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L’ouragan Katrina a dévasté la Nouvelle Orléans

L’impérialisme américain traite son prolétariat comme il traite les masses irakiennes

 

L’administration Bush déclenche une opération de guerre civile contre sa propre population

 

Le 29 août 2005, un ouragan baptisé Katrina a dévasté les trois États du Sud des États-Unis, la Louisiane, l’Alabama et le Mississippi, tuant des centaines de personnes, en majorité des noirs trop pauvres pour s’enfuir. La Nouvelle Orléans a été détruite après que certaines digues de retenue des eaux du lac Pontchartrain se sont rompues, tuant par centaines les habitants restés sur place.

L’État bourgeois américain a bloqué toute aide durant 4  jours, laissant la ville livrée à elle-même. Puis le gouvernement Bush a envoyé la troupe, armée de fusils mitrailleurs, pour chasser les « pillards » ; il a donné l’ordre de tirer à vue et fait décréter la loi martiale dans les États de Louisiane et du Mississippi. Le 10 septembre, 14 000 soldats étaient déployés dans le centre ville de la Nouvelle Orléans pour procéder à l’évacuation forcée des quelques milliers de résidents encore présents.

Le PCF a décrit ainsi cette situation : « Ils réclament des vivres, on leur envoie des fusils » (Buffet à la Fête de L’Humanité). Discours de bonne soeur : Bush leur a confisqué les fusils, son armée a pris le contrôle de la zone comme elle traite les Irakiens, car l’État bourgeois ne veut en aucun cas que les prolétaires s’arment et s’organisent.

La prétendue « guerre contre le terrorisme » débouche sur le militarisme et l’hypertrophie policière, contre la masse de la population. Cette leçon ne vaut pas que pour les Etats-Unis.

Dans le plus grand stade de la Nouvelle Orléans, le Superdome, 20 000 prolétaires noirs ont attendu d’être évacués, manquant de tout, survivant parmi les cadavres, sans eau, sans médicaments, sans nourriture. Ils ont été tardivement évacués vers des zones reculées, sans que les autorités leur indiquent leur destination.

Pendant ce temps, médias et gouvernement se sont livrés à une campagne raciste stigmatisant les populations noires sinistrées, accusées de pillages et de viols. La presse montrait des photos de noirs portant des vivres récupérées dans les magasins dont le titre utilisait le terme « pille », tandis que les mêmes clichés représentant des blancs portaient la mention « trouve ». L’éditorialiste pro Bush du Boston Globe écrivait le 4 septembre :

Il existe deux races d’hommes, ceux qui ont un comportement noble, et ceux qui ont un comportement abject. A la Nouvelle Orléans, la population a fait son choix.

Il ne restait quasiment que des noirs…

 

Les charognards et les bons apôtres

 

Bush est intervenu pour solliciter la charité de la population pour les trois États touchés, la seule aide directe que les noirs et les blancs les plus pauvres puissent attendre de la bourgeoisie. La collecte des dons sera assurée par son père, ancien président républicain et par l’ancien président démocrate Bill Clinton, en signe d’union nationale. Il faut dire que les deux compères de l’opération de charité ont participé à la dislocation des services publics qui profitent à la majorité de la population, et en particulier à l’affaiblissement de l’entretien des digues qui protégeaient la ville.

Par ailleurs, le Congrès a débloqué 62 millions de dollars pour la reconstruction qui sont attribués aux mêmes groupes capitalistes qui s’enrichissent en « reconstruisant » l’Irak détruit par l’armée américaine : Halliburton, Bechtel, The Fluor Corporation… Au passage, Bush a pondu un décret exemptant ces entreprises des règles du « Davis-Bacon Act » de 1931 qui protégeaient les travailleurs des travaux publics. Il a indiqué ce qui le préoccupe dans son allocution du 1er septembre :

Nous travaillons à un plan de reconstruction et de réhabilitation des infrastructures énergétiques. Nous voulons les effets sur les prix du pétrole. Nous voyons cette tempête comme un trouble temporaire que l’administration et le secteur privé vont bien vite réparer.

C’est un « trouble temporaire » pour les capitalistes, pas pour les dizaines de milliers de déplacés :

Les plus pauvres seront matériellement incapables de revenir. C’est le cas pour ceux qui se sont entassés dans le Superdome et le centre de conférence, et ont été ensuite évacués un peu partout… Les fondations de leurs vieilles maisons, pour la plupart en bois et qui étaient transmises de génération en génération, seront irrémédiablement pourries. Il faudra les détruire… Ces maisons ne sont pas assurées. (Le Monde, 12 septembre 2005)

Le capitalisme pourrissant, dans le pays le plus puissant du monde n’a que du mépris et du racisme à donner à son prolétariat, son seul objectif est de garantir coûte que coûte le profit et la propriété privée.

 

L’État bourgeois américain savait, mais il a coupé dans les budgets

 

Selon un rapport de la Fema datant de l'an dernier et rendu public vendredi par des élus démocrates, les autorités fédérales avaient une vision très précise, dès 2004, des dégâts qu'infligerait un puissant cyclone sur le sud-est de la Louisiane. (Le Monde, 10 septembre 2005)

L’organisme étatique FEMA, Agence fédérale de gestion des situations d’urgence, contrôlé par l’administration Bush, a empêché toute aide durant les premiers jours.

La FEMA savait parfaitement que les digues de la Nouvelle Orléans devaient être réparées. Mais 250 millions de dollars du programme de contrôle des inondations ont été détournés pour les fabuleux contrats de « reconstruction » de l’Irak. Quant au plan de gestion d’une catastrophe à la Nouvelle Orléans, il a été sous-traité par la FEMA à des entreprises privées qui ont empoché l’argent public, sans rien faire.

Il faut dire que la Nouvelle Orléans est un bon exemple du traitement du prolétariat et des exclus de la production par le capitalisme le plus puissant :

La cité compte un taux d’analphabétisme de 40 %. Plus de 50 % des jeunes Noirs n’atteindront pas la fin de leurs études obligatoires. La Louisiane dépense en moyenne 4 724 dollars pour l’éducation de chaque enfant et est classée au 48e rang national pour le niveau des salaires des enseignant-e-s. L’équivalent de plus de deux salles de classes est supprimé chaque jour dans le système éducatif public, et environ 50 000 enfants sont absents des classes chaque jour. Nombre de jeunes Noirs sont enfermés à la « Angola Prison », une ancienne plantation où les internés exercent le travail jadis effectué par les esclaves. 90 % de ceux qui entrent dans cette prison y décèdent. La Nouvelle Orléans est désertée par l’industrie, la plupart des emplois se trouvent dans le secteur des services et sont mal payés et précaires. (Left Turn, 2 septembre 2005)

 

La question noire ne sera pas réglée dans le cadre de l’État bourgeois

 

Le sort réservé aux pauvres de la Nouvelle Orléans n’a rien de surprenant, il représente de façon concentrée ce que subissent les prolétaires de tous les autres États américains. Le lendemain du passage de l’ouragan, le US Census Bureau publiait les chiffres de la pauvreté : il y avait 31,6 millions de personnes pauvres en 2000, 37 millions aujourd’hui, soit 12,7 % de la population. Le nombre d’Américains privés d’assurance maladie est passé à 45,8 millions, soit une augmentation de 800 000 pour la même période. Les noirs et les hispaniques connaissent un taux de pauvreté à l’échelle nationale encore plus important : 24,7 et 21,9 %.

L’Alabama, le Mississippi et la Louisiane battent des records de pauvreté avec des taux, respectivement, de 15,5, 17,7 et 17 %. Ce n’est pas un hasard si ces États envoient les plus gros contingents de soldats en Irak se faire trouer la peau et garantir la mainmise de leur bourgeoisie impérialiste dans cette région du monde.

À la brutalité des rapports entre les classes que ces chiffres soulignent, s’ajoute une politique de répression forcenée du prolétariat. Il y a aux Etats-Unis deux millions de détenus, dont un million pour petites infractions, une population carcérale multipliée par cinq en 25 ans ! Il y a 300 000 établissements pénitentiaires, plus de gardiens de prison en Californie que de travailleurs sociaux ! Les détenus sont à 70 % des noirs et des latinos.

Le combat contre la ségrégation des noirs des années soixante voit ses résultats abolis par l’appareil répressif de l’État bourgeois américain :

En 1995, les 22 millions d’adultes noirs fournissaient un contingent de 767 000 détenus, 999 000 condamnés placés en liberté surveillée et 325 000 autres en libération conditionnelle, un taux global de mise sous tutelle pénale de 9,4 %. Chez les Blancs une estimation haute donne un taux de 1,9 % pour 163 millions d’adultes. Pour la seule incarcération, l’écart entre les deux communautés est de 1 à 7,5 ; et il est allé en se creusant durant la décennie passée : 528 contre 3 544 pour 100 000 adultes en 1985, 919 contre 6 926 dix ans plus tard (voir tableau ci-dessous). En probabilité cumulée sur la durée d’une vie, un homme noir a presque une « chance » sur trois de purger au moins un an de prison, et un hispanophone une chance sur six, contre une chance sur vingt-trois pour un Blanc. Cette « disproportionnalité raciale », comme disent pudiquement les criminologues, est encore plus prononcée chez les jeunes, premières cibles de la politique de pénalisation de la pauvreté, puisque plus du tiers des Noirs de vingt à vingt-neuf ans sont soit incarcérés, soit sous l’autorité d’un juge d’application des peines, soit en attente de passer devant un tribunal. Dans les grandes villes, cette proportion dépasse largement la moitié, avec des pointes supérieures à 80 % au coeur du ghetto. Au point que, selon un vocable emprunté de triste mémoire à la guerre du Vietnam, on puisse décrire le fonctionnement du système judiciaire américain comme une « mission de localisation et de destruction » de la jeunesse noire. (Le Monde Diplomatique, juillet 1998)

La mise sous tutelle judiciaire du prolétariat permet aux capitalistes de priver à nouveau du droit de vote les noirs des ghettos. Pendant le scrutin présidentiel de 2000 en Louisiane, le frère du futur président Joe Bush, gouverneur de Floride, avait fait voter une loi instaurant la suppression du droit de vote pour des dizaines de milliers d’électeurs ayant commis des infractions. Le jour du vote, des barrages filtrants avaient été disposés entre les quartiers noirs et les centres des villes créant des embouteillages monstres à des fins dissuasives.

Or, la Nouvelle Orléans compte 67,3 % de noirs et 30 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté, contre respectivement 13 et 12,7 % à l’échelle nationale. Voilà pourquoi ce sont des militaires surarmés, ouvrant les portes à coup de bottes, ayant reçu l’ordre de tirer à vue, qui ont investi la Nouvelle Orléans. Des militaires acharnés contre des ennemis, en lieu et place des sauveteurs pour secourir des victimes. Le général Jones, commandant la garde nationale de Louisiane, témoignait ainsi de son amour du peuple noir américain :

Cet endroit va ressembler à une petite Somalie... Nous irons et nous reprendrons cette ville. Ce sera une opération de combat afin d’avoir cette ville sous contrôle. (Army Times, 2 septembre 2005)

 

Le mouvement ouvrier est paralysé par sa direction vendue à la bourgeoisie

 

Face à la politique du gouvernement Bush, le mouvement ouvrier, singulièrement les syndicats qui sont les seules organisations de masse, aurait dû appeler à la mobilisation du prolétariat. Contre l’état de siège et pour organiser la solidarité. Le prolétariat peut organiser la réquisition des vivres, envoyer ses propres détachements aider à la reconstruction. En même temps, affronter le gouvernement, organiser une gigantesque manifestation à Washington pour exiger le départ  de Bush était à l’ordre du jour.

Mais les dirigeants de l’AFL-CIO et leurs dissidents du SEIU, tous rompus à la collaboration de classe avec leur bourgeoisie n’ont rien fait. Ils se sont cantonnés à organiser une collecte de fonds, du même type que celle qu’ont organisée conjointement Clinton et Bush père, fermant toute perspective propre à la classe ouvrière, laissant les pauvres de Floride, du Mississippi et de l’Alabama être les proies de l’armée et des expropriateurs déguisés en « reconstructeurs »

 

Pour assurer sa sécurité, le prolétariat doit abattre le capitalisme

 

Le drame du prolétariat américain a pris une dimension tragique. Les sommets actuels des syndicats sont incapables de lui tracer une voie, pour appeler à la mobilisation des travailleurs, pour exiger le départ des forces armées, l’expropriation des propriétaires fonciers, la reconstruction des villes et sa protection sous le contrôle de ses habitants.

Il ne fait aucun doute qu’une grande masse du prolétariat américain ressent de la fureur contre le gouvernement et qu’une grande partie des noirs ont perçu à quel point les sommets de l’État les considéraient comme des ennemis potentiels.

Seul un parti révolutionnaire regroupant les éléments les plus conscients constituera un instrument capable de prendre la tête de toutes les grèves et de toutes les révoltes pour porter un coup fatal à l’État bourgeois : les travailleurs conscients doivent pour cela combattre la politique des sommets syndicaux qui enserre le prolétariat dans le respect de la propriété privée et dans l’alternative bourgeoise, Parti démocrate ou Parti républicain.

Seul un tel parti pourra avancer devant les masses un programme révolutionnaire qui combine la défense des libertés démocratiques, la lutte contre la répression sans frein qui s’abat sur les couches les plus opprimées du prolétariat, noires et hispaniques, avec les revendications économiques et sociales et la lutte contre son propre impérialisme, en particulier, aux côtés des peuples de Haïti, d’Irak et d’Afghanistan.