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Marx

La Crise

Cahier bolchevik n°21

 

 

Souvent, les critiques de Marx ironisent sur son absence d’une théorie des crises ou lui reprochent de juxtaposer plusieurs explications : la sous-consommation de la classe ouvrière, le déséquilibre entre les branches de production, l’étranglement des profits par l’augmentation des salaires, le parasitisme de la finance sur le capital productif, etc.

Certes, Marx n’a pas rédigé l’ouvrage dédié à la crise économique qu’il envisageait. Par contre, comme la crise fait partie du fonctionnement du capitalisme, un certain nombre d’articles d’actualité qu’il écrivit pour la presse de son époque et tous ses travaux économiques, en particulier le livre III du Capital, abordent cette question. Malgré l’expérience limitée des crises à son époque, Marx y anticipe la distinction entre d’une part les crises sectorielles, conjoncturelles et locales, et d’autre part la grande crise capitaliste, générale et mondiale. Il conçoit aussi que chaque crise est spécifique et réclame donc une étude particulière, tout en reposant sur une véritable théorie générale des contradictions du capitalisme qui conduisent inéluctablement à la catastrophe.

L’axe de son analyse est immanent au mode de production capitaliste (il ne part pas d’événements extérieurs pour expliquer la crise). Marx procède de la production (et non de la consommation, aussi importante soit-elle) et de l’extraction de la plus-value ou survaleur (et non du partage ultérieur de la plus-value sociale entre les fractions de la classe capitaliste, dont le capital de la finance).

Face à la classe ouvrière, l’ensemble de la classe exploiteuse tente de briser la résistance des travailleurs et d’accroître l’exploitation ; face à la concurrence des autres entreprises, chaque capitaliste individuel tente d’abaisser son coût de production. L’augmentation du capital constant (achat de moyens de production) au détriment de la part du capital variable (achat de force de travail) est le principal moyen d’atteindre ces deux objectifs.

Quelque soit le succès initial de telle ou telle entreprise vis-à-vis des autres, quelle que soit l’efficacité provisoire de contre tendances, le résultat est tôt ou tard une baisse du taux de profit. Alors, peuvent se produire une offensive capitaliste contre les salaires directs et indirects, un krach financier (de la Bourse, des banques, du change…), une insuffisance de la demande, une régression protectionnisme, etc.

Il ne s’agit pas pour autant de la cause véritable des crises économiques, mais plutôt de moments particuliers de telle ou telle crise, exprimant tous la suraccumulation du capital en regard d’une plus-value totale désormais insuffisante. La véritable barrière du capital est le capital lui-même.

Le professeur d’université Daniel Bensaïd vient de publier (pour 14 euros) de prétendus « inédits de Marx sur la crise ». Or, Roger Dangeville, militant du courant bordiguiste, infatigable traducteur et éditeur de Marx et Engels des années 1960 et 1970, avait déjà compilé en 1978 un recueil quasi-exhaustif pour 10/18, incluant ceux qui sont préfacés par le théoricien du NPA comme inédits. Cet ouvrage figure dans la bibliothèque de Bensaïd : bravo pour l’honnêteté intellectuelle !

La lecture préalable de Salaire, prix et profit de Marx, publié dans la même collection (Cahier Bolchevik n° 9), est conseillée.