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Révolution Socialiste n°2-3

 

Pour la révolution socialiste en Argentine

Quelles perspectives après les journées révolutionnaires des19 & 20 décembre ?

Après plusieurs années de crise économique, la classe ouvrière d’Argentine, entraînant un large partie de la jeunesse scolarisée et des couches petites-bourgeoises, a chassé le Président élu De la Rúa (de l’Union civique radicale, parti bourgeois traditionnel) et le gouvernement lors des journées révolutionnaires 19 et 20 décembre 2001. Mais la classe ouvrière a été incapable de postuler au pouvoir à cette étape, faute de direction révolutionnaire. Les principales centrales syndicales sont aux mains de directions issues du nationalisme bourgeois (le péronisme). Le Parti communiste argentin trahit depuis longtemps : il a même soutenu la dictature militaire de Videla. Comme en France, les pseudo-trotskystes issus de la destruction de la 4e Internationale sont des quasi-réformistes. En pratique, ils capitulent devant les bureaucraties du mouvement ouvrier et le nationalisme bourgeois.

Grâce à la paralysie politique du prolétariat ligoté par les traîtres et leurs flanc-gardes centristes, la bourgeoisie argentine a pu nommer président Duhalde, du Parti justicialiste, l’autre grand parti bourgeois.[1] Depuis, celui-ci tente de surmonter la crise capitaliste en se subordonnant à l’impérialisme américain (qui refuse pour l’instant comme le FMI de prêter davantage) et en faisant retomber les sacrifices sur les travailleurs en recourant à la démagogie péroniste : 75 000 licenciements en février, hausse importante des prix des produits de première nécessité et des médicaments[2], etc. Les manifestations n’ont pas cessé depuis décembre et des « assemblées populaires », qui restent dominées par la petite-bourgeoisie, ont vu le jour au début de l’année.

Les difficultés de la classe dominante à gouverner, l’irruption des masses dans la vie politique argentine, posent le problème du pouvoir, qui ne peut être résolu positivement que par la dictature prolétarienne. Une telle situation constitue un test pour les organisations politiques, en particulier celles qui se réclament du « trotskysme », le nom que l’histoire a donné aux bolcheviks à partir des années 1930.

 

Ni LO , ni LCR, ne sont partisans de la révolution socialiste en Argentine

 

LO affirme vouloir reconstruire la 4e Internationale. Cette affirmation est purement platonique, décorative, à l’usage des militants qui prendraient au sérieux la référence au trotskysme. En réalité, du vivant de Trotsky, les bartistes ont tourné volontairement le dos à la 4e Internationale, dont ils ont délibérément scissionné en 1939.

Aux travailleurs d’Argentine, les « reconstructeurs de la 4e Internationale » façon LO ne proposent rien d’autre que des banalités impuissantes. L’article de fond de leur revue se conclut ainsi :

Les classes laborieuses… doivent se faire entendre – et, pour cela, elles ne peuvent compter que sur leur force et leur détermination – et aussi donner à la mobilisation ouvrière des objectifs qui s’attaquent aux véritables causes et pas à des moulins à vent qui préservent les véritables responsables de la crise argentine, les classes possédantes.[3]

« S’attaquer aux véritables causes », d’accord, mais lesquelles ? Et comment ? Le programme de la 4e Internationale le dit, LO ne le dit pas : éradiquer le capitalisme en Argentine et étendre la révolution. Pour cela, il faut que le prolétariat prenne le pouvoir.

La tâche stratégique de la 4e Internationale ne consiste pas à réformer le capitalisme, mais à le renverser. Son but politique est la conquête du pouvoir par le prolétariat pour réaliser l’expropriation de la bourgeoisie.[4]

En France, LO et LCR parlent de « monde du travail » ; pour l’Argentine, LO ne s’adresse pas davantage au prolétariat, mais aux « classes laborieuses ». Le pluriel implique d’une part les travailleurs salariés du rang (le prolétariat) et, d’autre part, ceux qui travaillent à leur compte ou comme encadrement de la force de travail (les classes petites-bourgeoises).

Surtout, la direction de LO ne fixe pour but à ces classes -ainsi mises sur le même plan- que de «  se faire entendre » : en d’autres termes, il ne s’agit pas de prendre le pouvoir, mais d’améliorer leur situation en laissant la bourgeoisie en place et sans mettre en cause le capitalisme lui-même. Le « marxisme » de LO est surtout interne, pour faire s’activer les militants ; dans la pratique, la direction Hardy-Laguiller n’a à proposer aux masses qu’un plat réformisme, que ce soit pour l’Argentine ou pour la France. Le marxisme n’a rien à voir avec ce trade-unionisme, cet économisme :

Il n’existe pas deux espèces de luttes distinctes de la classe ouvrière, l’une de caractère politique et l’autre de caractère économique. Il n’y a qu’une seule lutte de classe, visant à la fois à limiter les effets de l’exploitation capitaliste et à supprimer cette exploitation en même temps que la société bourgeoise.[5]

Quant au Secrétariat unifié, dont la LCR est la section française, il prétend carrément incarner la 4e Internationale fondée par Trotsky. Alors même qu’il est l’héritier de ceux (Pablo & Mandel) qui abandonnèrent son programme et la firent exploser en 1952-53. La LCR a rendu compte des événements en Argentine, mais est bien incapable de tracer une voie révolutionnaire :

Les confrontations sociales iront en s’aiguisant et la gauche révolutionnaire doit poursuivre sa réflexion et avancer vers des actions plus unitaires.[6]

Mais quelles actions, encore « plus unitaires » ? Quelle « gauche révolutionnaire » qui doit simplement « poursuivre sa réflexion » déjà bien avancée ? A quoi sert-elle, puisque « les confrontations sociales iront en s’aiguisant » toutes seules ? La bourgeoisie argentine et l’impérialisme vont-ils rester passifs si les masses menacent les fondements du capitalisme ? Les véritables communistes révolutionnaires sont autrement clairs et précis :

Dictature du prolétariat n’est qu’une énonciation plus concrète et scientifiquement plus exacte de cette tâche du prolétariat : briser la machine d’État bourgeoise. [7]

La LCR n’a plus guère de relais sur place. Car le Secrétariat unifié, l’organisation internationale qui abuse du nom de 4e internationale depuis 1953, avait succombé au castrisme au point d’adopter une ligne de guérilla pour toute l’Amérique latine à son 9e congrès de 1969. Le pablisme a ainsi liquidé des noyaux militants issus des sections de la 4e Internationale, détourné de la construction de partis trotskystes et de la classe ouvrière des milliers de jeunes d’Amérique latine, qui ont affronté courageusement -mais en vain- les forces militaires du continent.

Au début des années 1970, la LCR française et le SU, après avoir marginalisé la fraction de Moreno du PRT, tout aussi opportuniste mais réticente à appliquer la ligne de guérilla sur place, ont reconnu comme section officielle de leur frauduleuse « 4e Internationale » la fraction de Santucho du PRT. Celui-ci avait engagé dans l’impasse de la guérilla des milliers de révolutionnaires et a largement contribué au maintien du contrôle de la principale organisation du prolétariat d’Argentine, la CGT, par le péronisme bourgeois. Le PRT-ERP a ensuite rompu avec le SU pour s’orienter ouvertement vers les bureaucraties staliniennes au pouvoir à Cuba, en Chine, au Vietnam et en Corée du Nord[8]. Il n’en reste rien aujourd’hui.

Le SU pabliste n’a publié aucune déclaration sur les événements récents en Argentine. Toujours à la remorque des staliniens, mais plus fascinées aujourd’hui par les écologistes que par les terroristes, ces girouettes se sont contentées de donner les positions du PCA, du PO, du MAS, du MST, sans doute ce que la LCR appelle… « la gauche révolutionnaire ».[9]

 

La politique des organisations du mouvement ouvrier argentin

 

Toutes les organisations dont les positions sont publiées par le SU ont en commun de refuser la perspective d’un gouvernement ouvrier, de s’opposer à la révolution socialiste. C’est le cas bien évidemment du PCA de tradition stalinienne, mais aussi des héritiers de la liquidation de la section argentine et des révisionnistes du programme de la 4e Internationale. Ces derniers, qu’ils soient d’origine lambertiste (Partido obrero) ou moréniste (CS, MST, MAS), communient dans le « front uni anti-impérialiste », une perspective d’alliance avec des secteurs de la bourgeoisie, qui s’oppose à la stratégie de la révolution permanente généralisée par Trotsky après l’échec de la Révolution chinoise de 1927. Cela s’exprime par leur programme commun d’assemblée constituante[10] et de gouvernement ouvrier et populaire[11].

Ces mots d’ordre sont pour le moins ambigus. L’assemblée constituante ne peut avoir dans la conjoncture qu’un contenu bourgeois. Le terme « populaire » pour désigner le gouvernement permet en effet de laisser ouvertes toutes les possibilités de coalition politique contre le pouvoir ouvrier.

La 4e Internationale utilisait les mots d’ordre de gouvernement ouvrier ou de gouvernement ouvrier et paysan, là où la question agraire n’était pas résolue et où l’alliance entre paysans et travailleurs urbains était décisive. La 4e Internationale n’avançait pas « gouvernement populaire ». Pourquoi ? Au regard de l’histoire, les fronts populaires sont des alliances contre-nature entre les partis ouvriers et des représentants de la bourgeoisie sur un programme de maintien du capitalisme. Le Front populaire a fait refluer la grève générale en France en 1936 et frayé la voie à Pétain[12]. Le Frente popular a défait la révolution en Espagne en 1936 et permis à Franco d’emporter la guerre civile[13]. En Amérique du Sud, l’Unité populaire a permis de prévenir la révolution et au ministre Pinochet du gouvernement Allende de préparer un coup terrible en 1973 contre le prolétariat chilien[14].

Le Partido de trabajadores por el socialismo (Parti des travailleurs pour le socialisme) est, comme CS, le MAS et le MST, du parti fondé par Nahuel Moreno (sous les noms successifs de PRT, PST, MAS). Après la mort de ce dernier, le MAS et son courant international, la LIT, ont éclaté en 1992. A cette occasion, la fraction du PTS défendit la révolution permanente mise en cause explicitement par Moreno dans les années 1980.

Le PTS rassemble plusieurs centaines de militants et publie un organe bimensuel, La Verdad Obrera (La Vérité Ouvrière). Le PTS impulse un rassemblement international, la Fraction trotskyste qui publie Estrategia Internacional (Stratégie Internationale). Ce courant affiche pour but de reconstruire la Quatrième internationale et discute depuis plusieurs années avec la LICR impulsée par le groupe britannique Workers power (Pouvoir ouvrier).

La FT-SI de France et le groupe français Pouvoir ouvrier ont organisé en commun une réunion publique Paris, le 8 mars, consacré à La Crise argentine : comment les masses populaires peuvent-elles imposer une autre solution ? Cette initiative clôturait une tournée européenne organisée conjointement par la FT-SI et la LICR.

Martin Ogando, membre du CC du PTS, était l’orateur devant une soixantaine de participants. Il a défendu à juste titre la rupture de tout soutien au gouvernement bourgeois, la grève générale pour assurer l’hégémonie ouvrière, le contrôle ouvrier, le non-paiement de la dette extérieure, la renationalisation des entreprises privatisées, la nationalisation des banques, l’auto-organisation des travailleurs, l’intervention au sein des « assembles populaires » et la perspective d’une Assemblée nationale des travailleurs et des chômeurs, la nécessité d’un parti ouvrier révolutionnaire… Une discussion a suivi son rapport, entre militants d’origines géographiques très diverses et couvrant un large spectre de tendances du mouvement ouvrier.

Le 8 mars, dans l’exposé de Martin Ogando, il n’a pas été question d’assemblée constituante souveraine. Pourtant, le PTS considérait en décembre l’« assemblée constituante souveraine » comme une solution politique à la crise de domination de la bourgeoisie[15].

 

En Argentine, le mot d’ordre d’Assemblée constituante souveraine est dépassé

 

Au début des années 1950, les deux fractions de la section argentine de la 4e Internationale, celles de Posadas d’abord, puis celle de Moreno, avaient sombré dans l’adaptation au nationalisme bourgeois du démagogue Perón[16]. Pour le justifier, Moreno a eu recours au « front uni anti-impérialiste », repris également par Lambert[17]. Un héritage commun au morénisme et au lambertisme consiste à avancer en permanence le mot d’ordre d’assemblée constituante.

Au moment où il défendait le mot d’ordre d’assemblée constituante pour la Chine de 1929, Trotsky avait mis en garde contre tout emploi généralisé et atemporel de tels mots d’ordre :

Le parti doit se souvenir que, par rapport à son objectif principal (la conquête du pouvoir les armes à la main), les mots d’ordre démocratiques n’ont qu’un caractère secondaire, provisoire, passager, épisodique.[18]

Le slogan démocratique d’assemblée constituante a été employé par le Parti bolchevik, puis par l’Opposition de gauche de la 3e Internationale et la 4e internationale pour des cas où les masses n’ont pas fait l’expérience du parlementarisme, de la démocratie bourgeoise. Ainsi, ce mot d’ordre démocratique peut encore garder un sens révolutionnaire pour la Palestine. Sans cacher que seuls la révolution prolétarienne et les États-Unis socialistes du Proche-Orient résoudront les questions nationales, les révolutionnaires peuvent faire aujourd’hui de l’Assemblée constituante de toute la Palestine un levier pour unifier le prolétariat juif et arabe, contre l’État colonial d’Israël et les trahisons des directions bourgeoises  arabes cléricales ou laïques.

Cela n’exclut pas des mots d’ordre démocratiques dans ces pays : l’abolition de la monarchie en Grande-Bretagne, la suppression du Sénat en France, etc. Mais, avant la Seconde guerre mondiale, la 4e Internationale de Trotsky n’y envisageait aucunement celui d’Assemblée nationale ou constituante :

Le mot d’ordre d’assemblée nationale -ou constituante- conserve toute sa valeur dans des pays comme la Chine ou l’Inde…[19]

En Argentine, le prolétariat et les classes petites-bourgeoises argentines ont non seulement joui du droit de vote dans la période précédente, mais ils viennent de chasser du pouvoir un président élu et un gouvernement représentatif du parlement. Comme l’a dit le représentant du PTS le 8 mars :

Pour la première fois dans l’histoire argentine, une rébellion ouvrière et populaire a renversé un gouvernement élu par le vote.

Dans ces conditions, le mot d’ordre d’assemblée constituante s’oppose aux organes de double pouvoir et à la voie du gouvernement ouvrier, que le PTS veut développer en même temps.

 

« Bloc de la gauche » ou parti léniniste-trotskyste ?

 

Pour déjouer les manœuvres de la classe dominante, pour surmonter les trahisons des bureaucraties syndicales des CGT et de la CTA, opérées avec la bénédiction silencieuse des centristes (PO, MAS, MST…), le prolétariat argentin a besoins d’un parti, d’un parti au programme clair. Tout en reconnaissant qu’il faut construire un parti ouvrier révolutionnaire, le camarade du PTS a défendu simultanément une autre position : la formation durable d’un bloc de la « gauche trotskyste ». Il reprend donc la conclusion du journal diffusé lors de la journée du 20 décembre, dont la dernière phrase était :

Nous proposons au MST, s’il se sépare du PCA-IU, et au PO de former un bloc de la gauche, ouvrier, socialiste et révolutionnaire.[20]

Terminer ainsi un programme d’action est désarmant pour les travailleurs argentins. En effet, d’une part, « la gauche » est un vocable confus ; d’autre part, ce front ne relève ni du front unique ouvrier pour l’action, ni de la construction d’un parti délimité du réformisme et du centrisme.

L’alliance fondamentale proposée par le PTS au PO et au MST ne semble relever ni du front unique ouvrier, ni de la fusion principielle vers un parti ouvrier révolutionnaire. Il ressemble bien plus à la perspective d’un « parti de tous les gauchistes » défendu en vain par LO après 1968 ; à la politique catastrophique de subordination au stalinisme et au MFA dite « Unité des révolutionnaires » lors de la Révolution portugaise de 1975 ; à la politique actuelle de « Socialist alliance », un bloc réformiste constituée par le SWP, Workers Power, l’ISG, le CPGB qui a soutenu la candidature du réformiste Livingstone, devenu le maire de Londres, éploré par la disparition de la reine-mère.

Les bolcheviks ont passé des accords d’ordre pratique avec les organisations révolutionnaires petites-bourgeoises… Lors des élections à la Douma, ils ont eu recours dans certaines circonstances et au deuxième degré à des blocs électoraux avec les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires. C’est tout. Ni « programmes » communs, ni organismes permanents, ni renoncement à critiquer les alliés du moment.[21]

ü                Soit le bloc est véritablement socialiste et proprement révolutionnaire. Il résulte alors d’une grande convergence entre ses composantes. Alors, le bloc n’est qu’une étape préparant la fusion de l’avant-garde du prolétariat sur la base du programme marxiste. Mais il est permis de douter : depuis longtemps, le PO et le MST ont opté pour la révolution par étapes du PCA, remettant le socialisme aux calendes grecques, se constituant comme obstacles à la construction du parti ouvrier révolutionnaire en Argentine. En outre, le MST a constitué depuis longtemps une alliance avec le PCA intitulée IU (Gauche unie).

ü                Soit le bloc permet d’agir en commun sur un objectif concret, malgré des divergences programmatiques. Tout en soumettant ses alliés vacillants et incertains à une critique impitoyable.

Pour l’union des rangs dans la lutte immédiate, il existe la politique léniniste du front unique.[22]

Le « bloc de la gauche » ne répond pas aux besoins d’un bloc de tous les travailleurs contre la bourgeoisie, son État, son gouvernement. Le PO et le MST ne sont pas les organisations de masse des travailleurs argentins, ils n’ont pas capacité d’organiser des grèves. Qui a appelé les travailleurs salariés aux journées d’action, aux « huit grèves générales qu’a connues l’Argentine en deux ans », dont a parlé le camarade du PTS ?

Face à la trahison concrète des appareils corrompus qui administrent les organisations syndicales, on ne peut construire un Parti ouvrier révolutionnaire sans avancer pas d’exigences à l’adresse des principales organisations ouvrières qui existent. Afin, aux yeux de la grande masse des travailleurs, de mettre au pied du mur leurs bureaucraties, de les discréditer, de faciliter leur expulsion. Les centrales (CGT, CGT dissidente, CTA) ne devaient-elles pas postuler à la direction du pays, quand les émeutes ont chassé l’exécutif ? Ne doivent-elles pas appeler à la grève générale contre la politique de Duhalde ? Ne pas affronter les bureaucraties péronistes, c’est en fait capituler devant elles. Parmi les contradicteurs à Paris de Martin Ogando, les partisans du Partido obrero soutinrent pour cette raison que résolu le problème de la conscience de classe du prolétariat est résolu. L’Argentine est-elle couverte de soviets ? Dirigent-ils le pays ?

Pour sa part, le PTS ne s’adresse aux directions syndicales que d’une manière très limitée :

Toutes les organisations ouvrières, quelles qu’elles soient, syndicales ou de chômeurs, doivent lutter pour la confiscation des stocks de tous les super et hypermarchés.[23]

Borner l’unité des rangs ouvriers à la confiscation des stocks est très insuffisant à un moment où la question du pouvoir est posée.

Les travailleurs ont besoin d’un programme, d’une stratégie, d’un parti, et non de la confusion d’un bloc centriste. Au centre du programme figurent le gouvernement ouvrier et les États-Unis socialistes d’Amérique du Sud.

 

Pour les États-Unis socialistes d’Amérique du Sud

 

Un programme d’action doit donner un contenu politique à l’internationalisme dont se réclame le PTS. Le programme d’action de 1934 des bolcheviks-léninistes de France se prononçait pour la 4e internationale et comprenait le mot d’ordre des États-Unis socialistes d’Europe (que refusent en 2002 LO, LCR et PT). La révolution prolétarienne argentine ne peut se consolider et s’épanouir dans le cadre dépassé des frontières nationales, mais seulement dans une perspective continentale et mondiale :

La bourgeoisie américaine, qui a été capable, pendant sa montée historique, d’unir en une seule fédération la moitié nord du continent américain, utilise maintenant toute la puissance qu’elle en a retirée pour diviser, affaiblir, réduire en esclavage la moitié sud. L’Amérique centrale et l’Amérique du Sud ne pourront s’arracher à l’arriération et à l’esclavage qu’en unissant leurs État dans une fédération puissante.  Mais ce n’est pas la tardive bourgeoisie sud-américaine, agence vénale de l’impérialisme étranger, qui sera appelée à résoudre cette tâche, mais le jeune prolétariat sud-américain, dirigeant choisi par les masses opprimées. Le mot d’ordre, dans la lutte contre la violence et les intrigues de l’impérialisme mondial et contre la sanglante besogne des cliques indigènes compradores, est donc : Etats-Unis soviétiques d’Amérique centrale et du Sud. [24]

Le 14 avril 2002



[1] Révolution Socialiste n°1, février 2002.

[2] Le Monde, 27 mars 2002.

[3] Lutte de Classe n°64, mars 2002, souligné par nous.

[4] L’Agonie du capitalisme et les tâches de la 4e Internationale, 1938, OCI, p.16.

[5] R. Luxemburg, Grève de masse, parti et syndicats, 1906, Œuvres  t.1, La Découverte, Paris, p.161.

[6] Rouge, 31 janvier 2002.

[7] V. Lénine, La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky, 1918, Éditions Sociales, 1953, p.9.

[8] F. Gèze & A. Labrousse, Argentine, révolution et contre-révolutions, 1975, Seuil, Paris, p.138 & 247.

[9] Inprecor n°466-467, janvier 2002.

[10] « La revendication d’une Assemblée constituante a été avancée par divers blocs oppositionnels qui n’en avaient jamais parlé auparavant et même par ceux qui s’étaient exprimés contre cette revendication il y a peu encore, par exemple le Parti communiste. » Prensa Obrera, hebdomadaire de PO, 1er janvier 2002, traduit dans Inprecor, janvier 2002.

[11] Déclaration commune du 23 décembre de PO, IU (PCA & MST), LSR, FOS, traduit dans Inprecor, janvier 2002.

[12] Voir les recueils de L. Trotsky, Le Mouvement communiste en France, Minuit et Où va la France ? Selio. Et aussi l’étude de J. Danos & M. Gibelin, Juin 36, Maspero.

[13] Voir le recueil de L. Trotsky, La Révolution espagnole, Minuit. Et aussi l’étude de P. Broué, La Révolution espagnole 1931-1939, Flammarion.

[14] Voir C. Berg & S. Just, Fronts populaires d’hier et d’aujourd’hui, Stock.

[15] La Verdad Obrera n°94, 20 décembre 2002, p.7. Ce numéro programmatique a été traduit, avec d’autres documents, dans une brochure de la FT-SI France. Pour obtenir celle-ci, contacter ftsifrance@yahoo.fr par courrier électronique.

[16] Dissidences n°7, décembre 2000, p.42.

[17] S. Just, Comment le révisionnisme s’est emparé de la direction du PCI, 1984, Comité, Paris, p.29.

[18] L. Trotsky, La Question chinoise après le 6e congrès de l’Internationale communiste, 1928, Œuvres t.II, ILT, Grenoble, p.295.

[19] L’Agonie du capitalisme et les tâches de la 4e Internationale, programme de transition, 1938, OCI, Paris, p.36.

[20] La Verdad Obrera n°94, 20 décembre 2002, p.8, souligné dans le texte.

[21] L. Trotsky, La France à un tournant, 1936, Le Mouvement communiste en France, Minuit, Paris, p.565 ou Œuvres t.9, EDI, Paris, p.119.

[22] L. Trotsky, C’est au tour de la France !1934,  Le Mouvement communiste en France, Minuit, Paris, p.429.

[23] La Verdad Obrera n°94, 20 décembre 2002, p.3.

[24] L. Trotsky, La Guerre et la 4e Internationale, 1934, Œuvres t.4, EDI, Paris, p.56.