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La bourgeoisie
argentine a manifesté sa faillite historique. Ce qu’elle a offert au peuple
argentin depuis 40 ans est l’alternance parlementaire des partis politiques
bourgeois « radicaux » ou « justicialistes », aussi
corrompus l’un que l’autre, ou la dictature militaire sanglante. Elle a
toujours été incapable de rompre l’étreinte économique et politique des
puissances impérialistes, malgré les rodomontades nationalistes, parce que cela
réclame la mobilisation des larges masses, et qu’elles auraient mis forcément
en cause la propriété privée, y compris celle des grands propriétaires fonciers
et des capitalistes nationaux.
Nommée par les
analystes bourgeois « modèle économique » durant les années 1990,
l’Argentine est aujourd’hui exsangue.
Depuis 1999, son
PIB a baissé de presque 6 % et sa production industrielle de 15 %…
Les usines de constructeurs automobiles, par exemple, tournent à 30 %
seulement de leurs capacités. (L’Expansion, janvier 2002)
Tous les
indicateurs économiques officiels sont dans le rouge : production baissant
de 2,5% pour 2001, exportations en chute libre, retrait des multinationales
étrangères. Depuis un an maintenant, l’Etat est incapable de payer les intérêts
de la dette publique s’élevant à 132 milliards de dollars.
La raison de cette
faillite est toute capitaliste. Face à la récession économique mondiale,
annoncé par les crises en Russie et dans les pays du Sud-est asiatique en 1998
et 1999, ralentissement qui touche aujourd’hui les métropoles impérialistes, la
bourgeoisie argentine a été incapable de maintenir un taux de profit attractif
en tant que « pays émergent » d’où il fait bon extraire le profit.
Les trois plus gros investisseurs sont les Etats-Unis (31 milliards de
dollars), l'Espagne (26 milliards de dollars) et la France (11 milliards de
dollars). Les banques des centres impérialistes détiennent 90% des banques
argentines.
Pourtant, les
différents gouvernements du président péroniste Ménem depuis 1989, puis ceux du
président radical De la Rua à partir de 1999, ont dirigé l’Argentine en
combattant tout acquis du prolétariat : privatisation de la sécurité
sociale, réductions des cotisations patronales, privatisation de la majorité
des entreprises publiques, vendues au capital impérialiste. Pour cela, les
salaires et le droit du travail ont été attaqués, le coût de la vie s’est
accru, les retraites ont été remises en cause. C. Ménem fut avec son ministre
de l’économie de l’époque M. Cavallo, l’inspirateur de la parité dollar-peso
qui permit d’arrêter l’inflation galopante de 1988-1989, qui frôla
5 000 %. La relative stabilité monétaire qui s’ensuivit, ainsi que la
reprise économique mondiale et surtout américaine, permit aux grands groupes capitalistes
d’investir près de 100 milliards de dollars depuis 1994 dans cet eldorado
retrouvé.
C’est la confiance
retrouvée des banques qui permit un endettement massif de l’État central, des
provinces et du patronat argentin, au total plus de 200 milliards de dollars à
rembourser à l’automne 2001, sans parler des intérêts, auprès des créanciers
(FMI, Banque mondiale) et des grandes banques impérialistes.
Pour payer sa
dette, le gouvernement De la Rua a donc décrété début décembre l’interdiction
de tout retrait bancaire de plus de 250 pesos, il a fait arrêter le paiement
des retraites. Attaqué ainsi par l’État capitaliste, le prolétariat argentin
s’est défendu, entraînant une grande partie de la petite-bourgeoisie.
Le
capitalisme et la domination impérialiste font plonger les masses dans la
misère
La première et la
plus importante des prémisses d’une situation révolutionnaire, c’est
l’exacerbation intolérable des contradictions entre les forces productives et
les formes de la propriété. La nation cesse d’aller de l’avant. L’arrêt du
développement de la puissance économique et, plus encore, sa régression,
signifient que le système capitaliste de production s’est définitivement épuisé
et qu’il doit céder la place au système socialiste. (Léon Trotsky, Encore une fois, où va la France ?)
C’est ce qui vient
de se manifester en Argentine. Les remèdes bourgeois contre la crise du mode de
production capitaliste pèsent lourdement sur le prolétariat et la jeunesse.
Depuis un an, ce sont 400 000 emplois qui ont été supprimés pour une
population active de 14 millions de personnes, le taux de chômage officiel
atteint 20 %. Le salaire mensuel moyen est de 580 pesos. La moitié des
travailleurs gagnent moins de 450 pesos par mois (l’équivalent de 500 euros)
dans un pays où les prix sont à peine 15 % moins élevés qu’en France.
Selon l’Union Industrielle Argentine (une des principales organisations
patronales), près de 40 % des Argentins vivent en dessous du seuil de
pauvreté. Nombreux sont les travailleurs contraints d’avoir deux ou trois
emplois différents. Le travail au noir (« l’économie informelle »)
représente 40 % de l’activité économique. Des provinces ne versent plus
les salaires de leurs fonctionnaires.
La crise
économique a donné un puissant coup de fouet à la lutte de classes. Depuis
1997, les chômeurs ont organisé des barrages routiers et confisquent des
marchandises. Ils ont proclamé une organisation nationale depuis juillet
2001 : « l’Assemblée nationale des
organisations populaires ». Mais la direction des
« piqueteros », influencée par la bureaucratie de la confédération
syndicale CTA, s’est bien gardée de reconvoquer cette assemblée, de peur de
voir surgir un organe de direction autonome. Elle lui préfère désormais un
« Front national contre la pauvreté » (FRENAPO) basé sur la charité.
Depuis juillet
2001 l’Etat et les gouvernements des provinces payent aujourd’hui en monnaie de
singe : patacones, lecop et autres ont été inventées ; ces nouvelles
monnaies régionales non convertibles en pesos (ou dollars) n’existent que pour payer
les salaires (des fonctionnaires principalement) et tous les magasins ne les
acceptent pas…
En Argentine, un
élève sur deux est privé d’école ou d’université. (Le Monde, 25
août 2001)
Les mesures contre
l’éducation et les budgets sociaux avaient mis les plus grandes masses en
colère en mars 2001 et en août de la même année, ce qui avait contraint les
bureaucraties syndicales à appeler à des journées d’action. La première en mars
avait fait démissionner le ministre de l’économie dont le remplaçant fut Cavallo.
La seconde a vu les fonctionnaires combattre contre une baisse de 13 % de
leur salaire, et pour le paiement des mois précédents. Fin août, 600 000
enseignants non payés ont manifesté, mais le gouvernement a maintenu ses plans.
L’an 2000 vit une
montée de la lutte des travailleurs et des chômeurs contre la misère et les
lois anti-ouvrières. Au cours des deux dernières années, c’est une dizaine de
journées de grève générale que l’Argentine a connu. A chaque fois, les
travailleurs et les chômeurs ont dû arracher le droit de se battre aux trois
syndicats : CGT officielle, CGT « dissidente » et CTA
(confédération des syndicats de fonctionnaires notamment celui des
enseignants).
Le syndicalisme
argentin, comme dans nombre de pays dominés, est aujourd’hui aux mains des
partis bourgeois. Les seules organisations de masse des travailleurs sont
contrôlées non par des bureaucraties de type réformiste, mais par des
directions intégrées à l’appareil d’État et aux différents fractions du parti
péroniste. Les bureaucraties syndicales des deux CGT et de la CTA sont liées au
capital et toutes ont dans les partis bourgeois argentins leurs maîtres. Via le
vieux Parti radical de De la Rua (UCR), le Parti justicialiste de Duhalde (PJ,
péroniste) ou le FREPASO (constitué en 1994 à partir de scissions des deux
premiers nommés), les bureaucrates syndicaux sont l’expression directe de
différentes fractions de la bourgeoisie argentine.
Il n’en a pas
toujours été ainsi. La classe ouvrière argentine a constitué au début du 20e
siècle des syndicats. En 1930, ils se rassemblaient dans une centrale unique,
la CGT. Au début de la seconde guerre mondiale, la confédération rassemble plus
de 400 000 syndiqués. Mais la politique des anarchistes, des
sociaux-démocrates et staliniennes a facilité la prise de contrôle par le
démagogue bonapartiste
De son poste de
secrétaire d’État au Perón travail, a utilisé tous les moyens pour se
subordonner les dirigeant syndicaux et par-delà la classe ouvrière, usant tour
à tour de la ruse, de la concession et de la répression… (La Vérité
n°574, décembre 1976)
Au cours des
grèves, notamment en novembre 2000, suite à l’assassinat d’un travailleur par
la police, l’action des ouvriers fit resurgir les piquets de grève ; les
chômeurs généralisèrent pour leur part des barrages de routes dans tout le
pays. La grève générale du 13 décembre à l’appel des trois confédérations
syndicales, les deux CGT et la CTA fut massivement suivie, non seulement par la
classe ouvrière mais aussi par les chômeurs et leurs organisations de
« piqueteros » et par la
fraction de la petite-bourgeoisie ruinée par la crise.
Cordoba, la
deuxième ville du pays, avec 1,3 million d’habitants, et la troisième province
d’Argentine avec une population de 3 millions, ne parvient pas à se résigner à
la déchéance. Ils étaient plusieurs milliers, jeudi 13 décembre 2001 à le
montrer dans les rues, jusqu’au centre, où les manifestants ont décidé de converger.
Comme dans les autres grandes villes du pays, la grève générale est largement
suivie : pas de transports, pas de ramassage des poubelles, grève dans les
hôpitaux, les écoles, les universités, les commerces mis en berne. (Le Monde,
15 décembre 2001)
Cette grève,
malgré les bureaucraties bourgeoises au sommet des syndicats, fut utilisée par
les masses pour répondre aux dernières mesures du gouvernement, mesures
annoncées le 3 décembre : suspensions du paiement des retraites et des
pensions, maintien depuis l’été de la baisse de 20% des salaires des
fonctionnaires, enfin l’interdiction pour tout épargnant de retirer plus de 250
pesos par semaine, à peu près 300 euros. Ces mesures sont toutes destinées à
payer les intérêts de la dette contractée par l’Etat bourgeois, à maintenir un
taux d’exploitation permettant la survie du capital.
Cette journée
d’action du 13 décembre avait pourtant été annoncée par les dirigeants
syndicaux la mort dans l’âme, et ils avaient dans leurs mots d’ordre, fait
office de conseillers de la bourgeoisie en exigeant une autre politique, celle
de la dévaluation du peso pour en finir avec la domination de
l’ « étranger ».
Face à la crise
économique, la classe ouvrière argentine a saisi l’occasion de combattre,
débordant le cadre d’une journée d’action qui devait servir de soupape de
sécurité. Quelques jours après, c’était la chute du gouvernement et de De la
Rua.
Poursuivant la
grève générale massive du 13 décembre contre les mesures d’austérité du
gouvernement de De la Rua et de son ministre de l’économie Cavallo, les
travailleurs argentins, les jeunes, les chômeurs sont descendus spontanément
par centaines de milliers dans les rues des plus grandes villes du pays aux
cris de « Dehors Cavallo ! » « Dehors De la Rua ! »
« Qu’ils s’en aillent tous ! ».
Après la province,
théâtre de manifestations de mécontentement depuis plusieurs jours, l’explosion
de colère s’est propagée le mercredi 19 après midi à Buenos Aires où plusieurs
quartiers du centre-ville ont vécu un climat de panique. « Buenos Aires
nous voilà. Va t-en De la Rua ! » scandaient des manifestants armés
de lance-pierres et exigeant le départ du chef de l’Etat et de M.Cavallo. (Le Monde, 21
décembre 2001)
Contre la
récession qui paupérise tous les prolétaires et ruine la petite-bourgeoisie,
les masses ont répondu par l’attaque et la tentative de prise de contrôle de
magasins, de supermarchés, malgré la police défendant la propriété privée avec
gaz lacrymogènes et balles de caoutchouc. Cependant, la confiscation des moyens
de consommation ne peut être qu’une étape. Soit les magasins se videront, soit
la police les sauvera, si le prolétariat ne met pas la production sous son
contrôle, et pas seulement la distribution.
Dans certaines
villes, les insurgés tentèrent de prendre la mairie ou de faire brûler la
maison du gouverneur corrompu de la province. Que se soit pour exproprier les
réserves de nourritures ou pour s’attaquer aux institutions bourgeoises
gouvernant le pays, le prolétariat argentin, affamé par la crise capitaliste, a
spontanément affronté l’appareil d’Etat. La police argentine a réprimé très
durement émeutes et manifestations faisant en 24 heures une dizaine de morts et
des dizaines de blessés. De son côté, le pouvoir bourgeois, dont la tradition
en matière de répression n’est plus à faire, décrétait l’état de siège.
Après 42 mois de
récession, une violente explosion sociale a éclaté en Argentine, mercredi 19
décembre, libérant la colère des plus démunis mais aussi de la classe moyenne.
Marquée par des manifestations, par des attaques de bâtiments publics et par
des pillages de magasins et de supermarchés, au cours desquelles cinq personnes
ont été tuées (en fait 8 au soir du 19) et une centaine d’autres blessées, la
journée a débouché sur une crise politique… (Le Monde, 21 décembre 2001)
Le soir même
Cavallo et le gouvernement démissionnaient, alors que la mesure d’état de siège
mettait un peu plus le feu aux poudres. A 1H du matin, des centaines de milliers
de manifestants exigeaient la chute du président devant le palais présidentiel
de la place de Mai à Buenos Aires. Affrontant l’état de siège, les masses
révoltées, en particulier la jeunesse, s’affrontaient à la police et essayaient
de mettre le feu au ministère de l’économie, symbole des mesures d’austérité.
L’état de siège
n’aura tenu qu’une journée. Le soir d’une deuxième journée de soulèvement dans
le pays, le président De la Rua démissionnait, quittant en hélicoptère le
palais présidentiel devant lequel les affrontements se faisaient de plus en
plus durs. Le bilan de la répression au soir du 20 était de 32 morts, des
centaines de blessés, des dizaines d’arrestations. Loin d’être des pillards ou
voleurs comme les médias bourgeois veulent le laisser entendre, les masses
argentines étranglées par la récession économique depuis 4 ans ont fait chuter
le gouvernement bourgeois De la Rua-Cavallo.
Le pseudo
bonaparte Duhalde s’appuie sur la collaboration des classes et maintient le
pouvoir bourgeois
La démission du
gouvernement et du président illustrent la force du mouvement des masses. Mais
pour que le débouché soit favorable à ceux qui ont manifesté, il faut une
réponse positive à la question : Qui doit diriger le pays ?
Faute de pouvoir y
répondre, le prolétariat laisse le terrain libre aux manœuvres de la classe
dominante, dont l’appareil d’État, et en particulier l’armée et la police sont
intacts.
Saa, péroniste,
n’est président que quelques jours. Pour lui succéder, le parlement nomme un
troisième président, Duhalde, le candidat péroniste battu aux présidentielles
de 1999. Duhalde est chargé de sauver la situation en employant les vieilles
recettes nationalistes héritées de Perón.
Cependant, le
gouvernement « d’union nationale » qu’il met en place, vertébré par
le parti péroniste, a été accueilli par de nouvelles manifestations, « par
de nouveaux concerts de casseroles qui ont résonné comme autant de coups de
semonce » Le Monde, 4 janvier
2002).
Duhalde a annoncé que le plan de création d'un million d'emplois serait
maintenu mais le réoriente vers un "programme d'emploi et de formation
pour les chefs de famille sans travail ", reprenant ainsi la proposition
du FRENAPO (Front contre la pauvreté) qui a réuni autour de son projet, 3
millions de signatures, une semaine avant la chute de Fernando De la Rua. (L’Humanité, 3
janvier 2002)
En dévaluant de
30 % le peso le 6 janvier, en prolongeant
l’attaque contre les salaires et les travailleurs, en maintenant l’interdiction
de retrait d’argent pour préparer les conditions politiques d’un nouveau prêt
du FMI, Duhalde a répondu aux désirs de la classe bourgeoise.
Depuis, les
manifestations n’ont pas cessé, chômeurs et jeunes poursuivent les attaques
banques et supermarchés et s’affrontent au pouvoir. Dans ce processus, les
masses cherchent leur propre moyen d’expression et d’action. Quelques éléments
d’auto organisation sont nés dans le cours de la lutte (comités de quartier,
milices ouvrières) mais ils restent limités faute de perspective politique.
Pour échapper à la
déchéance, le prolétariat argentin, les travailleurs salariés (ouvriers,
employés, techniciens…) doit prendre la tête des autres couches et classes
opprimées (chômeurs, jeunesse en formation, paysans pauvres, petits
commerçants, artisans…) pour gouverner le pays.
Mais la classe
ouvrière est freinée par l’absence d’une direction qui lui soit fidèle. Les
trahisons du Parti communiste argentin stalinisé ont ouvert le voie au «parti
justicialiste » fondé par Juan Perón. Ainsi, pendant la Seconde guerre
mondiale, le PCA tente d’empêcher toute revendication nationale face à la
domination des États-Unis et de la Grande-Bretagne parce qu’ils sont alliés à
l’URSS. Après guerre, comme tous les partis staliniens, il noue des alliances
avec les partis bourgeois au lieu d’ouvrier la perspective du gouvernement
ouvrier :
Les communistes,
comme les socialistes, lors des élections qui portèrent légalement Perón à la
présidence en janvier 1946, se sont alliés non seulement aux radicaux mais aux
conservateurs. (Histoire générale du socialisme, PUF, t.4, p.205)
La classe ouvrière
argentine n’a même pas de parti politique comparable au PCF et au PS français.
A fortiori, il n’existe pas de parti ouvrier révolutionnaire, ce qui pèse
lourdement sur le caractère de la lutte actuelle et sur son issue. Les
errements politiques de la direction Pablo de la 4e Internationale
après la seconde guerre mondiale, puis sa dislocation en 1952-1953, ont entraîné
la dégénérescence des organisations de la 4e internationale en
Amérique latine, la faillite politique des deux branches de la section
argentine (celle de Posadas et celle de Moreno). Abandonnant la difficile
construction du parti ouvrier révolutionnaire, tous ceux qui se réclamaient du
« trotskysme » ont capitulé devant le nationalisme petit-bourgeois
(castrisme) et même le nationalisme bourgeois (péronisme). Révisant le
programme de la révolution permanente, les organisations se réclamant de la 4e
internationale ont sombré dans le guerillerisme, qui tourne le dos à la classe
ouvrière, ou dans le « front uni anti-impérialiste », c’est-à-dire
l’alliance avec la bourgeoisie nationale.
En Argentine, le
mouvement est constitué essentiellement par deux courants… Au cours des années
1940, ces deux courants se sont distingués nettement par leur attitude à
l’égard du péronisme… En 1951… le POR de Moreno a fait une autocritique
pour avoir refusé le mot d’ordre de Front uni anti-impérialiste. C’est le début
d’une réorientation politique de Moreno et de ses amis qui va les conduire en
1954 à se joindre à un parti péroniste de gauche et même en 1956 à publier leur
journal « Palabra Obrera » en tant qu’organe d’un groupe « sous
la discipline du général Perón » (Cahiers Léon
Trotsky n°70, juin
2000, p101-102)
Leurs héritiers
capitulent devant les tâches révolutionnaires, en n’ouvrant comme perspective
que le parlementarisme, avec un mot d’ordre identique, alors qu’une assemblée
élue est déjà en place. Le MST : « Assemblée constituante libre et souveraine » (Alternativa Socialista n°319). Le
PO : « Assemblée constituante
libre et souveraine » (Prensa
Obrera n°740, 6 février 2002).
Même quand le mot
d’ordre d’Assemblée constituante pouvait avoir un sens, face à la dictature
militaire, les révisionnistes du programme de la 4e Internationale
lui donnaient déjà une interprétation opportuniste, justifiant l’alliance avec
la bourgeoisie « démocratique » ou « nationale » :
Dans la pratique,
la question se pose ainsi : pouvons-nous conclure un accord de
mobilisation pratique avec des courants bourgeoise et petits-bourgeois pour
l’Assemblée constituante souveraine et démocratique ou devons-nous leur poser d’abord comme condition qu’ils se
prononcent pour d’abord jeter bas la dictature ? (PO, cité dans La Vérité n°587,juin 1979, p.103)
Pour construire un
parti ouvrier révolutionnaire, tout noyau bolchevik doit au contraire lever
fièrement le drapeau du marxisme, contre la politique des directions actuelles
des centrales syndicales, contre la collaboration de classes, contre la
subordination des travailleurs à telle ou telle fraction de la bourgeoisie, et
sur cette base apporter des solutions aux problèmes fondamentaux que rencontre
la classe ouvrière argentine pour s’émanciper du joug péroniste.
Car, le principal
obstacle sur la voie de l’émancipation du prolétariat est que les appareils
intégrés des syndicats l’encadrent, sabotent les grèves, soutiennent les
organisations patronales, les partis des capitalistes, les gouvernements
bourgeois. Par exemple, le premier président par intérim Saa (péroniste)
désigné le 24 décembre par le parlement avait fait sa déclaration de politique
générale depuis le siège de la CGT officielle. Aujourd’hui, Duhalde appelle
tous les partis, l’Église catholique, les bureaucraties syndicales à l’aider
pour mettre en place sa politique. Il faut que cela cesse, il faut ôter à Duhalde
et à la bourgeoisie argentine tout soutien venant des organisations des
exploités. Il faut que les travailleurs s’émancipent de la domination de la
bourgeoisie.
Complète et
inconditionnelle indépendance des syndicats vis-à-vis de l’État capitaliste. Cela
signifie : lutter pour transformer les syndicats en organes des masses
exploitées et non en organe d’une aristocratie travailliste. (Léon Trotsky, Les Syndicats à l’époque de la décadence
impérialiste)
Pour l’Argentine,
dans la période précédente, cela pouvait se traduire par : dirigeants des
CGT, de la CTA, rompez avec tous les partis des capitalistes, constituez un
parti ouvrier, un parti représentant le prolétariat contre la bourgeoisie et
ses partis corrompus, un parti qui postule au pouvoir pour défendre les
intérêts du prolétariat, des travailleurs indépendants, de la jeunesse !
Mais les masses
viennent de chasser le président et le gouvernement. Dans les circonstances
actuelles, « transformer les syndicats en organes des masses
exploitées » se traduit sans doute par : Dirigeants des CGT, de la
CTA, rompez avec la bourgeoisie ! Prenez le pouvoir ! Prenez
toutes les mesures en faveur des travailleurs que la situation impose !
D’un tel
gouvernement, les masses exigeraient la libération immédiate de tous les
manifestants emprisonnés, la confiscation des grandes entreprises du négoce et
du commerce de détail, le contrôle ouvrier sur la production, le partage des
heures de travail, l’échelle mobile des salaires, le désarmement de la police
qui vient de tirer sur les travailleurs, le démantèlement de la ruineuse armée
réactionnaire et fascisante, l’annulation de la dette extérieure, la
nationalisation des banques sans indemnité ni rachat, l’expropriation des
latifundia et des grandes entreprises de l’industrie.
Les masses
viennent de chasser un président élu et un gouvernement émanant de l’assemblée
législative. Le parlementarisme bourgeois a fait faillite. Il faut lui opposer
le pouvoir ouvrier, s’appuyant sur les masses opprimées et ruinées.
Que partout, dans
les entreprises, les quartiers, les universités et les lycées, s’organisent des
conseils ou comités ou assemblées des travailleurs avec emploi, des chômeurs,
des jeunes, pour ne pas laisser échapper les fruits de leur combat contre les
partis pourris, le gouvernement bourgeois, les forces de répression qui leur
sont dévouées. Que tous ces organismes se fédèrent, se centralisent en un
conseil central, une assemblée nationale des travailleurs. Q’ils commencent à
contrôler les banques, les grandes surfaces du commerce, les usines… Contre la
répression de l’appareil d’État, l’autodéfense des manifestations et des grèves
par des milices ouvrières est nécessaire. Cela passe par la constitution de
groupes d’autodéfense dans les quartiers, les usines, les universités, leur
coordination par ville et à l’échelle nationale.
L’expropriation
des capitalistes et des grands propriétaires fonciers permettra de jeter les
bases de la réorganisation socialiste de l’économie. Pour cela, le pouvoir réel
doit passer de la minorité exploiteuse à l’écrasante majorité des exploités et
des opprimés. Seul un parti de type bolchevik et une internationale marxiste,
construits et trempés dans le cours même de la lutte, comme expression
consciente des masses opprimées, mèneront celles-ci à la victoire, à
l’instauration du gouvernement ouvrier en Argentine, aux États Unis Socialistes
d’Amérique du sud, au socialisme mondial.
Le 7 février 2002