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Encore une fois, où va la France ? (1935)
Extraits de la lettre ouverte de Trotsky aux ouvriers
français du 10 juin 1935
Chers camarades,
Je quitte aujourd'hui la France, et cette
circonstance me donne enfin la possibilité de m'expliquer ouvertement devant
vous ; aussi longtemps que je restais sur le sol français, j'étais
condamné au silence. Il y a deux ans, le gouvernement de " gauche "
Daladier, dans sa lune de miel, me permit de me fixer en France avec les mêmes
droits, paraît-il, que les autres étrangers. En fait, il me fut interdit de
vivre à Paris, et je me suis immédiatement trouvé sous la surveillance
rigoureuse de la police.
Peu de temps après le 6 février 1934, le ministre de
l'intérieur, Albert Sarraut, après une campagne enragée de la presse, signa un
décret m'expulsant de France. Mais il ne se trouva pas de gouvernement qui
consentît à m'accepter ; c'est uniquement pourquoi le décret d'expulsion
n'avait pu jusqu'à maintenant être appliqué...
Il y a deux ans, L'Humanité répétait chaque
jour : " Le fasciste Daladier a fait appeler le social-fasciste Trotsky
en France pour organiser avec son aide l'intervention militaire contre l'URSS.
" ... Aujourd'hui, ces messieurs ont constitué, comme on sait, avec le
" fasciste " Daladier, un " front populaire "
antifasciste. D'une intervention de l'impérialisme français en URSS, les
staliniens, qui se donnent le nom de communistes, ont définitivement cessé de
parler. Au contraire, ils voient maintenant dans l'alliance du capital français
avec la bureaucratie soviétique une garantie de paix... À présent, messieurs
les calomniateurs commencent à dire que la politique de Trotsky et des
bolcheviks léninistes rend service non à Herriot et à Daladier, mais à Hitler,
c'est-à-dire non pas à l'impérialisme français mais à l'impérialisme allemand.
Le stalinisme est maintenant la plaie purulente du
mouvement ouvrier de tous les pays. Il faut la brûler au fer rouge ; il faut de
nouveau rassembler le prolétariat sous le drapeau de Marx et de Lénine. Je pars
avec un profond amour pour le peuple français et une foi indéracinable dans
l'avenir du prolétariat français...
Léon Trotsky