalde :

Nous sommes convaincus que vous vous efforcerez de protéger nos entreprises qui ont beaucoup investi en Argentine (Le Monde, 8 janvier 2002)

Aujourd’hui comme hier, la bourgeoisie française se situe aux côtés de la bourgeoisie argentine contre les travailleurs argentins. Le prolétariat français a décidément les mêmes ennemis que le prolétariat argentin.