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COTP-CI, 28 novembre 2003

Notre lutte pour un « Zimmerwald et Kienthal » pour régénérer et refonder la IVe Internationale

Une réflexion sur l’expérience historique du Marxisme Révolutionnaire au XX siècle et son travail sur le centrisme.

 

« Le centrisme est le facteur le plus important de notre époque, celui qui ne lutte pas contre le centrisme s’adapte à celui ci » (Léon TROTSKY)

 

Chers camarades du collectif des Cinq :

Nous sommes en train de préparer la prochaine réunion de notre Collectif.

Dans notre lettre du 3 novembre, nous avons tenté de vous transmettre notre vision sur les nouvelles tâches et défis qu’affrontent notre collectif, et nous avançons une série de propositions qui seront débattues lors de notre prochaine réunion.

Ces derniers mois, nous avons réussi, en tant que collectif, à donner des réponses révolutionnaires à d’importants évènements, comme la guerre contre l’Irak, la Révolution Bolivienne , l’émergence du Front Populaire, la lutte contre les directions traîtresses, contenues dans nos déclarations et dans la Session pour une conférence Internationale.

Lors de cette élaboration, ont surgi des différences théoriques et de programme, qui, à notre sens, et comme nous l’avons dit dans notre lettre du 3 Novembre, sont étroitement liées à la position que chacun de nous a sur les tâches que nous affrontons pour le regroupement international des Trotskystes

principiels, et fondamentalement sur le caractère de l’internationale révolutionnaire, c’est à dire, s’il s’agit de lutter, soit pour régénérer et refonder la IV Internationale, soit pour une V Internationale, soit pour une nouvelle Internationale ouvrière.

Nous savons qu’en dernière instance, ce sera indubitablement la vie même qui définira, qui donnera le verdict sans appel dans  ce débat. C’est ce que la Conférence de BUENOS AIRES en Décembre 2002, lors d’un débat franc et fraternel avec les camarades du GB, nous a permis d’avancer et de tirer des conclusions sur ce qu’est la base matérielle de ces différences existantes, par exemple.

Car en Europe, c’est au nom de la IV Internationale et ses sections nationales, dirigés par des courants révisionnistes et liquidateurs, qu’ont été commises les pires trahisons envers le prolétariat et la cause de la révolution.

C’est pourquoi il est compréhensible que les groupes et fractions qui en Europe se sont dressés contre les trahisons des renégats du Trotskysme – tels que les camarades du GB - décident que la IVe Internationale est morte et mènent la lutte pour une nouvelle Internationale avec une formule algébrique qui permette que la vie même lui donne son contenu et ses contours définitifs.

Alors qu’au contraire, en Amérique Latine, ces courants, en révisant le Marxisme et capitulant – quand ils ne trahissent pas ouvertement – ont mis sur pied des «  Nouvelles Internationales » comme la LIT, la UIT, etc.… - en fait, contre la IV Internationale, contre son programme et son héritage. C’est pourquoi il est également compréhensible que les groupes et courants, qui, en Amérique Latine, s’y sont opposés, et nous l’avons fait en combattant pour la IVe Internationale contre les «  nouvelles internationales » centristes du Morénisme, du Lorisme, de l’Altamisime etc.. qui ont tout détruit de la théorie-programme de la Révolution Permanente.

Cette crise, alors, n’a pas été provoquée par les petits groupes comme les nôtres, qui par des chemins  tortueux en sont venus à virer à gauche et à chercher un chemin révolutionnaire, mais c’est un héritage néfaste laissé par les courants Révisionnistes et liquidationistes qui ont détruit la IVe Internationale et l’ont amené à la dégénérescence.

Aujourd’hui, les camarades de LM et du GB qui luttent pour une nouvelle internationale avec sa formule algébrique, affirment qu’il s’agit de mettre sur pied directement, une «  gauche de Zimmerwald », ce qui signifie, à notre avis, que la lutte que nous menons pour convoquer la conférence Internationale, poursuivra, en fait, l’objectif de mettre sur pied une tendance ou fraction Trotskyste Révolutionnaire et Internationaliste, ce qui pour nous comporte le danger de ne pas travailler sur les phénomènes centristes qui sont en train d’émerger et de finir par mettre sur pied un « centre international » qui va s’autoproclamer, comme nous l’avons soulevé dans notre lettre du 3 Novembre.

En ce qui nous concerne, depuis le COTP CI, nous luttons pour la régénération et refonte de la IVème internationale, et sur le chemin de cet objectif stratégique, nous pensons que la tâche du moment est de mettre sur pied un Centre International de Regroupement des forces saines du Trotskysme principiel et des courants ouvriers révolutionnaires qui évoluent de droite à gauche.

C’est cela : il s’agit de lutter pour une conférence internationale, pour un « Zimmerwald et Kienthal » à partir des leçons et du programme révolutionnaire qui se détachent des faits les plus brûlants de la lutte des classes mondiale, qui séparent les réformistes et les centristes d’un coté et les révolutionnaires de l’autre.

Les camarades du CWG de NZ, de leur coté, luttent pour une nouvelle Vème internationale, et sur cette voie, ils pensent également mettre sur pied un regroupement international, sur le modèle d’un  «  Zimmerwald & Kienthal ».

C’est à dire : depuis le COTP CI, nous sommes d’accord avec le CWG sur la conception du regroupement qui se pose à l’heure actuelle, bien que nous, nous luttons pour régénérer et refondre la IVème internationale et les camarades, eux, pour la Vème.

Ce qui à première vue, pourrait paraître totalement paradoxal, est pour nous le résultat inévitable de la crise de la IVème internationale et de l’éclatement du mouvement Trotskyste dont nous sommes tous les héritiers.

Le résultat, c’est que dans ces conditions, tous les groupes et courants sont modelés par la réalité, c’est à dire par les différentes traditions, expériences, crises et chemins tortueux vécus ou suivis.

Aujourd’hui, camarades, en tant que partie de ce débat ouvert vers la conférence Internationale, nous voulons ici présenter notre apport, notre réflexion sur l’expérience historique du Marxisme Révolutionnaire au 20e  siècle et son travail sur le centrisme.

Est il possible de sauter l’étape du travail sur les phénomènes centristes ?

Dans notre lettre du 3 Novembre, nous avions annoncé notre vision sur les nouveaux sauts qualitatifs dans la décomposition des courants révisionnistes qui usurpent les drapeaux du Trotskysme et de la IVème internationale, ainsi que les phénomènes centristes qui sont en train d’émerger, les fractions, cadres et militants qui, à l’intérieur, résistent à ce courant, et commencent à faire des pas vers la gauche, comme ceux de la fraction Unité et Révolution de la LCR en France, le noyau d’ouvriers Trotskystes Internationalistes, qui vient de rompre avec le groupe du PTS au Chili, les militants du MAS et du FTS qui ont commencé à s’approcher de nous, les camarades de la FT- VP du Brésil, ceux même du CRI qui viennent d’une rupture du Lambertisme, pour ne citer que quelques exemples.

Nous pensons également que les phénomènes centristes s’expriment là même la ou il y a des révolutions ou des situations révolutionnaires ou pré-révolutionnaires en cours, avec des franges radicalisées de l’avant garde ouvrière qui virent de droite à gauche.

Pour nous, face à l’émergence de ces phénomènes, la lutte pour une IVème internationale s’affirme et notre petit collectif, partant de la grande conquête que signifie le programme révolutionnaire international commun, a un grand défi devant lui et une grande responsabilité, en contribuant offensivement à ce que ces groupes, fractions, cadres, évoluent.

C’est pourquoi pour nous, la tâche du moment est une politique offensive intervenant et travaillant sur ces phénomènes pour agir en leur direction, pour qu’ils soient des éléments actifs pour la IVème internationale– à condition qu’ils soient du bon coté de la tranchée dans les principaux évènements, même si leurs positions ne coïncident pas totalement avec notre plate-forme - , et nous les encourageons à ce qu’ils entrent dans le débat franc et ouvert, à ce qu’ils écrivent publiquement leurs positions face à notre convocation (session). Voilà le caractère de la IVème internationale, du «  Zimmerwald & Kienthal » pour lequel nous luttons.

Et c’est ici, à notre sens, ou se situent les différences avec les camarades de LM et du GB, puisque la position qui consiste à faire directement une « Gauche de Zimmerwald» est pour nous une position sectaire qui conduit immédiatement à l’auto proclamation, à croire que notre tout petit collectif pour la IVème internationale que nous appelons de nos vœux est déjà ou sera d’emblée un  « Centre International »  alors que nous devons encore nous même faire nos preuves, qu’il nous reste encore à mener de grands combats.

Et de là a faire cette IVe Internationale qu’une poignée de petits groupes finiraient par proclamer notre propre « Nouvelle Internationale » - ce qui reviendrait à faire la même chose que fit le POR Varguiste, le PO Argentin avec « Sa » IV« refondée », la LIT ou les dizaines « d’Internationales » qu’il y a dans le monde – sans avoir provoqué de défaites décisives aux révisionnistes et liquidationnistes du Trotskysme qui ont un poids réel dans l’avant garde du prolétariat au Brésil, en Argentine, en France et des dizaines de pays dans le monde, il n’y a qu’un pas !

Voilà le danger que nous voyons, quand les camarades de LM avancent que nous avons « dépassé » avec notre programme, l’Internationale de Zimmerwald  « conçue par le centrisme » et qu’au collectif , correspond l’identité de la « Gauche de Zimmerwald » ; que cette même identité doit correspondre au centre International car nous avons même « repris et avancé les tâches programmatiques du bloc des quatre, soixante ans après la déclaration, exactement »

A notre sens, les camarades de LM réaffirment et jettent les fondements de la position qu’ils avaient déjà avancé lors de la discussion du brouillon de la convocation à la conférence Internationale quand ils disaient qu’il était nécessaire de « dépasser l’expérience historique de Zimmerwald & Kienthal » .

Camarades, nous croyons que penser qu’une poignée de cinq petits groupes peut s’offrir le luxe de « dépasser » une expérience historique comme «  Zimmerwald & Kienthal», sauter l’étape de lutte pour un regroupement qui puisse provoquer une première délimitation de ceux qui sont du même coté de la tranchée, bien que nous maintenions de grandes différences théoriques, politiques, historiques (inévitables par ailleurs à cause de la crise de la IVème internationale) alors que des dirigeants de la stature de Lénine – et comme nous le verrons plus avant, la III Internationale et après Trotsky dans sa lutte pour la IVème internationale- ne purent le faire, c’est là une position qui porte déjà le germe de l’auto proclamation.

C’est que, si l’on prétend sauter cette étape, comme nous croyons que pensent le faire les camarades de LM et du GB appelant à faire directement la «  Gauche de Zimmerwald », il est à craindre que l’on finisse en attendant les bras croisés, que l’histoire entende raison et nous remette la direction, sans provoquer de défaite décisive aux liquidateurs (c’est à dire en les laissant vivre) et en permettant que les groupes ou courants résistants demeurent longtemps dans un état amorphe, finissent pas se désintégrer ou refluer.

Nous pensons qu’il est nécessaire de se poser quelques questions d’importance :

·                Pourquoi Lénine, qui déjà en 14 affirmait qu’il fallait lutter pour la IIIème Internationale, qui avait un programme correct face à la trahison de la Social-démocratie et face à la guerre impérialiste antérieurement aux conférences de « Zimmerwald & Kienthal», ne forma t’il pas directement en 1914 –15 la « Gauche de Zimmerwald », c’est à dire une fraction Internationale ?

·                Pourquoi même, la IIIème Internationale de Lénine et Trotsky, avec l’énorme autorité que lui donnait la   première révolution ouvrière triomphante en Russie, dès 1920, dans son second congrès, imposa t’elle les 21 conditions d’admission à cette dernière ?

·                Pourquoi Trotsky et les BL, qui déjà en 33 définirent qu’il était nécessaire de créer de nouveaux partis et une nouvelle Internationale, n’ont ils fondé cette dernière que 5 ans après en 1938 ?

·                Pourquoi tout simplement n’ont ils pas sauté ces étapes ?

Nous sommes convaincus qu’il n’était pas possible de mettre sur pied la « Gauche de Zimmerwald », ni la IIIème Internationale, ni ensuite la IVème internationale sans passer par «  l’étape » de la lutte contre le centrisme, de travailler les phénomènes centristes pour leur arracher tous les éléments vraiment centristes cristallisés vraiment sincères qui les distinguent des camarades de route passagers.

L’émergence de nouveaux phénomènes centristes sous les dures conditions de la situation mondiale, établit que le centrisme est un phénomène fondamental de notre époque

C’est que le centrisme – de même que le réformisme et le communisme, les deux courants fondamentaux de la classe ouvrière mondiale – surgit inexorablement des conditions de l’époque.

Ainsi, Trotsky écrivait déjà en 1930 :

« Les trois tendances du mouvement ouvrier contemporain – réformisme, communisme, centrisme – dérivent inexorablement de la situation objective du prolétariat sous le régime impérialiste de la bourgeoisie (…) les deux courants fondamentaux de la classe ouvrière mondiale sont le social impérialisme d’un coté et le communisme révolutionnaire de l’autre.

Entre ces deux pôles, il y a une série de courants et regroupements de transition qui changent constamment de costume  et se trouvent toujours en état  de transformation et de déplacement : parfois ils se déplacent du réformisme vers le communisme, d’autres fois du communisme vers le réformisme. Ces courants centristes n’ont pas, et leur nature ne leur permet pas d’avoir, une base sociale qui leur soit propre. Tandis que le communisme est le porte drapeaux de la classe ouvrière et que le réformisme représente les intérêts de la couche supérieure de cette dernière, le centrisme reflète le processus de transition au sein du prolétariat, les mouvements à l’intérieur de ces différentes couches et les difficultés qui gênent l’avancée vers des positions révolutionnaires définitives.

C’est précisément pourquoi les organisations centristes de masse ne sont jamais ni stables ni viables »

Et il concluait :

« l’aggravation actuelle de la crise mondiale et l’incontestable radicalisation des masses provoque inexorablement le surgissement de nouvelles tendances centristes au sein de la social démocratie, les syndicats et les masses non organisés » (Qu’est ce que le centrisme ? LT 1930)

Il écrivait cela en 1930 à l’époque de l’opposition de gauche contre le centrisme bureaucratique stalinien. Dans les années qui suivirent, l’aggravation de la crise mondiale, le début de la révolution Espagnole, la défaite du prolétariat Allemand, le passage définitif de la bureaucratie stalinienne dans le camp de la contre révolution, accélérèrent ce processus.

L’importance que Trotsky donnait au centrisme, à la nécessité de définir avec précision le sens de l’évolution, était justifié précisément par ce que du destin de cette évolution (de gauche à droite ou de droite à gauche) dépendait ni plus ni moins le futur de l’avant garde prolétarienne : sa dégénérescence ou au contraire, sa régénérescence (« recristallisation ») révolutionnaire, tel qu’il l’avait défini en 1933 (« contribution à une discussion sur les conceptions politiques de la LCI »).

De là le caractère décisif qu’avait pour les Bolcheviques Léninistes (BL) le travail sur le centrisme, avec intransigeance idéologique et flexibilité tactique, étant donné que la « nouvelle internationale » ne pourra avancer fondamentalement qu’aux dépens des tendances et organisations maintenant dominantes.

En même temps, l’internationale révolutionnaire ne peut se former d’une autre façon qu’à travers une lutte constante contre le centrisme.

Comme nous l’avons dit aujourd’hui, - à notre sens et en tenant compte de toute la distance nécessaire à toute analogie historique-, l’aggravation de la crise économique mondiale, les guerres, les tendances à l’affrontement entre révolution et contre révolution, provoquent et provoqueront l’émergence de tendances centristes à l’intérieur des courants révisionnistes et liquidateurs et aussi, comme nous l’avons dit préalablement, des franges d’ouvriers de l’avant garde, ou des masses qui virent de gauche à droite.

Dans ces conditions, la lutte pour la régénération de l’avant garde prolétarienne mondiale dont le combat pour un regroupement des forces saines du Trotskysme et les organisations révolutionnaires internationales est un premier pas décisif, ne peut à notre sens aller de l’avant qu’en affrontant les directions traîtresses et les courants liquidateurs, au dépend des phénomènes centristes, « en travaillant sur eux » ce qui sera indubitablement un processus difficile et tortueux, fait d’avancées et de reculs, de ruptures et de fusions, d’épreuves à subir, en premier lieu pour nous même, le collectif des cinq.

Ainsi Trotsky affirmait :

« l’adhésion des groupes qui ont rompu avec les vieilles Internationales ne doit pas se concevoir comme un processus rectiligne. Par exemple, les membres du SAP rompirent avec les deux Internationales, s’approchèrent de nous, hésitèrent puis renoncèrent. Est ce que cela implique que nous devons rejeter toute tentative de travail avec eux ? le faire serait un vrai sectarisme dans le style des Bordiguistes qui croient qu’ils peuvent continuer à se croiser les bras (…) Notre tâche fondamentale pour l’instant consiste à propager les idées de l’opposition de gauche, recruter de plus en plus d’adhérents à la Ligue Communiste – individuellement ou en groupes- faire de l’agitation parmi les masses sur le mot d’ordre de la IV Internationale, éduquer nos propres cadres(…)Mais cette tâche n’exclut pas la fusion, des accords et de blocs avec les organisations qui ont des affinités avec nous et qui désirent travailler à la création de la nouvelle Internationale. » (le SAP, la LCI et la QI, 1934).

Camarades, nous sommes d’accord avec cette conception de Trotsky. La lutte pour un regroupement international des force saines du Trotskysme ne sera pas du tout un processus rectiligne : quelques groupes et courants ne seront que des camarades de route, c’est à dire qu’ils approcheront pendant une période et qu’ensuite, ils s’éloigneront. Avec d’autres, nous pourrons avancer avec des accords plus solides, mais n’iront peut-être pas jusqu’à la fusion, etc. …..

Mais en maintenant toujours l’intransigeance idéologique et programmatique, nous devons tenter à chaque pas un travail commun avec eux pouvant prendre la forme de blocs, d’accords etc. ….., même s’il n’est pas prévu d’avancer vers la fusion. Nous croyons que sous la position des camarades de LM et du GB de réaliser une « gauche de Zimmerwald », transparaît une position  extrémiste face à ces phénomènes centristes résistants, ces groupes qui, encore timidement et partiellement, ont commencé une évolution vers la gauche.

A notre sens, cela s’exprime par exemple dans la lettre du 12 août des camarades du GB, quand en relation avec la LSR d’argentine, ils déclarent :

 « la publication de la session, la préparation de la conférence, doivent constituer des points d’appui pour l’analyse et l’intervention dans chaque pays, dans un cadre général d’offensive de la bourgeoisie mondiale. Il est nécessaire de prendre au sérieux l’analyse de la situation mondiale que contient la présentation de l’Appel et d’extraire les conséquences nationales …ou reprendre le débat sur l’Appel .

A partir de l’adhésion commune à la session internationale, la délimitation à partir d’un programme qui est sa conséquence en Argentine, la perspective explicite de la construction d’un partir révolutionnaire (non d’un « pôle ») sont les uniques bases qui peuvent justifier une campagne électorale avec la LSR.

·                Si ces conditions ne sont pas respectées, il n’est pas nécessaire de présenter une liste commune de type « pôle » ou « alliance socialiste » qui ne sont ni un front unique pour l’action, ni une campagne de construction du parti révolutionnaire sur tout son programme.

·                Si ces conditions sont respectées, le travail électoral avec la LSR doit s’étendre à tous les aspects de l’activité politique et avoir pour objectif la fusion entre la LOI et la LSR, sur des bases programmatiques (surtout internationales) claires » (ce qui est est souligné l’est par nous).

Si nous interprétons correctement la position des camarades, ce qu’ils disent, c’est que, ou bien la LSR adhère au programme internationaliste de notre collectif et, sur cette base, nous avançons vers une fusion avec la LSR avec en perspective de mettre sur pied un parti révolutionnaire en argentine.

Dans le cas contraire, il n’est pas correct d’impulser la tactique de faire un bloc électoral révolutionnaire avec la LSR.

Cette position, camarades, qui pour nous signifie : « rejeter toute tentative de travail en commun » et dans ce cas, la possibilité pour la première fois depuis des décades pour les Trotskystes principiels en argentine de démontrer qu’est possible une intervention révolutionnaire sur ce terrain de l’ennemi que sont les élections – avec des courants qui, comme la LSR, se sont rapprochés de notre collectif et de la LOI argentine, mais « ils se sont arrêtés à une certaine distance » est sectaire et ultimatiste.

C’est que au contraire, et comme nous le verrons plus loin, dans sa lutte pour la IVème internationale pendant la décade des années 30, TROTSKY et la Bolcheviques Léninistes, sans céder d’un pouce dans leur stratégie, leur théorie et leur programme, ont donné l’impulsion à des dizaines de tactiques révolutionnaires sur les groupes et phénomènes centristes, avec des blocs, des accords, même avec des tactiques entristes comme dans la SFIO en France et ensuite dans le Parti Socialiste aux US.

L’axe de la politique de Lénine face à Zimmerwald & Kienthal: séparer les social-traitres des internationalistes, travailler audacieusement sur les éléments centristes et dans ce combat regrouper la fraction conséquemment révolutionnaire

Les camarades de LM pensent qu’il faut dépasser l’expérience de Z, « qui fut conçue par le centrisme ». Ils appuient leur argumentation sur ce que Lénine écrivait en avril 1917. Mais camarades, nous parlons d’avril 17, deux ans après la conférence de Z, c’est à dire quand dans le feu de la guerre impérialiste et du début de la révolution russe, Lénine considère comme conclue cette expérience.

A tel point achevée que, dans le même texte cité par le camarades de LM, par la suite, Lénine avance que le fait que la majorité Zimmerwaldienne et le centre Kautskiste étaient « la même chose », ce qui « fut définitivement établi fin 1916-début 1917 », sur la base de « nouveaux faits » : Que les représentants de la majorité de Zimmerwald en France votèrent conjointement avec les social-chauvinistes pour une résolution pacifiste du Parti Socialiste, ils firent de même à la CGT en décembre 1916.

En décembre 1916 également, TURATI et le Partis Socialiste Italien avancèrent publiquement des positions social-pacifistes et nationalistes qui passaient la main dans le dos des partisans de la guerre impérialiste ; et qu’enfin, GRIMM en suisse – le stimulateur de première conférence de Zimmerwald– s’unit directement aux social-chauvinistes dans le parti social-démocrate, contre les internationalistes.

C’est alors que les deux conférences de la Gauche Zimmerwaldienne, en janvier et février 1917, condamnèrent publiquement la majorité d’avoir rompu le manifeste, avec les résolutions et avec l’esprit de Zimmerwald & Kienthal.

C’est à dire que, loin de renier Zimmerwald & Kienthal, la gauche de Zimmerwald revendiquait d’être sa véritable continuité, contre ceux qui les reniaient et passaient au Kautskisme.

C’est au moment de l’explosion de la révolution russe fin février 1917 que Lénine appelle ouvertement à rompre avec « l’internationale de Z » et appelle à ôter la vieille chemise social-démocrate, à endosser la chemise communiste et à fonder la III° internationale sur la base de la gauche de Zimmerwald

Mais si en février, dans le feu de la révolution russe, furent données les conditions pour rompre avec la majorité Kautskiste et proclamer ouvertement ma nécessité de fonder la III° internationale, ce fut précisément parce que Lénine et la Bolcheviques avaient préalablement impulsé et participé aux conférences de Zimmerwald & Kienthal

Sans ces conférences qui signifièrent une première sélection de forces contre les social-patriotes et dans lesquelles Lénine et le Bolcheviques prirent l’offensive contre les éléments centristes, la gauche de Zimmerwald  n’aurait pu être mise sur pied.

Si nous suivions la position des camarades de LM jusqu’au bout, il faudrait en conclure que Lénine fit une erreur en participant à ces conférences, et en signant le manifeste de Zimmerwald (en même temps qu’il publiait la position de la Gauche de Zimmerwald), puisque en fin de compte, le résultat final fut qu’en 1917, « la majorité de Zimmerwald» n’étaient « que des Kautskistes ».

Il faut dire aussi que cette « erreur » de Lénine signifia un retard de 5 ans dans la fondation de la III° internationale puisque ce qu’il aurait du faire, c’était de « sauter » cette étape, former directement une fraction internationale avec ceux avec qui déjà en 1914-15, il avait un accord total avec son programme, c’est à dire avec K.LIEBNECHT et une poignée de révolutionnaires et proclamer que c’était là l’embryon de la III° internationale.

Mais il n’en fut pas ainsi, Camarades, et Lénine donna une importance décisive à ces conférences et n’envisagea jamais de sauter cette étape. Ainsi, il disait dans une lettre à KOLLONTAI, en juin 1915, avant Zimmerwald:

 « à notre avis, les gauches doivent présenter une déclaration idéologique conjointe : 1/ condamner indéfectiblement les social-chauvinistes et les opportunistes 2/ avec un programme d’actions révolutionnaires (parler de guerre civile ou d’actions révolutionnaires des masses n’est pas si important) 3/ manifestant contre la consigne de « défense de la patrie », etc.

Une déclaration idéologique « des gauches » au nom de quelques pays aurait une importance gigantesque … » et il poursuivait :

«  notre attitude envers les éléments hésitants de l’internationales a ; en général, une immense importance. Ces éléments, dans leur majorité socialistes à nuance pacifiste existent autant dans les pays neutres que dans quelques pays belligérants (par exemple  en Angleterre : le Parti Travailliste Indépendant ). Ces éléments peuvent être nos camarades de route. Un rapprochement avec eux est indispensable, contre les social-chauvinistes ».

Depuis 1915, la clef de la lutte de Lénine pour la III° internationale, son travail préparatoire, fut une lutte féroce contre le social-patriotisme, tracer une première tranchée et de là, travailler à l’offensive vers « les éléments hésitants », c’est à dire vars les fractions, courants, groupes et personnalités centristes pour les obliger à se séparer du social-chauvinisme.

C’est ainsi que le rappelle Trotsky en 1933, quand il déclare dans son texte  « les intrigues centristes et la tactique marxiste » :

« Lénine proclama la nécessité de rompre avec les réformistes après l’éclatement de la guerre, la guerre mondiale. Il exigea implacablement cela des centriste. Il n’y avait alors de bolcheviques cohérents nulle part, excepté l’émigration russe. Les éléments qui étaient en train de se virer à gauche et auxquels faisait allusion Lénine étaient des centristes enracinés de part leur organisation et leur idéologie dans la social-démocratie. Ce fut à eux que Lénine dit de rompre avec les réformistes. Mais pour pouvoir le dire, les bolcheviques participèrent avec enthousiasme à la vie interne de la social-démocratie française, suisse et scandinave (– in Lénine « le premier pas » 1915) ».

C’est depuis ce combat déjà établi que Lénine procède début octobre 1915 au bilan de la conférence de Zimmerwald, avançant que celle-ci et même son manifeste, malgré tous les défauts qu’il avait, fut un premier pas en avant crucial dans la lutte et la rupture avec les opportunistes et les social-chauvinistes.

Et il qualifiait clairement de sectarisme le refus

« à faire ce pas en avant avec la minorité des socialistes allemands, français, scandinaves et suisses, quand on garde une totale liberté et opportunité de critiquer l’inconsistance et pour travailler à de plus grandes choses. Ce serait une pauvre tactique de guerre que de nous refuser à adhérer au mouvement international de protestation contre le social-chauvinisme, au motif que ce mouvement est lent ou parce qu’il tout aussi prêt à faire demain un pas en arrière et faire la paix avec le vieux Bureau Socialiste International. (in Lénine, ouvrage déjà cité) ».

Loin de sauter l’étape, Lénine considérait comme un pas en avant ce premier regroupement, cette première sélection, tout en sachant que beaucoup d’éléments hésitants qui avaient participé à la conférence étaient prêts à faire un pas en arrière et à s’unir avec les Kautkistes dès que les circonstances le permettraient et c’est ce qui arriva fin 1916.

Plus encore, Lénine signa le manifeste de Zimmerwald parce que :

« dans la pratique, le manifeste signifie un pas vers une rupture idéologique et pratique avec l’opportunisme et le social-chauvinisme. En même temps, le manifeste, comme toute analyse le montre, contient des inconsistances et ne dit pas tout de ce qui devrait l’être.

Est-ce que ce fut correct que notre comité central signât ce Manifeste (…). Nous pensons que oui.

Nos désaccords, les désaccords, non seulement de notre CC mais aussi de toute l’aile gauche internationaliste de la conférence qui se maintient dans les principes du marxisme révolutionnaire, sont ouvertement exprimés, tant dans une résolution spéciale que dans un brouillon de manifeste séparé et une déclaration de vote pour un manifeste unifié également séparé. Nous avons diffusé et diffusons et continuerons à diffuser nos positions avec autant d’énergie que dans le compromis de manifeste. C’est un fait que ce manifeste est un pas en avant vers une lutte réelle contre l’opportunisme, vers une rupture avec lui (Lénine, ouvrage déjà cité) ».

Pour leur part, les camarades du GB disent qu’il ne faut pas entreprendre une initiative de type Zimmerwald « ample, sur une base minime, qui ne se baserait que sur l’opposition à la guerre impérialiste ».

A notre sens, les camarades sont dans l’erreur.

En premier lieu, loin d’être « ample », l’initiative de Zimmerwald fut tellement réduite que les délégués logeaient dans quatre voitures, comme le relate Trotsky.

Et ce ne pouvait être autrement, car comment pouvait-il s’agir d’une « initiative ample » quand participer à la conférence de Zimmerwald et dresser son programme ( malgré toutes ses inconsistances et timidités) en Russie, France, Allemagne ……. signifiait au minimum aller en prison « pour trahison envers la patrie » !!.

Mais l’essentiel du bilan de la conférence que fait Lénine et de la participation des bolcheviques à celle-ci, c’est que ces derniers avaient réussi à rompre leur isolement et avaient réussi à s’aligner

« avec un groupe complet de l’aile gauche internationale. Nous avons avancé  nos propres tactiques, nous avons inclus grand nombre de nos idées les plus importantes en un manifeste commun et nous avons pris part, à la formation d’un Comité Socialiste International, c’est à dire, pratiquement, un nouveau Bureau Socialiste International, contre les désirs de l’ancien et sur la base d’un manifeste qui condamne ouvertement la tactique de ce dernier. Les travailleurs de Russie, dont l’ample majorité suivit notre parti et son CC, même dans les années 1912-14, verrons maintenant à travers cette expérience du mouvement socialiste international que nos tactiques sont en voie d’être confirmées dans une aire plus ample et que nos idées fondamentales sont partagées par la meilleure et croissante partie du prolétariat international (Lénine, déjà cité) ».

De la même manière, camarades, et nous insistons, en sautant toutes les distances de l’analogie historique, nous croyons que le travail de cotre collectif vers les « éléments hésitants » (…) sur le chemin d’une conférence internationale qui puisse provoquer une première sélection de forces internationalistes, c’est aujourd’hui la chemin pour que tous et en premier lieu nous-mêmes brisions l’isolement national mais qu’aussi nous puissions trouver un chemin vers les masses dans nos pays respectifs, comme nous le verrons plus loin.

La fondation de la troisième internationale et le travail sur les phénomènes centristes

Nous avons déjà établi que, à notre sens, la position de faire directement une « gauche de Zimmerwald » comme l’envisagent les camarades de LM et du GB, de « dépasser » l’expérience de Zimmerwald & Kienthal porte en soi le germe de l’auto proclamation, puisque dans les faits elle signifie « sauter l’étape » du travail sur les phénomènes centristes hésitants, au sens de Lénine.

Camarades, non seulement Lénine en 1915-16 ne put s’offrir le luxe de sauter cette étape  mais l’importance du travail dur le centrisme, loin de diminuer avec le triomphe de la révolution russe et la fondation de la IIIème Internationale, se multiplia par mille.

A tel point que Trotsky, dans les années 30, affirmait que les :

« les 9/10ème des éléments que capta initialement la IIIème Internationale étaient des éléments centristes qui évoluaient vers la gauche. Non seulement des individus et groupes, mais aussi des partis avec leurs vieilles directions ou une partie des mêmes, se situèrent sous le drapeau du Bolchevisme. C’était inévitable que cela se passe ainsi. Son évolution postérieure allait dépendre de la politique de la Komintern, de son régime interne, etc. »(in « les organisations socialistes de gauche et nos taches » 13 Juin 1933)

Les 9/10ème , camarades ! c’est à dire que, dans sa première année d’existence, sans un travail offensif sur le centrisme, sur les ailes, fractions (…) qui dans le feu de la révolution Russe, viraient à gauche et rompaient avec la IIème Internationale et ses partis, sur les syndicalistes révolutionnaires en France et les IWW des U.S, la IIIème Internationale n’aurait pas pu se transformer en une Internationale des masses ni mettre sur pied de grands partis Communistes.

La même résolution de convocation au Congrès de fondation de la IIIème Internationale pose avec clarté cette question quand elle dit :

« La II° Internationale s'est partagée en trois groupes principaux : les social-patriotes déclarés qui, pendant toute la guerre impérialiste des années 1914-1918 soutenaient leur propre bourgeoisie et transformaient la classe ouvrière en bourreau de la révolution internationale ; le « centre » dont le dirigeant théorique est actuellement Kautsky, et qui représente une organisation d'éléments constamment oscillants, incapables de suivre une ligne directrice déterminée, et agissant parfois en véritables traîtres ; enfin, l'aile gauche révolutionnaire.

A l'égard des social-patriotes, qui partout, aux instants critiques, s'opposent les armes à la main à la révolution prolétarienne, seul la lutte implacable est possible. A l'égard du « centre » – la tactique de l'effritement des éléments révolutionnaires, critique impitoyable, et démasquer les chefs. A une certaine étape du développement, la séparation organisatrice des gens du centre est absolument nécessaire.

D'autre part le bloc est nécessaire avec ces éléments du mouvement révolutionnaire qui, tout en n'ayant pas appartenu autrefois au parti socialiste, se placent maintenant dans l'ensemble sur le terrain de la dictature prolétarienne sous la forme du pouvoir soviétique. Ce sont en première ligne les éléments syndicalistes du mouvement ouvrier.

Enfin, il est nécessaire d'attirer tous les groupes et organisations prolétariennes qui, tout en ne s'étant pas ralliés ouvertement au courant révolutionnaire de gauche, manifestent néanmoins dans leur développement une tendance dans cette direction. » (Lettre d’invitation du 1er congrès au KPD, nous soulignons)

A ce congrès fur réffirmée et votée la résolution sur la position envers les courants socialistes et la conférence de Berne :

« Il est absolument nécessaire de séparer du « Centre » les éléments les plus révolutionnaires, ce à quoi on ne peut aboutir que par la critique impitoyable et en compromettant les chefs du « Centre ». La rupture organisatoire avec le « Centre » est une nécessité historique absolue. La tâche des communistes de chaque pays est de déterminer le moment de cette rupture selon l'étape que le mouvement a atteint chez eux. »

A tel point que, dès son second congrès, en 1920, s’établissent les 21 conditions d’admission, puisque, en cette première année de féroce offensive et lutte politique pour arracher au « Centre » tous les éléments révolutionnaires (…) il s’agissait alors d’épurer les rangs.

Ainsi, immédiatement après le second congrès, se produisent une série de scissions dans les Partis Social Démocrates (Tchécoslovaquie, Allemagne, Italie, …)

Ainsi, en lutte à mort contre les social patriotes et les courants centristes, lui arrachant tous ses éléments révolutionnaires et séparant les centristes et les réformistes au dépend de ceux ci, se fortifia et se consolida la IIIème Internationale. Produit de cette dernière délimitation, surgit aussi l’Union Internationale des Partis Socialistes plus communément appelée « Internationale II et demi »

Le Centrisme dans la décennie des années 30 et la lutte pour la IVème internationale

Jusqu’ici camarades, nous avons vu que ni Lénine durant la première guerre mondiale, ni même la IIIème Internationale au début des années 20 qui, répétons le, avait un million de fois de plus d’autorité que celle que nous avons nous même, petite poignée de groupes révolutionnaires, ne purent ni ne voulurent « sauter l’étape » du travail sur le centrisme.

Il advint la même chose à partir de 1933, avec Trotsky et les BL. Quand après la victoire du fascisme et la déroute du prolétariat allemand, ils déclarent que la bureaucratie stalinienne est passée consciemment dans le camp de la contre révolution, Trotsky et les BL appellent à mettre  sur pied de nouveaux partis communistes et une nouvelle Internationale, mais ils ne fondent pas cette dernière en 1933. (…)

Au contraire, à partir de cette année, jusqu’en 1938, quand se fonde la IVème internationale, la clef, ce fut la lutte contre le centrisme.

Avec une intransigeance idéologique et en même temps avec une grande flexibilité tactique- autant contre les groupes qui rompaient avec le stalinisme et la IIIème Internationale que contre les phénomènes centristes de masses qui s’exprimaient à l’intérieur de la Social Démocratie.

Ainsi donc, déjà en juin 1933, peu de jours après avoir déclaré que la bureaucratie stalinienne avait eu son 4 Août et qu’il fallait construire de nouveaux partis communistes, Trotsky définissait le travail sur les « organisations socialistes de gauche » - c’est à dire, les courants centristes – comme la nouvelle tâche essentielle de celle qui était encore l’opposition de gauche Internationale.

Il disait :

« l’opposition de gauche internationale a une nouvelle tache devant elle : accélérer le processus d’évolution des organisations socialistes de gauche vers le communisme ; pour cela, elle doit introduire dans ce processus ses idées et son expérience. Il n’y a pas de  temps à perdre. Si les organisations socialistes indépendantes restent trop longtemps dans leur état amorphe actuel, elles se désintégreront. Les taches politiques de notre époque sont tellement urgentes, la pression des classes ennemies est si puissante – à cela il faut ajouter les intrigues des bureaucraties réformistes et staliniennes – que seul un lien idéologique puissant sur des bases marxistes fermes peut donner à l’organisation révolutionnaire la capacité de se défendre des courants hostiles et conduire l’avant-garde prolétarienne à une nouvelle situation révolutionnaire.

Les organisations socialistes indépendantes et les fractions d’opposition de gauche à l’intérieur de la social-démocratie sont des organisations ouvertement centristes ou conservent dans leurs rangs de forts tendances centristes ou rémanentes de celles-ci. Leur aspect positif, c’est que sous la pression des coups historiques qu’elles ont reçu, elles se développent dans une direction révolutionnaire. Les rapprochement vers ces organisations sur une base de principes claire signifiera pour nous une nouveau chapitre du développement du marxisme révolutionnaire dans le mouvement ouvrier. Une grande organisation révolutionnaire internationale se convertirait en centre d’attraction des éléments prolétariens des partis communistes officiels.

Il faut prendre en compte que si nous faisons ce pas jusqu’au bout, s’ouvriront les possibilités de créer de nouveaux partis communistes » (in « les organisations socialistes de gauche et nos taches » 15 juin  1933).

A peine un mois après, l’opposition de gauche décida qu’il n’était pas seulement nécessaire de construire de nouveaux partis communistes mais une nouvelle internationale révolutionnaire. Cependant, comme nous l’avons dit précédemment, Trotsky et l’opposition de gauche ne fondèrent pas la IVème internationale en 1933 mais au contraire, ils commencèrent un travail offensif vers les courants centristes.

 Il s’agissait, selon Trotsky, de « traiter avec la plus grande attention les groupes qui réellement penchent vers nous ; écouter avec patience et attention leurs critiques, doutes et hésitations, les aider à avancer vers le marxisme ; ne pas craindre leurs caprices, leurs menaces et leurs ultimatums (les centristes sont toujours capricieux et susceptibles) ; ne leur faire aucune concession de principe » (in « le centrisme et la IVème internationale ».

 

Ainsi, en août de la même année, ils participèrent à Paris à la « conférence des organisations communistes et socialistes de gauche » - une conférence d’organisations centristes – et dans celle-ci, ils impulsèrent immédiatement une tactique principielle, établissant une première délimitation entre les organisations qui se refusaient à envisager la nécessité d’une nouvelle internationale et celles qui se prononçaient pour cela. Sur cette base et sur une série de points centraux de principes qui concentraient les leçons révolutionnaires de la défaite du prolétariat allemand de la banqueroute de la social-démocratie et le stalinisme, le caractère de l’URSS et le défaitisme révolutionnaire, entre autres, formèrent le « bloc des quatre. »

 

Mais là non plus, les bolcheviques léninistes ne considèrent pas le travail comme achevé. Au contraire, l’un des points du programme du dit « bloc », précisément, proposait, en une synthèse brillante, une politique offensive contre le centrisme, sans pour autant réduire d’un iota les principes et la stratégie, il disait :

«  8 : bien que disposés à coopérer avec toutes les organisations, groupes et fractions qui réellement évoluent depuis le réformisme ou le centrisme bureaucratique (stalinisme) vers la politique du marxisme  révolutionnaire, les soussignés déclarent en même temps que la nouvelle internationale ne pourra tolérer aucune conciliation avec le réformisme ou le centrisme. La nécessaire unité du mouvement ouvrier n’aboutira pas en mêlant les conceptions réformistes avec celles des révolutionnaires, pas même en s’adaptant à la politique stalinienne, mais  en combattant la politique des deux internationales en banqueroute. Pour être digne de cet objectif, la nouvelle internationale ne doit permettre aucune déviation des principes révolutionnaires sur les principes qui touchent à l’insurrection, la dictature du prolétariat, la forme soviétique de l’état, etc. «  (in «  la déclaration des quatre, sur les nécessité et les principes d’une nouvelle internationale – 26 août 1933).

 

Ainsi, avec la participation à la conférence de Paris et l’acceptation du bloc des quatre, Trotsky et le bolcheviques léninistes initiaient un travail de lutte contre le centrisme qui marquerait la lutte pour la IVème internationale au cours des cinq années suivantes (jusqu’à 1938).

Ce chemin de lutte fut marqué en même temps par le combat contre les tendances opportunistes au sein de la ligue communiste internationaliste – contre le POUM – et aussi contre le sectarisme, contre ces tendances qui se refusaient à un travail en direction des phénomènes centristes, tant vers

Les « organisations socialistes et communistes indépendantes » que vers les regroupements centristes de masses – C’est à dire, des franges des masses qui viraient de droite à gauche – qui s’exprimaient à l’intérieur des partis Socialistes comme ce fut le cas dans la SFIO en France, dans les Jeunesses Socialistes en Espagne et ensuite dans le Parti Socialiste aux U.S.

 

La lutte contre ces éléments sectaires à l’intérieur même des rangs Bolchévik Léninistes, fut essentielle pour pouvoir conduire en avant la tactique du centrisme, pour que de petites ligues de propagande qu’étaient à ce moment là les organisations BL dans ces pays, puissent trouver un chemin à l’avant garde et aux masses et  gagner là, au programme de la IVème internationale les meilleurs ouvriers et jeunes révolutionnaires qui évoluaient de droite à gauche, pour ensuite renforcer les organisations.

 

Ainsi, dans cette lutte contre le centrisme pour chercher une voie vers les masses et en intervenant de manière active dans la révolution Espagnole, Française, en lutte à mort contre le front populaire, contre la social démocratie et le stalinisme, tirant les leçons révolutionnaires des combats du prolétariat mondial, de ses  combats et de ses défaites, Trotsky et les BL forgèrent les cadres qui fondèrent la IVème internationale en 1938.

 

Quelques jours avant la conférence de fondation de la IVème internationale, Trotsky faisait un bilan de toutes les années de combat préalables à cette fondation et il disait « l’opposition de gauche Russe naquit il y a 15 ans. Le travail correct sur le terrain international ne compte pas encore une décade. La préhistoire de la IVème internationale se divise clairement en 3 étapes

Au cours de la première période, l’opposition de gauche fondait encore ses espérances dans la possibilité de régénérer le COMINTERN (…) . La répugnante capitulation du comintern en Allemagne, tactiquement acceptée par toutes ses sections, posa ouvertement la question de la nécessité de construire la IVème internationale. Cependant, nos petites organisations qui se sont développées par le moyen d’une sélection individuelle dans le processus de la critique théorique, pratiquement en dehors du mouvement ouvrier lui même, avaient prouvé ne pas être encore préparées à une activité indépendante.

La seconde période se caractérise par les efforts visant à trouver un véritable champ d’action pour ces groupes de propagande isolés, quitte à renoncer pour un temps à leur indépendance formelle. L’entrisme dans les partis Socialistes augmenta immédiatement nos rangs, bien que quantitativement les succès ne furent pas aussi grands qu’ils auraient pu l’être. Mais cette entrée signifia une étape extrêmement importante dans l’éducation politique de nos sections, qui pour la première fois furent soumises à l’épreuve elles même et leurs idées, confrontées aux réalités de la lutte politique et des ses dures exigences. Comme résultat de l’expérience acquise, nos cadres se forgèrent. Une autre conquête non moins importante, se fut notre rupture avec les sectaires incorrigibles, les sots et les filous qui sont prêts à s’unir à n’importe quel mouvement nouveau, prêts à tout uniquement pour compromettre et paralyser. » (Une grande réussite Août 1938)

 

Le travail sur le centrisme et la lutte des petits groupes pour frayer un chemin à l’avant garde prolétarienne : l’expérience du SWP dans les années 30

 

Camarades,

 

Toute la lutte pour la IVème internationale durant les années 30 fut marquée par une bataille simultanée contre le l’opportunisme et le sectarisme, qui ne sont que les deux faces de la même pièce de monnaie, se refusant à affronter les directions traîtresses et les liquidationistes et centristes, dans le premier cas par la voie de l’adaptation directe aux mêmes ; dans le second cas, par la passivité et l’abstentionnisme.

 

Pour nous, toute politique de passivité face à la crise et aux éclatements qui sont en germe dans les courants liquidationistes et face aux groupes et phénomène centristes résistants qui ont commencé à surgir, consiste à respecter un espace pour les renégats du Trotskysme, quand précisément ce qui est en jeu dans le fait que nous, Trotskystes, nous ayons une politique correcte face à ces phénomènes, c’est que, comme le disait Trotsky « il faut éviter que les conservateurs des appareils centristes hérités du passé contrôlent le développement révolutionnaire de l’avant garde prolétarienne, voilà l’objectif ! (« alchimie centriste contre marxisme ? »).

 

Nous croyons que, par exemple, ne pas définir une politique pour intervenir offensivement dans les crises que traversent aujourd’hui le PSTU au Brésil, le courant Mandeliste en France et en Europe – dont nous pronostiquons l’aggravation compte-tenu des résolutions adoptées par le dernier congrès de la LCR – en entrant de front dans une dénonciation et une lutte publique contre ce courant qui est passé définitivement dans le camp de la bourgeoisie, en cherchant à partir de là à explorer les chemins pour entrer en contact pour débattre avec les groupes qui résistent à ces courants, comme par la Fraction Unité et Révolution ou le compagnon Chris EDWARDS en Angleterre (mais aussi avec des secteurs des sections irlandaise ou suisse du SU) c’est  laisser le champ libre aux renégats du Trotskysme, c’est devenir soi-même centriste.

 

En même temps, c’est empêcher l’évolution de nos propres groupes dans chaque pays, car à notre sens, il n’y a pas deux chemins séparés, l’un qui serait celui de la lutte contre le centrisme et l’autre, indépendant, pour aller vers les masses. L’un, pour la construction internationale et l’autre pour la construction nationale.

Nous croyons que défendre le programme international qu’a conquis notre collectif, lutter pour une conférence internationale en affrontant les directions traîtresses et les liquidationistes et en travaillant offensivement vers ces phénomènes centristes est le chemin le plus court pour que les petits groupes  comme les nôtres trouvent leur chemin vers l’avant garde prolétarienne.

 

Et c’est ainsi parce ce que comme nous l’avons dit, les liquidationistes et les renégats du Trotskysme ne sont en rien marginaux, mais intégrés, qu’ils influencent ou dirigent d’amples franges de l’avant garde ouvrière dans différents pays,  la lutte contre eux  et le travail contre les groupes résistants, c’est en même temps une lutte dans l’avant garde pour gagner les ouvriers avancés au drapeau du Trotskysme, pour empêcher que le développement de cette dernière soit contrôlé par ces appareils conservateurs.

 

A partir de cela, nous sommes convaincus que définir une politique correcte face aux phénomènes centristes qui sont en train d’émerger, non seulement dépend le maintien et la survie de cet acquis qu’est notre collectif, mais aussi le développement de chacun de nos groupes respectifs.

Toute politique sectaire, ultimatiste, nous conduirait à finir comme de petites sectes qui mijotent dans leur propre jus ou comme tant de fois antérieurement, versent dans l’opportunisme devant la lutte des classes ou même finissent par disparaître.

 

C’est ce que montra l’exemple du SWP ou celui de la Ligue communiste en France, à l’inverse, ce fut l’expérience négative de la section Espagnole qui se refusant à pratiquer l’entrisme dans les Jeunesses Socialistes, permit que ces dernières constituent la base du Parti communiste en Espagne.

Le SWP Américain, fondé comme tel en 1938, fut le produit de cinq années d’un travail tenace intransigeant idéologiquement, tactiquement flexible, face aux divers phénomènes centristes qui se développèrent à partir de 1933 (…)

C’est ainsi que Cannon définissait ces phénomènes : « la débâcle en Allemagne avait confirmé la banqueroute du COMINTERN et un mouvement d’éloignement de celui ci s’était engagé de la part des travailleurs les plus critiques. Par ailleurs, la Social Démocratie moribonde voyait se développer une nouvelle vie dans ses ailes gauche, provoquée par la radicalisation de certaines couches du prolétariat et de la jeunesse. Des mouvements indépendants, radicalisés, composés d’ouvriers et d’intellectuels rejetés du PC et rebutés par la Social Démocratie se constituaient. Le mouvement ouvrier Nord Américain était en train de se réveiller de son long sommeil, après la paralysie s’ouvrait le chemin pour un nouveau mouvement » (Histoire du Trotskysme Américain)

 

A partir de là, Cannon et les Trotskystes Américains développèrent une politique offensive en direction de l’Américan Workers Party dirigé par le pasteur MUSTE, en proposant publiquement d’engager une discussion pour fusionner les deux organisations. En même temps, ils menèrent une politique offensive vers les Lovestonistes de gauche en 1928 et qui menaient depuis leur expulsion du PC une existence indépendante

« Nous fumes actifs parmi d’autres secteurs sur le front politique ( …) après que les lovestonistes aient directement contribué à nous expulser du PC, ils durent faire face à leur propre expulsion. Après celle ci, ils nous considérèrent comme une petite secte sans membres et sans influence alors qu’eux même, comparativement, avaient une plus grande surface. Mais pendant ces cinq années, nous les avons réduit à notre propre dimension. Nous étions en pleine croissance, eux il déclinaient. Notre proposition pour un nouveau parti présentait un grand intérêt et l’organisation Lovestoniste se montrait également intéressée » (Cannon, ouvrage déjà cité)

 

Après avoir dirigé et conduit jusqu’au triomphe la grande grève de Minneapolis de 1934, et comme première réfraction aux US du « modèle Français », les Trotsistes Nord Américains, impulsèrent immédiatement d’une façon offensive la fusion de la Ligue communiste avec le AWP qui donna lieu au surgissement du Workers Party.

Mais ils avaient à peine fini de consolider cette fusion que déjà la réalité elle même leur imposa de poursuivre jusqu’au bout le « Modèle Français » aux US et d’entrer au Parti Socialiste.

Cannon dit ainsi : «  nous commencions à peine notre travail sous le drapeau indépendante du WP mais ce problème ( …celui du développement d’une aile gauche  au sin du Parti Socialiste) ne pouvait attendre. Nous commençâmes à insister sur le fait qu’il fallait faire de plus en plus attention au Parti Socialiste et au développement de cette aile gauche. Nous nous étions mis d’accord sur les points suivants :  il nous fallait repousser la staliniens. Il nous faudrait parvenir à délimiter stalinisme et mouvement socialiste de gauche naissant et conduire ce dernier vers le marxisme  authentique.

De plus, il  nous faudrait laisser de coté tout fétichisme d’organisation. Nous ne pouvions pas nous contenter d’affirmer : « voici le WP ; il possède un programme correct, venez et adhérez ! ». c’est là l’attitude des sectaires. Cette aile gauche était un groupe lâche de  milliers de personnes du Parti Socialiste, assez flou dans ses conceptions, mal dirigé, mais très prometteur s’il était fécondé par les idées marxistes » (cannon, déjà cité).

 

La tactique de l’entrisme dans le PS impliqua une lutte fractionnelle interne et la séparation des Oehleristes, l’aile sectaire de la Ligue Communiste.

 

Camarades, nous ne voulons pas donner trop de citations et d’exemples. Ce que nous voulons poser et souligner, c’est que la lutte contre le centrisme et simultanément le travail vers les courants centristes, menés avec intransigeance au plan idéologique et à la fois audace au plan tactique, fut le chemin suivi par les petits groupes BL qui en 1933, décidèrent de lutter pour de nouveaux partis, une nouvelle internationale et ainsi se frayèrent une chemin vers les masses.

 

Au contraire, là où les tendances sectaires s’imposaient, comme en Espagne où les BL refusèrent l’entrisme dans les JS alors que celles-ci défilaient dans les rues avec des portraits de Trotsky, laissèrent le champ libre aux staliniens (…).

 

Pour nous, ne pas voir l’importance fondamentale du travail vers les courants centristes – que ce soit ceux qui surgissent au sein des organisations liquidationistes  ou que ce soit les franges d’ouvriers radicalisés – met les petits groupes comme les nôtres face au danger de dégénérescence, par sectarisme ou opportunisme.

 

Par exemple, - et bien entendu en sautant toutes, mais absolument toutes, les distances de l’analogie historique  - en Argentine, autant que dans le processus  pré révolutionnaire de 2000-2001, à partir du début même de la révolution, nous avons vu se développer des phénomènes centristes d’ouvriers qui viraient à gauche.

 

Pour notre part, nous qui sommes en lutte acharnée contre les courants renégats du Trotskysme, nous sommes à l’offensive – intransigeant sur les principes et flexible tactiquement – en direction de ces phénomènes centristes.

Ainsi donc, au milieu de 2002, nous sommes intervenus vers PO et ses alliés dans d’autres pays qui tenir conférence en argentine pour « refonder » la IVème internationale.

Ce fut ce combat internationaliste qui nous prépara et nous aida à nous situer vis-à vis de franges entières d’ouvriers radicalisés (comme les ouvriers des poissonneries de la Mer de Plata, les mineurs du Nord de Salta, …..) qui affluèrent vers Pôle Clasista (prédécesseur de PO) et nous permit  d’intervenir audacieusement en une lutte ouverte contre la direction de PO qui voulait contrôler et corseter le phénomène dans le cadre étroit de son appareil, nous permit de nous placer d’une façon privilégiée au cœur de l’avant-garde révolutionnaire, les héroïques mineurs de Mosconi.

 

De la même façon, au milieu des événements révolutionnaire, nous vîmes surgir des  franges d’ouvriers d’avant-garde qui se concentrèrent au FTC – courant dirigé dès l’origine par le MAS .

Nous sommes intervenus e luttant pour empêcher que cet « appareil conservateur hérité du passé » qu’est le MAS puisse contrôler la situation, et nous l’avons fait drapeaux déployés, en une lutte politique fondée sur le programme révolutionnaire de notre Collectif, depuis la  lutte pour le regroupement international des Trotskystes  principiels et un programme d’action révolutionnaire pour la révolution argentine. Nous avons ainsi pu gagner un groupe d’ouvriers.

 

Bien sûr, Camarades, nous n’entendons pas dire qu’il y aurait identité de situation entre les années 30 et aujourd’hui, ni même que toutes les conditions existeraient partout, dans tous les pays pour développer des politiques entristes …..nous sommes conscients que dans notre cas, nous avons eu de et nous avons le privilège de vivre en argentine alors que commençait une grande révolution.

 

Ce que nous avons tenté, comme nous l’avons dit, c’est de montrer la justesse des conceptions de Trotsky et des BL sur l’importance décisive de l’intervention en direction du centrisme, qui à notre sens et comme nous avons tenté de l’expliquer, les camarades du LM et du GB interprètent comme l’expression d’une politique visant à réaliser une nouvelle « gauche de Zimmerwald ».


 

La théorie et le programme de la IVème internationale sont passés à nouveau à l’épreuve de l’histoire face à la révolution bolivienne, face à la guerre, au front populaire et aux agissements des directions traîtresses.

 

Camarades, nous sommes convaincus qu’aujourd’hui, face aux convulsions mondiales telle que la grandiose révolution bolivienne qui vient de commencer, comme l’ont été les guerres de colonisation impérialiste contre l’Afghanistan et aujourd’hui contre l’Irak ou l’héroïque résistance du peuple palestinien, comme l’émergence des fronts populaires et face à l’action des directions contre révolutionnaire de tout poil, la théorie et le programme de la IVème internationale ont traversé l’épreuve de l’histoire en montrant toute leur vigueur et leur actualité.

 

C’est pour cette raison que, au COTP-CI, nous sommes de plus en plus convaincus que la lutte doit se mener pour la régénération et la refondation de la IVème internationale, le Zimmerwald & Kienthal pour lequel nous luttons est un grand pas pour regrouper mes forces saines du

Trotskysme sur la voie de ce combat.

 

Pour nous, tel est le combat que nous devons mener, d’autant plus important que durant des décades, les usurpateurs qui ont souillé notre drapeau sont en train de s’en séparer de plus en plus vite. C’est qu’aujourd’hui, de tels sauts liquidationnistes, couverts de trahisons, nous en sommes les témoins – avec ces courants qui entrent dans les gouvernements de front populaire, abandonnant, même en rusant, la lutte pour la dictature du prolétariat, jouant un rôle direct dans l’étranglement des révolutions – ne peuvent plus se justifier au nom du Trotskysme et de la IVème internationale.

Car ces courants qui passent de plus en plus ouvertement dans le camp bourgeois, se préparent déjà à être ceux qui vont contenir directement tout virage à gauche des masses et de l’avant garde confrontés à la crise et au discrédit de la social démocratie, du stalinisme, des bureaucraties syndicales etc..

 

Nous sommes en train de voir ressurgir ce que nous appelons la « loi Monatte ».

 

Ainsi disait Trotsky en 1930, dans son texte « Monatte traverse le Rubicon » :

«  La crise mondiale a pris des proportions gigantesques et pour le moment elle continue à s’accentuer. Personne ne peut prédire jusqu’ou elle ira ni quelles conséquences politiques elle va apporter (…) La crise économique a franchi les frontières de la France et maintenant, nous voyons, là bas, après un bref interlude, le commencement du non-emploi. Durant les années de relative prospérité, les ouvriers Français ont dû endurer la politique de la confédération. Durant les années de crise, il se peut qu’elle leur rappelle ses trahisons et ses crimes, Jouhaux ne peut que se sentir gêné. Il a besoin, de manière indispensable d’une aile gauche, peut être de façon encore plus indispensable que Blum (…) Dumoulin prend sa place dans la formation comme aile gauche de Jouhaux au moment même ou Monatte, qui n’a pas cesser de virer à droite, décide de franchir le Rubicon (…) Ainsi tout est en ordre : Monatte rompt avec le camp de gauche au moment précis ou la bureaucratie confédérale a besoin de couvrir son flanc gauche qui était à découvert.

Ce qui nous intéresse c’est l’importance systématique de ces regroupements personnels, qui reflètent des processus beaucoup plus profonds dans les propres masses ouvrières. »

 

Aujourd’hui, les courants liquidationnistes, comme Monatte, «  traversent le Rubicon ». Quand des secteurs des masses et de l’avant garde tendent à virer à gauche, à rompre avec la social démocratie, avec le stalinisme – comme nous sommes en train de le voir naître rapidement, par exemple en Angleterre avec la rupture de dizaines de syndicats d’avec le Parti Travailliste, ou, en France avec l’abandon massif des travailleurs de la CFDT, ou au Brésil, avec la tendance de franges d’ouvriers à rompre avec le PT – ces courants liquidationnistes font un saut qualitatif à droite pour contenir ces processus, et sauvegarder les directions traîtresses et les régimes bourgeois.

Pour nous, la théorie et le programme de la IVème internationale sont absolument d’actualité, la lutte doit consister à la régénérer et la refonder, cela apparaît aussi dans le fait que c’est de l’intérieur même des courants qui usurpent les drapeaux du Trotskysme, que sont en train de surgir des fractions, groupes et cadres résistants qui font un pas vers la gauche, en défendant, encore partiellement les drapeaux de la IVème internationale.

 

Nous ne voyons absolument pas surgir de phénomènes de ce type provenant du stalinisme, ni du maoïsme,  ni du castrisme etc.…

 

Plus encore, nous croyons qu’à partir de la position des camarades de Lucha Marxiste et du GB qui consiste à lutter pour une nouvelle internationale ouvrière révolutionnaire sous sa forme algébrique, ou celle des camarades du CWG, qui luttent pour une Vème internationale- c’est à dire qu’ils ne défendent pas la IVème internationale – on court le risque de finir par s’adapter à n’importe que groupe néo-stalinien qui voudra discuter avec notre collectif.

 

A notre sens, la théorie et le programme de la IVème internationale sont à ce point tant valable et d’actualité, que son affirmation, celle de son combat, celle de Trotsky se transforme en un véritable test pour apprécier avec clarté l’évolution de tout groupe ou courant qui viendra du stalinisme, qui semblera virer à gauche et qui manifestera son intention de discuter avec le collectif.

 

Telles sont nos convictions, camarades, convictions que nous ne voulons absolument pas imposer à qui que ce soit, puisque nous savons que dans le débat sur le caractère de l’internationale révolutionnaire – si la lutte est pour une internationale ouvrière révolutionnaire posé sous une formule algébrique, pour une nouvelle Vème internationale ou pour régénérer ou refondre la IVème internationale – nous nous sommes tous mis d’accord sur le fait  que, en dernière instance, ce sera la vie même qui rendra son verdict définitif.

 

Ce que nous tenons à souligner dans cette lettre par laquelle nous avons tenté de une réflexion sur l’expérience historique du marxisme révolutionnaire au XX° siècle et son travail sur le centrisme, c’est que de la même manière que le centrisme est un phénomène transitoire, instable, comme le disait Trotsky, qui ne peut jamais mettre sur pied des organisations de masses car en s’adaptant aux directions traîtres, il ne peut ni les battre, ni gagner la direction.

 

Nous croyons qu’on ne peut ni régénérer ni refonder la IVème internationale – comme c’est notre objectif – ni non plus mettre sur pied une nouvelle internationale ouvrière révolutionnaire, ni une Vème internationale, sans provoquer de défaites décisives des courants révisionnistes et centristes qui usurpent le nom et le drapeau du Trotskysme, qui ont un poids réel dans l’avant garde du prolétariat dans des dizaines de pays dans le monde, c’est à dire dans l’avant garde ouvrière mondiale.

 

Mais dans ce débat, nous insistons, ce sera la vie qui se chargera de trancher.

 

C’est pourquoi, dans notre lettre du 3 novembre, nous avons proposé que dans l’optique de la conférence internationale et à partir de toutes les composantes du Collectif et de la défense des acquis de celui-ci,  « Révolution Permanente » rende compte publiquement de ce débat, afin que d’autres groupes et courants avec lesquels nous entrerons en discussion puissent prendre part à ce débat et ainsi voir leurs propres positions évoluer sous l’effet de cette discussion.

 

Cela nous permettrait à tous de faire nos expériences complètes avec ces groupes quelque soient leurs positions respectives vis à vis de nos trois positions respectives et différentes.

Pour nous, camarades, tel est le chemin à suivre pour conquérir effectivement une grande conférence internationale, vraiment démocratique et pour permettre qu’effectivement, la vie même puisse apporter son verdict sur le caractère de l’internationale ouvrière révolutionnaire.

 

Saluts fraternels et révolutionnaires