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Renforçant la pression des Etats-Unis, l’impérialisme français menace à son tour l’Iran

Bas les pattes devant l’Iran ! Troupes impérialistes, hors du Liban, de l’Afghanistan et de l’Irak !

 

 

Le 27 août, à l’occasion de la conférence des ambassadeurs, Nicolas Sarkozy a prononcé son premier grand discours de politique étrangère en tant que président de la République. Après avoir cerné le premier danger qui menace le monde dans une « confrontation entre Islam et Occident », il a menacé, sous une forme voilée, l’Iran d’un bombardement :

Un Iran doté de l’arme nucléaire est pour moi inacceptable… La démarche actuelle de sanctions progressives (mais aussi réversibles en cas d'ouverture de Téhéran) est la seule qui puisse nous permettre d'échapper à une alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran. (Le Figaro, 28 août 2007)

Le lendemain, Bush dénonça devant une association d’anciens combattants « l’extrémisme chiite, soutenu et financé par l’Iran » qui menacerait la région d’un « holocauste nucléaire ».

Le 16 septembre, le ministre français des Affaires étrangères, qui avait quelque mois avant sa carte au Parti socialiste, a explicité le propos de Sarkozy :

Il faut se préparer au pire, a déclaré Bernard Kouchner, au sujet de l’Iran, dimanche. Interrogé au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI pour savoir ce que cela signifiait, le chef de la diplomatie a répondu : c'est la guerre. (Le Figaro, 16 septembre 2007)

Le 22 septembre, chaleureusement reçu par le secrétaire d’Etat à la Défense Robert Gates, Kouchner a affirmé :

Un Iran doté de l'arme atomique est une perspective inacceptable pour nous… Ils cherchent à gagner du temps… Téhéran a choisi d'affronter la communauté internationale, ce choix nous force à augmenter la pression. (Le Figaro, 22 septembre 2007)

Ces curieux arbitres de la paix mondiale ont un arsenal nucléaire qui peut détruire l’humanité entière et ils ne menacent nullement Israël ou le Pakistan qui détiennent effectivement l’arme atomique.

De son côté, le régime iranien, qui utilise ces menaces pour renforcer sa popularité déclinante, affirme se cantonner à un programme d’enrichissement d’uranium à vocation civile. Evidemment, la parole du président Mahmoud Ahmadinejad et du « guide suprême » Ali Khamenei n’est pas plus fiable que celle d’un Bush ou d’un Sarkozy.

En 1979, le pouvoir clérical a dissout les comités ouvriers (shoras), interdit toute opposition, a réprimé le mouvement ouvrier, a obligé les femmes à porter le voile et a prohibé toute expression des minorités nationales. En 1981, il a imposé un contrôle de « pureté islamique » aux enseignants et aux étudiants. En 1987, il a résolu la surpopulation des prisons en assassinant 12 000 prisonniers politiques. Les ayatollahs se sont enrichis par le biais de « fondations islamiques » qui sont des entreprises exonérées de l’impôt. En 1988, l’Iran s’est soumis au FMI. Khamenei et Ahmadinejad privatisent à tour de bras.

Le régime bourgeois clérical d’Ahmadinejad ne met pas en cause le capitalisme mondial, il ne cherche qu’à desserrer l’étreinte des Etats-Unis en appuyant les mouvements chiites au Liban et en Irak et en menant son programme nucléaire. De même, il utilise les exactions d’Israël envers les Arabes pour gagner de la popularité, mais sur un mode religieux (la Palestine est musulmane) et antisémite (ils ont inventé le génocide des Juifs d’Europe par les nazis). Le régime clérical rend les plus grands services à l’État sioniste et il rejette le prolétariat juif dans ses bras quand il organise en décembre 2006 à Téhéran une conférence avec le « négationniste » allemand Frederick Töben, le « négationniste » français Faurisson, l’ancien leader du Ku Klux Klan David Duke, etc. De même, à l’occasion de sa conférence à l’université de Columbia de New York le 24 septembre, Ahmadinejad s’est couvert de ridicule en prêchant sa morale de bigot cléricale et en prétendant qu’il n’y avait pas d’homosexuel en Iran, au lieu de dresser les étudiants et les travailleurs américains contre Bush et leur propre impérialisme.

Néanmoins, il reste une différence entre des Etats impérialistes et le reste du monde qui subit leur domination. Ainsi, l’Etat bourgeois iranien n’a qu’une influence limitée la région et il est bien incapable de bombarder les Etats-Unis ou la France, alors que les Etats-Unis et la France, à moindre échelle, sont des puissances militaires qui disposent de multiples bases de par le monde et dont les navires de guerre croisent au large de l’Iran. La France va se doter d’un nouveau porte-avions et elle dispose de 348 ogives nucléaires. Elle participe à l’occupation de l’Afghanistan, elle contrôle une partie du territoire de la Côte d’Ivoire et elle protège Israël au sud du Liban depuis 2006, après avoir participé à la première guerre contre l’Irak en 1991 et aux bombardements de la Serbie en 1999.

En 2003, les Etats-Unis ont montré, une fois de plus, qu’ils pouvaient bombarder, envahir et occuper un pays sous un faux prétexte et en invoquant la démocratie. L’administration américaine semble tentée par une fuite en avant après son échec en Irak, qu’elle attribue à l’Iran et dans une moindre mesure à la Syrie. Comme elle est actuellement incapable d’occuper un autre pays en plus de l’Irak et de l’Afghanistan, elle a besoin de légitimer un éventuel bombardement de l’Iran, ce qui rend précieux le renfort de la France.

Les Etats-Unis ont fait des préparatifs dans le but de détruire les armes de destruction massive de l’Iran, son énergie nucléaire, son régime, ses forces armées, son appareil d’Etat et son infrastructure économique dans les quelques jours, sinon les quelques heures qui suivraient un ordre donné par le président George W. Bush. (Dan Plesch et Martin Butche, Considering a war with Iran, École des études orientales et africaines, Université de Londres, 28 août 2007)

Pour sa part, le nouveau président français, malgré la rivalité inévitable entre impérialismes, est prêt à épauler l’Etat américain pour mettre au pas les régimes des pays dominés. De cette façon, Sarkozy et Kouchner entendent bien que leurs maîtres, les grands groupes capitalistes français, puissent garder leur part du butin mondial.

Les travailleurs du monde entier, et au premier chef les partis issus de la classe ouvrière et les syndicats de France et des Etats-Unis doivent rejeter l’immixtion du pouvoir étasunien ou français en Iran, empêcher de nuire les bandits impérialistes par tous les moyens, les renverser définitivement par la révolution socialiste.

Il revient au prolétariat et à la jeunesse de l’Iran de renverser le régime des ayatollahs corrompus qui privatise, qui réprime les grévistes, les femmes, les étudiants, les minorités nationales, religieuses et sexuelles. D’ailleurs, le 8 mars 2006, un millier de femmes ont courageusement manifesté à Téhéran ; en décembre 2006 et en mars 2007, des étudiants se sont révoltés ; de multiples grèves ont éclaté depuis 2002, comme les grève des chauffeurs de bus de Téhéran en décembre 2005…

À chaque montée révolutionnaire, en 1947, en 1953, en 1979, les prolétaires et les peuples non perses de l’État iranien (Azéris, Arabes, Kurdes, Baloutches, Turkmènes, etc.) ont été trahis par la subordination à la « bourgeoise nationale » pratiquée au nom du front uni anti-impérialiste par le Parti Toudeh. Les staliniens iraniens ont capitulé successivement devant le monarchiste Pahlavi en 1946, devant le nationaliste bourgeois laïque Mossadegh en 1951, devant le bourgeois islamiste Khomeiny en 1979. En 1979, les organisations nées à la gauche du Toudeh dans les années 1970 (Fedayin, Peykar…) ont aussi soutenu Khomeiny, y compris le groupe se réclamant du trotskysme (HKS) lié au SUQI pabliste et au SWP américain castriste.

En Iran, comme dans chaque pays d’Asie de l’Ouest, les masses laborieuses ont avant tout besoin de constituer leur parti, un parti qui soit ouvrier, révolutionnaire et internationaliste. Un tel parti doit avoir pour stratégie l’indépendance vis-à-vis des exploiteurs (tant les nationalistes bourgeois que les courants religieux), l’alliance invincible de la classe ouvrière avec la jeunesses en formation et les autres travailleurs des villes et des campagnes, la combinaison des demandes  nationales et démocratiques insatisfaites avec les revendications ouvrières, l’internationalisme prolétarien…

Alors, la prochaine révolution iranienne, en séparant la religion de l’Etat et en assurant l’égalité aux femmes, en instaurant un gouvernement ouvrier et paysan, en expropriant les propriétaires fonciers et les grands capitalistes, ouvrira la voie de l’émancipation de toute l’Asie de l’Ouest des impérialistes étrangers, des exploiteurs locaux et des clergés parasitaires et obscurantistes.

4 octobre 2007

Collectif Révolution Permanente