Révolution Socialiste  

Home

Liens

Révolution Permanente

Lucha Marxista

Grupo Germinal

 

                                                                                                   

 

 

lettre du GB au CRI  

du 29 décembre 2005

 

Camarades,

 

Le CRI s’adresse au GB pour constituer une fraction politique commune dans les syndicats

 

Le Groupe Bolchevik pour la construction du POR et de l’IOR (Collectif Révolution Permanente) a été invité plusieurs fois par le camarade « Wolfgang » à s’associer à un appel à la constitution d’une tendance intersyndicale. En d’autres termes, le groupe CRI propose au GB une fraction politique commune dans les syndicats.

Une représentante du GB a participé à la réunion du 10 décembre 2005, présidée par « Grosz » et par « Wolfgang », à laquelle participaient, outre l’observatrice du GB, des membres du CRI et des dissidents du PCF, des syndicalistes de la LCR et de LO, Emancipation (une tendance intersyndicale existant depuis 2003 dans l’enseignement).

Nous avons  bien reçu, le 23 décembre, la nouvelle mouture de l’appel, remanié à la suite de la réunion. Il reprend désormais un certain nombre de formulations correctes, dont le mot d’ordre de grève générale qui remplace votre formule initiale, passablement emberlificotée, de « riposte d’ensemble coordonnée des travailleurs pour en découdre avec Chirac-Villepin-Sarkozy ».

Vous nous permettrez une remarque sur votre méthode et nous vous rappellerons un préalable à tout travail en commun de ceux qui se réclament du communisme dans les syndicats aujourd’hui en France.

 

Le problème essentiel de la classe ouvrière est la construction d’un parti

 

Après avoir appelé à constituer des comités pour le Non au référendum, vous proposez désormais de créer une nouvelle structure « large », à savoir une « tendance intersyndicale ».

A juste titre, votre appel dénonce « la collaboration de classe des principaux dirigeants du mouvement ouvrier ». Cependant, comment une tendance, fût-elle intersyndicale, pourrait résoudre le problème que pose à tout moment et sur tous les terrains, la collaboration de classe des directions non seulement syndicales, mais politiques ?

L’influence de la bourgeoisie sur le prolétariat se reflète dans la théorie de la neutralité, selon laquelle les syndicats devraient se proposer exclusivement des buts corporatifs, étroitement économiques et non point des visées de classe. Le neutralisme a toujours été une doctrine bourgeoise contre laquelle le marxisme révolutionnaire mène une lutte à mort. (« Thèses sur l’action communiste dans le mouvement syndical », 1922, 4 premiers congrès de l’IC, Maspero, p. 171)

De notre point de vue, il faut, pour contrer les directions traîtres, rassembler les travailleurs d’avant-garde dans une organisation qui ne se borne pas aux lieux de travail ni aux frontières des syndicats qui ne regroupent d’ailleurs, à eux tous, pas 9 % des travailleurs salariés.

Les syndicats n’ont pas et, vu leurs tâches, leur composition et le caractère de leur recrutement, ne peuvent avoir de programme révolutionnaire achevé ; c’est pourquoi ils ne peuvent remplacer le parti. (L. Trotsky, L’Agonie du capitalisme et les tâches de la 4e Internationale, 1938, GB, p. 11)

Précisément parce qu’il manque un parti, le GB vous a invité à sa 2e conférence, en avril 2003, dans le but de regrouper les communistes de ce pays ; parce que ce parti ne peut être qu’international, le Collectif international auquel participait le GB vous a soumis l’Appel international en 21 points pour regrouper les communistes à l’échelle internationale.

Mais ces efforts n’ont pas été couronnés de succès.  En effet, vous avez choisi une autre voie :

ž   Au plan international, vous avez rejeté les 21 points et vous participez à un bloc international sans principes et sans programme, le « Comité de Liaison » dont vous formez l’aile droite avec le POR Argentine qui défend la syndicalisation des policiers et le « front uni anti-impérialiste » malgré les leçons tragiques de la révolution bolivienne et de la faillite du POR Bolivie en 1952 et en 1971. Contre la révolution permanente, le CRI revendique l’héritage lambertiste du front unique anti-impérialiste qui a toujours désigné une forme de collaboration de classes, entre le prolétariat et la bourgeoisie nationale (voir la déclaration POR-CRI d’octobre 2005 que vous ne semblez pas pressés de publier dans votre organe).

ž   Lors des grèves de mai-juin 2003 qui se heurtaient aux « journées d’action » orchestrées par les bureaucraties syndicales avec l’aide du PCF, du PS, de la LCR, de LO et du PT, vous avez refusé le travail en commun avec le Groupe bolchevik pour exiger que les syndicats appellent à la grève générale. Vous avez fait le choix de tourner le dos au GB pour continuer librement vos manoeuvres avec des éléments issus du PCF, que vous avez alors rebaptisé opportunément « parti ouvrier bourgeois »... après l’avoir défini initialement comme un parti bourgeois.

ž    

Quels sont les papiers politiques de Grosz ?

 

Votre appel est lancé en compagnie du camarade « Grosz », mais à quel titre ?

Si « Grosz » ne représente que lui-même, c’est déjà un kaléidoscope de positions d’adaptation aux appareils. La ligne qu’avait proposée en 1995 le camarade au sein au Comité pour la construction du POR, de l’IOR était de le transformer en « Comité pour le gouvernement PS-PCF » et d’appeler à une candidature unique du PS et du PCF. En 1997, « Grosz » se réclamait des positions de Pouvoir Ouvrier, qui prenait le gouvernement MRC-PRG-Verts-PCF-PS de Jospin pour un gouvernement mi-ouvrier, mi-bourgeois. Aux dernières nouvelles, il avait de nouveau tourné casaque pour un autre courant centriste, SPEB. Ce courant est issu en 1950 du refus d’un dirigeant de la section britannique de la 4e Internationale, Cliff, de défendre la révolution chinoise et la révolution coréenne face à la contre-offensive armée de l’impérialisme, comprenant des troupes anglaises et françaises. Son organisation, le SWP, après voir organisé le Forum Social Européen de Londres avec des castristes, des staliniens en reconversion, des travaillistes chauvins et des islamistes, tente de mettre lui-même sur pied une sorte de front populaire. Cette coalition, Respect, refuse de se prononcer pour l’ouverture des frontières britanniques aux travailleurs étrangers.

Si c’est au titre de SPEB que « Grosz » a lancé l’appel avec le porte-parole du CRI, on nous autorisera la méfiance. En France, SPEB a rejoint la LCR après que celle-ci a appelé à voter Chirac. Son organisation mère, le SWP Angleterre, a chaudement approuvé la campagne pour le Non au référendum. A cette occasion, la LCR, LO et d’autres organisations de moindre importance se réclamant frauduleusement de la 4e Internationale se sont alignés sur la campagne référendaire des anciens ministres des privatisations Fabius, Buffet et Mélanchon, comme ils ont couvert, peu après, la liquidation de la grève de la SNCM par la direction de la CGT.

Bref, quelque soit le cas de figure, la présidence par « Grosz » de la réunion augure mal d’une lutte intransigeante contre la « collaboration des classes ».

 

Une formulation étrange pour qui se réclame de Lénine et de Trotsky

 

Comme bolcheviks, nous trouvons étonnante l’affirmation que vous avez tenu à inscrire dans l’appel et que vous nous proposez de ratifier :

Pour notre part, nous proposons d’aller vers la constitution d’une tendance intersyndicale lutte de classe antibureaucratique, qui ne soit en aucun cas l’émanation de telle ou telle organisation…

D’abord, il semble que le groupe CRI soit à l’initiative de cet appel. Une telle affirmation serait alors mensongère et inaugurerait bien mal du caractère « antibureaucratique » de l’initiative.

Ensuite, que le groupe CRI soit à l’origine de l’appel ne nous gêne en rien. Ce qui nous trouble est d’y retrouver certains traits si répandus chez les pseudo-trotskystes qui capitulent tant devant le PS et le PCF que devant les appareils syndicaux FO, CGT, FSU, SUD… quand ils n’ont sont pas partie prenante. Nous allons y revenir.

Enfin, et c’est le plus grave, il nous semble que cette formulation « en aucun cas » tient plus de l’arriération syndicaliste, de la confusion anarchiste ou du révisionnisme lambertiste que du communisme révolutionnaire et internationaliste.

Les communistes doivent se charger de l’initiative de créer dans les syndicats un bloc avec les ouvriers révolutionnaires des autres tendances. (« Thèses sur l’action communiste dans le mouvement syndical », 1922, 4 premiers congrès de l’IC, Maspero, p. 171)

Bref, votre « en aucun cas » nous paraît absurde, car plus vite la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire avancera dans ce pays, plus il sera possible de constituer des oppositions lutte de classe qui pourront contester le règne des bureaucraties corrompues qui contrôlent tous les syndicats et les confédérations.

 

Les flics hors des syndicats ! Mêmes droits pour tous les prolétaires !

 

Votre groupe a été créé par des intellectuels qui avaient rejoint le PT lambertiste, un parti chauvin et réformiste, qui constitue une des pires écoles de capitulations syndicales, de manoeuvres sans principes et de banditisme politique dans un mouvement ouvrier qui en compte, hélas, beaucoup.

Le CRI collabore actuellement avec le POR Argentine qui défend ouvertement la syndicalisation des militaires et des policiers. Force est de constater que votre appel est muet sur la question de la présence de syndicats de policiers dans toutes les confédérations, vieilles ou en voie de constitution : CGT, FO, UNSA, SUD…

Une tendance intersyndicale « lutte de classe antibureaucratique » peut-elle approuver que les bureaucraties des confédérations syndicales ouvrent la porte des organisations ouvrières aux revendications et aux membres des corps de mercenaires qui, aux ordres de l’Etat bourgeois, ont, au cours de l’année passée, réprimé les manifestants lycéens, les postiers et les marins en grève, expulsé les mal-logés, réprimé le soulèvement des jeunes des banlieues pauvres, appliqué l’état d’urgence, humilié et pourchassé les travailleurs immigrés ?

A ce sujet, l’appel que vous avez envoyé se prononce, comme certaines directions syndicales, pour « des papiers pour tous ! », mais en vous arrêtant devant l’essentiel :

·         liberté de circulation et d’établissement pour tous les travailleurs !

·         mêmes droits pour tous les travailleurs salariés !

L’internationalisme impose d’autant plus ces mots d’ordre dans un centre impérialiste que les lieutenants ouvriers de la bourgeoisie entretiennent tous la division des rangs ouvriers en se plaçant du côté de l’intérêt national, justification ultime de la collaboration entre les classes. Cela fut particulièrement le cas lors de la campagne pour le Non lors du référendum sur la constitution européenne.

Traditionnellement, les organisations françaises n’ont pas un caractère de masse. Dans une certaine mesure, elles ont pour base l’aristocratie politique et syndicale de la classe ouvrière. L’écrasante majorité de celle-ci demeure inorganisée et à l’écart des activités des organisations politiques et syndicales. En France, c’est la question cruciale. Il me semble que le rôle joué par les travailleurs étrangers en France secouera le conservatisme profond de ce pays. (L. Trotsky, « Lettre à Klorkeist et aux travailleurs juifs de France », 1930, Sur la question juive et le sionisme, LCR, p. 21)

 

Pour l’indépendance vis-à-vis du patron et de la 5e République : A bas la cogestion et la participation !

 

L’appel ne s’appuie sur aucun exemple concret de travail des communistes au sein des syndicats.

Nous ignorons tout de l’action syndicale de « Grosz », qui présidait la réunion du 10 décembre. Mais nous connaissons bien celle de la LCR et de LO, qui étaient représentés à votre réunion. Les fractions syndicales pseudo-trotskystes de tout poil sont de plus en plus intégrées aux appareils syndicaux de la FSU, de SUD, de la CGT ou de FO. Quand les travailleurs entrent en lutte, les militants de LO et de la LCR recourent à la « grève reconductible » pour faire porter la responsabilité des échecs aux travailleurs, sans jamais mettre en cause les négociations, les « journées d’action », ni la participation et la cogestion, qu’ils vont jusqu’à pratiquer eux-mêmes.

Nous savons assez peu de choses sur votre propre activité syndicale, sinon que avez créé de toutes pièces la FSE, un syndicat étudiant, avec des débris du PCF qui n’ont rompu, à notre connaissance, ni avec le social-chauvinisme, ni avec la cogestion gaulliste qui avaient conduit leurs ancêtres staliniens à scissionner l’UNEF en 1969. Vous participez vous-mêmes aux organismes de cogestion de l’université.

Comment des « communistes, révolutionnaires, internationalistes » peuvent-ils rédiger un appel pour une « tendances intersyndicale lutte de classe antibureaucratique » sans dire un seul mot de l’incarnation même de la collaboration de classe et d’un des vecteurs de la corruption des appareils syndicaux, à savoir leur participation à toutes sortes d’organismes de la 5e République et leur cogestion du CNRS, des universités, de l’Education Nationale, de grandes entreprises comme France Telecom…

A un certain degré de l’intensification des contradictions de classe dans chaque pays et des antagonismes entre les nations, le capitalisme impérialiste ne peut plus tolérer une bureaucratie réformiste que si cette dernière agit directement comme actionnaire, petite mais active, dans les entreprises impérialistes, dans leurs plans et dans leurs programmes... (L. Trotsky, Les Syndicats à l’époque de la décadence impérialiste, 1940, OCI, p. 29)

Nous vous l’avions dit dès 2003, quand vous avez choisi d’ajouter une nouvelle organisation à l’imbroglio des centristes qui prétendent incarner, reconstruire, reproclamer, réorganiser le cadavre de la 4e Internationale : nous ne pouvons pas militer coude à coude avec un de ces multiples courants qui ne sont pas avares de phrases ronflantes mais qui, en pratique, piétinent le programme, en participant et cogérant aux côtés des bureaucrates.

Notre camarade vous l’a répété lors de la réunion du 10 décembre... mais votre appel reste muet sur la participation et la cogestion.

L’opposition unitaire (dans la CGTU de l’époque) n’est pas une organisation syndicale, c’est une fraction politique ayant pour tâche d’influencer le mouvement syndical... Dans l’opposition unitaire, nous ne pouvons travailler qu’avec ceux qui vont au coude à coude avec nous, dans la même direction que nous, même s’ils ne vont pas jusqu’au bout de notre chemin. (L. Trotsky, « Les erreurs des éléments droitiers de la Ligue dans le travail syndical », 1931, Le Mouvement communiste en France, Minuit, p. 386)

Depuis 2003, voire 1931, nous n’avons pas changé d’avis.

 

Camarades du CRI, pas de double langage !

 

Dans leur activité dans les syndicats et dans leur intervention dans les assemblées générales, les cellules et les militants du GB ne font pas un préalable de l’acceptation de la dictature du prolétariat et de la direction révolutionnaire pour combattre en commun avec des syndicalistes qui ont gagné une autorité sur les lieux d’exploitation par leur fidélité à leur classe et par leur intransigeance face aux appareils.

Nous vous avions proposé de lutter ensemble contre les bureaucraties syndicales en 2003, ce que vous avez refusé, pour préférer d’autres liens.

Nous restons disponibles pour aller coude à coude avec ceux qui ne vont pas jusqu’au bout de notre chemin, encore faut-il qu’ils aillent dans la même direction :

1.       Si « Grosz » est un initiateur individuel, quel est son bilan syndical ? Si « Grosz » représente une fraction de la LCR, quelle est sa position sur la libre circulation et le libre établissement en France des prolétaires de tous les pays ?

2.      Le groupe CRI refuse-t-il la présence de syndicats de policiers dans les confédérations syndicales ?

3.      Le groupe CRI condamne-t-il la participation gaulliste et la cogestion ?

Sans précision sur la nature anti-ouvrière des corps de répression, sur les droits des immigrés, sans condamnation claire de la participation et de la cogestion, nous ne voyons aucune raison d’envisager de prendre la moindre responsabilité, devant le prolétariat, de proclamer quelque organisme que ce soit en votre compagnie et celle de « Grosz ».

Avec notre salut bolchevik,

Cellule Centrale du Groupe Bolchevik (Collectif Révolution Permanente)

PS : Nous espérons que le signataire de la pétition de la direction de la CGT qui remet le sort d’EDF à Chirac « dans l’intérêt de la nation », est un homonyme de « Grosz » :

M. le Président de la République, La crise énergétique est profonde et durable. La nation doit préserver de manière exclusive le contrôle et la maîtrise de ce secteur vital. Un projet de financement alternatif pour Edf est possible. En conséquence, je m’oppose à l’ouverture du capital d’Edf. Je vous demande d’user de votre autorité pour stopper ce projet contraire à l’intérêt du pays.

Sinon, la prétention de votre appel conjoint à lutter contre les bureaucraties syndicales et contre la collaboration de classe est une pitrerie.