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L’élection présidentielle et la
lutte des classes au Brésil
Face à la collaboration de classes et à la
capitulation devant l’impérialisme du gouvernement de Lula et du patron
Alencar, il faut un véritable gouvernement des ouvriers et des paysans
Au moment où le principal impérialisme se prépare à écraser une nouvelle fois l’Irak, son arrière-cour est instable. Les masses d’Amérique latine résistent à l’aggravation de l’exploitation et de la misère qu’entraînent la récession mondiale du capitalisme et le maintien de la domination impérialiste (nord-américaine mais aussi européenne et japonaise) sur la plus grande partie du continent.
ü En décembre 2001, des manifestations de rue renversaient le président de l’Argentine et chassaient le gouvernement qui appliquaient les plans du FMI.
ü De décembre 2002 à janvier 2003, le Venezuela a connu le deuxième lock-out de l’entreprise pétrolière, opération menée en sous-main par le gouvernement des États-Unis pour chasser le nationaliste bourgeois Chavez du pouvoir.
ü Le 13 février 2003, des émeutes ont secoué la Bolivie…
Entretemps, au Brésil, le 27 octobre 2002, Luiz Inacio da Silva dit Lula, candidat du parti ouvrier de masse, le Parti des travailleurs (PT), est élu au second tour des élections présidentielles avec 62% des suffrages. Après trois échecs en 1989, 1994 et 1998, il devance José Serra (38% des voix), le candidat du Parti social-démocrate brésilien (PSDB), le parti bourgeois du président sortant Cardoso.
Dans ces élections, les travailleurs et la jeunesse se sont très majoritairement prononcés pour le candidat du PT, pour le pouvoir du seul PT. Face à la crise économique mondiale qui ravage aujourd’hui le sous-continent, les ouvriers et les paysans brésiliens aspirent au pouvoir pour arracher leurs revendications les plus vitales.
Le pouvoir ouvrier n’est pas le but de leurs dirigeants actuels, à commencer par Lula.
Arrivé en tête au premier tour du 6 octobre 2002, avec 46,4 % des voix, Lula n’avait pas cessé de combattre l’aspiration au pouvoir des larges masses qui s’étaient tournées vers lui. En promettant d’être le « président de tous les Brésiliens », Lula s’est présenté comme le garant de la continuité de l’ordre capitaliste :
Les termes "contrôle des changes" et
"suspension du paiement de la dette" n'appartiennent pas au
vocabulaire du Parti des travailleurs. (cité
dans L’Humanité, 25 octobre 2002)
Le PT s’est lié à un parti bourgeois, le Parti libéral (PL) d’Alencar. Lula s’est d’ailleurs présenté avec comme candidat à la vice-présidence Alencar. Ce dernier est un patron qui exploite personnellement plus de 3 000 travailleurs de l’industrie textile. La vice-présidence d’Alencar symbolise la collaboration de classes, confortée par la présence des partis bourgeois (PL, FL et Verts) dans le nouveau gouvernement.
Le programme politique « Paix et amour » (sic) du candidat du PT était conforme à ses alliances politiques. Lula et ALencar ont défendu le programme du capital financier. En outre, entre les deux tours, Lula a promis de baisser les impôts qui pèsent sur les églises. Mais quand le prêche ne suffit pas à résigner les masses, la bourgeoisie recourt à la force. Le PT, ce n’est pas seulement le goupillon, mais le sabre :
Comment Lula a séduit les militaires… L’ancien
meneur de grèves, emprisonné sous la dictature militaire… et ses conseillers
ont bâti une relation avec les forces armées sur la conciliation… (Le Monde, 3
janvier 2003)
Entre les deux tours, la coalition s’est encore élargie. Pas seulement aux partis issus du stalinisme (PCB et PcdoB). Arrivé quatrième avec 12% des voix, Ciro Gomes était le candidat du Front du Travail (FL) un conglomérat de petits partis populistes avec une fraction issue du Parti communiste brésilien (PCB). En échange de postes gouvernementaux, le FL a soutenu Lula. Garotinho, évangéliste, ex-gouverneur de l'Etat de Rio de Janeiro du PSB (Parti socialiste brésilien) troisième au premier tour avec 17,9% des suffrages a aussi soutenu Lula en échange de baisse d’impôts sur les Eglises et leurs entreprises. C’est un véritable front populaire, une coalition entre les partis ouvriers et des représentants de la bourgeoisie, qui a été mis en place contre la révolution brésilienne.
Les travailleurs qui se sont portés sur le candidat du PT n’ont pas voulu une alliance avec la bourgeoisie qui les exploite et les opprime. La grande masse des exploités a voté pour l’arrêt de l’inflation, de la misère, du chômage, elle a voté pour des hausses de salaires car l’ancien dirigeant de la CUT (Centrale unitaire des travailleurs), Lula, a promis d’augmenter de 100% le salaire minimum de 200 reals aujourd’hui, soit 60 euros. Les paysans pauvres ont voté pour la réforme agraire et pour l’expropriation des propriétaires terriens.
Mais, le 27 octobre au soir, contre cette aspiration au pouvoir, le candidat du PT allié à la bourgeoisie conviait :
dès aujourd’hui tous les hommes et toutes les femmes
de ce pays, tous les entrepreneurs, tous les syndicalistes, tous les ouvriers
et tous les paysans pauvres à construire le pays…
(Le Monde, 29 octobre 2002)
Pour défendre l’ordre bourgeois et les nantis, le gouvernement Lula-Alencar, véritable bloc politique contre les revendications des travailleurs et paysans, s’est placé sous l’égide des puissances impérialistes.
Le PT n’a pas obtenu de majorité parlementaire. Lors de ces élections générales, en même temps législatives, sénatoriales et régionales, le Parti des travailleurs s’est certes renforcé en passant de 58 à 91 députés dans une assemblée qui en compte 513 . Mais c’est loin de constituer un raz-de-marée électoral, d’autant que le PT a payé sa gestion capitaliste des villes et régions qu’il dirigeait, comme Porto Alegre, en n’obtenant que 3 postes de gouverneurs d’Etat sur 26.
Cela permet à la direction réformiste du parti de justifier ses capitulations. Alors que son candidat a recueilli plus de 50 millions de voix sur les 115 possibles, l’absence de majorité parlementaire été l’un des arguments de Lula pour justifier une alliance avec de multiples représentants de la bourgeoisie. Le président PT s’est plié à tous les rites de l’État bourgeois brésilien : intronisation par le président du Sénat, serment sur la constitution…
Le premier acte du gouvernement Lula-Alencar a été d’accepter le budget 2003 de la précédente assemblée nationale, d’augmenter les taux d’intérêt versés aux parasites financiers (25,5% !), de s’engager à rembourser la dette extérieure. Dès son élection, Lula a prévenu :
La dure traversée à laquelle se prépare le Brésil
exigera l'austérité dans le maniement des deniers publics… (L’Humanité,
30 octobre 2002)
Pour lier la classe ouvrière aux patrons et les paysans aux latifundiaires, la direction du PT a rassuré la bourgeoisie quant à sa fidélité à l’exploitation capitaliste grâce à la mise en place d’un « pacte social » :
Le nouveau président du Brésil, Luiz Inacio "
Lula " da Silva, a jeté, jeudi à Sao Paulo, les bases de son "pacte
social". Parlant devant des dirigeants de l'industrie, des syndicats et
des organisations sociales, il a annoncé la création d'un "Conseil de
développement économique et social", qui sera chargé de concevoir et
définir le contenu du "pacte social ". Il a précisé par la suite que
ce conseil de développement serait "pluriel", rattaché à la
présidence de la République, qu'il serait composé de 40 à 70 personnes et se
réunirait périodiquement. "Le Conseil se mettra au travail tout de suite
pour que le 2 janvier (au lendemain de l'investiture) les choses aient déjà un
peu avancé", a-t-il dit. (L’Humanité, 9 novembre 2002)
Dans un pays dominé, capituler devant la bourgeoisie nationale entraîne inévitablement la capitulation devant sa patronne, la bourgeoisie impérialiste. En gage de soumission, le nouveau président a fait sa première visite de chef d’Etat à Washington. Bush a, paraît-il, été agréablement surpris par sa rencontre :
Au delà du temps prévu, ils ont échangé des
compliments, bavardé et plaisanté durant un quart d’heure supplémentaire.
‘‘Vous avez l’air d’un Républicain’’, l’aurait taquiné M. Bush, quand M. da
Silva lui expliquait sa politique économique décidément peu radicale… (The Economist,
14 décembre 2002)
Lula a choisi Washington pour nommer son ministre des finances, Palocci, et le gouverneur de la banque centrale (un membre du PSDB) :
De retour d'une visite aux Etats-Unis et au Mexique,
où il s'est respectivement entretenu avec les présidents George W. Bush et
Vicente Fox, Luiz Inacio Lula da Silva, président élu du Brésil, a annoncé,
jeudi 12 décembre, à Brasilia, la nomination, sous réserve de son approbation
par le Sénat, de Henrique Meirelles, ancien président de BankBoston, qu'il
dirigea pendant six ans, au poste de gouverneur de la banque centrale.
Coordinateur de la « commission de transition » destinée à préparer la
passation des pouvoirs fixée au 1er janvier 2003, Antonio Palocci a par
ailleurs été confirmé comme futur ministre des finances… (Le Monde, 14
décembre 2002)
Comme Bush, Lula s’entoure de prêtres :
Frère Betto est
maintenant à Brasilia : Lula l’a appelé à ses côtés, à la présidence,
comme conseiller. (Ouest France, 24 février 2003)
Dès septembre 2002, Lula rassurait les chefs militaires, ceux-là même qui réprimaient les révolutionnaires, les syndicalistes et les grévistes entre 1965 et 1985 :
Le leader du parti des travailleurs leur a parlé
d’Etat fort, de présence militaire accrue… (Le
Monde, 3 janvier 2003)
Se vantant d’avoir obtenu la « confiance des marchés » lors de sa visite aux États-Unis, Lula et son ministre Palocci ont pu regagner le Brésil avec la bénédiction du FMI, satisfait des engagements pris par le président brésilien. Ainsi les 30,5 milliards de dollars prêtés à Cardoso fin 2002 pour sauver la banque centrale brésilienne de la faillite sont à rembourser par le gouvernement Lula-Alencar qui a aussi promis de payer les énormes intérêts, comme le FMI le lui a demandé.
Lors des cérémonies d’intronisation, Lula a déclaré que la lutte contre la faim était une cause « sans distinction de classe, de parti », comme si la faim dans un pays comme le Brésil n’était pas engendrée par la propriété privée et par le capitalisme. Il a précisé que « la réforme agraire sera faite sur les terres inutilisées », donc sans expropriation des grans propriétaires fonciers. Ce jour-là, le 1er janvier 2003, le PT a organisé un meeting devant 500 000 personnes avec Chavez (incapable lui-même d’affronter réellement les impérialistes au Venezuela), Mbeki (à la tête du gouvernement ANC qui gère le capitalisme d’Afrique du Sud) et Castro (qui rétablit le capitalisme à Cuba). Lula y a défini sa méthode de travail : gouverner « par le dialogue et la négociation ».
Quelques jours plus tard, Lula a salué de phrases creuses le Forum social mondial où les cléricaux chrétiens et les réformistes au service des bourgeoisies européennes bercent la jeunesse dans l’illusions d’un bon capitalisme… Puis le président s’est rendu illico à la rencontre des capitalistes du Forum économique de Davos, au grand dam de ceux qui ont voté pour lui en tant que représentant des travailleurs :
A Porto Alegre, où il a été acclamé par une foule
passionnée et attentive, on lui a hurlé : ‘‘fica ! fica !’’
(reste ici)… (L’Humanité, 27 janvier 2003)
En se pliant aux puissances impérialistes et en menant la politique dont la bourgeoisie compradore brésilienne a besoin, le PT permet le maintien de la domination impérialiste contre la volonté des masses ouvrières et paysannes d’arracher leurs revendications.
Le Brésil est la onzième économie mondiale et la première puissance d'Amérique latine. Il est également le premier producteur mondial de café, d'orange et de canne à sucre et le deuxième producteur mondial de soja, d'étain, de cacao.
Depuis 1999, la récession économique touche de plein fouet les pays sud-américains. L’économie brésilienne n’échappe pas au marasme : stagnation de la production (+ 0,9% en 2002), augmentation du chômage (+ 23% de 1997 à 2002), accroissement du travail au noir, forte inflation (11% en 2002), liquidation de budgets sociaux afin de payer les intérêts de la dette extérieure… Comme en Argentine à la fin des années 1990, les conditions de vie du prolétariat se sont durement dégradées :
Les dépenses d’éducation représentaient 20,3 % des
recettes en 1995 ; elles ne comptent plus que pour 8,9% en 2000 ; le
paiement des intérêts de la dette, qui absorbait 24,9% des recettes, en
détourne aujourd’hui 55,1 %. L’ensemble des dépenses d’éducation et de santé
est désormais inférieur au montant de ces intérêts. (…) en 1991 53,7% des
travailleurs avaient pris pied dans l’économie formelle et accédé aux droits
que confère un contrat de travail, ils ne sont plus que 45% en 2000. (Le Monde Diplomatique, octobre 2002)
Pour que les groupes de la finance internationale, dont les banques françaises, prêtent au Brésil, l’ancien président Cardoso avait consenti de hauts taux d’intérêt. En outre, pour attirer le capital industriel et commercial étranger et garantir les profits de tous les exploiteurs, les gouvernements bourgeois ont privatisé les anciennes entreprises publiques, attaqué les salaires et le pouvoir d’achat, accru la flexibilité du travail et multiplié les exonérations de charges sociales pour les patrons.
En septembre 2002, le gouvernement Cardoso avait obtenu un nouveau prêt de 30 milliards de dollars, aux conditions d’une politique anti-ouvrière extrême. Cette avance du FMI ne permet que de payer les intérêts de la dette extérieure en 2003. La bourgeoisie brésilienne est sommée par l’impérialisme de réaliser les conditions d’une meilleure exploitation du prolétariat.
Aujourd’hui, le Brésil compte 44 millions de pauvres (sous le seuil de pauvreté défini par l’ONU), la famine frappe les plus pauvres des pauvres, les inégalités se sont encore accrues : « 10% des plus riches détiennent 48% des revenus » (Le Monde, 29 octobre 2002). Les latifundistes, qui représentent 3% des propriétaires terriens, possèdent 60% des surfaces rurales et plus de 50% des surfaces cultivables.
La bourgeoisie brésilienne, pressée par la crise du capitalisme mondial, n’a de cesse d’augmenter le taux d’exploitation des prolétaires. Comme dans chaque pays latino-américain, la misère n’a qu’une racine : le maintien de l’exploitation capitaliste et la domination des grandes puissances impérialistes (principalement les États-Unis et secondairement les pays d’Europe occidentale et le Japon).
L’exploitation n’a pu augmenter durant ces dernières années qu’avec la collaboration du principal parti ouvrier, le PT, et de la direction de la grande centrale syndicale, la CUT. Face à la détérioration de leurs conditions d'existence, les masses brésiliennes exaspérées cherchent d'autant plus la voie du combat.
Fondé en février 1980, le PT est un parti issu des grèves ouvrières de 1978 et 1979. Durant ces années le jeune prolétariat industriel se met en mouvement contre la dictature militaire en place depuis 1964 et pour l’amélioration de ses conditions de travail. Les syndicats de métallurgistes et de l’automobile se constituent contre la bureaucratie syndicale stalinienne, en opposition avec les syndicats de la vieille CGT corrompue par la dictature militaire. En 1979, la dictature interdit le syndicat des métallurgistes dirigeant la grève des ouvriers à São Paulo. Son président, Lula, est mis en prison. Il est libéré peu après.
Ce n’est qu’en 1973, que le syndicalisme brésilien redressa la tête. Son fer de lance fut le syndicat métallurgiste de São Bernardo da Campo (São Paulo) qui regroupait les travailleurs des grandes usines automobiles, l’un des principaux secteurs du ‘‘miracle brésilien’’. Il défendait la nécessité d’un ‘‘syndicalisme authentique’’, c’est-à-dire totalement indépendant de l’Etat… (Jean Sagnes, Histoire du syndicalisme dans le monde, Privat, 1994, p.346)
A partir de 1988, la nouvelle confédération syndicale(CUT) devient majoritaire chez les ouvriers : 20 millions de travailleurs y sont aujourd’hui affiliés.
Le Parti des travailleurs (PT) est constitué en 1979. Il est profondément ouvrier par ses liens avec les nouveaux syndicats de masse. Il se constitue en dehors et en face des partis bourgeois, et surtout embrasse l’aspiration des masses à en finir avec les militaires et rassemble rapidement des militants ouvriers de différentes tendances, dont les courants se réclamant du trotskysme.
Toute organisation révolutionnaire combattant pour la construction du Parti ouvrier révolutionnaire se devait de participer à la constitution du PT. Mais c'était là une nécessité tactique, sur la ligne stratégique de la construction du parti ouvrier révolutionnaire . Le PT n'était pas et ne pouvait, dans sa totalité et comme tel, devenir le parti ouvrier révolutionnaire. En effet, la création du PT face à la dictature militaire est un pas en avant, mais l’apparition d’un parti ouvrier en fait immédiatement un enjeu pour les classes fondamentales.
Il peut devenir un parti réformiste, cela dépend du
développement. Ici se pose la question du programme. Il nous faut un programme
de revendications transitoires, dont la plus achevée est celle de gouvernement
ouvrier et paysan. Nous sommes pour un parti, pour un parti indépendant des
masses laborieuses, qui prendra le pouvoir dans l’État. (Trotsky, Discussion sur la question du parti ouvrier, 1938)
Une vieille institution réactionnaire, l’Église catholique, l’investit massivement au compte des possédants :
Le PT créé en octobre 1979 fut constitué par deux
groupes principaux : les militants syndicaux et les communautés
ecclésiales de base. (Histoire du
syndicalisme dans le monde, p.346)
Par l’intermédiaire de l’Église catholique et de l’Internationale socialiste, avec la complicité des pseudo-trotskystes (morénistes, pablistes et lambertistes), la bourgeoisie a rapidement domestiqué le nouveau parti. Le PT est devenu un parti « réformiste », ce que Lénine appelait un parti ouvrier-bourgeois, c’est à dire un parti né du combat de la classe ouvrière, mais contrôlé par les agents de la bourgeoisie.
Le PT, de manière peu démocratique, ne tient son premier congrès qu’en 1990. Auparavant, la direction du parti parle vaguement de « socialisme », mais ne se fixe aucunement pour but l’expropriation des capitalistes ni le pouvoir des travailleurs. Son véritable programme, la défense du capitalisme, se dégage peu à peu de sa pratique.
Malgré leur refus de combattre pour chasser les militaires du pouvoir, le PT et la CUT vont capter une large part des masses brésiliennes. En 1985, lors de la « transition démocratique », le PT et la CUT se gardent bien de se poser en candidats au pouvoir : pour eux, la constitution bourgeoise doit prévaloir.
Pourtant, faute d’un parti ouvrier révolutionnaire, la croissance du PT va se poursuivre. En 1989, lors de sa première candidature à la présidence de l’État bourgeois, Lula est battu au second tour des présidentielles par Collor, réunissant pourtant 48% des voix. La bourgeoisie s’est alors déchaînée contre le spectre du « socialisme » et le programme « totalitaire » du PT.
Pourtant le PT avait, déjà à l’époque, négocié le soutien de plusieurs partis bourgeois entre les deux tours : PSDB et PMDB. Cet échec va un peu plus accentuer le caractère bourgeois de sa politique. En 1992, alors que de puissantes grèves sont imposées par les travailleurs à la bureaucratie de la CUT et au PT contre la politique de Collor et sa corruption, Lula refuse de se ranger aux côtés des grévistes. En 1994, Lula perdra les élections présidentielles ; quelques semaines avant, il avait refusé de soutenir la grève des employés de banques et de Petrobras (entreprise nationale pétrolifère) contre les mesures de Cardoso.
En 1992, la direction Lula du PT exclut ceux qui appellent à juste titre à manifester aux côtés des centaines de milliers de travailleurs pour chasser Collor et son gouvernement. Les militants expulsés forment le PSTU en 1994.
Dans ces années-là, la direction du PT va engendrer des équipes de gestionnaires municipaux (Porto Alegre, entre autres), de députés, préfets ou gouverneurs des États provinciaux (le Brésil est un État fédéral). Les liens avec le prolétariat vont se distendre. Par exemple, Palocci, le ministre tant aimé des banquiers impérialistes se fera une réputation en tant que maire privatisant les services publics de sa ville. Régulièrement, contre des grèves, contre les occupations de parcelles de terre, la police des villes et des Etats dirigés par le PT réprime, blesse et tue parfois.
La direction de la CUT étant constituée essentiellement du PT, elle pratique les accords salariaux pourris. Comme ses homologues d’Italie, d’Espagne ou de France, la CUT négocie les attaques contre les retraites et la sécurité sociale.
L’appareil de la CUT et celui de l’organisation paysanne MST (Mouvement des Sans-Terre) ont condamné le projet ZLEA (Zone de libre-échange des Amériques) de l’impérialisme nord-américain. Mais sur une base chauvine et sous le patronage de l’Église et de l’Union européenne.
Évidemment, la bureaucratie syndicale soutient le gouvernement de front populaire Lula-Alencar. La politique du PT et de la direction de la CUT est celle de l’aristocratie ouvrière avide des miettes que leur laissent les patrons, au détriment des revendications fondamentales du prolétariat, en particulier de ses couches les plus exploitées ou rejetées de la production. Mais dans un pays dominé, même vaste et industrialisé comme le Brésil, les couches privilégiées des travailleurs sont réduites et vulnérables, comme le prouve l’Argentine.
Le sort de plus de 10 millions de paysans sans terre a été laissé aux mains du MST, organisation de paysans sous direction de l’Église catholique. La question est brûlante : depuis 1985, plus de 1 000 paysans pauvres désarmés par l’Église ont été assassinés par des tueurs à gages ou des milices privées des grands propriétaires. A la suite de la victoire de Lula, l’un des dirigeants du MST se ralliait ainsi au gouvernement de collaboration de classe :
« Nous sommes certains de trouver un terrain
d’entente avec Lula sur la réforme agraire »
(Le Monde, 8 novembre 2002)
Comme l’a analysé à juste titre la Liga bolchevique internacionalista (LBI) :
Le front populaire qui émerge afin d’occuper le
gouvernement central du pays ne détiendra pas réellement le pouvoir d’Etat,
mais plutôt une part réduite. Le pouvoir d’Etat, qui correspond toujours à la
classe sociale qui le contrôle, n’a pas changé de mains lors des élections
(historiquement, les cas de transition du pouvoir d’une classe sociale à
l’autre qui débutent par une victoire électorale sont rares). La bourgeoisie,
comme classe sociale dominante, détient toujours l’Etat, “le pouvoir”, grâce
aux forces armées, le principal instrument de la domination capitaliste, ainsi
qu’à travers les institutions bourgeoises du régime, telles la justice et le
parlement. (Luta Operária n°65, octobre 2002)
Or, pour arracher et garantir leurs revendications élémentaires : des terres à cultiver, l’autodéfense contre les polices et milices patronales, le droit à l’emploi, à la santé et à l’instruction, le pouvoir d’achat des salaires, l’émancipation des femmes… les masses brésiliennes doivent s’en prendre à la propriété privée et à l’appareil d’État qui la garantit.
Sur le chemin de leur émancipation, elles sont confrontées à l’obstacle du gouvernement bourgeois mis en place par le PT et à l’allégeance permanente du PT, de la CUT et du MST à la bourgeoisie et à l’Etat bourgeois brésilien.
Le principal obstacle dans la voie de la transformation de la situation pré-révolutionnaire en situation révolutionnaire, c’est le caractère opportuniste de la direction du prolétariat, sa couardise petite-bourgeoise devant la grande bourgeoisie, le lien traître qu’elle maintient avec celle-ci… (L’Agonie du capitalisme et les tâches de la Quatrième Internationale, 1938)
Pour que ses revendications puissent être satisfaites, pour prendre la tête de tous les exploités et opprimés du pays, le prolétariat brésilien doit s’émanciper de la politique du PT, se doter d’un parti ouvrier révolutionnaire fondé sur les programmes de la 3e et de la 4e Internationales du temps de Lénine et de Trotsky. Après la stalinisation de l’Internationale communiste, la 4e Internationale fondée en 1938 avait dégagé un programme pour la révolution socialiste mondiale.
Depuis, la 4e Internationale a été détruite à son tour, son programme marxiste de révolution mondiale plus d’une fois révisé et édulcoré. De ces vagues de liquidation successives sont issues toutes sortes de courants opportunistes, semi-réformistes, comme en France : la LCR, le PT et LO. Les bartistes de LO concluent ainsi l’article qui présente la victoire électorale de Lula :
On peut prévoir que Lula et les dirigeants du PT
sauront trouver de bonnes raisons pour faire accepter tous les reculs aux
travailleurs… Les gouvernements dits de gauche, sous toutes les latitudes, ont
toujours su invoquer ce type de raisons pour justifier le fait de s’incliner
devant le pouvoir économique de la bourgeoisie et faire payer les travailleurs. (Lutte Ouvrière, 1er novembre 2002)
Que doivent faire les travailleurs brésiliens, à part se méfier ? Comme d’habitude, les dirigeants de LO commentent les méfaits, mais sont incapables de tracer une voie au prolétariat. L’électoralisme et l’impuissance politique de LO n’ont rien à voir avec l’organisateur de l’insurrection d’octobre, le fondateur de l’Armée rouge, dont toute la volonté était tendue vers la prise du pouvoir par les travailleurs :
On peut résumer la substance de notre programme en
deux mots : dictature du prolétariat. (Trotsky,
Manifeste de la Quatrième internationale,
1940)
Au Brésil, les pseudo-trotskystes s’appellent : PSTU, O Trabalho, DS. Leur rôle n’est pas moins nocif qu’en France. Au sein du PT, les centristes usurpateurs de la 4e Internationale bavardaient sur beaucoup de choses, mais ont refusé de se battre, dès la naissance du parti ouvrier, pour qu’il s’oriente vers la prise du pouvoir, vers la révolution socialiste. Cela aurait fâché Lula et la direction du parti liée à l’Eglise et à l’Internationale « socialiste ». Par exemple, en 1984, les lambertistes brésiliens soutinrent le « manifeste des 113 » qui stipulait :
Nous n’avons pas non plus de recette infaillible
pour surmonter la crise économique du pays, pour vaincre la dictature et pour
parvenir au pouvoir. (La Vérité n°594, novembre 1984, p. 73)
Parmi les soi-disant trotskystes, la force la plus significative est le PSTU. Le courant moréniste a été expulsé du PT en 1992. Le PSTU jouit d’une certaine influence dans la CUT et a présenté un candidat au premier tour de l’élection présidentielle : Zé Maria a obtenu 400 000 voix, soit 0,5%, sur un programme opportuniste d’ « unité des socialistes dans un nouveau parti » (Manifeste du PSTU, cité dans Luta Operária n°62, septembre 2002).
Le PSTU et son regroupement international (la LIT), comme le PO et le PTS d’Argentine, le SWP et WP de Grande-Bretagne, la LCR de France et DS du Brésil, sont des tenants enthousiastes du Forum social mondial constitué par les Églises chrétiennes, la social-démocratie européenne, ATTAC, le PT brésilien et la bureaucratie castriste de Cuba.
Au second tour, le PTSU a capitulé devant le front populaire, en votant Lula-Alencar.
Au sein du PT, on trouve O Trabalho (Le Travailleur). OT est affilié à la « 4e
Internationale » invisible qui a été reproclamée en 1990 par Lambert et
Gluckstein.
En 1981, la direction Lambert-Cambadélis-Gluckstein du PCI avait appelé, dès le premier tour, à voter pour Mitterrand au lieu de se présenter sur son programme, avant de liquider quelques années plus tard le PCI lui-même en lien avec la bureaucratie syndicale de FO, dans un « Parti des travailleurs » moins gros que l’ex-OCI.
Les lambertistes brésiliens d’OT ont capitulé honteusement devant le front populaire, en votant PT-PL, en votant Lula-Alencar.
Ils récidivent après l’élection. Voici un florilège de la déclaration d’OT du 29 octobre publiée par les lambertistes français :
Au nom de toute la nation, une force de plus de 52
millions de Brésiliens, en élisant Lula… ont proclamé que le Brésil souverain
doit être le maître de son destin… Le 27 octobre, la nation s’est unie… Il est
clair que nous savons tous, tous les travailleurs savent que tout ne va pas
changer du jour au lendemain… Que 2003 s’annonce difficile, nous le savons
tous… Le peuple n’espère pas de miracle, il n’attend pas que tout se résolve
par un tour de magie… La seule garantie dans la lutte pour ne pas céder sur les
revendications et pour arracher les changements nécessaires réside dans la
capacité des travailleurs à s’organiser de manière indépendante dans leur
propre parti et à préserver l’indépendance de leurs organisations syndicales… (Informations Ouvrières, 30 octobre 2002)
La déclaration d’OT se termine par ces mots soigneusement choisis : « la dignité et la souveraineté de la nation ».
ü Les lambertistes se situent sur le terrain du chauvinisme : « la nation unie », « le Brésil souverain », etc.
ü Ils capitulent devant le front populaire, en dissimulant aux masses la nature contre-révolutionnaire du bloc gouvernemental entre les partis ouvriers (PT, PCB, PCdoB) et les partis bourgeois ;
ü Les crétins parlementaristes déguisés par la presse en « trotskystes » récusent le programme de la révolution et ne se réfèrent même pas au socialisme : « les changement nécessaires » ne sont pas nommés, une « autre politique » suffira, car « tout n’est pas possible »…
ü Leur ligne contre-révolutionnaire s’oppose de fait aux soviets : pas besoin d’organes d’auto-organisation des masses, il suffit pour « la lutte » de « préserver l’indépendance » des syndicats tels qu’ils existent ;
ü Les sociaux-démocrates de gauche se refusent à toute mise en cause de l’Etat bourgeois et à la construction du parti révolutionnaire : le seul horizon politique qu’ils donnent aux travailleurs est de « s’organiser dans leur propre parti », ils veulent les enfermer dans le PT, un parti aux mains de la bourgeoisie.
Markus Sokol, dirigeant d’OT, s’est exprimé ainsi devant la commission exécutive du PT :
S’il existe aujourd’hui une issue positive pour
notre peuple, c’est parce qu’il existe le PT, la CUT… Ce qui est en jeu
aujourd’hui, c’est notre souveraineté… Lula a raison de dire qu’il n’y aura pas
de miracle… Je ne crois pas que ce soit bon pour le gouvernement… (Informations Ouvrières, 13 novembre 2002)
Leurs grands rivaux en opportunisme ne disent pas autre chose. Voici un extrait d’une entrevue donnée au journal de la LCR par Heloisa Helena, membre du courant Democracia Socialista (Démocratie Socialiste) et aussi de la direction du PT :
Pour la première fois au Brésil, un ouvrier arrive
au plus haut degré de représentativité par le suffrage universel. Cela ne doit
pas rester seulement symbolique. (Rouge,
27 février 2003)
Plus nombreux qu’OT, les pablistes DS du PT sont la section du prétendu « secrétariat unifié de la 4e Internationale ». DS a déjà participé au gouvernement de l’état de Rio Grande do Sul qui a réprimé voici deux ans les grèves enseignantes. En 2002, non seulement DS a soutenu la co-candidature Lula-Alencar, mais il participe depuis au gouvernement de front populaire.
Les battus de Porto Alegre rentrent au gouvernement…
Le troskiste Miguel Rossetto, s’est vu confier le portefeuille extrêmement
délicat à gérer de la réforme agraire… (Le
Monde, 3 janvier 2003)
Prostituant le nom de la 4e Internationale, Miguel Rosseto, chef de file de DS, est devenu membre du front populaire et responsable de la réforme agraire, celle qui se fera « avec les terres non utilisées » et en respectant la propriété privée comme l’a promis Lula. Comme le dit Fantasini, l’un des 6 députés DS du PT :
Ce gouvernement peut révolutionner -au sein de l'actuelle conjoncture- le cadre démocratique du pays, pour se transformer en un gouvernement démocratique et populaire, et devenir un gouvernement éminemment socialiste. (Rouge, 16 janvier 2003)
Rien que cela : transformer le gouvernement Lula-Alencar, le front PT-PL… en « gouvernement socialiste » ! Pourquoi pas l’eau en vin ?
La LCR française qui a voté pour Chirac et DS brésilienne qui gouverne avec les réformistes et des patrons, cherchent à faire avaler aux travailleurs et aux paysans les plus grosses couleuvres. A cause du SU pabliste des charlatans Krivine, Besancenot, Bensaïd, Maitan et Rosseto, le drapeau de la 4e Internationale est une nouvelle fois souillé.
Le refus d’avancer vers un parti révolutionnaire taraude LO, le vote pour Chirac et la participation au gouvernement Lula-Alencar secouent tout le SU pabliste, le vote pour Alencar entraîne des divisions dans la LIT moréniste…
Rien d’étonnant : ces organisations ont pu conquérir des milliers de travailleurs et de jeunes dans le monde qui aspiraient à la révolution, en se posant comme épigones de Marx, de Lénine et de Trotsky. Mais les grands théoriciens de la révolution ont condamné nettement leurs pratiques effectives :
La question des questions est à présent celle du
Front populaire. Les centristes cherchent à présenter cette question comme
purement tactique ou même comme une manœuvre technique, de manière à pouvoir
continuer en pratique leurs petites affaires. En réalité, à notre époque, le
Front populaire est la question principale de la stratégie de classe
prolétarienne. Il fournit aussi le meilleur critère pour la différence entre
bolchevisme et menchevisme. (Trotsky, Le
RSAP et la 4e Internationale, 1936)
La direction Hardy-Laguiller de LO et sa fraction minoritaire affectent d’ignorer la question du front populaire, le PT français et OT brésilien soutiennent le front populaire, les associés brésiliens de la LCR en sont carrément membres…
La lutte des classes au Brésil illustre une nouvelle fois la nécessité de se délimiter des révisionnistes, des réformistes, des sociaux-chauvins et des agents de la bourgeoisie. La politique des Fronts populaires voue la clase ouvrière à l’impuissance et fraie la voie au fascisme.
Pour retrouver la voie de Lénine et de Trotsky, celle d’Octobre 1917, il faut regrouper les forces révolutionnaires authentiques actuellement dispersées, il faut arracher des organisations centristes les militants attachés au programme marxiste, il faut liquider les centres révisionnistes et liquidateurs qui usurpent la référence à la 4e Internationale. Cette tâche ne peut être menée à bien qu’à l’échelle internationale. Le Groupe bolchevik soutient toute initiative en ce sens et a entamé un tel travail avec la Déclaration commune des Cinq contre la guerre impérialiste préparée depuis des mois contre l’Irak.
Au Brésil, les faux révolutionnaires qui ont voté pour la candidature commune Lula-Alencar, qui soutiennent le gouvernement de front populaire brésilien sèment la confusion, empêchent le regroupement des travailleurs d’avant-garde, font obstacle à la construction d’un parti authentiquement révolutionnaire. Les léninistes, les trotskystes disent au contraire : Aucune alliance avec la bourgeoisie ! Front unique contre la bourgeoisie autochtone et impérialiste ! Auto organisation et autodéfense des masses ! Gouvernement ouvrier et paysan ! États-Unis socialistes d’Amérique latine !
Pour vaincre, les masses doivent prendre le pouvoir et exproprier les capitalistes. Aucune revendication ne sera obtenue et surtout préservée sans cela. La réforme agraire et l’expropriation des grands propriétaires fonciers, le contrôle ouvrier sur la production, l’annulation de la dette, la nationalisation des banques et des grandes entreprises, la planification de l’économie en fonction des besoins sociaux et non en fonction du profit… toutes ces mesures de ne peuvent voir le jour qu’avec la prise du pouvoir par la classe ouvrière.
Le prolétariat urbain peut conduire les habitants marginalisés des favelas, les ouvriers agricoles et la petite paysannerie, la jeunesse vers l’affrontement avec la bourgeoisie brésilienne et la bourgeoisie impérialiste et les vaincre. Tout va tendre à opposer le mouvement des masses à la politique de trahison des appareils au service de la bourgeoisie.
En se mobilisant, les travailleurs salariés, les chômeurs, les paysans pauvres, les jeunes en formation constitueront leurs organes de type soviétique, démocratiques et bien plus larges que les syndicats. Leur centralisation et leur armement poseront le problème du pouvoir et la question du pouvoir ne sera pas résolue à l’avantage du prolétariat sans l’insurrection. Seul un parti ouvrier révolutionnaire ayant rassemblé préalablement les travailleurs les plus avancés et les plus conscients peut mener cette tâche historique à bien.
Construire un parti révolutionnaire, au Brésil comme ailleurs, nécessite de comprendre et d’utiliser les rapports politiques existants entre la classe ouvrière et ses organisations, partis et syndicats. A l’opposé des aspirations des masses, leurs directions actuelles ont mis sur pied un front populaire, gouvernement de défense de l’ordre bourgeois.
Aucune illusion ne doit être semée dans la possibilité de voir le PT servir véritablement la cause des exploités et des opprimés et donc rompre définitivement avec la bourgeoisie brésilienne. Le mouvement des masses cherchant par son auto-organisation à se défendre et à prendre le pouvoir devra couper les liens politiques qui l’enchaînent à la classe dominante. Ces liens ont été noués par le PT de Lula et les bureaucraties syndicales avec la complicité des courants centristes du mouvement ouvrier.
Pour s’émanciper, les masses doivent se défaire des vieilles directions qui trahissent leurs intérêts.
A la coalition ouvert ou masquée entre bourgeoisie
et social-démocrate, les communistes opposent le front unique ouvrier de tous
les ouvriers et la coalition politique et économique de tous les partis
ouvriers contre le pouvoir bourgeois pour le renversement définitif de ce
dernier. (Résolution sur la tactique de l’Internationale communiste, 1923)
Des tactiques de rupture avec la bourgeoisie fortifieront l’avant-garde des travailleurs, affaibliront le gouvernement de front populaire et prépareront l’avènement d’un véritable gouvernement ouvrier et paysan, première étape vers les Etats Unis socialistes d’Amérique Latine, vers le socialisme mondial.
La tâche centrale de la 4e Internationale
consiste à affranchir le prolétariat de la vieille direction, dont le
conservatisme se trouve en contradiction complète avec la situation
catastrophique du capitalisme à son déclin et constitue le principal obstacle
au progrès historique. L’accusation capitale que la 4e
Internationale lance contre les organisations traditionnelles du prolétariat,
c’est qu’elles ne veulent pas se séparer du demi-cadavre politique de la
bourgeoisie. Dans ces conditions, la revendication adressée systématiquement à
la vieille direction : ‘‘Rompez avec la bourgeoisie ! Prenez le
pouvoir !’’ est un instrument extrêmement important pour dévoiler le
caractère traître des partis et organisations de la 2e et de la 3e
Internationales… (L’Agonie du capitalisme
et les tâches de la 4e Internationale,
1938)
Les révolutionnaires brésiliens doivent se prononcer résolument pour la rupture de la CUT avec le gouvernement Lula-Alencar, ils doivent chercher à répondre à la question du pouvoir par des formulations tactique de rupture avec la bourgeoisie, par exemple : Dehors Alencar et tous les ministres bourgeois ! ou : Gouvernement du seul PT !
Les révolutionnaires doivent avancer en même temps toutes les revendications et les formes de lutte qui débouchent inéluctablement sur l’expropriation des capitalistes et latifundiaires, sur le démantèlement de l’État bourgeois et de ses corps de répression (armée, services secrets, polices).
Ainsi peut se construire le parti révolutionnaire dont le prolétariat brésilien a besoin : un parti de type bolchevik, expression nationale d’une internationale ouvrière révolutionnaire, doté d’un programme qui synthétise les leçons de la lutte historique de la classe ouvrière mondiale.