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Jalons pour une nouvelle internationale ouvrière, basée sur les leçons et les programmes de la Ligue des communistes,
de l’Internationale communiste et de la Quatrième internationale

 

La 4e Internationale est morte, il faut bâtir une nouvelle internationale, le parti mondial pour la révolution socialiste

 

 

La 4e Internationale a été détruite voici 60 ans par sa propre direction

 

La première vague révisionniste et liquidatrice, qui refusait en 1939-40 de défendre l’URSS et remettait en cause sa nature d’État ouvrier, a été combattue politiquement par une fraction menée par Léon Trotsky et James Cannon. La section américaine a été affaiblie par la scission de la minorité stalinophobe de James Burnham et de Max Shachtman, mais la 4e Internationale proclamée en 1938, dans la perspective de la guerre mondiale et de la vague révolutionnaire qui s’ensuivrait, a survécu et, malgré l’assassinat de Trotsky et de nombreux autres cadres par les nazis et les staliniens, s’est maintenue comme organisation révolutionnaire et internationaliste durant la 2e Guerre mondiale. Le deuxième congrès se tint en 1948 avec 22 sections.

Néanmoins, la seconde vague révisionniste et liquidatrice, de type stalinophile, est venue en 1949-51 de sa propre direction, composée de jeunes européens capables et courageux, mais relativement inexpérimentés à qui la direction du SWP américain avait remis la direction de l’internationale après guerre. Michel Pablo, Ernest Mandel, Livio Maitan, confrontés à la stabilisation du capitalisme mondial, à la transformation sociale de l’Europe centrale sans prise du pouvoir par la classe ouvrière et au prestige temporaire du stalinisme, ont perdu confiance dans la capacité révolutionnaire de la classe ouvrière et la capacité de leur propre organisation internationale à résoudre le problème de la crise de direction du prolétariat mondial.

À partir de 1949, le secrétariat international a commencé à capituler devant le stalinisme, tant les castes privilégiées usurpant le pouvoir dans les États ouvriers bureaucratisés (URSS, Europe centrale, Yougoslavie, Chine) que les autres partis issus de la stalinisation de la 3e Internationale, allant jusqu’à renier leurs propres camarades en Chine. Il a considéré Tito, puis Mao et enfin tout le stalinisme comme du « centrisme » et renié, à la suite de Deutscher, la nécessité de la révolution prolétarienne dans les États ouvriers dégénérées en faveur de l’utopie de la réforme de la bureaucratie.

En 1951, le 3e congrès mondial a avalisé la révision du programme. De fait, le SI a remplacé la lutte entre les classes mondiale par la lutte entre les camps (« socialiste » et capitaliste). Il a avili la révolution socialiste en un processus objectif qui allait obliger, sans qu’il fût besoin de créer de nouveaux partis, les directions actuelles des masses à servir les intérêts de ces dernières. Par conséquent, le secrétariat international s’en est remis à des forces sociales non prolétariennes que la 4e Internationale aurait désormais pour rôle de conseiller et d’orienter, à savoir la bureaucratie stalinienne, mais aussi la bureaucratie sociale-démocrate, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie nationalistes dès lors qu’elles arriveraient à diriger (pour les tromper) les classes exploitées et semi-exploitées. Elle a convergé aussi avec le stalinisme en réhabilitant le front uni/que anti-impérialiste, une formule erronée de l’Internationale communiste qui a toujours servi d’alibi à la collaboration avec la bourgeoisie nationale. Elle a refusé de défendre les trotskystes emprisonnés en Chine par les stalino-maoïstes en 1952.

 

Les possibilités de reconstruction de la 4e Internationale reposaient sur le Comité international

 

Dès 1950, la section française (PCI) avait résisté au pablisme (Marcel Bleibtreu, Où va le camarade Pablo ? 1951). Au congrès de 1951, seules la section suisse (MAS) et la section française se sont opposées au tournant pro-stalinien. Tous les délégués (dont Nahuel Moreno du GOR argentin) ont voté l’orientation d’adaptation au nationalisme en Amérique latine. À la suite du congrès, le PCI est resté isolé et en a été exclu de l’internationale par Pablo et Mandel en 1952.

Quelques mois après, la section américaine SWP, confrontée à son tour aux exigences du centre liquidateur, entra en lutte contre Pablo, malgré les hésitations de son secrétaire Dobbs et sous l’impulsion de Cannon, de même que la section britannique, le Club dirigé par Gerry Healy. Les sections les plus anciennes, les plus prolétariennes per leur composition, résistaient donc, prouvant ainsi que la 4e Internationale était bien une organisation révolutionnaire.

La direction du SWP diffusa en 1953 une Lettre ouverte aux trotskystes du monde entier pour entériner une rupture qu’elle prétendait définitive avec le révisionnisme pabliste, affirmer le caractère contre-révolutionnaire du stalinisme et la nécessité de construire des partis ouvriers révolutionnaires pour conduire la révolution socialiste dans tous les pays. Sur cette base, les sections américaine (SWP), britannique (Club), française (PCI) et suisse (MAS) constituèrent en 1953 le Comité international de la 4e Internationale (CIQI) qui fut rejoint par la section chinoise, le PCR dirigée par Peng Shu-tse et un groupe sympathisant d’Argentine, le POR dirigé par Nahuel Moreno (auquel le SI avait préféré le GSI de Posadas, reconnu comme section au congrès de 1951).

La lutte des classes mondiale illustra rapidement la faillite totale du pablisme, de son impressionnisme, de ses hypothèses et de son opportunisme. En 1952, à travers la capacité du prolétariat à diriger la lutte anti-impérialiste en Bolivie et négativement par la subordination catastrophique de la section (POR) vis-à-vis du nationalisme bourgeois. En 1953 en Allemagne, avec la capacité du prolétariat d’entamer la révolution politique et négativement par l’illusion maintenue de la « Quatrième Internationale » dans la bureaucratie de se réformer après la mort de Staline. En Pologne et en Hongrie en 1956, avec une véritable révolution prolétarienne écrasée par la bureaucratie de l’URSS.

 

Le Comité international a failli à sa tâche voici un demi-siècle

 

Face à la crise du stalinisme, les sections regroupées dans le CIQI se renforcèrent au détriment des partis staliniens en 1956, en particulier aux États-Unis (SWP) et en Grande-Bretagne (lancement sur cette base de la SLL) ; la section française (groupe La Vérité qui devint plus tard l’OCI) noua des liens avec des révolutionnaires hongrois, dont Varga, qui allaient constituer la LRSH en s’appuyant sur le CI.

Cependant, le Comité international se révéla en fait incapable de démasquer le pablisme, de supplanter le SI, de reconstruire la 4e Internationale. Malgré ses grands mérites, Cannon ne se hissa jamais à l’échelle d’un dirigeant international. Le SWP négligea rapidement le CIQI qui ne mena pas contre le SI un combat fractionnel résolu au sein de l’internationale et de ses sections. En outre, celui-ci fut affaibli par son incapacité à rejeter le « front uni anti-impérialiste » que Pablo avait fait adopter au 3e congrès. Au sein du CI, seule une minorité du SWP autour de James et de Dunayevskaya tira les leçons de la Bolivie. Son propre fonctionnement fédéral facilitait les déviations nationales qui n’eurent parfois rien à envier au pablisme lui-même.

Il semble que le MAS de Suisse dirigé par Buchbinder et Steiger ne considérait pas l’URSS comme un État ouvrier. En tout cas, il disparut dans les années suivantes et ce qui en restait rejoignit le SU en 1953.

Dans les années 1950, le Club de Grande-Bretagne dirigé par Healy pratiquait un entrisme très opportuniste, en bloc avec des réformistes de gauche, dans le Parti travailliste. Il diffusa plusieurs années un organe réformiste (Tribune).

Le POR d’Argentine dirigé par Moreno appliqua la ligne du 3e congrès pabliste (FUAI) et se considéra comme partie prenante du « front unique anti-yanqui » qu’était pour lui le péronisme. Il entra en 1953 dans une scission du PS pro-péroniste, le PSRN. À parti de 1957, le groupe argentin du CI publia un « organe du péronisme ouvrier révolutionnaire » qui se plaçait obséquieusement « sous la discipline du général Perón », se prononça pour « l’unité de tous les anti-gorilles » (généraux réactionnaires).

Le PCI dirigé par Lambert (qui avait exclu Bleibtreu en 1955 malgré la protestation du CI) s’aplatit devant le nationalisme bourgeois algérien (MNA) et s’adapta profondément à la bureaucratie syndicale de FO et de la FEN.

Le SWP dirigé par Dobbs, Cannon et Hansen se tourna, à partir de 1957, vers l’aile droite du stalinisme et d’autres courants petits-bourgeois américains (la ligne du « regroupement »). En 1961, le SWP envoya même à la veuve de Kennedy ses condoléances.

À partir de la révolution cubaine de 1959, le SWP sous la conduite de Hansen et le SLATO d’Amérique latine animé par Moreno prétendirent que Castro était marxiste, devinrent partisans de la stratégie guérillériste (foquisme), s’opposèrent à toute révolution prolétarienne (malgré la consolidation d’une bureaucratie en lien avec celle de l’URSS) et refusèrent de défendre le groupe trotskyste cubain (POR-T) face à la répression. Cette convergence avec le SI permit de constituer le Secrétariat unifié (SUQI) en 1963, d’autant plus facilement que Pablo (qui allait devenir conseiller du gouvernement bourgeois algérien du FLN) et Posadas (qui allait fonder sa propre internationale) avaient rompu avec le SI. La « 4e Internationale réunifiée » devint un appendice du castrisme et de son OLAS dans le sous-continent. En 1965, l’organisation de Moreno fusionna avec le FRIP castriste de Santucho pour former le PRT.

La section du SU au Sri Lanka, le LSSP de de Silva, Gunawardene et Perera, rejoignit le gouvernement bourgeois en 1964. La section du SU aux Etats-Unis, le SWP de Hansen, s’orienta vers le mouvement nationaliste noir, le féminisme bourgeois et le pacifisme, pratiquant un bloc avec une aile du Parti démocrate dans le mouvement anti-guerre, qu’il dirigeait.

Six ans à peine après la prétendue « réunification », effrayés par la répression de leur propre État bourgeois envers les courants prenant au sérieux la lutte armée (BPP, FLQ, PRT-ERP…), Hansen du SWP des États-Unis, Dowson de la LSA-LSO du Canada, Moreno du PRT-La Verdad d’Argentine entamèrent en 1969 une volte-face politique. Ils ouvrirent à partir de 1972 un combat fractionnel au sein du SU contre sa majorité guérillériste (Mandel, Maitan, Frank, Ali, Bensaïd…).

Contre la dégénérescence du SWP américain et contre la trahison du LSSP sri-lankais, la direction de la SLL prit au début des années 1960 la tête de la défense du CI. Healy, Banda et Slaughter réaffirmèrent la validité du programme de la 4e Internationale contre le castrisme et le front populaire. Cependant, la SLL nia en même temps la révolution sociale et que Cuba fût devenu un État ouvrier dégénéré en 1960-61, ce qui aida les révisionnistes et affaiblit le CIQI. L’OCI approuva cette analyse sectaire. Seule la SL des États-Unis, une organisation sympathisante du CI, adopta à ce moment-là une position correcte.

Dans ce qui restait du CI, la SLL rompit brutalement avec l’OCI en 1971 sous le prétexte d’une divergence sur le matérialisme dialectique, le réduisant à la couverture internationale de l’organisation britannique. La SLL-WRP collabora en sous-main avec des dirigeants travaillistes, des organisations nationalistes arabes comme le Fatah et, à partir de 1977, des dictatures bourgeoises et anti-ouvrières du Proche-Orient (en Irak, en Lybie…) qui, en retour, le finançaient. Le WRP a explosé au moment de la grande grève des mineurs de 1984-85, défaite par Thatcher avec la complicité de la direction confédérale des TUC. Le secrétaire général du WRP, Banda, découvrit que Staline avait eu raison contre Trotsky. La principale fraction de l’époque, le WRP de Slaughter, prit partie pour les cliques bourgeoises nationalistes de Croatie et de Bosnie dans les guerres réactionnaires qui déchirèrent l’ex-Yougoslavie. Le dernier acte politique de Healy fut le soutien à Gorbatchev, comme Mandel. De la fin sans gloire du WRP datent deux prétendues 4e Internationales healystes, ce qui contribue, ajoutées à celle des pablistes, des posadistes et des lambertistes, à ridiculiser le legs de Trotsky.

L’OCI dirigée par Lambert n’intervint quasiment pas en tant que telle durant la situation révolutionnaire de mai-juin 1968. Elle transforma la tactique de front unique ouvrier en un principe suprême, le substituant à la construction du parti et à l’insurrection. Fidèle au « front uni anti-impérialiste » hérité du 3e congrès, l’OCI noua des liens avec le POR de Lora bien que, en 1971 comme en 1952, il fit confiance à une aile de la bourgeoisie nationale. Avec son courant international (CORQI), l’OCI-PCI contribua dans les années 1970 et 1980 à la construction (ou la reconstruction) de la sociale-démocratie en Espagne, au Portugal, en France, en Pologne, au Brésil… En 1981, le PCI refusa de présenter un candidat à l’élection présidentielle et appela à voter pour le candidat du PS au premier tour (contre ceux du PCF, de la LCR et de LO). En 1984, pour faire un tournant vers le réformisme et liquider le PCI (la « ligne de la démocratie »), Lambert élimina du PCI le principal théoricien du parti, Stéphane Just. Lambert et Gluckstein dissolurent le PCI dans le MPPT en 1985 (devenu PT en 1991 et POI en 2008) tout en reproclamant « la 4e Internationale » en 1993. Après avoir soutenu les islamistes sanglants du FIS en Algérie, Lambert a fini sa vie comme un vulgaire social-chauvin, défenseur de la démocratie, de la République et de la nation.

La SLL-WRP et l’OCI-PCI étaient en outre calomniatrices et violentes, reproduisant les pires traits du stalinisme au nom du « trotskysme orthodoxe ».

 

Les courants apparus postérieurement à la destruction de la 4e Internationale n’ont pas réussi à surmonter les déviations et les révisions qui avaient causé sa perte

 

Les courants centristes de gauche nés des luttes internes au sein de la déviation stalinophobe et qui ont tenté de renouer avec le « trotskysme » (comme la rupture d’une partie de l’YSL et de l’ISL shachtmanistes des États-Unis en 1957 ou la scission avec les IS cliffistes de Grande-Bretagne en 1974) ont épuisé leur potentiel initial pour sombrer respectivement dans le sectarisme (WL, SL) et le centrisme (WP).

Contrairement à Hal Draper et Sy Landy, un groupe de jeunes cadres américains (Tim Wohlforth, Jim Robertson, Shane Mage…) refusa d’adhérer au SP des États-Unis comme le proposait Shachtman qui devait finit sa vie politique en soutenant la guerre menée par son impérialisme au Vietnam. Cette tendance a rejoint en 1955 le SWP. Ainsi, ces militants se sont liés au Comité international de la 4e Internationale et y ont puisé la force de s’opposer à la direction historique du SWP quand elle s’est alignée sur le M16J castriste et a renié le noyau trotskyste cubain (POR-T). Wohlforth a défini, à chaud, une position correcte sur Cuba qu’il a abandonnée ultérieurement sous la pression de Healy.

Dans le cadre du CI, l’ACFI-WL de Wohlforth puis David North a accepté les pires errements de Healy durant un quart de siècle. Depuis l’éclatement de la SLL et du CI de Healy, sous la houlette de North, la WL-SEP des États-Unis et son courant international WSWS (qui prétend abusivement être la 4e Internationale) ont nié toute nature ouvrière aux syndicats et aux partis réformistes, rejeté tout front unique ouvrier, mis en cause les droits des minorités nationales comme dépassés par la mondialisation, etc.

La Spartacist League de Robertson a été expulsée scandaleusement du CI en 1966 par Healy avec la complicité de Lambert. Elle s’est un temps rapprochée de VO de France (ce qu’elle a payé d’une scission : Spark), puis elle a lancé son propre courant international IST-LCI (au détriment surtout des forces du SU). La SL ne peut prétendre incarner la continuité de la 4e Internationale qu’elle a réduite en plus, abusivement, à sa section américaine. En effet, la SL ne vient pas d’un secteur significatif du SWP et, quelque soient les mérites de Robertson, il n’avait été membre du parti de Cannon que quelques années (moins longtemps que dans l’organisation de Shachtman) et il n’y avait occupé qu’une place mineure.

Pour prendre une apparence radicale dans « l’extrême-gauche », leur principal milieu d’intervention dès les années 1970, les groupes « spartacistes » ont systématiquement refusé de voter pour les partis ouvriers traditionnels (une tactique souvent préconisée par Lénine et Trotsky, en particulier quand les communistes ne pouvaient pas présenter leurs propres candidats), obscurcissant la frontière entre abstentionnisme électoral gauchiste et bolchevisme, ainsi que celle entre front populaire et front unique ouvrier. La SL et la LCI ont abandonné en fait le travail syndical et ont rejeté en pratique le front unique ouvrier. Dans la même veine sectaire, contre toute l’expérience du mouvement ouvrier (et malgré les conseils –non suivis– de Trotsky à Cannon en 1939), la LCI vient de découvrir qu’il était interdit de présenter des candidats communistes aux élections à des postes exécutifs.

Surtout, la SL et la LCI ont remis à la bureaucratie stalinienne le soin de défendre les États ouvriers (Pologne, RDA, Russie, Chine…) et d’accomplir la révolution (Afghanistan). Ainsi, elles ont constitué un pablisme de la seconde génération, à la différence que Pablo et Mandel cédèrent au stalinisme à son apogée, tandis que Robertson et Norden capitulèrent devant le stalinisme en agonie. Comme la LC-LCR de France, la SL a parfois manifesté avec des drapeaux des staliniens vietnamiens. Robertson a tenté en 1989 de rencontrer personnellement les bureaucrates de RDA héritiers de la contre-révolution de 1953. La LCI a appelé la bureaucratie du Kremlin à écraser la lutte des ouvriers polonais en 1981. La SL a rendu hommage à Andropov, alors qu’il s’agissait du boucher de la révolution ouvrière de 1956 en Hongrie. Affolée par la disparition de son substitut au prolétariat, la SL s’obstine à voir dans la Chine capitaliste un État ouvrier (comme LO s’est entêtée, au moins jusqu’en 2008, à analyser la Russie comme un État ouvrier).

Empêtrée dans ses oscillations entre gauchisme et philo-stalinisme, sans parler de concessions récurrentes de la SL à son impérialisme, la LCI a subi une série de scissions, ce qui a contribué à appauvrir sa vie interne (et à conforter les tendances paranoïaques qu’elle partage avec les dégénérescences healystes et lambertistes) : à la fin des années 1970 et au début des années 1980, l’ET-BT-IBT ; à la fin des années 1990, la LFI…

Une génération après la SL et de l’autre côté de l’Atlantique est né le groupe Workers Power, en rupture avec le centrisme de droite. Combattant à juste titre les trahisons du cliffisme sur l’Irlande en 1972, un groupe de jeunes cadres des IS de Grande-Bretagne (Hughes, Stocking…) a adopté, quelques années après son expulsion en 1974, la conception trotskyste de l’État ouvrier dégénéré. WP de Grande-Bretagne a entrepris de construire un courant international sous les noms successifs de MICR, LICR et L5I. Pour justifier la création d’un nouveau courant international, WP a prétendu, comme son organisation d’origine IS-SWP, que la 4e Internationale fondée par Trotsky avait sombré sans aucune résistance prolétarienne, ni lutte interne significative (ce qui est faux et qui aurait signifié que sa fondation était erronée), a soutenu que le CI était l’équivalent politique du SI (ce qui ne résiste pas à l’analyse des textes et des actions des protagonistes).

Le MICR-LICR a annoncé, sans modestie, qu’il fallait mettre à jour le programme du trotskysme après 50 ans de stérilité. Cependant, le résultat (Le Manifeste trotskyste, 1989) fut très décevant. Dans ce document éclectique, on relève pêle-mêle : « l’arrivée au pouvoir d’idéologies », l’explication de la baisse du taux de profit par le sous-investissement, la croyance en une « stratégie antiétatique » de la bourgeoisie des centres impérialistes dans les années 1980, la « conscience réformiste des masses » (les syndicats « reflétant » ce réformisme des masses),« l’ultra-patriotisme » qui sert à gagner « une base de masse » dans la classe ouvrière, la persistance à l’époque de l’impérialisme de « mouvements révolutionnaires nationaux » sous direction de la bourgeoisie, la justification du « front uni anti-impérialiste » avec de telles bourgeoisies, l’existence de « gouvernements ouvriers bourgeois », etc.

Dans sa pratique, WP et son courant international ne se sont pas extirpés du centrisme, imitant largement l’orientation l’opportuniste du SWP de Grande-Bretagne dont ils sont, en fait, restés l’aile gauche. Ils ont caractérisé les gouvernements des partis réformistes et, pire encore, les gouvernements de front populaire comme des « gouvernements ouvriers bourgeois » qui pouvaient agir pour la classe ouvrière (aux antipodes de l’attitude du Parti bolchevik face au « gouvernement provisoire » en 1917 et de la 4e Internationale face aux fronts populaires à partir de 1935). Ils ont soutenu politiquement le nationalisme albanais au Kosovo (KLA) et ont refusé de condamner l’intervention impérialiste de l’OTAN (incluant leur propre impérialisme) en 1995 contre la Serbie.

À partir de 1999, comme le SU pabliste et la TSI cliffiste, WP a présenté « l’altermondialisme » et les « Forums Sociaux », ce bloc d’organisations chrétiennes, de partis écologistes, de la bureaucratie cubaine, de bureaucraties syndicales, etc. comme un « mouvement anticapitaliste ». En 2002, WP a signé avec la LCR de France, le SWP de Grande-Bretagne et le PRC d’Italie un appel aux gouvernements impérialistes d’Europe pour qu’ils empêchent la guerre de Bush en Irak. Comme le SU et la TSI, WP et la L5I se sont donnés comme objectif de construire des partis non révolutionnaires (dits « anticapitalistes » sur le modèle du NPA néo-réformiste de France). La section autrichienne manifeste un opportunisme envers l’islamisme analogue au SWP de Grande-Bretagne.

Les zigzags opportunistes et la recherche forcenée de raccourcis par l’activisme dans le mouvement altermondialiste ont abouti en 1995 à l’exclusion des sections de Nouvelle-Zélande et d’Amérique latine (qui condamnaient l’intervention impérialiste en Serbie), à la disparition en 2002 de la section française (qui était la deuxième par l’effectif) au profit de LO et de la LCR, puis en 2006 à une importante scission (PR) dans la section britannique qui a concerné aussi d’autres sections.

 

Le drapeau de feue la 4e Internationale est discrédité, déchiré et souillé depuis plusieurs décennies

 

Toutes les organisations du SU et, plus largement, tous les courants issus du pablisme (ceux de Posadas, Pablo, Mandel, Grant, Lora, Moreno, Barnes…) soutinrent des fronts populaires, adoptèrent le nationalisme petit-bourgeois ou bourgeois, le pacifisme petit-bourgeois ou bourgeois, le féminisme petit-bourgeois ou bourgeois, etc.

En 1979, le SU pactisa avec le gouvernement de coalition avec la bourgeoisie mis en place par le FSLN (et expulsa ses minorités qui s’y opposèrent, dont la FB dirigée par Moreno qui regroupait la plus grande partie des militants d’Amérique latine). Le SU s’est évidemment aligné sur le colonel Chavez au Venezuela, même s’il s’est fait doubler comme conseiller du Bonaparte par la TMI de Grant et Woods. Au Liban, le SU a capitulé devant le Hezbollah islamiste.

La « 4e Internationale » a soutenu plusieurs fois l’ONU, ses principales sections passèrent la frontière de classe à plus d’une occasion : la LCR appela à voter pour le principal candidat présidentiel de la bourgeoisie en France en 2002, DS participa directement à un gouvernement bourgeois au Brésil en 2003, SC vota la confiance à un gouvernement bourgeois en Italie en 2006…

Avec le reflux de la vague révolutionnaire mondiale des années 1960-1970, certains dirigeants pablistes se permirent d’attaquer ouvertement la révolution permanente, comme le dirigeant du SWP, qui fut la principale section de la 4e Internationale à sa fondation (Barnes, Leur Trotsky et le nôtre, 1982) et le dirigeant du MAS d’Argentine, qui était alors la plus grande organisation à se réclamer du trotskysme dans le monde (Moreno, Critique des Thèses de la révolution permanente de Trotsky, 1984). Certaines sections rejetèrent même toute référence au trotskysme : au début des années 1980, le SWP des États-Unis et le SWP-DSP d’Australie, à la fin des années 2009, la LCR-NPA de France…

Le salut de la 4e Internationale ne pouvait pas provenir des courants qui, tout en se réclamant du « trotskysme », puisent leur origine dans une rupture avec la 4e Internationale, comme celle en 1938 de l’UC de France, sans divergence politique affichée, dirigée par Barta et moins encore celle, révisionniste, en 1949 du SRG de Grande-Bretagne dirigé par Cliff…

VO-LO de France, dirigée par Barcia, s’est profondément adaptée au PCF (le pire ennemi de la révolution au sein du mouvement ouvrier français), a défendu l’existence d’Israël, s’est intégré progressivement aux bureaucraties syndicales héritières du stalinisme, a demandé à plusieurs reprises le renforcement de la police, a participé en 2009 à des coalitions électorales avec des partis bourgeois… Barcia a purgé périodiquement les cadres de LO qui prenaient au sérieux la perspective de construire un parti révolutionnaire, contre le PCF.

Né du refus de défendre la Chine lors de la guerre de Corée, le RSG-IS-SWP de Grande-Bretagne dirigé par Cliff et Callinicos a soutenu l’intervention de l’armée britannique en Irlande, s’est intégré aux bureaucraties syndicales, a pratiqué le pacifisme durant la guerre contre l’Irak, a capitulé devant l’islamisme, a mis sur pied une coalition de type front populaire (Respect)… Les groupes affiliés à la TSI, comme ceux de la TMI et du SU d’origine pabliste, se sont plus d’une fois investis dans des partis qui n’étaient pas issus de la classe ouvrière.

Seul l’effondrement de la 4e Internationale et l’échec de sa reconstruction ont pu conférer à ce type de centrisme un succès national et un écho international. La marche des événements révélera impitoyablement les contradictions entre leur référence verbale à la révolution et leur pratique quasi-réformiste, surtout si les bolcheviks-léninistes se regroupent à l’échelle internationale et les démasquent, ainsi que tous les courants centristes, et gagnent leurs meilleurs éléments.

Sur le papier, il y a cinq organisations qui se dénomment « 4e Internationale », plus une dizaine de courants qui comportent cette appellation dans leur intitulé. En réalité, plus de 60 ans après son éclatement, la destruction de la 4e Internationale est totale, irréversible et définitive. Il n’y a plus de centre mondial bolchevik-léniniste depuis 60 ans et il n’y a plus depuis longtemps de section de la 4e Internationale qui soit restée sur le terrain de son programme. Dans ces conditions, se réclamer de la 4e Internationale est dans le meilleur des cas idéaliste, sentimental, illusoire et irresponsable ; le plus souvent, cela témoigne du rattachement persistant au centrisme et à l’opportunisme pratiqué depuis plus d’un demi-siècle au nom du trotskysme et de la 4e Internationale.

Par conséquent, l’internationale ouvrière révolutionnaire à venir ne saurait être la 4e Internationale, pas plus que la 2e Internationale ou la 3e. Pour la construire, il faut déclarer une guerre sans merci à la sociale-démocratie et au travaillisme, aux débris du stalinisme (incluant le maoïsme et le castrisme), à l’anarchisme, au nationalisme clérical ou laïque dont l’autorité procède de la faillite de la 4e Internationale et aussi des destructeurs de celle-ci et de leurs héritiers. Les partisans de la nouvelle internationale communiste ne constituent pas un courant, une tendance, une fraction d’un prétendu « mouvement trotskyste ». Leur but n’est pas de réorganiser, redresser, reconstruire, reforger, recréer, régénérer… une organisation morte depuis un demi-siècle comme organisation révolutionnaire, mais de construire la nouvelle internationale ouvrière révolutionnaire, le parti communiste international.

 

Pour l’internationale ouvrière révolutionnaire basée sur le programme du communisme

 

Les conséquences désastreuses de la destruction de la 4e Internationale sur la lutte des classes mondiale

 

La destruction de la 4e Internationale au moment où son heure sonnait (en particulier grâce à la crise de la bureaucratie de l’URSS et aux possibilités de révolution politique et aussi grâce à l’implantation ouvrière en Bolivie ou au Sri Lanka), l’incapacité du CIQI à la reconstruire, l’échec de la vague révolutionnaire mondiale des années 1960-1970 qui en découla, la contre-offensive de la bourgeoisie mondiale et au premier chef de la bourgeoisie étasunienne, la restauration du capitalisme dans les États ouvriers dégénérés par les bureaucraties étatiques qui n’avaient pas été renversées par leur classe ouvrière (Europe centrale à partir de 1989, Russie à partir de 1991, Chine à partir de 1992) ont créé un désarroi inédit dans la classe ouvrière, ont déplacé le centre de gravité du mouvement ouvrier vers la droite.

Dans ces circonstances politiques, l’internationalisation du capital a été une arme contre les acquis antérieurs des travailleurs. Depuis les années 1980, les partis travaillistes, sociaux-démocrates et ex-staliniens au gouvernement (seuls ou en coalition avec des partis bourgeois), ont généralement participé à la destruction des anciennes conquêtes sociales. Les bureaucraties syndicales se sont associées très souvent aux plans patronaux et gouvernementaux. La plupart des anciens partis staliniens et la plupart des centristes ont renié la dictature du prolétariat, la plupart des partis ouvriers de masse ont abandonné toute référence au socialisme. Les organisations « trotskystes » les plus importantes tentent de se substituer aux anciens partis réformistes en discrédit, sur un programme réformiste ; d’autres tendent à se réduire à des sectes démoralisées.

La faillite des trois précédentes internationales ouvrières comme la collaboration de classe des bureaucraties syndicales prouvent que la lutte des classes est bien une lutte entre les classes, que la classe bourgeoise ne reste pas passive, qu’elle combat activement, non seulement par la menace et la répression, mais aussi par la l’intégration et la corruption des organisations dont la classe ouvrière se dote.

Mais le capitalisme a fait son temps et la classe ouvrière mondiale ne cesse jamais le combat. Aucune idéologie, aucun appareil d’État, aucune bureaucratie ouvrière ne saura empêcher le conflit entre les deux classes fondamentales de la société contemporaine, la bourgeoisie mondiale et le prolétariat mondial. La tâche des  communistes du 21e siècle est de résoudre la crise de direction révolutionnaire du prolétariat, à bâtir le parti dont la classe ouvrière a besoin pour vaincre une classe exploiteuse et dominante qui ne laissera pas la place pacifiquement parce que son rôle historique est achevé. Au contraire, elle a accumulé une grande expérience et sait faire preuve tantôt de la plus grande cruauté à l’égard des masses, tantôt de la plus grande ruse.

De son côté, le prolétariat ne repartira pas de zéro. Son expérience cumulée s’exprime sous la forme du programme communiste qui ne peut être appliqué sans organisation marxiste pour l’incarner et l’enrichir. Dans un premier temps, se construction souffrira de ne pouvoir s’appuyer sur l’exemple d’une révolution prolétarienne victorieuse comme en 1917 et de l’absence de l’autorité politique d’un Lénine ou d’un Trotsky. Qu’une tâche soit difficile ne la rend pas moins nécessaire. Les contradictions du capitalisme s’avivent, une nouvelle génération de prolétaires apparaît sur laquelle ne pèse pas le poids des trahisons et des défaites. Il faut lui fournir une théorie, une stratégie, une organisation pour mener la lutte de classe jusqu’au bout.

 

La nouvelle internationale partira de l’expérience et des documents programmatiques de la Ligue des communistes, de l’Internationale communiste, de la 4e Internationale

 

L’AIT et l’IO ont joué un grand rôle dans l’organisation et l’internationalisme de la classe ouvrière. Sous des formes différentes et à une échelle grandissante, elles étaient des cadres d’unité de tous les courants du mouvement ouvrier (1e Internationale) et de tous les courants en dehors de l’anarchisme (2e Internationale), à une époque où le capitalisme était encore relativement progressiste. Par conséquent, elles furent un terrain de lutte fructueux de la fraction communiste. Le revers était que leur programme a souvent revêtu un caractère incomplet. Par exemple, la 2e Internationale acceptait dans ses rangs le PSR de Russie ou le PSP de Pologne. Elle comprenait des partisans avoués de la colonisation et de la participation au gouvernement bourgeois. Elle ne s’est jamais réclamée de la dictature du prolétariat.

Que les précédentes organisations internationales ouvertement communistes aient disparu ne signifie pas que leur programme soit mort. La nouvelle internationale reprendra le fil rouge de la Ligue des communistes, de son 2e congrès à sa dissolution (1847-1852), de la tentative de la Société universelle des communistes (1850) ; de la « Gauche de Zimmerwald » (1915-1919), de l’Internationale communiste de son 1er à son 4e congrès (1919-1922) ; de « l’Opposition de gauche internationale » (1930-1933) et de la 4e Internationale, de la « déclaration des quatre » jusqu’à sa « conférence extraordinaire » (1933-1940).

Les principes essentiels du Manifeste du parti communiste (1847) et de l’Adresse du CC à la Ligue des communistes (1850) restent valables :

·         Le capitalisme n’est qu’un type historique des sociétés humaines.

·         Les sociétés humaines sont depuis longtemps divisées en classes et la lutte entre les classes sociales est déterminante.

·         La société capitaliste a pour classes sociales fondamentales le prolétariat et la bourgeoisie.

·         Le rôle historique du mode de production capitaliste est de développer les forces productives de l’humanité, de bouleverser les anciennes relations d’oppression, de relier toute l’humanité, de créer l’agent social capable de le dépasser, la classe ouvrière.

·         Le capitalisme est inséparable des crises économiques.

·         La classe ouvrière doit se doter de son propre programme et de son propre parti, elle ne peut faire aucune confiance aux partis bourgeois ni aux partis petits-bourgeois, elle doit s’armer.

·         La classe ouvrière doit poursuivre la révolution jusqu’à ce que toutes les classes possédantes soient chassées (« révolution en permanence »), elle doit conquérir le pouvoir politique dans les principaux pays.

·         La classe ouvrière n’a pas de patrie

Les précisions essentielles des Manifestes, thèses et résolutions des quatre congrès de l’IC tenus du vivant de Lénine (1919, 1920, 1921, 1922) restent valables :

·         Le capitalisme est entré dans sa phase de déclin, l’impérialisme, ce qui met à l’ordre du jour la révolution socialiste.

·         L’impérialisme se distingue du capitalisme ascendant par la concentration-centralisation du capital (« monopoles »), la tendance à la fusion du capital productif et bancaire (sous forme de « capital financier »), le partage du monde entier par les grandes puissances, la tendance au parasitisme et à la putréfaction.

·         Le repartage du monde entraîne des guerres entre ces grandes puissances.

·         L’ennemi principal étant dans son propre pays, le prolétariat doit utiliser le conflit militaire pour prendre le pouvoir, détruire l’État bourgeois par une insurrection, instaurer la dictature du prolétariat.

·         L’État bourgeois le plus démocratique camoufle la dictature de la bourgeoisie.

·         La dictature du prolétariat repose sur des conseils (« soviets ») qui réalisent la démocratie pour les masses.

·         La 2e Internationale et presque tous ses partis ont trahi la classe ouvrière en participant à la guerre inter-impérialiste de 1914 (« social-patriotisme », « social-chauvinisme »).

·         Leur base sociale est la couche privilégiée de la classe ouvrière des puissances impérialistes (« aristocratie ouvrière ») et la transformation par la corruption des appareils des grandes organisations ouvrières en agents de la bourgeoisie (« bureaucratie ouvrière »).

·         Il est nécessaire de créer une nouvelle internationale et de nouveaux partis (« communistes ») délimités des traîtres réformistes mais aussi des pacifistes et de ceux qui refusent de choisir entre réformisme et révolution (« centristes »).

·         Ces partis doivent unifier tous les communistes de leur pays et être disciplinés (centralisme de l’IC et de chaque section).

·         Ils doivent être prêts à passer à la clandestinité

·         Ils doivent allier la classe ouvrière avec les autres couches exploitées, reconnaître les droits des minorités nationales et des peuples opprimés (en particulier des colonies).

·         L’impérialisme ne rend pas caduques les revendications démocratiques comme la question de la terre ou du droit des peuples opprimés, même si les ouvriers communistes ont des buts opposés à ceux des petits-bourgeois nationalistes. Au contraire, le droit de se séparer pour les peuples coloniaux et les minorités nationales est une arme révolutionnaire contre la bourgeoisie, un moyen d’unir les travailleurs et d’éviter au maximum les séparations effectives.

·         Ils doivent participer aux élections dans la phase préparatoire de la révolution, travailler dans les organisations de masse de la classe ouvrière (en particulier les syndicats), proposer l’unité de combat contre la bourgeoisie aux autres partis de la classe ouvrière (« front unique ouvrier »), travailler au sein du contingent dans les armées de conscription.

·         La jeunesse est la principale victime des crises et des guerres, elle est la première dans la lutte contre la bourgeoisie (et ses agents au sein de la classe ouvrière), elle a droit à sa propre organisation, aux côtés du parti communiste, pour faire sa propre expérience et s’éduquer.

Les compléments apportés par les conférences de l’Opposition de gauche internationale (1930, 1933) et par les trois premières conférences de la 4e Internationale tenues du vivant de Trotsky (1936, 1938, 1940) restent valables :

·         À l’époque de l’impérialisme, la lutte des classes mondiale domine plus que jamais les luttes de classes locales. C’est pourquoi d’une part la bourgeoisie des pays dominés ne joue plus de rôle révolutionnaire que cette classe a pu jouer dans la phase ascendante du capitalisme et d’autre part, le socialisme est impossible dans les limites d’un seul pays.

·         La stratégie de l’époque impérialiste est celle de la révolution permanente : partout dans le monde, le prolétariat doit se porter à la tête des masses opprimées et exploitées en toute indépendance de la bourgeoisie, prendre le pouvoir, étendre la révolution.

·         L’URSS restait un État ouvrier, malgré sa dégénérescence, qu’il fallait défendre contre l’impérialisme et contre la bureaucratie par la révolution politique.

·         L’internationalisme impose de s’opposer à la 2e guerre inter-impérialiste (la défense de l’URSS ou la guerre d’un pays dominé contre un pays impérialiste sont pour autant justifiées), dans les pays impérialistes, il impose de se prononcer pour l’émancipation des colonies, mais la tâche internationale principale est le renversement de sa propre bourgeoisie.

·         Le problème essentiel de la révolution mondiale vient de la direction de la classe ouvrière.

·         L’Internationale communiste et ses partis étant définitivement passés du côté de l’ordre bourgeois, les partis staliniens sont devenus les étoiles jumelles des partis sociaux-démocrates.

·         Le fascisme ne peut être vaincu que par le front unique ouvrier, la mobilisation révolutionnaire des masses, leur armement.

·         Le « front uni à la base » et le « front populaire » (c’est-à-dire la vieille alliance des partis ouvriers avec les partis bourgeois), divisent les rangs des exploités, entravent la formation de leurs organes de lutte et fraient la voie au fascisme.

·         Au bloc avec la bourgeoisie, s’opposent l’unité honnête des travailleurs, la rupture avec la bourgeoisie, les comités ouvriers et la milice ouvrière, le gouvernement ouvrier et paysan, l’expropriation de la bourgeoisie.

·         Les revendications démocratiques restent valables. Elles n’ont de sens, comme la participation aux élections,  la grève générale et les revendications transitoires, que vers la prise du pouvoir par la classe ouvrière et ses alliés.

·         Les mots d’ordre du type États-Unis socialistes d’Europe, États-Unis socialistes d’Amérique latine permettent de répondre à l’aspiration répandue à surmonter l’archaïsme des frontières, par la révolution dans la perspective de la république universelle des soviets.

·         Pour construire le parti révolutionnaire, il est admissible pour un groupe ou une organisation bolchevik-léniniste d’entrer dans les partis ouvriers qui évoluent de manière centriste ou qui contiennent des ailes ouvrières qui se radicalisent, pour y défendre le programme communiste et la nécessité d’une nouvelle internationale.

·         Aucun appareil ne vaut mieux qu’un autre. Il faut affronter toutes les vieilles directions (la sociale-démocratie, le stalinisme, l’anarchisme et la bureaucratie syndicale), pour édifier une internationale clairement révolutionnaire, aux antipodes des pratiques du centrisme et des partisans d’un « Nouveau Zimmerwald ».

Cela ne signifie pas que les noyaux communistes actuels reprennent à la lettre toutes les décisions de la LdC, de l’IC, de la QI (dont certaines se sont révélées fausses, parfois de l’avis même de leurs auteurs, ou sont désormais dépassées), ni ne prétendent disposer d’un programme complet et achevé.

 

Les précisions à apporter au programme depuis la 2e Guerre mondiale

 

Les documents programmatiques des précédentes organisations communistes internationales ne pouvaient être exhaustifs et définitifs. Par exemple, aussitôt après son adoption Trotsky a expliqué que le programme de 1938 (L’Agonie du capitalisme et les tâches de la 4e internationale) était incomplet. Soixante dix ans après l’adoption de La Guerre et la révolution prolétarienne mondiale, parmi les thèmes à rectifier ou à approfondir, figurent les suivants :

·         La vague révolutionnaire que la 4e Internationale avait prévue s’est bien produite à partir de 1943, mais elle a été contenue par l’impérialisme américain, vainqueur de ses rivaux allemand et japonais, en accord avec la bureaucratie soviétique, avec l’aide d’un côté des états-majors, de la police, des anciens fascistes, de leurs collaborateurs, du grand banditisme, de l’autre des partis sociaux-démocrates, des partis staliniens et des bureaucraties syndicales.

·         L’hégémonie de la bourgeoisie étasunienne était alors totale sur ses rivaux. Les bourgeoisies européennes et japonaise ont dû faire des concessions importantes à leur classe ouvrière pour rétablir leur hégémonie politique et les conditions de la reprise de l’accumulation du capital. L’URSS a été préservée par la vague révolutionnaire, mais la bureaucratie a pu y garder le pouvoir grâce à l’écrasement du prolétariat allemand, à l’échec des révolutions italienne, grecque, française.

·         La destruction du capital à grande échelle, les défaites de la classe ouvrière, la création d’un système monétaire international et la reprise des échanges internationaux sous l’égide des États-Unis, l’exportation massive de capital américain, la production de masse inaugurée dès l’avant guerre aux États-Unis, généralisée en Grande-Bretagne, au Japon, en Allemagne et eux États-Unis pour l’économie de guerre, ont permis une nouvelle phase d’accumulation du capital (qui incluait un certain développement des forces productives), malgré le rétrécissement géographique du capitalisme. Avec le recul, certaines affirmations de la 4e Internationale se sont avéré exagérées car elles relevaient plus de la conjoncture des années 1930 que de celle de l’après-guerre.

·         Devant la croissance économique retrouvée, les sociaux-démocrates ont adhéré au « keynésianisme » et les staliniens ont prétendu que le capitalisme savait désormais surmonter ses contradictions grâce au « capitalisme monopoliste d’État ». Les révisionnistes leur ont emboîté le pas, avec « le néo-capitalisme » de Mandel ou « l’économie permanente d’armements » de Kidron. Dans le cadre du CI, des militants comme Bloch, Just, Mage, Kemp, Pilling, etc. ont maintenu que les crises restaient fatales. Après deux nouvelles crises économiques mondiales, la tâche est d’analyser les récentes transformations du capitalisme, de réfuter les mythes jumeaux de la mondialisation pacifique de l’économie capitaliste ou de la guérison du capitalisme par l’abandon du prétendu « libéralisme » et le retour à une « régulation » par l’État bourgeois et la mise au pas de la « finance ».

·         Les États-Unis sont remis en selle leurs anciens rivaux par peur de la révolution. Inévitablement, les États-Unis ont tenté, après avoir vaincu leurs rivaux impérialistes d’Allemagne et du Japon, de liquider l’URSS et d’y rétablir le capitalisme, mais la classe ouvrière américaine était rétive et la bureaucratie du Kremlin a réagi en expropriant le capital dans les « pays du glacis » que son armée avait occupés pour se protéger de la menace impérialiste, tout en y réprimant toute tentative de révolution prolétarienne.

·         Les empires coloniaux se sont effondrés. L’indépendance politique, sauf quand elle a été accompagnée de l’expropriation du capital, n’a pas mis fin à l’oppression nationale, la domination était désormais partagée par d’autres impérialismes que l’ancienne métropole. La marge de manœuvre des bourgeoisies nationales des pays dominés et de leurs bonapartes était augmentée par l’existence de l’URSS et, dans une moindre mesure de la Chine et de Cuba. C’est la grande époque du nationalisme plus ou moins laïque, parfois teinté d’un vague discours « socialiste » qui souleva tant d’enthousiasme chez certains sociaux-démocrates, tous les staliniens et de nombreux centristes (dont les pablistes).

·         Un chef d’État issu de l’armée qui parle de socialisme, c’était devenu rare. Au Venezuela, le colonel Chavez est un des rares équivalents contemporain des Nasser, Peron, Nkrumah, Ben Bella, de cette époque. Sa « révolution bolivarienne » et sa « cinquième internationale » ressuscitent les mêmes illusions chez les petits-bourgeois « progressistes », dont les pablistes de la TMI et du SU. La marge de manœuvre de la fraction de la bourgeoisie vénézuélienne qu’incarne Chavez à l’égard de la domination yankee provient du soutien que lui ont manifesté les masses contre les coups d’État fomentés par l’impérialisme américain avec l’aide de secteurs importants de la bourgeoisie locale, des difficultés de l’impérialisme étasunien en Irak et en Afghanistan, des ressources pétrolières du pays, de la proximité de Cuba et des crises politiques chroniques en Amérique latine (Bolivie, Argentine, Mexique, etc.). Si les communistes sont aux côtés de Chavez quand l’impérialisme étasunien et l’aile pro-impérialiste de la bourgeoisie tentent de le chasser, ils mettent en avant les revendications des masses, la nécessité de garder le syndicalisme indépendant de l’État bourgeois, de constituer leurs propres comités, leur propres milices (les assassinats de militants ouvriers sont monnaie courante), de se préparer à prendre le pouvoir et à exproprier la bourgeoisie nationale et étrangère.

·         La reprise de l’internationalisation du capitalisme, un temps interrompue par la crise de 1929 et la Deuxième guerre mondiale, ne supprime en aucun cas les questions nationales, bien au contraire. La précédente vague révolutionnaire s’était alimentée de questions nationales (la révolution vietnamienne, la lutte des Noirs aux États-Unis, la lutte des Palestiniens, la lutte des Noirs en Afrique du Sud, la révolution politique en Tchécoslovaquie et en Pologne, la lutte des Irlandais…). L’oppression nationale était pourtant niée tant les partis réformistes pro-impérialistes que les gauchistes et sectaires (RI, etc.), tandis que les centristes s’alignaient, quant à eux, sur les directions nationalistes incapables de combattre conséquemment contre le capitalisme et donc l’impérialisme. La poursuite de l’internationalisation des forces productives signifie que tout patriotisme, toute défense de la « nation » est plus réactionnaire que jamais dans les pays impérialistes. Mais aussi que la perspective nationaliste, dans les cas d’oppression nationale, est plus utopique que jamais puisqu’aucune véritable indépendance ne peut être obtenue sans révolution sociale dirigée par la classe ouvrière (qui ouvre elle-même la voie à la suppression des frontières et non à leur multiplication). Les limites archaïques des États nationaux imposent aux différentes bourgeoisies des formes de collaboration (FMI, Union Européenne, G20…). La tendance à l’internationalisation, que le capitalisme ne peut assumer jusqu’au bout, ne signifie en aucun cas la fin de l’oppression de telle ou telle minorité nationale au sein des États bourgeois et encore moins la fin de l’oppression de la majeure partie des pays du monde par les puissances impérialistes. L’ALENA est dominée par les États-Unis, l’UE par la France et surtout l’Allemagne, le FMI et l’OMC par les pays impérialistes. ont Plus que jamais, la défense des travailleurs immigrés, des réfugiés du mouvement ouvrier et de ceux des nations opprimées, la défense des droits des minorités religieuses et des minorités nationales, la défense des pays dominés menacés par les pays dominants, sont à l’ordre du jour.

·         Jusqu’à la Deuxième guerre mondiale, la persécution des Juifs en Europe et en Amérique a nourri un nationalisme bourgeois juif qui restait minoritaire. La revendication d’un État juif au Proche-Orient a rencontré un grand écho après l’extermination des Juifs d’Europe entreprise par le 3e Reich (et le caractère antisémite grandissant du régime stalinien au début des années 1950). La bourgeoisie sioniste a conquis alors une grande partie de la Palestine par la violence, transformant une partie du peuple juif en peuple oppresseur et créant un État (Israël) lié à l’impérialisme américain. La 4e Internationale a répondu correctement à cette agression, tout en condamnant le nationalisme réactionnaire des cléricaux arabes. La colonisation sioniste et l’oppression des Arabes par Israël ont engendré une nouvelle question nationale, la question palestinienne. L’État sioniste doit être détruit, une Palestine démocratique, laïque, multiethnique doit être édifiée sur son territoire et celui de la Jordanie de la monarchie hachémite et des « Territoires » de Cisjordanie et de Gaza aux mains des bourgeois palestiniens de l’OLP ou du Hamas. Ce ne pourra être qu’un État ouvrier, issu de la mobilisation révolutionnaire des travailleurs arabes et juifs, au premier chef contre l’impérialisme et la bourgeoisie juive, mais aussi contre la bourgeoisie palestinienne (qu’elle soit laïque ou cléricale) et les bourgeoisies arabes voisines. La Palestine socialiste ne sera viable que dans le cadre d’une fédération socialiste d’Asie de l’Ouest.

·         Non sans tâtonnements, la 4e Internationale, puis des organisations du Comité international de la 4e Internationale, ont su analyser les transformations des pays d’Europe de l’Est, de la Yougoslavie, de la Chine et de Cuba qui ont abouti à des États ouvriers aux mains d’une bureaucratie. Leur naissance est incompréhensible sans la prise en compte des résultats antérieurs de la lutte des classes, à savoir la révolution russe de 1917, la contre-révolution stalinienne de 1924-1936 (et la transformation concomitante de l’IC en instrument de la contre-révolution mondiale), la survie provisoire de l’URSS grâce à la mobilisation des masses soviétiques en 1941 face à l’invasion nazie et à la poussée révolutionnaire mondiale de 1943-1947.

·         Les nouvelles bureaucraties étatiques ont toutes calqué leur domination sur l’URSS dégénérée. Toutes les bureaucraties étaient privilégiées par leur mainmise sur l’État qui échappait au contrôle des travailleurs. Dans tous ces États, incluant la Chine, la Yougoslavie, Cuba, le Vietnam, le Cambodge où la direction petite-bourgeoisie jouissait au départ d’une véritable popularité, la construction d’un parti marxiste était nécessaire pour le pouvoir ouvrier, pour la révolution politique, seul moyen de préserver les bases collectives du futur socialisme. En Europe de l’est, s’y ajoutait une dimension d’oppression nationale puisque les bureaucraties locales étaient plus ou moins imposées à partir de l’intervention de l’URSS. Le socialisme dans un seul pays s’est révélé impossible, comme l’avait soutenu l’Opposition de gauche du Parti communiste russe et de la 3e Internationale. Le diagnostic de la 4e Internationale s’est entièrement vérifié : soit la bureaucratie était renversée et la transition au mode de production socialiste s’ouvrait, soit la bureaucratie restaurait le capitalisme.

·         En effet, les bureaucraties étatiques ont toutes fini par pactiser avec l’impérialisme, utilisant dès lors leur influence et les courants du mouvement ouvrier qu’elles contrôlaient contre les révolutions prolétariennes et paysannes, tant dans les pays dominés que dans les centres impérialistes. À l’intérieur, elles ont écrasé toutes les tentatives des travailleurs de prendre le contrôle de la société, ce qui aurait mis fin à leurs privilèges, en particulier en Allemagne en 1953, en Hongrie en 1956, en Chine en 1957, en Chine en 1967, en Tchécoslovaquie en 1968, en Pologne en 1971, en Pologne en 1981, en Chine en 1989… alors que la révolution politique était privée de direction par la destruction de la 4e Internationale. Leur haine du prolétariat s’est manifestée de manière particulièrement abominable au Cambodge, où le premier acte des staliniens victorieux a été de vider les villes, avant d’exterminer les travailleurs qualifiés et les cambodgiens d’origine chinoise. Si, en général, les castes au pouvoir ont développé au contraire l’industrie, elles ont parasité l’économie collectivisée, entravé le développement des forces productives après les succès initiaux de la planification qui échappait aux producteurs. La pénurie et le despotisme des bureaucraties, dans certains cas l’oppression nationale, ont alimenté sur place le nationalisme et le cléricalisme et ont fourni à la bourgeoisie impérialiste son arme idéologique la plus puissante contre le socialisme.

·         Seule la révolution ouvrière antibureaucratique et anticapitaliste aurait pu sauver les États ouvriers. L’action contre-révolutionnaire du stalinisme à l’échelle mondiale, au sein des États ouvriers comme dans les pays capitalistes a contribué au sauvetage du capitalisme et à la restauration du capitalisme dans les pays où il avait exproprié, transformant les travailleurs en exploités contraints de vendre leur force de travail à des capitalistes. Le rétablissement du capitalisme en Allemagne, en Russie, en Europe de l’Est, en Chine et au Vietnam constitue une défaite sévère pour la classe ouvrière mondiale.

·         Cela impose de défendre ce qui reste de l’économie collectivisée à Cuba et en Corée du Nord contre l’impérialisme, tâche qui ne peut être confiée à la bureaucratie locale, à la famille Castro, à la dynastie Kim. À proprement parler, il n’y a plus de partis staliniens, c’est-à-dire de partis ouvriers qui défendent l’ordre bourgeois à cause de leurs liens avec des bureaucraties étatiques qui étaient elles-mêmes les courroies de transmission de la bourgeoisie au sein des États ouvriers.

·         Pour autant, les bureaucraties ouvrières, tant syndicales que politiques, n’ont pas disparu, la bourgeoisie, sauf à recourir au fascisme, a besoin d’agences au sein de la classe ouvrière. Le « centrisme » ne disparaitra qu’avec le « réformisme » et celui-ci ne disparaitra qu’avec l’extinction des classes. La crise de direction du mouvement ouvrier ne sera résolue que par la victoire de la révolution prolétarienne mondiale, elle-même conditionnée par la construction de l’internationale ouvrière révolutionnaire. Les communistes doivent donc avoir des tactiques adaptées pour conquérir une autorité et détruire celle du réformisme et du centrisme : travail dans les syndicats de masse tels qu’ils sont, bataille pour l’indépendance de toutes les organisations ouvrières envers les classes dominantes et l’État bourgeois, front unique de toutes les organisations ouvrières de masse contre les attaques économiques et politiques de la bourgeoisie, entrisme (en défendant tout le programme), consigne de vote pour les candidats des partis réformistes (quand ils font face à des candidats des partis directs de la classe dominante) et, par-dessus tout, la stratégie des formes soviétiques qui permet de porter la lutte contre les traîtres et les conciliateurs à un niveau plus élevé.

·         Le centre du monde capitaliste s’est déplacé de l’ouest à l’est de l’Atlantique au début du 20e siècle, il semble se déplacer de l’Atlantique au Pacifique au début du 21e. En tout cas, le déclin de l’impérialisme américain combiné à son surarmement, la remise sur pied des impérialismes japonais et allemand, la transformation de la bourgeoisie chinoise en puissance impérialiste vont aboutir à de graves tensions mondiales.

La trahison de la précédente vague évolutionnaire par les directions traditionnelles de la classe ouvrière et les capitulations des directions nationalistes (dont le FSLN, l’ANC, le Fatah…), ainsi que la complicité dont elles ont joui de la part des centristes, a abouti dans les années 1980 et 1990 non seulement à la défaite des prolétariats des anciens États ouvriers mais aussi aux reculs de la classe ouvrière des pays impérialistes et de la classe ouvrière des pays dominés. Le tournant a été accompagné dans les pays dominants du retour de la théorie néo-classique comme « science économique » (le « néo-libéralisme » n’est pas la cause de la réaction, comme le prétendent les crétins réformistes, mais sa pitoyable justification idéologique), du renforcement de l’appareil répressif d’État, de la restriction des libertés démocratiques, du regain de la religion et de l’obscurantisme, de la montée du racisme et à la réanimation du fascisme.

·         Dans les pays dominés, les trahisons du stalinisme prosterné devant la bourgeoisie et l’impuissance du nationalisme moderniste ont parfois permis aux courants cléricaux de les supplanter à la tête des masses. Ainsi, en Asie et en Afrique, une mouvance islamiste qui va de l’équivalent de la démocratie-chrétienne au fascisme a considérablement progressé. Les communistes doivent combattre toutes les discriminations envers les musulmans ou les Arabes, défendre les pays arriérés (y compris à direction cléricale comme l’Iran) contre les menaces impérialistes et sionistes. Mais ils savant par expérience que les partis islamistes sont parmi les meilleurs défenseurs de la propriété privée, des chefs tribaux, des capitalistes nationaux, du patriarcat et parmi les pires ennemis des homosexuels, de la jeunesse, des femmes, de la classe ouvrière, de la révolution socialiste. Par conséquent, aucun parti ou régime de ce type n’est capable de vaincre l’impérialisme. Le régime iranien issu de la contre-révolution de 1979-1983 s’est révélé inapte, malgré les richesses naturelles et humaines du pays, à assurer son développement économique et il a collaboré avec les États-Unis quand ceux-ci ont envahi l’Irak. Les groupes terroristes islamistes s’en prennent fréquemment aux travailleurs des pays dominants, voire à ceux de leur propre pays, ils tuent les chrétiens et les israélites, voire les autres branches de la religion musulmane. C’est la réaction sur toute la ligne. Les communistes les combattent de manière nette et déterminée dans une perspective de révolution permanente : droit de grève, organisation indépendante des travailleurs, laïcité de l’État, interdiction de la polygamie, égalité des hommes et des femmes, mixité à l’école, liberté scientifique, artistique et culturelle, liberté sexuelle… De tels mots d’ordre valent aussi dans nombre d’autres pays, y compris les plus démocratiques, face aux bigots et aux fascistes.

·         Bien que certains textes de Marx et d’Engels donnent des pistes pour traiter la question écologique, celle-ci n’était pas abordée dans nos programmes antérieurs. Toutes les richesses de la société proviennent du travail et de la nature. Mais le mode de production capitaliste produit pour la valeur, pour la plus-value, pour le profit. Il a toujours sacrifié les êtres humains et leur environnement. En décadence, le capitalisme menace de plus en plus l’environnement de l’espèce humaine par le gaspillage des ressources naturelles (l’extinction d’espèces végétales et animales, la stérilisation de terres cultivables, l’épuisement de nappes phréatiques, de gisements de minéraux, de gaz et de pétrole…), par les pollutions (dont le probable réchauffement climatique qui touche dès maintenant les populations les plus pauvres). Les États bourgeois sont incapables de se concerter pour arrêter cette marche à l’abîme car le capitalisme est indissociable des firmes en concurrence et des États nationaux en rivalité. En particulier les plus puissants d’entre eux (les anciennes puissances impérialistes désormais rejointes par la Russie et surtout la Chine) se disputent dans le monde entier le pétrole, les minerais rares, les terres agraires, l’eau, les voies maritimes… Politiquement, les courants écologistes sont les otages de leur bourgeoisie, en justifiant le protectionnisme, les restrictions à l’immigration, les attaques contre la classe ouvrière, la domination sur les pays dominés. Tous les courants petits-bourgeois et bourgeois qui prétendent qu’on peut sauver la planète et l’espèce humaine sans renverser le capitalisme sont des charlatans plus ou moins réactionnaires et obscurantistes. Les partis politiques « écologistes » ont participé à des gouvernements bourgeois gérant loyalement le capitalisme (Finlande, Allemagne, France, Italie, Irlande). En particulier, le modèle des « partis verts », le parti Die Grünen a constitué le gouvernement fédéral avec le SPD de 1998 à 2005 et mené à ce titre l’austérité à l’intérieur et le militarisme à l’extérieur. Dans les Länder de Hambourg et de Sarre, le parti écologiste partage actuellement le pouvoir exécutif avec la CDU, un parti bourgeois clérical. La défense de l’environnement de l’humanité fait partie des revendications transitoires car elle exige le renversement du capitalisme, le développement de la science et de la technique au profit des plus pauvres, la planification rationnelle par les producteurs eux-mêmes.

·         L’exportation de capital a été complétée par des migrations massives en provenance des pays dominés. Des centaines de milliers de travailleurs et de militants cherchent chaque année à échapper à l’oppression et à la répression qu’ils subissent dans leurs pays. Les frontières se ferment de plus en plus aux travailleurs migrants et aux réfugiés. La bourgeoisie utilise la précarité des travailleurs illégaux et entretient la xénophobie et le racisme pour diviser la classe ouvrière. Ses courants fascistes désignent des étrangers ou leurs descendants comme boucs émissaires aux maux du capitalisme. Les communistes, qui défendaient inconditionnellement les droit des peuples coloniaux, doivent compléter leur programme en développant un ensemble de mots d’ordre esquissés par les sections de la 4e Internationale (POI de France, SWP des États-Unis, etc.) avant la Deuxième guerre mondiale pour assurer la protection des militants ouvriers persécutés dans leur pays, des victimes de l’oppression nationale, cléricale, patriarcale ou homophobe, la liberté de circulation et d’installation pour les travailleurs et les étudiants, les mêmes droits pour tous les travailleurs et étudiants, autodéfense contre les persécutions policières et les attaques racistes, etc.

·         La 4e Internationale a été plus pauvre sur la question des femmes que les trois premières. L’oppression des femmes n’a pas disparu, bien que l’égalité entre les sexes  ait progressé à l’échelle mondiale grâce aux progrès de la contraception, à l’extension aux filles de l’éducation, à l’incorporation massive des femmes dans le prolétariat et au combat des femmes elles-mêmes sous de multiples formes (contre les violences masculines, pour l’égalité juridique, pour le droit à la contraception et à l’avortement, etc.), y compris au sein des organisations ouvrières. La contre-révolution des années 1980 a ralenti la tendance à l’émancipation, voire a fait régresser le sort des femmes dans certains pays, premières victimes du chômage et des guerres. Le retour des crises économiques mondiales, la restauration du capitalisme en Chine et en Russie, les guerres ethniques en Afrique et en Europe, la montée du cléricalisme les affectent particulièrement. Les organisations communistes doivent mobiliser le potentiel révolutionnaire des femmes travailleuses, unir les rangs de la classe ouvrière en combattant toutes les discriminations qui frappent les travailleuses, se porter au premier rang des luttes pour l’égalité des droits, assurer en leur sein les meilleures conditions pour recruter et former des cadres communistes parmi les femmes.

·         En dépit de la véritable tradition bolchevik, l’Internationale communiste sous la direction de Zinoviev avait mis l’accent unilatéralement sur la discipline et sur la centralisation, au détriment de la démocratie et de l’initiative. La conquête de l’État ouvrier par la bureaucratie conservatrice et la stalinisation de l’IC ont transformé les partis communistes en écoles de soumission et de servilité. Seule la 4e Internationale a fait vivre une combinaison de démocratie et de centralisation. Mais, après l’assassinat de Trotsky, au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, elle a adopté au « 2e congrès » des statuts hyper-centralisés contrastant avec la faible autorité politique acquise par sa direction. L’éclatement ultérieur de la 4e Internationale a facilité l’émergence d’une multitude de sectes aux mains de gourous, dont certains (en particulier les lambertistes et les healystes dans les années 1970-1980) ont repris aux sociaux-démocrates et aux staliniens les procédés qui avaient gangrené le mouvement ouvrier du 20e siècle : calomnies, violences… L’organisation communiste ne fonctionne pas à la « synthèse », mais à l’application des décisions prises à la majorité après une discussion démocratique (publication des différentes points de vue, droit de tendance et de fraction). Les communistes doivent faire leur maximum pour que l’ambiance de leurs organisations soit libre, que les travailleurs s’y forment et que les intellectuels soient sous le contrôle de ces derniers. De même, les communistes combattent dans tout le mouvement ouvrier pour la démocratie ouvrière, dont ils n’ont rien à redouter.

Sur ces bases, les organisations communistes travaillent ensemble à la construction de l’internationale ouvrière révolutionnaire qui permettra la victoire définitive de la révolution socialiste, libérant l’humanité de l’exploitation, ouvrant la voie  au communisme, à une société d’abondance qui permettra l’épanouissement de tous.

(texte provisoire du Bureau du Collectif, adopté et amendé par la 7e conférence du GB)