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Aznar battu : une victoire de la classe ouvrière

Pour la satisfaction des revendications et de la jeunesse ! Non à la collaboration du PSOE avec la bourgeoisie !

 

Pendant deux législatures, de 1996 à 2004, les gouvernements Aznar - Partido Popular (PP) ont mené leur politique, tant extérieure qu’intérieure, au compte des grands groupes capitalistes espagnols.

A l’échelle internationale, en même temps qu’il participait à l’Union européenne édifiée par l’impérialisme français et l’impérialisme allemand, il a joué la carte de l’impérialisme dominant, celui des Etats-Unis, et a participé à la deuxième offensive impérialiste contre l’Irak en 2003, puis à son occupation.

A l’intérieur, le gouvernement PP a mené durant huit ans une offensive constante contre les conditions de vie de la classe ouvrière sur tous les fronts : privatisations, flexibilité du marché du travail, régressions fiscales, loi des étrangers contre les immigrés, attaques permanentes contre l’enseignement public et la santé publique, coupes drastiques dans leurs budgets… Il l’a combinée à une offensive politique et sociale réactionnaire : obligation de la religion à l’école, durcissement du Code pénal, de la loi antiterroriste, harcèlement policier, politique et judiciaire contre les courants nationalistes basques et catalans, loi des partis politiques, interdiction de revues basques et du parti Batasuna

Le PP était le modèle de l’UMP française de Chirac, Aznar était l’allié de Bush. Ils viennent de subir un échec cinglant.

 

Les attentats du 11 mars : un crime contre les travailleurs et une provocation réactionnaire

 

Le 11 mars 2004, trois jours avant les élections aux Cortes espagnols, 13 bombes explosent à 7 h 30 dans des trains de banlieue qui desservent le Corredor del Henares, une zone ouvrière à riche tradition de lutte. Les cibles de cet attentat, 200 morts et 1 500 blessés, sont forcément des travailleurs et des jeunes. Ces victimes sont typiques des forces sociales qui manifestaient quelque mois auparavant contre la guerre menée en Irak.

Immédiatement, le gouvernement Aznar déchaîne une campagne accusant ETA. Il convoque une manifestation d’union nationale le soir du lendemain, sur le slogan : Avec les victimes, pour la Constitution, pour en finir avec le terrorisme d’ETA. Aznar a, en personne, téléphone aux quotidiens espagnols pour déclarer expressément qu’ETA était responsable de l’attentat. Quelques heures plus tard, Ana Palacio, ministre des affaires étrangères, envoie une note aux ambassadeurs pour qu’en toutes circonstances, soit affirmée la responsabilité d’ETA, tandis que la police nationale diffuse la photo de 9 militants ETA, « auteurs présumés » de l’attentat.

Le matin même du 11, Otegi, porte-parole de Batasuna dissoute, récuse la responsabilité d’ETA. Le premier il pointe des « secteurs de la résistance arabe », sans rien dire des liens entre les services secrets impérialistes et le terrorisme aveugle.

Le 12 mars, ETA dément, tandis qu’à Londres une lettre attribuée à Al Qaida revendique l’attentat. Mais rien n’arrête le gouvernement PP ; le 13 mars, Ana Palacio déclare que la piste d’ETA est toujours valable et que les recherches de ses liens avec Al Qaida se poursuivent.

Au-delà d’ETA, la campagne s’étend à tous les nationalistes basques et catalans, jusqu’à accuser Carod Rovira, secrétaire de la Gauche Républicaine de Catalogne (ERC) d’être « responsable moral des bombes ».

 

Le prolétariat a démasqué la provocation et a brisé l’union sacrée

 

Rien n’y fait : ni la participation à la manœuvre des télévisons, des radios, des journaux, ni le soutien direct de Bush à la manipulation du PP, ni la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, ni l’appui de tous les gouvernements bourgeois de l’Union européenne, ni le soutien de la Conférence épiscopale.

Rien n’y fait : même pas, le 11 mars, la caution à Aznar des dirigeants des deux principales centrales syndicales, CCOO et UGT, qui appellent à un débrayage de quelques minutes « contre l’attentat d’ETA ». Même pas la participation des chefs du PSOE et du PCE, des dirigeants syndicaux de l’UGT et des CCOO à la manifestation d’union nationale du 12 mars aux côtés de toute la famille Bourbon, d’Aznar, de Berlusconi et de Raffarin.

Au contraire, à la veille des élections législatives, la politique du PP pour détourner contre ETA et contre le Pays basque la colère des masses, en recourant au mensonge de plus en plus flagrant, a un effet boomerang. Les cris spontanés de milliers de manifestants retentissent à la veille des élections : Qui a fait ça ? Nous le savons, nous le sentons, le gouvernement ! Démission du gouvernement ! Assassins ! Aznar, coupable, tu es responsable ! C’est arrivé parce que nous avons un gouvernement fasciste ! Non à la guerre, non à l’occupation ! La guerre est la vôtre, les morts sont à nous !

 

Manifestations contre le PP et votes pour le PSOE

 

Pendant que le Comité électoral central et l’état-major de l’armée discutent de l’annulation des élections, les slogans se traduisent par un vote ouvrier majoritaire pour le Partido socialista obrero español (PSOE). Le vote PSOE est massif en Estrémadure et en Andalousie, des régions pauvres où existent des grandes propriétés foncières. Le PSOE redevient majoritaire en Catalogne et deuxième en Euskadi, avec des succès dans les zones industrielles.

Le 14 mars, le prolétariat de l’Etat espagnol a déposé massivement ses bulletins de vote pour le PSOE, le parti qu’il pouvait utiliser pour balayer le PP dans le cadre des élections législatives.

Le résultat historique de 11 millions de voix au PSOE, soit 3 millions de voix de plus qu’aux précédent scrutin, qui rend impossible la formation d’un nouveau gouvernement du PP, exprime sous forme électorale les luttes précédentes des trois dernières années contre le gouvernement bourgeois : grève générale contre la réforme du marché du travail, grandes manifestations contre la catastrophe causée par le naufrage du Prestige, gigantesques manifestations contre la participation de l’Espagne à l’agression impérialiste contre l’Irak, mobilisations étudiantes contre les « réformes », mobilisations des travailleurs de tous les secteurs frappés par les remises en cause des conventions collectives et par les réductions d’effectifs licenciements, manifestations massives en Euskadi contre la répression et l’interdiction de Batasuna. Elles font suite aux mobilisations spontanées précédant les élections dans toutes les grandes villes devant les locaux du PP, dénonçant sa responsabilité directe ou indirecte dans l’attentat de Madrid, l’accusant de l’avoir utilisé pour entamer une offensive sans précédent contre le Pays basque, de faire de l’Espagne un pays agresseur et, par conséquent, une cible militaire.

La victoire électorale du PSOE a été la manière concrète dont la classe ouvrière et la jeunesse sont parvenues à en finir avec la gouvernement du parti du grand capital espagnol. C’est une victoire des masses, qu’elles n’avaient pu remporter malgré les immenses manifestations de février - mars 2003. Alors, les directions du PSOE et du PCE avaient répondu à l’appel au secours du PP en condamnant les assauts contre les locaux du PP, en déviant la colère envers le gouvernement et la monarchie, en préparant les élections municipales comme si rien ne s’était passé. Cette fois-ci, le PSOE et le PCE n’ont pas réussi à démobiliser.

 

La mobilisation des masses espagnoles ébranle l’ordre impérialiste

 

L’onde de choc de la défaite du gouvernement Aznar ne s’arrête pas aux frontières de l’Etat espagnol. La gifle retentissante reçue par Aznar et son PP atteint Bush : les masses de l’Etat espagnol ont dénoncé le soutien de ce gouvernement à la guerre impérialiste contre l’Irak, elles exigent aujourd’hui le retrait des troupes d’occupation. La possibilité se dessine d’un affaiblissement du dispositif dirigé par l’impérialisme américain contre les peuples d’Irak et du Moyen Orient, d’un approfondissement des contradictions entre puissances impérialistes.

Blair (Grande Bretagne), Berlusconi (Italie), Miller (Pologne) qui ont participé avec zèle à la croisade, sentent eux aussi cuire leurs joues ; Chirac et Raffarin craignent que le vote sanction franchisse les Pyrénées. Tous les ministres chargés de la répression dans l’Union européenne se sont réunis le 19 mars à Bruxelles.

La bourgeoisie espagnoliste a vu se profiler l’impensable : une intervention directe du prolétariat. Aussitôt, elle a organisé sa riposte. Au compte de la défense de l’ordre bourgeois dans l’Etat espagnol, mais également dans toute l’Europe, le gouvernement Aznar a mis en place, au lendemain des élections qu’il a perdues, un plan digne de l’état d’urgence un dispositif rassemblant toutes les polices, la Garde civile et l’armée pour « la surveillance et la protection des centres stratégiques, ceux concernant la défense, les frontières, les grands centres de production d’énergie ou de stockage de combustibles, les espaces aériens et maritimes ».

Le chef du PSOE, Zapatero, lui avait ouvert la voie au cours de sa première conférence de presse, en souhaitant « une réunion de toutes les forces politiques pour le renforcement de la lutte contre le terrorisme et de la politique de sécurité » dont « l’initiative revient au gouvernement encore en place ».

Les prolétaires et les jeunes ont chassé Aznar et son PP ; Zapatero, au nom du PSOE vainqueur des élections, bafoue leur vote.

 

Le PSOE fait allégeance au renforcement de l’appareil de répression et se prépare à trahir les aspirations des masses, en formant un gouvernement au service de la bourgeoisie

 

Le PSOE, quand il avait gouverné de 1982 à 1996, avait lancé les privatisations, la « réforme du marché du travail », les mesures contre l’enseignement public, multiplié le financement de l’Eglise catholique. Il a géré l'entrée de l'Espagne dans les organismes impérialistes (l'OTAN et la Communauté européenne). Ces dernières années, le POSE dans l’opposition avait conclu plusieurs « Pactes d’Etat » avec le Partido Popular au pouvoir sur la ligne de « l’opposition utile ».

Il entend continuer : il annonce un « Pacte sur l’immigration » auquel devraient s’atteler le gouvernement central, les gouvernements régionaux, les syndicats, les patrons et « toutes les forces politiques ». Le dimanche 14 mars, à l’annonce de la déroute du parti bourgeois honni et de Rajoy son candidat, Zapatero déclare : « Je tiens à manifester à Mariano Rajoy mon respect et ma considération. Il a été un rival digne, et je lui tends la main dès à présent pour que nous coopérions dans tout ce qui touche à l’Etat ». Dans les manifestations spontanées devant les locaux du PP, la classe ouvrière a, quant à elle, crié : « Dehors, les menteurs et les assassins ! » « Enfants de Franco ! ». Le gouvernement Aznar a envoyé la police, Rajoy a dénoncé la veille du vote ces « rassemblements illégaux ». Mais Zapatero salue Rajoy et annonce le recrutement de 6 000 policiers et 3 000 gardes civils par an. Le PSOE continue à garder le silence sur le meurtre politique d'un citoyen basque par un membre de la Police au lendemain des attentats.

 

Pour un gouvernement ouvrier qui liquide la monarchie et satisfasse les exigences des travailleurs

 

Répondre aux aspirations des travailleurs qui se sont mobilisés pour chasser Aznar et le PP nécessite de mettre en œuvre ces mesures d’urgence :

·    Départ immédiat d’Aznar, retrait immédiat et sans condition de toutes les troupes impérialistes espagnoles de l’Irak, de l’Afghanistan et des Balkans ;

·    Abrogation de tous le plans anti-ouvriers, des emplois stables et dignes pour tous, réduction de la durée du travail ;

·    Indexation des salaires sur les prix, interdiction des licenciements, contrôle des travailleurs sur les entreprises ;

·    Arrêt immédiat des persécutions à l’encontre des travailleurs immigrés, égalité juridique pour tous les travailleurs ;

·    Cessation des cadeaux et subventions au capital, assez d’impôts sur les salaires et la consommation de première nécessité ;

·    Santé publique, gratuite et de qualité, pas d’immixtion patronale dans les caisses de Sécurité sociale ;

·    Expropriation des grandes propriétés foncières, nationalisation du sol urbain, logements de qualité et bon marché pour les travailleurs et les jeunes ;

·    Renationalisation sans indemnité ni rachat des groupes privatisés par Aznar (Repsol, Telefonica, Iberia, Endesa, Argenteria…), expropriation des grands groupes capitalistes ;

·    Plan de production pour satisfaire les besoins élémentaires de toute la population, à commencer par des logements bon marché, en employant tous les travailleurs disponibles ;

·    Séparation de l’Eglise catholique et de l’Etat, fin du financement de l’enseignement privé, enseignement laïque, public, de qualité et égalitaire ;

·    Fin de toute collaboration avec le PP, rétablissement de toutes les libertés démocratiques, abrogation de la loi sur les partis politiques, de la loi antiterroriste, de la loi sur les étrangers, de toutes les lois répressives ;

·    Libération de tous les prisonniers syndicaux et politiques basques, reconnaissance du droit à l’autodétermination de tous les peuples de la péninsule (de se séparer de l’Etat espagnol s’ils le désirent) pour liquider l’héritage d’oppression de la bourgeoisie espagnoliste et du franquisme ;

·    Liquidation de la monarchie instaurée par Franco, autodéfense des grèves et des manifestations, dissolution des corps de répression et de l’armée espagnole de mercenaires.

Les travailleurs et la jeunesse de l’Etat espagnol, s’organisant eux-mêmes dans les entreprises et les quartiers, soutiendraient avec enthousiasme tout pas dans cette voie.

 

Pour un parti ouvrier révolutionnaire et internationaliste

 

L’histoire a prouvé que les partis sociaux-démocrates du type PSOE ou les partis staliniens du genre PCE n’ont aucune intention de prendre de telles mesures, sont incapables de créer un véritable gouvernement ouvrier, car ils refusent de s’appuyer sur les organismes de base des travailleurs et d’agir contre les exploiteurs. En effet, ces appareils politiques, ainsi que les bureaucraties syndicales qui leur sont liées, comme celle des CCOO et de l’UGT, ont été domestiqués et corrompus par la classe dominante.

Ils trahissent en permanence leur prolétariat et les peuples opprimés du monde entier. Pour préserver « leur » capitalisme, les directions syndicales se font complices des attaques du patronat et de son Etat, comme les CCOO et l’UGT signant en 2003 l’accord sur les salaires. Quand les partis « réformistes » accèdent au gouvernement, grâce aux voix des travailleurs et de la jeunesse, ils capitulent honteusement devant l’état-major et les chefs de la police, ils se comportent servilement comme des larbins des capitalistes. Telle fut la politique du gouvernement PSOE et du gouvernement González de 1982 à 1996.

Tous les plans actuels de collaboration du PSOE avec le PP, comme toute la politique de défense des intérêts de l’impérialisme espagnol menée par le PSOE, le PCE et par les directions syndicales, peuvent être balayés par les masses, comme elles ont bouleversé et mis à bas les manœuvres d’Aznar et du PP. La classe ouvrière cherchera à briser la collaboration de classes et à imposer un gouvernement à elle.

Pour instaurer un gouvernement ouvrier, qui ne pourra survivre qu’en armant les travailleurs pour empêcher la contre-révolution, qui ne pourra développer les forces productives que dans le cadre des Etats-unis socialistes d’Europe, il faut au prolétariat un nouveau parti, un parti ouvrier révolutionnaire, internationaliste, marxiste.

L’avant-garde, qu’elle parle castillan, arabe, basque, catalan, galicien, berbère… doit se regrouper pour édifier un tel parti. C’est en participant à la lutte des classes, en particulier en exigeant la rupture de toutes les organisations ouvrières existantes avec la bourgeoisie et en travaillant à des formes supérieures d’organisation, de type Commune de Paris et Soviets de 1917 que les militants révolutionnaires construiront ce Parti. Pour cela, ils doivent tisser les liens avec tous leurs frères et sœurs qui combattent dans le monde pour une internationale ouvrière révolutionnaire, pour le socialisme, qui s’appuient sur le programme de la révolution socialiste mondiale de Marx, Engels, Lénine et Trotsky.

 

Le 28 mars 2004

Grupo Germinal – En defensa del marxismo