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Collectif Révolution Permanente
Destinataire : Germinal – Noyau en Défense du
Marxisme / État espagnol
Date : 4 juin 2011
Copie à : CCI-T
/ France, MpI / État espagnol, PRS–LCO / Argentine
Chers camarades,
Le Groupe Bolchevik / France a reçu le 30 mai, de la
camarade Carolina, une proposition de collaborer entre G-NEDM, le CCI-T /
France et le GB. La cellule centrale de celui-ci a transmis cette proposition
au bureau du Collectif Révolution Permanente et a informé les camarades de
Barcelone dont le Collectif approuve globalement l’intervention lors de
militarisation des grévistes des aéroports par le gouvernement PSOE, un
événement décisif pour l’Espagne et toute l’Europe.
Si le G-NEDM considère que le programme du M15M va
dans la bonne direction, faire appel à une organisation du Collectif n’a aucun
sens. Si le G-NEDM considère que le Manifeste
des indignés s’oppose au programme communiste et à la satisfaction des
aspirations de la jeunesse travailleuse et en formation, le Collectif est prêt
à aider le noyau de Valence à mener le combat.
En
ce qui concerne la situation dans l’État espagnol, notre avis est le
suivant :
1. L’Espagne représente une part significative (10 %)
du PIB de l’Union européenne (contrairement à la Grèce : 2 %
seulement). Avant la crise de 2007-2009, il y a eu accumulation intense du
capital et affirmation de l’impérialisme espagnol dans l’arène mondiale
(Amérique latine, Europe de l’est). La croissance était supérieure à celle des
pays fondateurs de l’UE. L’Espagne était devenue un pays d’immigration. Elle
avait rejoint la zone euro dès sa fondation en 1999. Le budget de l’État était
excédentaire, comme celui de l’Irlande. Mais la croissance reposait en grande
partie sur l’industrie automobile aux mains de groupes allemands et français et
sur un couple endettement privé – construction de logements au caractère encore
plus artificiel qu’aux États-Unis, causant, en particulier sur la côte de la
Mer Méditerranée, la corruption des élus locaux.
2. La crise économique mondiale est à la fois une manifestation
de l’impasse historique du mode de production capitaliste et un moment de
repartage du monde (voir les adresses du
CoReP du 1er mai 2009, du 1er
mai 2010 et du 1er mai 2011). L’impérialisme chinois émerge tandis
que les États-Unis, le Japon et l’Europe déclinent. La fragilité de l’euro
éclate au grand jour alors que les impérialismes périphériques de l’UE, malgré
la reprise économique dont bénéficie le capitalisme mondial, s’enfoncent dans
la crise.
3. En Espagne, la croissance économique n’a été que de +
0,8 % depuis un an et le taux de chômage reste officiellement de 20 %.
Il frappe particulièrement les travailleurs immigrés d’Amérique, d’Afrique et
d’Europe, ainsi que la jeunesse. Le déficit public était en 2009 de 11,2 % du
PIB. À cause de cela et par pessimisme global envers l’économie espagnole, les
agences de notation ont dégradé la note des obligations émises par l’État bien
que le ratio entre la dette publique et le PIB reste inférieur à celui du
Japon, des États-Unis, de la France et bien d’autres.
4. Soit on va vers le socialisme, soit il faut que la
classe ouvrière supporte les effets de la crise capitaliste, pour réunir les conditions
de la reprise économique. Sous la forme du gouvernement Zapatero, le principal
parti ouvrier bourgeois a pris en charge la crise capitaliste et a porté des
coups rudes au prolétariat de tout l’État espagnol. Les bureaucraties des
grandes confédérations syndicales (UGT et CCOO) s’y sont associées.
5. Sur fond de crise capitaliste, la confusion politique
est portée à son paroxysme par la trahison des directions traditionnelles, par la
restauration du capitalisme par les bureaucraties des anciens États ouvriers et
par l’absence d’alternative internationale consécutive à la destruction totale
de la 4e Internationale. Par conséquent, il n’y a aucune alternative
ouvrière spontanée en Espagne, pas plus qu’ailleurs, au « réformisme »
espagnoliste et aux nationalismes basque, catalan, etc. Deux expressions
récentes du désarroi des travailleurs et de la jeunesse sont :
a. l’effondrement électoral du PSOE lors des dernières
élections régionales et municipales qui ouvre la perspective du retour au
pouvoir du PP, l’expression politique directe de la bourgeoisie espagnole ;
b. la reprise (au mieux) du réformisme du PSOE et du PCE,
sans la référence aux partis discrédités eux-mêmes, par la direction des
« indignés » (un terme repris d’un opuscule à succès d’un vieux
gaulliste français) : « certains
d’entre nous se considèrent comme progressistes, d’autres comme bien plus
conservateurs », « citoyen », « société meilleure », «la
majorité de la classe politique ne nous écoute pas »,« l’ensemble de
la société », « le besoin irrépressible de pouvoir de certains
d’entre eux provoque une inégalité et conduit à la violence que nous rejetons »,
« une révolution morale est nécessaire » (Manifeste du M15M, 18 mai 2011). D’après les informations dont nous
disposons, la direction des « indignés » semble avoir pour but une
simple réforme électorale (qui serait favorable aux fascistes comme à IU)… tout
en conservant l’État bourgeois et même la monarchie !
Pour
autant, l’intervention dans le mouvement de la jeunesse est légitime et
nécessaire, quelque soit le caractère petit-bourgeois de sa direction et les aspects
réactionnaire de son programme. Mais, pour des communistes, elle ne saurait
s’effectuer sur la base de la flatterie (« ils
font l’histoire et ils le savent », votre appel du 21 mai) ; elle
doit être un combat acharné, d’emblée, contre sa direction actuelle sur la base
suivante :
1. expliquer que la situation de la jeunesse
(paupérisation, chômage, précarité, etc.) est due au capitalisme (ce qui n’est
pas fait dans l’appel du 21 mai) ;
2. expliquer que seule la lutte des classes par la
classe ouvrière peut résoudre les problèmes de la jeunesse chômeuse, exploitée
ou semi-exploitée ;
3. donner une perspective politique : révolution,
gouvernement ouvrier (absente également dans votre appel), sans laquelle les
affirmations –nécessaires- d’appel aux travailleurs et de revendications
économiques perdent tout sens réellement transitoire ;
4. défendre la nécessité d’une autre direction,
c’est-à-dire d’un parti révolutionnaire au sein de l’internationale ouvrière (ce
qui est absent de l’appel de G-NEDM du 21 mai) ;
5. reprendre les revendications des travailleurs
immigrés et inclure la mise en cause sous une forme d’agitation de la propriété
privée des moyens de production ;
6. dénoncer le réformisme, le pacifisme, la
collaboration de classes, imprimés actuellement aux occupations et aux
manifestations.
Si
une partie de la jeunesse s’oriente vers la classe ouvrière et contre le
capital, peut-être contribuera-t-elle à faire l’histoire.
Par
ailleurs, le Collectif est favorable à une collaboration permanente entre
communistes des différents pays, qui ne peut être que leur regroupement au sein
d’une même organisation internationale.
Avec
nos salutations bolcheviks,
Le bureau politique du CoReP