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CRPP / Pérou

Contre la bourgeoisie, son gouvernement et ses partis, pour construire le pouvoir prolétarien, opposer le front unique des travailleurs

 

Huit mois de gouvernement APRA se sont écoulés et ce qui avait commencé sous le signe d'une certaine instabilité pour l'ensemble des fractions de la bourgeoisie, s’est poursuivi dans un sens contraire aux intérêts des travailleurs. Le gouvernement s’est montré jusqu’alors capable de stabiliser la domination politique de la classe qu'il représente, le mouvement ouvrier et populaire est resté globalement démobilisé et l'APRA gouverne à son aise, sous des formes variées de collaboration avec les autres partis de son genre au parlement.

Cependant, il y a encore un an et demi, différents secteurs des masses cherchaient à arracher des revendications au gouvernement de Toledo, à la fin d'un processus de quelques années qui les a vues sur le point de l’emporter à plusieurs reprises, au milieu d'une grande crise de discrédit atteignant non seulement le pouvoir exécutif, mais aussi législatif et le pouvoir judiciaire. Mais le mouvement de masses a été incapable de hisser au point où, d’égal à égal, il aurait défié la classe dominante dans une lutte pour le pouvoir, malgré l’état chaotique de la haute administration et le discrédit dans lequel tombaient tous les partis bourgeois traditionnels. Pourquoi cela ne s’est-il pas produit ?

La réponse part non seulement des événements du Pérou, mais d’un trait récurrent de toute l'histoire contemporaine : la crise de la direction politique du mouvement ouvrier. La direction reste opportuniste, bureaucratisée, aspire à des réformes sociales mineures. Cette direction manipule, empêche et trahit les luttes  des opprimés dans son propre intérêt, spécialement si celles-ci menacent de se heurter ouvertement aux forces politiques et militaires de l'Etat capitaliste. Depuis le changement d'échelle dans la lutte de classes qui s’est produite sous le précédent gouvernement, l’existence d’une entente infâme est apparue évidente entre d’un côté, les politiciens bourgeois (du gouvernement et d'opposition) et, de l’autre, les dirigeants du mouvement ouvrier et paysan. L'objectif était de soutenir le régime pseudo-démocratique, de démobiliser les masses et d’utiliser une fois de plus les processus électoraux pour que la bourgeoisie puisse se remettre de sa crise politique.

Dans ces circonstances, quelques faits se sont avérés particulièrement scandaleux : parmi les nombreuses déclarations de soutien au président d’alors Toledo de la part de la direction de la confédération syndicale CGTP face aux exigences massives de  démission présidentielle, la plus spectaculaire fut la visite en 2003 de son secrétaire général Gorriti au palais présidentiel. Peu après, le 14 février 2004, Mario Huamán, le président de la CGTP, exprimait son soutien ouvert au Premier ministre Ferrero, « pour sortir de la crise ». Tout en mettant sur pied l'Acuerdo Nacional (Accord national) avec les exploiteurs. Comme de coutume, il fallait un moyen de donner l’impression d’une volonté de combattre, afin d’empêcher le discrédit de la direction réformiste aux yeux des masses. Ce fut, en guise de soupape visant à évacuer la pression populaire accumulée contre la bourgeoisie, une journée d’action nationale convoquée par la direction de la CGTP le 14 juillet, qui s’est avérée un succès dans la plus grande partie du pays, mais non dans la capitale. En fait, la ville de la plus grande concentration ouvrière tournait le dos à la bureaucratie, percevant sa complicité avec l'Etat rejeté.

Ce qui a suivi a été la collaboration fidèle avec la bourgeoisie dans les vapeurs de l’opium électoral. La direction réformiste du PC (Parti communiste péruvien) et de Patria Roja (Patrie rouge, maoïste) a essayé de revenir au parlement grâce au Frente Amplio de Izquierda (Front élargi de gauche) mais n’a récolté que 1 % des suffrages, tant la plupart des travailleurs sont lassés de son arrivisme et de ses trahisons. Après avoir durant des années courtisé et flatté certains partis bourgeois (l’APRA en premier lieu, en passant par l’UPP et finalement le PNP), n’obtenant seulement que des humiliations, le stalinisme déglingué a reçu la juste et souveraine claque du peuple. D'autre part, sur le plan syndical, le dédain actuel de la base des instituteurs envers la mafia de Patria Roja dans le Sutep (Syndicat unitaires des travailleurs de l’éducation du Pérou), est un aperçu éloquent du mépris que suscite la bureaucratie.

 

Et maintenant ?

 

Au moment où la bourgeoisie dans son ensemble, toutes ses expressions politiques comprises, faisaient de la réalisation du Tratado de Libre Comercio (TLC, traité de libre échange) avec les Etats-Unis son objectif stratégique, la direction du mouvement de masses qui aurait dû mener la lutte pour la défaite totale des plans de l'impérialisme et de ses laquais, baissait la tête et gémissait : « Traité: Oui mais pas ainsi », comme les secteurs de la bourgeoisie agricole de Conveagro (Convention nationale de l’agriculture péruvienne). Tout est aujourd'hui concentré entre les mains du sénat et du congrès étasunien ; il est temps que la lutte des travailleurs péruviens soit prise en mains par eux-mêmes.

Démoralisé et désarmés politiquement par ses manitous maintenus, le peuple travailleur observe maintenant comment le vieil APRA pro-impérialiste et la démagogie d'Alan García, qui règnent sans rivaux, manigancent la farce du retour à la Constitution de 1979, de la fin de la « rente de base » versée à Telefónica del Perú, de la fermeture d’environ 1 000 entreprises de travail temporaire, de l’élimination des AFP (fonds de pension) et tant d'autres choses. Par contre, le retour de la pire répression est garanti : étudiants de Lima, paysans d’Ayacucho, travailleurs d’Abancay et d’Huancavelica ont eu l'honneur d'être servis en premiers.

Cette confortable réanimation politique servie à la bourgeoisie par ses majordomes syndicaux, ne peut être combattue que par la réactivation de la lutte de masses, dans l'unité des opprimés et en se dotant  de dirigeants honnêtes fidèles à la démocratie prolétarienne, avec une politique de front unique des travailleurs, faisant résolument face à la classe dominante, à son gouvernement et à tous ses appareils politiques. Si la direction de la CGTP, du syndicat des travailleurs du bâtiment, du Sutep, de la CNA, FDTA, FDTC et des principaux syndicats, n'est pas objectivement capable de rassembler et conduire les travailleurs contre leur ennemi de classe, vers la tâche historique de se doter de leurs  propres organes de pouvoir, alors ces directions caduques doivent cesser de saboter la désignation de leurs représentants de classe et authentiquement révolutionnaires, par les masses organisées.

Travailleurs, combattons pour :

               Empêcher que le TLC entre en fonction

               Répudier la dette extérieure

               Exproprier sans indemnité ni rachat les groupes impérialistes et les entreprises privatisées.

               Démocratiser la CGTP et créer une seule centrale de masses.

               Forger des Assemblées Populaires pour une Assemblée Populaire Nationale

               Forger un parti ouvrier révolutionnaire pour la révolution socialiste.

26 mars  2007

Colectivo Revolución Permanente en el Perú (Collectif révolution permanente au Pérou)