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 21 points ou 5 points ? Collectif ou comité de liaison ?

(Réponse à la TCI) 23 août 2004

 

Chers camarades,

Le Groupe bolchevik a reçu de votre part :

·                    La position de la TCI sur l’Appel du Collectif (26 janvier)

·                    La proposition de la TCI pour une conférence internationale ouverte (19 mai)

·                    Une lettre de la FT proposant de participer à la fondation d’un “ comité paritaire ” (7 juillet)

·                    Une proposition de rejoindre un “ comité de liaison ” (10 & 11 juillet)

Entre-temps, vous avez cosigné avec le GB et plusieurs autres organisations la déclaration internationaliste en défense de l’Irak, diffusée le 1er mai dans sept pays. Cette dernière initiative est une des décisions de la réunion du Collectif des 8, 9 & 10 avril, qui avait confié la rédaction du projet aux camarades de Poder Obrero de Bolivie.

Le GB répond aujourd’hui à vos contributions et à vos propositions, de manière honnête et franche. D’abord, nous nous efforçons de tirer toutes les conséquences d’une opinion que nous semblons partager (I) ; ensuite, nous mesurons les divergences de programme telles qu’elles apparaissent actuellement (II) ; enfin, nous examinons le bilan de l’initiative internationale à laquelle vous nous aviez invités (III).

Vous tiendrez compte de nos limites linguistiques : d’une part, nous avons pu nous tromper en traduisant vos propos et ceux d’autres organisations rédigés en espagnol ou en portugais ; d’autre part, nous vous écrivons, avec nos excuses, en français.

I.                   Pour une compréhension lucide et partagée des principaux événements

1)      A propos de l’analyse des rapports de forces entre les classes

Dans votre contribution sur l’Appel, vous soulignez l’importance de partager l’analyse de la situation :

Comme la relation que nous établissons n’est pas de type universitaire, mais de militants révolutionnaires, caractériser correctement une situation est le moyen pour que les mots d’ordre et l’intervention pratique soient corrects. Toute prétendue avancée en termes “ d’accords de principes ” resterait abstraite si nous ne nous entendons pas sur l’intervention concrète… Il nous semble que le “ Collectif ” abuse du mot “ révolution ”… (Positionnement de la TCI, 26 janvier 2004, partie II)

Le Groupe bolchevik partage cette préoccupation :

La nécessaire délimitation des forces révolutionnaires soit s’appuyer à notre avis sur les textes fondamentaux de la LC (Manifeste de 1848, Adresse de 1850), les résolution de la dernière période de l’AIT (en particulier les Adresses de 1871), les textes adoptés par les quatre premiers congrès de l’IC (1919-1923), les fondements de la 4e Internationale (Appel de 1933, Thèses de 1936, Programme de 1938, Manifeste de 1940).

Mais les références programmatiques ne sont utiles que si elles servent de base pour comprendre ensemble les grands événements contemporains, pour définir une ligne internationale stratégique commune, pour intervenir à la mesure de nos forces dans chaque forme nationale de la lutte des classes mondiales. (CC du GB, Message au Plénum international des groupes et organisations de classe appelé par le CR Brésil, la LBI Brésil et l’OCI Argentine, 24 janvier 2003)

Le marxisme n’est pas un credo. Il n’est pas non plus pas un empirisme, mais il respecte les faits. L’étude sérieuse et l’analyse des contradictions doit permettre de saisir les processus réels et d’en rendre compte :

Notre conception de l'histoire est, avant tout, une directive pour l’étude… (F. Engels, Lettre à C. Schmidt, 5 août 1890)

Par conséquent, les marxistes tentent d’analyser concrètement les situations concrètes. Ils s’efforcent de percevoir les stabilisations, les reculs et les défaites, comme les mobilisations des masses, les crises de domination et les révolutions qui s’ouvrent.

Donc, ils évitent de se borner à des analogies, de recourir à des formules toutes faites, à des mythes consolateurs et à des falsifications : prendre la situation argentine de la mi-2003 comme du “ semi-kérenskysme ” et Kirchner pour un front populaire, appeler les contre-révolutionnaires islamistes “ combattants héroïques ”, truquer le montant des dépenses militaires de l’UE, inventer une “ vague rose ” social-démocrate qui submerge l’Europe en 2004, mystifier avec une révolution en Palestine en 2003, imaginer un impérialisme unifié en Europe dirigé par le Parlement européen, duper sur la possibilité de “ brigades internationales ” en Irak, etc.

Ces messieurs ont parfois l'air de s'imaginer que tout est assez bon pour les ouvriers. (F. Engels, Lettre à C. Schmidt, 5 août 1890)

Le GB a cru un temps que la direction de la LOI-CI Argentine souffrait seulement d’une sorte de maladie infantile, qu’il s’agissait de la contrepartie d’une ligne révolutionnaire en Argentine  contre l’assemblée constituante, pour le double pouvoir et pour l’insurrection. Nous pensions que ces erreurs étaient compréhensibles face au Partido obrero d’Altamira et aux débris du MAS qui a explosé après la mort de Moreno ; nous avions l’illusion qu’elles pouvaient être corrigées à l’aide des organisations révolutionnaires étrangères, au premier chef celles du Collectif qui travaillaient en confiance avec la direction de la LOI et du GOI.

Mais nous avions tort : la direction de la LOI n’a aucune intention de se soumettre au contrôle de révolutionnaires d’autres pays. La grandiloquence et l’hystérie, les postures théâtrales et les outrances de langage dissimulent toutes sortes de manœuvres et de fourberies. La direction de la LOI ne souffre pas d’une simple déviation de gauche, mais plutôt d’une maladie plus grave et congénitale, l’opportunisme.

2)      Contre les phrases radicales qui n’engagent à rien et qui trompent le prolétariat

Quand on compare ce qu’ils disent à ce qu’ils font, comment prendre au sérieux les outrecuidances et les rodomontades des permanents du COTP-FTICI ?

·                    ces dirigeants, qui comparaient encore en juillet 2003 Kirchner à Kerenski, ont comme perspective à offrir au prolétariat argentin, en juin 2004… une journée d’action (“ paro ”) ;

·                    les permanents qui proclament, de leurs bureaux de Buenos-Aires, qu’une révolution est en cours en Palestine ferment les yeux sur les faits (l’écrasement des camps par l’armée sioniste, la liquidation de dirigeants, le bombardement du siège de l’Autorité palestinienne, la construction du mur en Cisjordanie…) : tout regroupement révolutionnaire en Palestine qui se fierait au prétendu “ secrétariat international ” serait en très mauvaise posture ;

·                    les phraseurs qui disent : “ dehors le PSOE et le PCE ” pour un pays lointain comme l’Espagne soutiennent les journées d’action des staliniens chiliens qui dirigent la CUT et sont incapables de travailler au sein des CGT argentines contre la bureaucratie péroniste ;

·                    les guérilléristes de salon, qui prétendent qu’il faut envoyer des volontaires combattre sous la direction du Baas et des islamistes, se gardent, heureusement, d’y envoyer leurs militants ;

·                    les Tartuffes qui inventent un “ tournant droitier ” des groupes européens du Collectif courtisent sans vergogne les cogestionnaires du CRI France, les pablistes du type C. Edwards et même les lambertistes de la FUR France, qui ont rejoint le PT.

·                    les gauchistes de pacotille qui appellent au boycott des élections en Europe présentent eux-mêmes dans leur pays une liste aux élections municipales de Buenos Aires sous le mot d’ordre : “ un pôle ouvrier ” avec la LSR ;

·                    les héritiers de la “ troisième période d’erreur ” de l’IC qui expliquent que le front unique ouvrier s’oppose au gouvernement ouvrier, qu’il n’est possible que lorsqu’on dispose d’un parti de masse, qu’il a disparu du trotskysme à partir de 1933, se révèlent partisans de l’appel aux “ organisations des droits de l’homme ” ;

·                    les girouettes politiques qui calomnient brutalement en décembre 2003 des membres du Collectif (“ staliniens ”, “ polpotistes ”) trafiquent secrètement, au même moment, dans le dos du prolétariat argentin, avec le renégat L. Zamora.

Le désir de se situer à gauche du marxisme conduit fatalement dans le marais centriste. (L. Trotsky, Sectarisme, centrisme et 4e Internationale, 22 octobre 1935, Œuvres t. 7, p. 43)

Militant dans le même pays, le CC-POR doit en savoir plus sur la pratique de la LOI que nous. Une chose est sûre : la construction du parti ouvrier révolutionnaire en Argentine nécessite d’en finir une fois pour toutes avec les zigzags opportunistes et les coups fourrés du morénisme ; la construction de l’internationale ouvrière révolutionnaire impose l’honnêteté et le respect des faits.

3)      L’accord doit porter sur la compréhension des principaux événements

Vous serez d’accord avec nous pour préciser que seule une secte exige qu’il faille être d’accord sur tous les aspects d’une conjoncture et sur tous les aspects de la tactique pour être membre d’une même organisation nationale, à plus forte raison pour être membres d’une même organisation internationale. Le bolchevisme nécessite “ seulement ” la compréhension commune des principaux événements et des principales tâches.

Une fusion exige une unité de pensée, non sur des questions particulières et secondaires, mais sur les questions fondamentales. (L. Trotsky, Alchimie centriste ou marxisme, 24 avril 1935, Œuvres t. 5, EDI, 1979, p. 263)

Il nous semble que caractériser décembre 2001 comme un début de révolution (l’Appel) ou une situation pré-révolutionnaire (TCI, Positionnement, 26 janvier 2004, partie II) peut se discuter au sein d’un même centre international, surtout avec des camarades qui sont sur place. Par contre, seuls des inconséquents et des irresponsables peuvent confondre les reculs du prolétariat palestinien en 2003 face à l’offensive de Sharon avec une révolution.

Pour sa part, le GB a attiré l’attention de la direction de la LOI sur le reflux de 2003 en Argentine, ainsi que sur la situation dramatique du peuple palestinien. Surtout, le GB a tenté de doter le Collectif, dès sa gestation, d’une vision lucide de la situation mondiale. Le préambule de l’Appel esquisse une analyse sérieuse de la période, en se basant sur les rapports entre les classes à l’échelle mondiale :

La montée révolutionnaire de la fin des années 1960 et du début des années 1970 a été mondiale : mobilisation de la jeunesse et des ouvriers en Chine, révolution antibureaucratique en Tchécoslovaquie, guerre du peuple vietnamien, grève générale en France, grèves à grande échelle en Italie, grève victorieuse des mineurs en Grande-Bretagne, mouvements nationaux en Irlande et au Pays Basque, mouvement étudiant au Mexique, révolution en Bolivie, lutte des Noirs et mouvement anti-guerre aux Etats-Unis, Cordobazo en Argentine, révolution au Chili et au Portugal... Mais cette vague a été contenue et trahie par les nationalistes bourgeois ou petits-bourgeois et les directions traîtres du mouvement ouvrier.

A partir des années 1980, ce nouveau retard infligé à la révolution mondiale a permis aux bourgeoisies des pays impérialistes de reprendre l’offensive. Un épisode marquant fut la défaite des mineurs britanniques en 1985, mais l’événement décisif fut la destruction de l’URSS en 1991 et le rétablissement consécutif du capitalisme en Russie par la bureaucratie stalinienne qui usurpait le pouvoir des travailleurs depuis 1924.

Cette victoire historique de la bourgeoisie mondiale a encouragé l’impérialisme américain à prendre la tête de coalitions qui ont écrasé l’Irak en 1991, les Balkans en 1999, l’Afghanistan en 2002, l’Irak de nouveau en 2003.

Mais les puissances impérialistes sont incapables de stabiliser la situation. A la fin du XXe siècle, se sont succédées des luttes de masse en Afrique du Sud, l’Intifada de 1987 en Palestine, des manifestations massives en Allemagne de l’Est et en Chine en 1989, les grèves de novembre décembre 1995 en France, les grèves de 1997 en Corée du Sud, les révolutions d’Albanie et d’Indonésie en 1997.Le XXIe siècle a débuté avec de puissantes mobilisations de masse, comme la lutte héroïque palestinienne en 2000, le soulèvement algérien en 2001, les grèves et manifestations italiennes et la révolution en Argentine en 2001, le soulèvement en Bolivie en 2003… La guerre contre l’Irak a été contestée par une énorme mobilisation anti-impérialiste de masse à travers le monde, jusqu’au cœur des métropoles impérialistes. Les prolétariats d’Europe combattent contre la liquidation des acquis arraché durant les précédentes poussées révolutionnaires.

Il faut dire la vérité aux masses, aussi dure et cruelle soit-elle, toutes ces défaites, les reculs des processus révolutionnaires et les déroutes militaires des nations opprimées, ont été des produits de la trahison des directions du prolétariat et des masses exploitées, aujourd'hui groupées pour la plupart dans le Forum Social Mondial. (Collectif, Appel, 20 août 2003)

L’Appel est sans doute insuffisant, mais il a écarté les formulations initiales du “ SI ” du COTPCI, rebaptisé “ FTICI ”, peu après la fondation de la “ FTCI ” par le PTS Argentine.

4)      La vision tiers-mondiste de la direction de la LOI

Le projet du “ secrétariat international ” du COTP expliquait la situation mondiale avec, d’une part, la prétendue “ désynchronisation ” entre la lutte révolutionnaire du monde colonial et semi-colonial, contrastant avec une prétendue atonie des centres impérialistes, d’autre part la trahison du prolétariat européen lui-même :

Le prolétariat nord-américain est celui qui paye le plus durement, avec de gigantesques pertes de conquêtes, cette situation. La trahison de la social-démocratie et du stalinisme a conduit le prolétariat des pays impérialistes d'Europe, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, à se subordonner aux intérêts de ses bourgeoisies impérialistes et à appuyer la restauration capitaliste impulsée par les bureaucraties staliniennes qui se sont converties en agents directs du capital impérialiste mondial. Cela a signifié une désynchronisation par rapport à la lutte du prolétariat et des exploités du monde semi-colonial qui, dans les dernières décennies, sont entrés tout à tour dans le combat ouvrant des situations pré-révolutionnaires ou révolutionnaires…[El proletariado norteamericano es el que más   (S. Novak, Projet de texte pour l’Appel, 10 mai 1993, souligné par nous)

L’éclectisme fait coexister des formulations “ trotskystes ” et d’autres qui n’ont rien à voir avec le marxisme. Mais ce paragraphe fait éclater l’incompréhension de la lutte à l’échelle mondiale entre les deux classes sociales fondamentales :

·                    Pour la direction du COTP-FTICI, une couche petite-bourgeoise, la bureaucratie des Etats ouvriers dégénérés (ou déformés de naissance) impulse le rétablissement du capitalisme.

·                    Pour la direction du COTP-FTICI, le prolétariat européen s’est subordonné aux bourgeoisies des pays impérialistes.

·                    Pour la direction du COTP-FTICI, seul le prolétariat du monde semi-colonial lutte depuis des décennies.

5)      La bureaucratie russe était-elle une classe sociale ou un relais de la bourgeoisie mondiale ?

La direction empirique de la LOI confère de fait à la bureaucratie le rôle d’une véritable classe sociale. Elle aurait été capable de prendre l’initiative, elle-même, de bouleverser les rapports de propriété en URSS.

Or, pour les bolcheviks-léninistes, la bureaucratie stalinienne n’était qu’une couche intermédiaire, dont le règne s’expliquait par le retard de la révolution prolétarienne et l’isolement du premier Etat ouvrier. L’appareil de l’Etat a échappé à partir de 1924 au contrôle de la classe ouvrière, en lien avec l’arriération du pays et la série de défaites des années 1920 et 1930 à l’échelle mondiale :

La bureaucratie soviétique gagnait en assurance au fur et à mesure que la classe ouvrière mondiale subissait de plus lourdes défaites. Entre ces deux faits, la relation n’est pas seulement chronologique, elle est causale et réciproque : la direction bureaucratique du mouvement contribuait aux défaites ; les défaites affermissaient la bureaucratie. (L. Trotsky, La Révolution trahie, 1936, ch. 5, Minuit, p. 66)

Mais cette caste n’avait pas pour autant de place indépendante dans le processus de production. En dernière analyse, elle était l’expression d’une sorte d’équilibre instable entre d’une part de la pression de la bourgeoisie mondiale sur l’Etat issu d’Octobre et d’autre part la résistance de la classe ouvrière mondiale, au premier chef le prolétariat soviétique.

Ou la bureaucratie, devenant de plus en plus l’organe de la bourgeoisie mondiale dans l’Etat ouvrier, renversera les nouvelles formes de propriété et rejettera le pays dans le capitalisme ; ou la classe ouvrière renversera la bureaucratie. (L. Trotsky, L’Agonie du capitalisme et les tâches de la 4e Internationale, 1938, GB, 2003, p. 38)

La question sera tranchée en définitive par la lutte des deux forces vives sur le terrain national et international. (L. Trotsky, La Révolution trahie, 1936, ch. 9, Minuit, 1963, p. 170)

Si Novak prenait au sérieux l’expression “ agent ” qu’elle emploie pour désigner la bureaucratie, elle comprendrait que “ l’impulsion ” de la restauration capitaliste est venue de la classe bourgeoise mondiale et en particulier du plus puissant des impérialismes, l’impérialisme américain.

Il faut ne rien comprendre pour ne pas distinguer, derrière les combinaisons passagères du moment, l’antagonisme fondamental qui existe entre les Etats impérialistes et la République soviétique. (L. Trotsky, Le Conflit sino-russe et l’Opposition, 4 août 1929, Ecrits t. 1, Rivière, 1955, p. 222)

Il faut ne rien comprendre pour ne pas distinguer entre la force motrice du démembrement de l’URSS et de la restauration du capital (la bourgeoisie mondiale) et de son agent au sein de l’Etat ouvrier (la bureaucratie). Dans les faits, les secteurs décisifs de la bureaucratie de l’URSS, incarnés par Gorbatchev puis Eltsine, ont finalement cédé à la pression impérialiste et avancé vers la restauration en même temps qu’ils capitulaient complètement devant les exigences américaines en Afrique du sud, au Nicaragua, en Afghanistan…

Ronald Reagan lance donc à Moscou le défi “ d’une course aux armements que vous ne pourrez pas gagner ”… On s’est mis d’accord dès 1986 sur une série de “ mesures de confiance ” jusque là rejetées en bloc par Moscou, ainsi que sur l’Afghanistan : le tandem Gorbatchev-Chevardnadze a admis dès le début le principe d’un retrait de l’armée rouge, qui deviendra effectif dès 1989. (“ L’homme qui a bousculé ‘L’Empire du mal’ ”, Le Monde, 8 juin 2004)

La présidence Reagan de 1981-1989 a changé la face du monde… Il décida de mettre de l’argent dans les forces armées américaines et d’installer des missiles nucléaires à moyenne portée en Europe… Il avait raison. L’année de son départ de la Maison Blanche, les Russes avaient perdu l’Europe de l’est ; l’année suivante, ils abandonnèrent le communisme. (“ L’homme qui a battu le communisme ”, The Economist, 12 juin 2004)

A leur manière, les porte-parole du capital financier rendent compte de l’interaction entre les “ mondes ” et établissent un lien entre l’évolution au sein des pays impérialistes et l’effondrement des Etats ouvriers d’Europe.

Omettre le rôle de la bourgeoisie impérialiste comme déterminant la restauration capitaliste est une erreur théorique. En pratique, le COTP pouvait ainsi refuser de défendre les Etats ouvriers contre la bourgeoisie mondiale (dans le droit fil de Shachtman et Cliff, Moreno et Lambert). D’ailleurs, le projet d’Appel initial du COTP abordait la question des Etats ouvriers, sans dire un mot de la défense des dernières conquêtes qui subsistaient en Chine, au Vietnam, en Corée du Nord et à Cuba.

6)      La “ désynchronisation ” de deux “ mondes ”, un thème nationaliste et néo- pabliste

Pour comprendre les conjonctures nationales et continentales, il faut partir de l’échelle planétaire.

Le marxisme procède de l’économie mondiale considérée non comme la simple addition de ses unités nationales mais comme une puissante réalité indépendante… (L. Trotsky, Préface de l’édition française, 29 mars 1930, La Révolution permanente, Minuit, 1975, p. 8-9)

Voilà pourquoi notre bulletin, Révolution Socialiste, s’efforce d’analyser régulièrement l’économie mondiale. Il n’y a pas d’un côté des prolétariats à l’offensive (dans le monde semi-colonial) et de l’autre un prolétariat subordonné à sa bourgeoisie. Comme le dit le préambule de l’Appel, à la vague révolutionnaire mondiale des années 1960 et 1970 a succédé une contre-offensive mondiale de la bourgeoisie.

Il n’est pas difficile de retrouver la filiation de la théorie de la “ désynchronisation ” entre les “secteurs ”. Elle vient des nationalistes et des staliniens bourgeois du type Castro et Mao et elle a été incorporée depuis longtemps dans les révisions des faussaires de la “ 4e internationale ” :

Dans ces conditions, la Révolution coloniale occupe la place d’avant-garde de la révolution mondiale et agit comme force principale… (6e congrès du SI pabliste, Bilan, problèmes et perspectives de la Révolution coloniale, Quatrième Internationale, 1er trimestre 1961, p. 47)

Le retard de la révolution prolétarienne dans les pays impérialistes a, en général, indubitablement empêché la révolution coloniale de suivre la voie socialiste aussi rapidement et aussi consciemment que c’eût été possible (7e congrès du SU pabliste, La Dialectique de la révolution mondiale, 1963, in P. Frank, La Quatrième Internationale, Maspero, 1969, p. 139)

Pendant deux décennies, le centre de gravité de la révolution mondiale s’était déplacé vers les pays coloniaux et semi-coloniaux… (9e congrès du SU, La Nouvelle montée de la révolution mondiale, Quatrième Internationale, mai 1969, p. 14)

Quelles que soient les formules utilisées, l’opposition entre fractions du prolétariat mondial est toujours basée sur le scepticisme à l’égard de la capacité révolutionnaire des bastions de la classe ouvrière.

7)      L’accusation des chefs de la LOI contre le prolétariat européen

De la même manière que pour la bureaucratie, le faux est juxtaposé au vrai sur dans la description de la situation mondiale. Il en est ainsi depuis le premier révisionnisme, en passant par Moreno et son maître Pablo : leurs textes comportent toujours des emprunts formels au marxisme pour rassurer les militants attachés au marxisme et camoufler la révision. Le “ SI ” admet que la social-démocratie et le stalinisme trahissent (hommage à l’orthodoxie), mais il attribue à la classe ouvrière  la responsabilité de s’être subordonnée à la classe dominante (la véritable position de la direction de la LOI) :

La trahison de la social-démocratie et du stalinisme a conduit le prolétariat des pays impérialistes d'Europe, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, à se subordonner aux intérêts de ses bourgeoisies impérialistes. (S. Novak, Projet de texte de convoation, 10 mai 1993)

Les centaines de millions travailleurs salariés des pays impérialistes sont exploités. Une partie significative est en permanence réduite au chômage. Tous subissent de multiples attaques de leur bourgeoisie. Et il faudrait en plus qu’ils supportent les insultes de quelques permanents de Buenos-Aires… Pour des marxistes, l’entièreté du prolétariat mondial, tant les prolétariats des pays dominés que ceux des pays dominants subissent une crise de direction :

Les masses n’ont pas été capables de briser la coalition des socialistes, des staliniens, des anarchistes et du POUM avec la bourgeoisie. Ce modèle de sophisme procède d’une sorte de concept d’une sorte de maturité absolue, c’est-à-dire d’une condition de perfection des masses dans laquelle elles n’ont aucun besoin d’une direction…

Ce n’est que peu à peu, et seulement sur la base de leur propre expérience que les couches les plus larges des masses finissent par se convaincre que la nouvelle direction est plus ferme, plus sûre, plus loyale que l’ancienne… Mais il faut qu’un tel parti existe bien avant la révolution… (L. Trotsky, Classe, parti et direction, août 1940, La Révolution espagnole, Minuit, 1975, p. 558 & 560)

Avec la disparition sans gloire de la 4e Internationale qui avait été proclamée pour résoudre ce problème, la crise de direction s’est aggravée à un point inédit. Si les journalistes empiristes du BIOI appliquaient leurs critères à leur propre pays, ils concluraient que le prolétariat argentin s’est subordonné en 2003 à sa bourgeoisie. Mais, comme les nationalistes et les tiers-mondistes, ils suintent le scepticisme et l’hostilité à la classe ouvrière des pays d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du nord, rendus responsables de ce que font “ leurs ” capitalistes.

8)      La classe ouvrière des Etats-Unis ne se réduit pas aux Noirs et aux Latinos

Pour la direction de la LOI, le prolétariat d’Amérique du nord ne vaut guère mieux que celui d’Europe, à l’exception des Noirs et des travailleurs d’origine latino-américaine :

Mais cette tâche historique ne peut être menée que par le jeune et héroïque prolétariat latino-américain, en étroite unité avec son allié le plus important, la classe ouvrière nord-américaine, et en particulier sa fraction la plus exploitée et opprimée, les millions d’ouvriers noirs et latinos, surexploités et traités comme des parias par cette bourgeoisie impérialiste et aussi par l’arrogante aristocratie ouvrière et la bureaucratie syndicale de l’AFL-CIO, qui sont ceux qui souffrent le plus de la flexibilité du travail, du chômage, de la pauvreté, de la persécution et de l’hostilité de la police. C’est à eux que doit s’adresser la classe ouvrière latino-américaine (SI du COTP, Projet de déclaration Bolivie, 30 septembre 2003, souligné par nous)

De nouveau, après quelques mots orthodoxes et prudents (la classe ouvrière nord-américaine est l’alliée de celle d’Amérique latine), suit l’expression détaillée de la véritable ligne de la direction de la LOI : le prolétariat d’Amérique latine –“ héroïque ”– doit compter uniquement sur les Noirs et les Latinos d’Amérique du Nord.

C’est à eux que doit s’adresser la classe ouvrière latino-américaine…

Selon la direction de la LOI, il ne sert à rien de s’adresser à l’ensemble des travailleurs américains. D’évidence, la “ désynchronisation ” des post-morénistes s’explique par leur concept de “ l’aristocratie ouvrière ”. Leur aristocratie ouvrière est bien différente de celle d’Engels et de Lénine, car elle englobe implicitement la majeure partie des classes ouvrières des pays impérialistes. Rien de bien nouveau dans le révisionnisme des épigones qui usurpent la référence à la 4e Internationale de Trotsky. En 1965, Mandel expliquait que tout le prolétariat des pays impérialistes était corrompu :

Aujourd’hui, nous sommes plus conscients des réalités économiques de la situation ouvrière dans le monde entier. Nous pouvons constater que la véritable aristocratie ouvrière n’est plus constituée par certaines couches du prolétariat des pays impérialistes par rapport à celui des pays coloniaux et semi-coloniaux : le rapport des salaires entre un ouvrier noir d’Afrique du Sud et un ouvrier anglais varie d’un à dix… Il est donc manifeste que le premier est très supérieur au deuxième. C’est d’ailleurs l’exploitation impérialiste qui a permis de réaliser cette énorme différence globale des salaires entre les pays impérialistes et les pays sous-développés. (E. Germain, De la bureaucratie, Maspero, 1971, p. 24)

La classe ouvrière nord-américaine d’origine européenne ou asiatique est-elle de “ l’aristocratie ouvrière ” ? Le mini-appareil du COTP use et abuse d’un terme qu’il ne définit jamais, qu’il n’incarne jamais (quelles couches ? quel rôle concret ? comment affronte-t-on pratiquement “ l’aristocratie ouvrière ” ?…).

Mais la direction de la LOI n’est jamais très rigoureuse en matière de théorie. Elle n’est pas non plus très soucieuse des faits. Elle oublie l’immigration asiatique aux Etats-Unis. Elle semble croire que tous les Noirs et tous les Latinos sont des prolétaires.

9)      La nature des bureaucraties syndicales et de leurs “ journées d’action ”

Le COTP-FTICI prétend que les partis réformistes et les syndicats des pays impérialistes sont l’expression pure et simple des intérêts de l’aristocratie ouvrière. A proprement parler, les organisations “ réformistes ” ne sont pas sous le contrôle d’une section de la classe ouvrière, mais sous l’hégémonie de la classe dominante. A l’époque de l’impérialisme, la bourgeoisie met la main sur les organisations ouvrières par l’intermédiaire de leurs appareils qu’elle corrompt et qu’elle domestique. Ceux-ci font sciemment la politique de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier, y compris en Amérique latine.

Le 5 août 1981, Reagan a licencié 11 359 contrôleurs aériens en grève. Ces travailleurs forment une catégorie du prolétariat très qualifiée et bien payée, une aristocratie ouvrière au sens de Lénine. Après leur échec, de nombreux ouvriers et employés, y compris des centaines de milliers de Latinos et de Noirs, furent dissuadés durablement de recourir à la grève. Cette défaite retentissante a donc encouragé l’offensive des patrons. Mais elle a aussi facilité le cours international agressif et contre-révolutionnaire de l’impérialisme américain, contre l’Afghanistan et l’URSS, mais aussi en Amérique latine, en particulier à Grenade, au Nicaragua et au Salvador.

Voilà pourquoi la bureaucratie de l’AFL-CIO, loin de défendre ces “ aristocrates ouvriers ”, les a trahis face à la répression et à l’Etat bourgeois. Seuls les contrôleurs aériens du Portugal et du Canada boycottèrent les vols américains durant 48 heures, en solidarité avec leurs camarades licenciés. Quant à elle, la direction de l’AFL-CIO a refusé d’appeler à la grève les autres travailleurs des aéroports des Etats-Unis et ceux des compagnies d’aviation. Contre la grève générale des travailleurs des transports aériens, la bureaucratie a appelé à une journée d’action symbolique (“ paro ”) en septembre 1981. Ce jour-là, 500 000 travailleurs manifestèrent pourtant à Washington, dont des dizaines de milliers de Latinos et de Noirs, ce qui montre le potentiel de combat qui existait. Mais ils sont restés sans perspective.

C’est à cela que servent les “ journées d’action ” des bureaucraties syndicales agents de la bourgeoisie, aux Etats-Unis comme au Chili, en France comme en Argentine. Voilà pourquoi le GB a refusé de signer la déclaration rédigée par la direction de la LOI sur les victimes de l’accident de Rio Turbio : ce projet appelait à un “ paro ”, à une journée d’action, tourné contre la grève générale des mineurs d’Argentine. Avec le CRI France, vous avez cosigné cette déclaration à caractère très opportuniste.

Un autre reproche du GB était l’aspect étroitement national de ce texte prétendument international. Le projet de la LOI n’avait pas un mot pour les dizaines de mineurs russes ni pour les milliers de mineurs chinois morts des exigences de la restauration du capitalisme en Chine. Aucune organisation n’a repris nos suggestions d’amendements, ni n’a répondu à nos critiques.

10)   Contre toute adaptation au nationalisme

D’ailleurs, les concessions au nationalisme apparaissent explicitement dans le projet de déclaration sur la Bolivie qu’avait proposé au Collectif la direction du COTP-FTICI :

Lutte contre la remise de la richesse en gaz aux Ricains [“ gringos ”]… Dehors les Amerloques de Bolivie ! [“ Fuera los gringos de Bolivia! ”] (SI du COTP, Projet de déclaration Bolivie, 30 septembre 2003)

Loin de corriger, le COTP-FTICI s’est vanté de ce type de vocabulaire :

‘Dehors les Ricains’ est révolutionnaire. (BIOI, supplément spécial au n°6, 6 novembre 2003, p. 27)

Il a osé prétendre que le refus du GB de s’aligner sur la xénophobie provenait de son adaptation “ aux préjugés et à la terrible (sic) pression qui s’exercent de la part de la gauche réformiste française ” (idem). Les trahisons de Moreno et de Lora prouvent que la pression de la classe dominante peut s’exercer non seulement par l’intermédiaire des partis ouvriers bourgeois, mais directement par l’intermédiaire de bonapartes et de partis bourgeois (PJ, MNR).

Une nouvelle fois, le COTP est incapable de partir des classes et de la lutte des classes : il croit que l’initiative vient des partis réformistes, alors que ces derniers sont les relais de la bourgeoisie. Même son vocabulaire en témoigne : nous défions le COTP de trouver “ gauche ” chez Trotsky pour désigner scientifiquement les partis politiques. Ceux qui se réclament du programme de la 3e Internationale et de la 4e Internationale, ne devraient pas céder à l’idéologie dominante en acceptant ce vocabulaire mystificateur qui masque les classes et la lutte des classes, qui mélange les partis bourgeois et les partis ouvriers. En France, il est employé à ce titre par toutes les directions traîtres et par leurs laquais centristes (dont les cousins de la LOI, les groupes morénistes).

Quant à la pression que la classe dominante, la bourgeoisie, exerce ici, elle est généralement celle de l’anti-américanisme, car l’impérialisme français est en compétition avec son rival américain. Cette position est répercutée dans la classe ouvrière et la jeunesse par le système scolaire et universitaire, par les médias et aussi par les agents de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier, les bureaucraties syndicales et les partis réformistes.

Nous voulons une Europe plus démocratique, capable d’agir pour la croissance et l’emploi, de garantir les droits sociaux, de peser dans le monde face à l’unilatéralisme des Etats-Unis… (PS, Pour l'Europe, 10 octobre 2003)

La situation du monde impose de donner à l’Union européenne la capacité de parler d’une voix forte face à la politique hégémonique et belliciste des Etats unis et de contribuer à la prévention des conflits. (PCF, Propositions du PCF pour l'Europe, 14 mai 2004)

Le GB est une des rares organisations du mouvement ouvrier à ne pas céder au chauvinisme anti-américain, très répandu. Nous luttons certes contre l’impérialisme américain, mais surtout contre l’impérialisme français et pas contre “ les Américains ”. Beaucoup d’autres expressions du projet de texte Bolivie montraient que le SI du COTP reste étroitement borné à l’Amérique latine et se révèle incapable d’écrire pour l’avant-garde prolétarienne mondiale.

11)   Renouer avec l’internationalisme des 3e et 4e Internationales

L’ennemi principal est, pour chaque prolétariat, dans son pays, y compris en Bolivie et en Argentine. Symétriquement, le principal allié des classes ouvrières bolivienne et argentine est le prolétariat mondial, incluant celui des Etats-Unis. Il est donc inconcevable qu’une déclaration conçue par de soi-disant trotskystes internationalistes s’en prenne aux Américains et emploie des termes péjoratifs comme “ gringos ”. Quelle organisation voulant construire un parti révolutionnaire aux Etats-Unis pourrait y distribuer un tel texte ? Nous luttons contre l’impérialisme, contre les groupes capitalistes des Etats-Unis, d’Europe de l’Ouest et du Japon, contre l’armée et les services secrets américains, pas contre les Américains en tant que tels, car c’est tourner le dos au prolétariat des Etats-Unis.

Le patriotisme constitue l’élément essentiel de cette idéologie au moyen de laquelle la bourgeoisie empoisonne la conscience de classe des opprimés et paralyse leur volonté révolutionnaire… (L. Trotsky, Leçons d’Octobre, 4 novembre 1935, Œuvres t. 7, EDI, 1980, p. 63)

Les bolcheviks-léninistes du monde entier peuvent être fiers que, à l’entrée des Etats-Unis dans la seconde guerre inter-impérialiste, la section américaine, le SWP, a défendu les ouvriers d’origine japonaise contre la vague chauvine. De même, durant l’occupation militaire (et l’oppression nationale) de la Belgique et de la France par l’impérialisme allemand dirigé par les nazis, la section française de la 4e Internationale n’a jamais succombé au chauvinisme, ni employé le vocabulaire abject qui va avec (“ boches ” pour désigner les Allemands), contrairement aux staliniens. Les militants du POI ont même réussi à éditer, dans des conditions périlleuses, un bulletin à destination des travailleurs allemands sous l’uniforme, Arbeiter und Soldat.

L’adaptation au nationalisme n’est pas nouvelle en Argentine : l’opportuniste Nahuel Moreno avait placé en 1956 son organisation sous la discipline de Perón. Mais toute ligne de ce type, produit de la pression des autres classes sociales sur le mouvement ouvrier, est un crime. Ces concessions s’opposent à la préparation de la révolution prolétarienne dans le pays et au regroupement international des révolutionnaires. Au lieu d’opposer tel prolétariat à tel autre, de diviser la classe ouvrière mondiale, appliquons plutôt à l’Amérique latine et à l’Amérique du nord la ligne de Lénine pour l’Asie et l’Europe :

Dans l’Europe “ avancée ”, seul le prolétariat est une classe avancée… Toute la bourgeoisie européenne fait alliance en Chine avec toutes les formes de la réaction et du Moyen âge. En revanche, toute la jeune Asie, c’est-à-dire des centaines de millions de travailleurs d’Asie ont un allié sûr dans le prolétariat de tous les pays civilisés. (V. Lénine, L’Europe arriérée et l’Asie avancée, 18 mai 1913, Œuvres t. 19, Progrès, 1967, p. 94-95)

Analyser correctement les situations concrètes et y intervenir ensemble comme bolcheviks nous impose à tous de rejeter l’héritage pourri des épigones de feu la 4e Internationale, d’extirper le pablisme, le morénisme, le lambertisme, le healysme, le shatchtmanisme, le cliffisme, le lorisme, le grantisme, le hardysme, l’altamirisme, etc. au même titre que la social-démocratie et le stalinisme, le nationalisme petit-bourgeois et le nationalisme bourgeois, dont ils ne sont que les avatars.

II.                 La perspective réactionnaire d’une pseudo-“ IVe Internationale ” supplémentaire

12)   Pertinence et limite de votre commentaire sur la scission du Collectif

La FT-VP nous a écrit :

Les comités paritaires, comités de liaison, comités de correspondance… ne sont pas des inventions de Lambert et moins encore de Moreno ; ce sont des instruments mis en place par le mouvement révolutionnaire pour établir des discussions, des échanges, des campagnes… selon la tradition du marxisme révolutionnaire…

Le Collectif a été détruit, à notre avis, non par la LOI ni par un autre groupe qui en faisait partie, mais parce qu’il n’y avait pas -et qu’il n’y a pas- de base programmatique commune entre les divers groupes qui le composaient. C’est, à notre point de vue, la raison de la faillite du Collectif et de sa crise.

Quant à la disparition de la confiance envers la LOI, nous pensons que ce n’est pas une raison politique pour ne pas participer au Comité Paritaire…

Vous dites que la LOI a voulu détruire Lucha Marxista ? Comment est-ce possible ? Comment un groupe politique, situé dans un autre pays, est-il capable de le détruire ? N’avez-vous pas une meilleure explication ? (FT, Lettre au GB, 7 juillet 2004)

Le camarade Otávio Lisboa a raison sur un point d’importance : si le Collectif a connu sa première crise en  juillet 2003 (quand la LOI a publié l’Appel international, en fonction de ses besoins nationaux, alors que LM était en train de l’amender), si le Collectif a subi une deuxième crise en décembre 2003 (quand le “ secrétariat international ” du CPTP-FTICI a scissionné LM, tout en l’accusant d’être des staliniens et des polpotistes), s’il a explosé en avril 2004 (quand les représentants du COTP-FTICI ont quitté la 2e réunion du Collectif), c’est forcément par désaccord programmatique.

Mais il faut préciser plusieurs points, avant d’essayer de revenir sur la principale faiblesse politique de l’Appel :

·                    La dérision du camarade sur la tentative de destruction de LM témoigne d’une certaine naïveté politique que les Tartuffes morénistes se chargeront probablement de dissiper. La direction de la LOI a scissionné LM en débauchant un militant mécontent et indiscipliné qui n’avait aucune intention de rester à son organisation (ses actes le prouvaient et il l’a explicitement écrit), puis elle a couvert cette opération en accusant la direction du groupe péruvien du Collectif de stalinisme et de polpotisme (quelques mois après avoir signé l’Appel avec eux) ;

·                    Pas plus que des statuts ne garantissent absolument la démocratie ouvrière, une plateforme programmatique (comme l’Appel) ne peut assurer que ceux qui la signent vont la respecter. Par exemple, la décision de lancer une nouvelle internationale a été prise en 1933 avec l’Appel des Quatre. Ce document tirait lucidement les leçons de la période, se délimitait fermement du réformisme et du centrisme, définissait clairement les tâches. Mais, de ses quatre signataires, trois abandonnèrent le terrain du bolchevisme-léninisme pour un programme plus large et des organisations plus importantes… qui disparurent toutes dès le seconde guerre impérialiste ;

·                    Changer les 21 points contre 5 seulement comme l’a fait la “ pré-conférence ” du Brésil n’est pas corriger les faiblesses du Collectif, mais les aggraver. Comme la trajectoire de ces déserteurs (OSP Pays-Bas, RSAP Pays-Bas, SAP Allemagne) l’a prouvé, ce n’est en tout cas pas en édulcorant le programme, pour mettre sur pied des “ bureaux de Londres ” ou des “ comités paritaires ” qu’on avance dans “ la tradition du marxisme-révolutionnaire ”… si l’on entend par là l’école de Lénine et de Trotsky.

·                    En dernière analyse, les divergences programmatiques renvoient elles-mêmes à des positions sociales. Par exemple, Hardy, le dirigeant secret de LO France, était un petit patron ou la direction de la LOI est incapable de partir des classes sociales.

Reste que, comme vous l’avez relevé, la base programmatique du Collectif avait un point particulièrement faible.

13)   L’Appel laissait ouverte la question de l’Internationale

C’est vous qui aviez raison :

Si les mots ont un sens, l’établissement d’un centre international nécessite une unité idéologique, programmatique et politique… Comment cela serait-il atteint quand s’exprime, à notre point de vue, une telle divergence sur le bilan de la 4e internationale qu’il n’y a pas d’accord sur le numéro de l’internationale ? (Positionnement de la TCI, partie I).

Sans cacher le désaccord entre les rédacteurs, l’Appel ne se prononçait pas clairement sur la perspective de la conférence internationale, sur son débouché. Les adversaires français des 21 points trouvaient le problème négligeable :

Le Groupe CRI estime abusif de caractériser comme une “ divergence importante ” entre les organisations signataires celle qui porte sur la “ caractérisation actuelle de l’Internationale révolutionnaire ”, c’est-à-dire sur son nom : Ve Internationale, Internationale ouvrière révolutionnaire ou IVe Internationale régénérée et refondée… (CRI, Contribution sur l’Appel, partie 5, 27 septembre 2003)

Mais la majorité de la CC du GB a elle-même sous-estimé l’importance de cette question, malgré les avertissements d’un de ses membres (le camarade D. Laruelle) et aussi d’une camarade du GG. Elle s’est figurée que, puisque les cinq fondateurs du Collectif étaient d’accord sur les tâches révolutionnaires en Irak et en Bolivie, puisque nous avions adopté en commun l’Appel, le CWG, LM et le GB pourraient ensemble persuader la LOI (et donc le GOI) que la 4e Internationale était morte. C’était une erreur.

Pour la CC du GB, la principale leçon de la scission du Collectif par le COTP est qu’il combattra désormais de manière ferme toute prétention à “ reconstruction ”, “ refondation ”, “ régénérescence ”, “ recréation ”, “ renaissance ”, etc. d’une prétendue “ 4e Internationale ”.

La réponse que vous apportez pour l’instant à ce problème est, sans être identique, proche de celle de la FTICI. Si nous l’avons bien comprise, elle peut se présenter ainsi :

·                    A l’occasion de grands événements mondiaux, la 2e Internationale et la 3e ont trahi : la 4e Internationale n’a pas trahi à proprement parler ;

·                    Les courants de la 4e Internationale qui dégénèrent se défont de l’étiquette (SWP Etats-Unis, PRT Argentine…) ;

·                    Tout le centrisme contemporain progressif vient de la 4e Internationale ;

·                    Le trotskysme a exprimé la continuité du marxisme-léninisme.

Ces arguments, même s’ils étaient justes (ce dont nous doutons, à l’exception du dernier… à condition d’être d’accord sur ce qu’il faut entendre par “ trotskysme ”) ne suffisent pas à légitimer, 70 ans après, l’illusion de pouvoir reconstruire la 4e Internationale. Car on n’a jamais vu une organisation révolutionnaire rester révolutionnaire durant plusieurs générations.

14)   Etiquettes et numéros

En fonction de l’antagonisme entre les classes sociales fondamentales, à cause de la domination économique, politique, idéologique de la classe exploiteuse, soit le parti communiste mène le prolétariat à la victoire à l’occasion d’une crise révolutionnaire, soit il est liquidé comme organisation révolutionnaire par la répression et surtout par les capitulations de ses directions.

Trotsky lui-même avait averti l’organisation dont il avait jeté les fondements en 1933 :

Si le régime bourgeois sort de cette guerre impuni, tous les partis révolutionnaires dégénèreront. (La Guerre impérialiste et la révolution prolétarienne mondiale, mai 1940, GB, 2004, p. 34)

Pourquoi Lénine a-t-il abandonné l’étiquette de l’Internationale ouvrière (2e Internationale) ? Parce qu’elle a disparu en temps de guerre et parce que presque toutes ses sections ont pactisé avec leur propre bourgeoise (ce qui est évident pour les sociaux-patriotes bellicistes, mais pas moins vrai pour les pacifistes zimmerwaldiens). Pourquoi Trotsky a-t-il abandonné l’étiquette –beaucoup plus claire– de l’Internationale communiste (3e Internationale) ? Parce que ce centre est devenu le principal instigateur des défaites et qu’aucune section de l’IC n’a résisté à la révision du programme et aux trahisons.

Notre perspective est désormais celle d’une 5e Internationale ouvrière, dont le programme soit clairement communiste, comme celui de la 3e et la 4e Internationales. La 2e, par contre, hébergeait tous les courants socialistes et sa section phare (le SPD Allemagne) ne défendait pas la dictature du prolétariat. La différence entre 3e et 4e Internationales tient à la taille (la 3e a rallié les masses mais les a trahies à grande échelle, la 4e Internationale n’a pu se construire comme organisation de masse et a donc disparu) et aussi à l’enrichissement du programme : révolution permanente, Etat ouvrier dégénéré, révolution politique…

L’appellation “ 4e Internationale ” permettait, dans les années 1930 de se délimiter clairement de l’Internationale social-démocrate reconstituée et de l’Internationale dégénérée devenue stalinienne, mais aussi des internationales des organisations centristes qui refusaient en fait de rompre définitivement avec l’une et l’autre. Aujourd’hui, l’intérêt de lever le drapeau d’une “ 5e Internationale ” est très limité, car l’avant-garde actuelle ignore qu’il existe toujours une 2e, n’a pas connu la 3e Internationale et ne connaît sous le nom de la 4e.que des contrefaçons de plus en plus réformistes.

Que les courants opportunistes, révisionnistes et liquidateurs achèvent leur trajectoire en reniant le “ trotskysme ” et la “ 4e Internationale ” est vrai.

·                    Mais certains individus et courants restent au milieu du gué et, pour les autres, cela prend parfois des décennies, comme dans le cas de Shachtman ou de Pablo.

·                    La dialectique oblige aussi à prendre en compte que l’usurpation du nom de Trotsky et du drapeau de la 4e Internationale a été bien utile à toutes sortes de gourous de sectes et de chefs réformistes de courants centristes n’ayant  aucune intention de participer à la révolution et de préparer un jour une insurrection.

·                    Pour autant, la 4e Internationale n’a pas repris en 1943 le nom de l’IC quand Staline a liquidé celle-ci. Le passé est le passé…

 Un aspect de numérotage que Trotsky n’avait pas envisagé est le suivant : combien y a-t-il actuellement de “ 4e Internationale ” ? Le but de la TCI est-il vraiment d’en ajouter une ?

La question que vous devriez vous poser est celle de la continuité, de la légitimité : y a-t-il un centre de la 4e Internationale ? existe-t-il au moins des sections de la 4e Internationale ? comme matérialistes, à partir de quoi pouvez-vous prétendre reconstruire la 4e Internationale ?

15)   Jamais une organisation révolutionnaire n’a vécu 70 ans

De ce point de vue, la 4e internationale est définitivement morte.

Partout dans le monde, la quasi-totalité des soi-disant trotskystes s’est adaptée à des forces sociales étrangères au prolétariat et a capitulé devant leur expression politique. Pour certains, cela a pris la forme de l’adaptation à leur propre bourgeoisie et de la capitulation devant le nationalisme bourgeois ou la social-démocratie (M. Shachtman, T. Cliff, N. Moreno, T. Grant, P. Lambert, J. Altamira, G. Lora…), pour d’autres cela s’est traduit par l’adaptation aux bureaucraties usurpant le pouvoir dans les Etats ouvriers d’URSS, de Chine et du Cuba et de la capitulation devant les partis staliniens (M. Pablo, J. Hansen, N. Moreno, E. Mandel, Hardy, G. Lora…). Aucune section n’en a finalement réchappé.

Son centre d’après guerre, le SI était composé de jeunes Européens courageux (la 2e guerre impérialiste les avait sélectionnés), talentueux, mais inexpérimentés car la direction de la section américaine avait refusé de prendre ses responsabilités en envoyant un ou des cadres dans cette équipe. Le SI a d’abord eu des vacillations sectaires (quoique moins stupides que celles du “ SI ” de Buenos-Aires) avant de sombrer dans l’opportunisme face aux difficultés, sous forme de recherche éperdue de raccourcis, dont le premier a été de prendre en 1948 le parti stalinien de Tito pour un parti centriste de gauche, voire trotskyste, au moment où il se consolidait en bureaucratie de l’Etat ouvrier yougoslave.

Lors du “ 3e congrès mondial ” de 1951, et surtout lors du 10e plénum de 1952, cette direction (M. Pablo, E. Mandel, L. Maitan… épaulés d’un vieil opportuniste, P. Frank) est devenue elle-même la source de l’adaptation à la bureaucratie stalinienne, de la révision du programme, de la liquidation des sections. Par conséquent, quand son heure sonna, la 4e Internationale ne fut pas au rendez-vous de l’histoire, ni en 1952 en Bolivie, ni en 1953 en Allemagne de l’Est, ni en 1956 en Pologne et en Hongrie, ni en 1964 à Ceylan, etc.

Contrairement à ce que vous affirmez, il n’y a aucune différence, sinon d’échelle, avec la faillite des internationales précédentes. La thèse de la LOI selon laquelle la faillite date… de 1989 ne tient pas non plus la route.

Certes, la 4e Internationale n’est pas morte instantanément en 1950. Grâce à l’héritage de Trotsky et à son lien avec le bolchevisme, elle a résisté à sa propre direction : d’abord la section française, le PCI, totalement isolé en 1952, puis toute une fraction internationale, à l’appel de la section américaine, le SWP, en 1953.

Mais tous les efforts pour refonder, pour reconstruire, qui avaient alors un sens, ont échoué. Le “ Comité international de la 4e Internationale ” n’a pas entrepris de lutte à mort contre le SI des usurpateurs pablistes, n’a jamais fonctionné comme centre et a lui-même couvert toutes sortes de révisions du programme et d’adaptations. Toutes les sections qui l’avaient proclamé ont succombé à leur tour. Le SWP de J. Hansen, devenu pro-castriste, a scissionné le CI en 1963 pour rejoindre les pablistes. La SLL Grande-Bretagne qui avait défendu le CI contre cette offensive destructrice, l’a scissionné à son tour en 1971, puis G. Healy s’est vendu à Hussein et à Kadhafi, avant de mourir en ralliant Gorbatchev, comme Mandel. Enfin, le PCI France, après s’être adapté à l’organisation nationaliste algérienne (MNA) dans les années 1950, a finalement capitulé en 1981 devant la social-démocratie et son front populaire, avant de se liquider dans un parti réformiste confectionné de toutes pièces par Lambert, le PT.

Une organisation n’existe pas pour l’éternité. Cela ne devrait pas étonner des dialecticiens.

16)   Le pablisme et la résurrection révisionniste du “ front unique anti-impérialiste ”

L’éclatement de la 4e Internationale, dont elle ne s’est jamais remise, date du début des années 1950. En 1951, la direction de la 4e internationale a affirmé, malgré l’opposition de la section française, un cours pro-stalinien et généralement liquidateur :

Ce qui nous distingue du passé, ce qui fait la qualité de notre mouvement actuel et qui constitue le gage le plus sûr de nos victoires futures, c’est notre capacité croissante de comprendre, d’apprécier le mouvement des masses tel qu’il existe… et de chercher à trouver notre place dans ce mouvement… C’est le cas par exemple en Amérique latine où le mouvement des masses anti-impérialiste et anticapitaliste prend souvent des formes confuses, sous une direction petite-bourgeoise, comme au Pérou avec l’APRA, comme en Bolivie avec le MNR, ou même bourgeoise comme au Brésil avec Vargas, comme en Argentine avec Perón. (M. Pablo, Rapport au 3e congrès, août 1951, Les Congrès de la 4e Internationale t. 4, La Brèche, 1989, p. 199)

Qualifier l’APRA et le MNR de petits-bourgeois est du maquillage. Peu importe, car, pour le SI, le caractère bourgeois des partis de Vargas ou de Perón n’était pas un obstacle pour s’y subordonner. Le congrès adoptait la ligne suivante pour la Bolivie :

En Bolivie, notre section… s’efforcera d’influencer l’aile gauche du MNR… Elle préconisera une tactique de front unique anti-impérialiste envers l’ensemble du MNR… (Résolution sur l’Amérique latine, août 1951, Les Congrès de la 4e Internationale t. 4, p. 290, rédigée par Pablo)

De cette époque, la quasi-totalité des courants qui se réclament abusivement de la 4e Internationale en Amérique latine défendent le “ front unique anti-impérialiste ”. Celui-ci justifie l’alliance avec tel ou secteur de la bourgeoisie “ nationale ”.

Il s’agit de la remise en selle d’un mot d’ordre confus de l’Internationale communiste. Même si Trotsky éprouvait quelque difficulté tactique à revoir un aspect du programme de l’IC, nous vous défions de trouver une seule référence au “ front unique anti-impérialiste ” dans les documents programmatiques de la 4e Internationale que vous prétendez reconstruire.

La Chine l’a prouvé, même dans les pays arriérés, la bourgeoise n’a plus de rôle historiquement progressiste. Trotsky a généralisé la stratégie de la révolution permanente qu’il avait à l’origine conçue pour la Russie tsariste. Toute révolution doit avoir la classe ouvrière à sa tête, même dans les pays arriérés où elle est minoritaire.

Pour les pays à développement bourgeois retardataire, et en particulier pour les pays coloniaux et semi-coloniaux, la théorie de la révolution permanente signifie que la solution véritable et complète de leurs tâches démocratiques et de la libération nationale ne peut être autre que la dictature du prolétariat, qui prend la tête de la nation opprimée, avant tout de ses masses paysannes. (L. Trotsky, La Révolution permanente, 1931, Minuit, p. 124)

Même dans les pays arriérés, l’alliance avec la bourgeoisie est à l’époque de l’impérialisme une trahison :

La révolution chinoise a un caractère national bourgeois… Quelle que soit l’importance relative des éléments “ féodaux ”, ils ne peuvent être balayés que par la voie révolutionnaire, par conséquent par la lutte contre la bourgeoisie et pas en alliance avec elle. (L. Trotsky, La Révolution chinoise et les thèses de Staline, mai 1927, La Question chinoise dans l’Internationale communiste, EDI, 1976, nous soulignons)

La remise en selle dans les années 1950 du “ front unique anti-impérialiste ” a servi à couvrir de véritables trahisons du prolétariat, en particulier en Amérique latine.

17)   Le “ front uni anti-impérialiste ” et le soutien aux revendications des flics ne font pas partie du programme de feue la 4e Internationale

Durant les révolutions boliviennes de 1952 et de 1971, la régression de la révolution permanente au front unique anti-impérialiste a abouti à la subordination du prolétariat à la bourgeoisie, identique à la politique stalinienne.

En 1952, le POR Bolivie avait une base ouvrière, une tradition, une influence. Il a joué un grand rôle dans l’insurrection d’avril. Une révolution conduite par un parti bolchevik-léniniste était à portée de main en Bolivie. Elle aurait changé la situation de toute l’Amérique latine, aurait remis sur la voie du programme la 4e Internationale et lui aurait donné une impulsion dans le monde entier…

Mais, contre toutes les leçons du bolchevisme, systématisés et étendues par la 4e Internationale de Trotsky, le POR a donné son soutien au gouvernement bourgeois de Paz, le POR s’est aligné sur “ l’aile gauche ” de Lechin du parti nationaliste bourgeois qui contrôlait la nouvelle centrale ouvrière, la COB, et était ministre du gouvernement bourgeois.

Le gouvernement petit-bourgeois, grâce aux circonstances, a la possibilité de se transformer en gouvernement ouvrier et paysan. (Lucha Obrera, 25 mai 1952, coté dans J. Villa, La Revolucion de 1952, Bases n° 5, automne 1992, la revue de PO Bolivie)

Le Parti ouvrier révolutionnaire soutiendra l’aile gauche du MNR dans sa lute contre la droite du parti… (Lucha Obrera, 11 novembre 1952)

La classe ouvrière doit activement intervenir dans la formation du nouveau gouvernement. (Lucha Obrera, 11 novembre 1952)

L’entièreté de la lutte est centrée sur le mot d’ordre : contrôle total de l’Etat par l’aile gauche du MNR. (BP du Parti ouvrier révolutionnaire, 23 juin 1953)

Par conséquent, la bourgeoisie bolivienne, grâce au MNR, aidé par son aile gauche, elle-même flanquée du POR a conservé le contrôle de la situation, a reconstitué son armée et a pu rétablir l’ordre. Le POR a éclaté de 1953 à 1956, une bonne partie de ses cadres se ralliant au MNR.

En 1971, ce qui restait du POR a fait un bloc avec les staliniens, a misé honteusement sur des généraux pour armer le prolétariat. Après l’écrasement de la classe ouvrière, Lora a fondé un front populaire en exil avec les staliniens et des nationalistes bourgeois.

Comme la FTICI à propos de Moreno, vous minimisez les responsabilités de Lora, qui incarne malheureusement les trahisons et le caractère contre-révolutionnaire, révélées à l’épreuve des révolutions, du pablisme, du “ mouvement trotskyste ” tant dans les alliances de classe que dans l’attitude envers les forces de répression de l’Etat bourgeois.

A votre propre compte, vous prétendez qu’il faut soutenir les revendications des mercenaires des classes exploiteuses, policiers et militaires de métier, en mélangeant cette question avec l’attitude des révolutionnaires à l’égard des conscrits (Positionnement de la TCI, partie III).. En France, c’est LO qui est allée le plus loin dans cette voie. Mais comment des marxistes peuvent-ils réclamer que les policiers et les militaires professionnels soient mieux payés, mieux entraînés, plus nombreux, mieux équipés ? Pour mieux défendre la propriété privée des moyens de production, pour mieux réprimer les masses à l’intérieur (police, garde nationale, gendarmerie, armée) comme à l’extérieur (armée) ? C’est oublier complètement leur fonction sociale dans les sociétés de classe.

Sous les slogans de “ reconstruction ” ou de “ régénérescence ” de la 4e Internationale, on retrouve toutes les scories révisionnistes, opportunistes et liquidatrices des fossoyeurs et des usurpateurs de la 4e internationale. Pour aller de l’avant, il faut s’en débarrasser et changer la chemise sale.

18)   La perspective de “ régénérer ” la 4e Internationale témoigne tout autant de l’incapacité à rompre avec le pablisme

La politique de trahison du POR Bolivie de 1952 avait été cautionnée à l’époque par Moreno qui, comme Lora, prétendait qu’il y avait une aile prolétarienne et une aile bourgeoise dans le MNR et nourrissait des illusions anti-léninistes sur la présence de ministre socialistes dans un gouvernement bourgeois :

Exigeons que des ministres ouvriers élus et contrôlés par la Fédération des mineurs et la nouvelle centrale ouvrière soient intégrés au gouvernement. (Frente Proletario, 29 mai 1952)

Parmi les multiples variantes de pseudo-trotskysme issues de sa décomposition, une des pires écoles de zigzags politiques et de capitulations opportunistes, de fraudes et de caudillisme, est celle du morénisme.

N. Moreno a collaboré avec les révisionnistes et les liquidateurs européens qui ont fait éclater la 4e Internationale en 1952-1953. En 1951, le POR de Moreno se rallie au “ front unique anti-impérialiste ”.

Les délégués du POR approuvent dans leur ligne générale les thèses concernant la situation en Amérique latine et les tâches…ils font une autocritique : nous ne comprenions pas l’importance du front unique anti-impérialiste… (Déclaration du POR argentin, août 1951, Les Congrès de la 4e Internationale t. 4, p. 298, Moreno était délégué)

En 1954, L. Vitale (POR Chili) rompt avec le SI pabliste. Avec N. Moreno (POR Argentine), il fonde en 1956 le “ secrétariat latino-américain du trotskysme orthodoxe ” qui fait partie du Comité international de la 4e Internationale. Moreno contrait ainsi son rival argentin J. Posadas, lieutenant de Pablo pour l’Amérique latine. Mais le “ trotskysme ” du SLATO fut du même genre que celui de Pablo et de Posadas, aussi peu “ orthodoxe ”. Moreno disait volontiers qu’il pratiquait un “ trotskysme barbare ”. Il avait raison sur un des deux termes.

En Argentine même, Moreno s’adapta à partir de 1955 au nationalisme bourgeois, entrant dans un parti péroniste (le PSRN) et mettant son journal sous l’autorité du général Perón. Plus tard, quand la révolution cubaine secoua l’Amérique latine, Moreno s’identifia, comme les pablistes du SI, au castrisme, voire au maoïsme :

Bien sûr, la vie a montré les lacunes et les erreurs du programme de la révolution permanente… Le dogme que seule la classe ouvrière est capable d’accomplir les tâches démocratiques est faux… La doctrine de Mao et la théorie de la guerre de guérilla est le reflet dans le champ de la théorie de l’étape actuelle de la révolution mondiale… (N. Moreno, La Révolución latinoamericana, 1961, cité dans Moreno truth kit, SP, 1980, p. 13, les morénistes ne publient pas ce texte sur leurs sites)

Vous avez tort de prendre au sérieux l’attachement à la révolution permanente de Moreno (Posicionamiento, IV). A la fin de sa carrière, il est revenu à l’attaque contre la révolution permanente.

Quand la direction Dobbs-Hansen du SWP abandonna définitivement le trotskysme pour le stalinisme version Castro et scissionna le Comité International, Moreno rejoignit leur “ secrétariat unifié de la 4e Internationale ”. En 1964,son groupe fusionna avec le FRIP castriste.

Moreno ne se distancia du castrisme que lorsqu’une aile du PRT, celle de Santucho, mit réellement en pratique la guérilla en Argentine et attira ainsi contre elle la répression féroce de la dictature militaire. L’organisation de Moreno, rebaptisée PST, dénonça honteusement ses anciens camarades comme l’équivalent de la dictature militaire. Moreno joua plus tard un rôle majeur -aidant Lambert contre Just- dans la capitulation du PCI France devant le front populaire “ Union de la gauche ” en 1981. Le PST rebaptisé MAS, avait atteint une taille conséquente, mais sur une ligne semi-réformiste. Quel combat fut mené par Carlos Munzer ou tout autre membre de la direction de la LOI contre Moreno ?

A la mort de celui-ci, son parti (et son courant international, la LIT-CI), éclata en de multiples fractions : MST, MAS maintenu, PTS, LSR, CS, LOI… La LOI-CI est elle-même une scission de l’aile gauche du morénisme argentin, le PTS.

L’origine de la LOI ne doit pas être retenue contre elle. Laissons ces procédés à Munzer. Mais, contrairement au GB, qui a commencé une analyse sans concession de ses origines (S. Just, Comment le révisionnisme s’est emparé de la direction du PCI, 1984 ; 1e conférence du GB, Pour la révolution socialiste, 2001), la LOI n’a nullement réexaminé son passé.

La filiation pabliste est de fait assumée, quand les théoriciens de la LOI considèrent que l’explosion en 1963 de la fraction internationale qui défendait le trotskysme (le CIQI) et la liquidation pro-castriste de la principale organisation trotskyste mondiale (le SWP) sont un progrès (même limité) et une “ réunification ” :

En 1963, après 10 ans, se produisit une réunification partielle entre la tendance pabliste et le SWP nord-américain. (C. Munzer & S. Novak, Los Acontecimientos de 1989, Klement, 2000, p. 240, nous soulignons)

Dans sa réponse à votre positionnement, la FTICI parle toujours de “ réunification de 1963 ” pour cette victoire du pablisme et pour le grave affaiblissement des possibilités de reconstruction ou régénérescence de la 4e Internationale

De fait, la direction de la LOI se définit comme une composante de cette fiction réactionnaire qu’est le “ mouvement trotskyste ”. Elle essaye d’apparaître comme son aile gauche, spécialement face à ses rivaux d’Argentine. Mais l’aile gauche du pseudo-trotskysme reste du centrisme :

Sous l’influence des circonstances (tradition, pression des masses, concurrence politique) le centrisme se voit forcé, à certaines périodes, de faire parade de gauchisme… Mais dès qu’un danger sérieux menace, la véritable nature du centrisme refait surface (L. Trotsky, La Seule voie, 13 septembre 1932, Comment vaincre le fascisme, Buchet-Chastel, 1973, p. 283, nous soulignons)

Comme ses rivaux en Argentine : le MST, le MAS, le PO et le PTS, qui se réclament tous de la 4e Internationale, appuient cette prétention sur un courant international plus ou moins étendu, la direction de la LOI était assez ridicule avec son GOI Chili, un groupe qu’elle étouffe au point qu’il n’a pas publié de journal depuis au moins deux ans.

Le COTP a donc entrepris en 2001 une première tentative d’élargissement à l’étranger avec la LRP Etats-Unis, la LCR Japon, EDM Espagne. Rien n’en est sorti.

Mais, avec la crise révolutionnaire ouverte en décembre 2001 en Argentine, la LOI a eu plus de succès : le CWG Nouvelle-Zélande, LM Pérou, le GB France se sont déplacés en décembre 2002, au congrès du COTP. Décision a été prise d’examiner la possibilité d’élaborer une position commune sur la guerre impérialiste qui menaçait l’Irak et de lancer un Appel à une conférence internationale. En décembre 2003, le congrès suivant du COTP a accueilli avec enthousiasme PO Bolivie. L’Appel a en outre permis de nouer des contacts avec d’autres organisations en Australie, au Brésil (grâce à vous), au Pérou, en Espagne et en Turquie. Le COTP-FTI a cru le moment venu de se débarrasser du Collectif, de s’émanciper de tout contrôle étranger et d’affirmer son caudillisme à une échelle élargie.

III.               Le test de la “pré-conférence ” de juillet 2004

19)   Une leçon de démocratie ouvrière que nous n’avons pas reçue

Une des techniques manipulatrices de la direction de la LOI est de réclamer des attestations de confiance de la part de ses partenaires, au moyen d’un chantage, d’abord geignard puis menaçant :

·                    Avec vous, cela a été à l’occasion d’un faux envoyé par Internet en votre nom.

·                    Au sein du Collectif, cela a été à l’occasion de la rupture avec LM Pérou, une organisation qui avait fondé le Collectif avec la LOI.

Ce genre d’ultimatum en dit long sur les mœurs et sur le fonctionnement du COTP-FTI. Il est étranger aux traditions de Marx, Engels, Luxemburg, Lénine et Trotsky. Pourtant, le représentant du CWG (le camarade D. Brownz) a cru bon de s’y plier et a donc affirmé solennellement sa confiance à ceux qui venaient de qualifier ses propres camarades du CEMICOR de “ groupe décomposé ”, de “ staliniens ” et de “ polpotistes ”

Pour sa part, la CC du GB a rappelé au “ secrétariat international ” l’ABC de la morale prolétarienne et de la politique marxiste : la confiance se mérite et se conquiert par ses actes. Nous n’avons pas tenu face à l’appareil de Lambert et été exclus du parti que nous construisions depuis des années, le PCI, pour accepter, 20 ans après, les exigences inadmissibles de ses cousins d’Argentine.

Le GB avait déjà dû repousser, en avril 2003, l’ordre du jour de sa 2e conférence que prétendait lui imposer le “ SI du COTP ” : discuter d’un texte interminable de C. Munzer. En janvier 2004, le GB a établi un bilan politique approfondi de la scission de Lucha marxista et de la crise du Collectif (La Scission de LM et la crise du Collectif international, 26 janvier 2004). La direction de la LOI n’y a jamais répondu, mais a décidé de rompre avec le GB et de tenter de liquider le Collectif.

Toujours est-il que, lorsqu’elle a refusé de se déplacer pour la réunion du Collectif et quand elle a avancé la formule du “ comité paritaire ”, la CC du GB a compris qu’il s’agissait de liquider le Collectif. Il ne pouvait y avoir place pour le COTP-FTICI, le Collectif et un Comité paritaire. L’une des poupées russes devait disparaître et, pour les chefs de la LOI, il ne pouvait s’agir du COTP … Seule la direction du CWG a accordé de nouveau du crédit aux manœuvres morénistes.

En avril 2004, la FTI fait volte-face sur le Collectif, à la façon classique de Moreno, Healy ou Lambert, en évitant toute discussion approfondie dans le Collectif. Ellel prétend désormais défendre l’Appel… en liquidant brutalement le Collectif qui l’a adopté. Ou bien ces gens sont de simples fous qui mettent le feu à leur propre maison, ou bien ce sont des cyniques qui prennent les autres pour des imbéciles. Quelle que soit l’hypothèse que vous retenez, elle est inquiétante pour vous et pour tous ceux qui collaborent actuellement avec la FTI.

Pour le Collectif, la seconde hypothèse était la bonne : le COTP-FTI reniait l’Appel. La “ pré-conférence ” l’a prouvé.

20)   Pourquoi le GB ne peut pas s’associer à un organisme créé par la direction de la LOI

L’Appel lancé en 2003 par le Collectif (alors composé de cinq organisations : CWG Nouvelle-Zélande, GB France, GOI Chili, LM Pérou, LOI Argentine ; puis rejoint ultérieurement par le GG Espagne, PO Bolivie et PO Colombie) s’efforçait de tirer les leçons principales de la lutte des classes mondiale. Il proposait de tenir une conférence pour rassembler à l’échelle internationale ce qui reste sain des organisations qui se réclament du trotskysme et aussi les courants qui, sans être issus de cette dernière tradition, retrouveraient le chemin du bolchevisme.

Le Collectif avait été lancé en décembre 2002 en Argentine. Il s’était réuni une première fois en avril 2003 en France. Il s’est réuni de nouveau en avril 2004, cette fois-ci en Bolivie. Après avoir tout fait pour saboter sa tenue, après avoir préparé sa base à la scission du Collectif avec un texte aussi copieux qu’absurde sur le “ fédéralisme ” du GB et par des “ lettres ” remplies d’attaques personnelles, le “ secrétariat international ” du COTP a annoncé au dernier moment l’envoi d’un de ses membres. Celui-ci a été hébergé par la militante du COTP qui habite en Bolivie.

Les deux cadres du COTP avaient pour consigne de refuser toute discussion politique au profit de leur proposition d’un “ comité paritaire ”. D’ailleurs, Negre et Sanchez ont quitté la réunion dès le deuxième jour.

La télénovela diffusée en épisodes quotidiens sur Internet, avant, pendant et après cette scission du COTP, est à classer dans l’anthologie du pseudo-trotskysme. L’équipe de C. Munzer (J. Pico, Lourdes, L. Sanchez et Q. Negre) a inventé :

·                    une réunion fractionnelle du Collectif les tenant à l‘écart,

·                    leur exclusion de la réunion du Collectif,

·                    l’abandon à la rue et dans les mains de la police de leur envoyé,

·                    des résolutions secrètes du Collectif,

·                    un luxueux salon comme lieu de réunion...

Plus tard, la FTI a ajouté l’entrisme du GG dans le PSOE. Ainsi sont “ éduqués ” les membres de la LOI et de ses satellites, ainsi sont “ informés ” les groupes brésiliens dont le COTP refusait de nous donner l’adresse (“ luz, luz, mas luz ” ?). Ainsi a été fondée la FTICI, dont la devise devrait être : “ calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ”.

Les représentants du Groupe bolchevik, de Lucha marxista et de Poder obrero en ont tiré la conclusion qu’ils ne pouvaient rien organiser en commun avec ceux qui ont tout appris du bandit politique Moreno… et surtout pas un Tribunal moral.

La vérité est toujours révolutionnaire. (L. Trotsky, Lettre ouverte à la rédaction de ‘La Vérité’, 5 août 1929)

Le GB ne vous a pas lancé d’ultimatum sur le “ secrétariat international ” pabliste-moréniste, il n’a jamais exigé que vous rompiez avec les chefs de la LOI en préalable à la discussion -et aux initiatives communes- entre vous et nous. Nous comprenons que notre expérience avec la FTI ne peut remplacer la vôtre.

En retour, nous vous prions de respecter notre bilan, les leçons que nous en tirons. Le GB ne prendra pas la responsabilité devant l’avant-garde mondiale de créer une quelconque organisation avec la direction actuelle de la LOI, qui ment, systématiquement et sur tout sujet, à ses militants et aux révolutionnaires étrangers.

21)   Le “ comité paritaire ” du COTP-FTCI est mort-né

Vous nous aviez invités à une “ pré-conférence ” au Brésil, c’est-à-dire à traverser l’Atlantique et l’Equateur pour fonder un “ Comité paritaire ” avec la direction de la LOI Argentine.

A notre avis, le GB et les autres groupes commettent une erreur politique majeure en ne participant pas et ne soutenant pas favorablement la constitution du Comité paritaire. (FT Brésil, Lettre, 7 juillet 2004)

La FTICI regrette aussi que le GB ne se soit pas rendu à cette “ pré-conférence ” et lui propose aussi de rejoindre le “ comité de liaison ” que la “ pré-conférence ” a fondé.

Inviter le GB et le GG à s’intégrer au débat et à ce Comité de liaison.. (Compte-rendu de la pré-conférence, signé par les représentants de la FTICI)

Les chefs de la LOI, en nous invitant à constituer avec eux un “ comité paritaire ” se ridiculisent et démontrent que leur “ comité paritaire ” ou “ comité de liaison ” est un fourre-tout sans principe. Comment peuvent-ils proposer une structure commune dans le but de régénérer la 4e Internationale (sic) à ceux qui, d’après les résolutions de leur congrès de fondation, les ont exclus du Collectif (sic) et ont sombré dans la vague rose social-patriote (sic) qui déferle sur l’Europe au point de pratiquer l’entrisme dans la social-démocratie (sic) ?

Ces gens-là ont rompu leur lien international avec nous, ils ont scissionné le Collectif qu’ils avaient fondé avec le Groupe bolchevik. Ils traitent le GB et les autres organisations fidèles au Collectif comme des ennemis auxquels ils ont déclaré la guerre dans leur congrès de fondation.

Dans ces conditions, fallait-il dépenser plusieurs mois de cotisations de notre petite organisation ? Les 10 et 11 juillet, les faits ont apporté la réponse. La “ pré-conférence ” a revêtu un caractère purement continental, voire régional, puisque le CRI France s’est dérobé au dernier moment et le CWG Nouvelle-Zélande ne s’est pas déplacé.

Le projet de “ comité paritaire ”, pour lequel la LOI a convoqué la “ pré-conférence ” et abandonné le Collectif, a avorté. A sa place, la FTICI a fondé, avec vous et plusieurs groupes brésiliens, un “ comité de liaison ” superficiel, sans programme, sans aucune clarté dans les idées.

22)   Le “ comité de liaison ” à la recherche de boucs émissaires

Le seul avantage est d’avoir dispensé les membres du Collectif de lire les interminables ratiocinations que le néo-morénisme inflige d’habitude. Hélas, dans ce texte exceptionnellement court, on retrouve malgré tout la marque de la direction de la LOI, la démagogie :

Inviter le GB et le GG à s’intégrer au débat et à ce Comité de liaison, à modifier son attitude politique qui s’exprime dans sa décision de ne pas participer à la pré-conférence du Brésil, à laquelle ils étaient explicitement invités, et bien qu’ayant été des rédacteurs des 21 points et les initiateurs de la conférence, tournant le dos, lamentablement, aux camarades qui, au prix d’un énorme effort, nous sommes réunis pour chercher un chemin révolutionnaire internationaliste. (G. Gamboa, A. de Oliveira, Andrade, W. Torres, O. Lisboa, Compte-rendu de la pré-conférence, 10-11 juillet 2004)

Camarades de la FT et du CC-POR, croyez-vous aider à la saine discussion internationale en ratifiant des propos infondés ?

·                    Pourquoi le GB et le GG Espagne sont-ils invités à faire partie du “ comité de liaison ” et pas Lucha marxista Pérou, ni Poder obrero Bolivie ? Le GG ne faisait pas partie des rédacteurs de l’Appel ni des “ initiateurs ” de la Conférence internationale ; LM, si.

·                    Pourquoi nous, qui avons dépensé toute notre trésorerie en décembre 2002 pour rencontrer des groupes d’Amérique latine et d’Océanie, qui avons intégré un cadre de la LOI à notre CC d’avril 2003 à février 2004, (et qui l’avons nourri et logé durant toute cette période), devrions accepter des leçons d’internationalisme de la part de la direction de la LOI, qui a publié en fonction de ses besoins nationaux l’Appel international sans attendre l’approbation de tous les membres du Collectif, qui refusait de réunir le Collectif ailleurs qu’en Argentine ?

·                    Pourquoi “ l’énorme effort ” a été dépensé pour si peu de résultats, sinon à cause de l’orientation politique ? Les responsables de l’échec de la “ pré-conférence ” du Brésil sont ceux qui ont rejeté les 21 points et qui ont voulu lancer un “ comité paritaire ” pour saborder le Collectif.

·                    A quel titre le “ comité de liaison ” peut-il invoquer les 21 points de l’Appel ? Il a une autre base politique. La “ pré-conférence ” s’est définie elle-même par 5 points seulement, donc contre les 21 points, contre l’Appel. Par conséquent, la future (si elle a lieu) “conférence ” du comité de liaison, ayant une autre base que l’Appel, n’a rien à voir avec le projet du Collectif d’une conférence des trotskystes sains et des organisations ouvrières révolutionnaires contre le réformisme et le centrisme.

23)   Dès son apparition, le “ comité de liaison ” bafoue ses propres déclarations

Le but des 21 points de l’Appel était de mettre les opportunistes au pied du mur. Du sein même du Collectif, qui l’avait rédigé, la direction de la LOI l’a mis en cause. Elle est passée de 21 points à 5 points. La “ pré-conférence ”, réunie dans un épicentre de la lutte des classes mondiale, le Brésil, est incapable de proposer le moindre document sérieux à l’avant-garde internationale.

Le “ comité de liaison ” qui en est issu ne prend même pas au sérieux ses maigres conclusions, tant sur la démocratie ouvrière que sur les conditions d’appartenance.

Rejoindre le “ comité de liaison ” ne demande pas grand chose :

Faire un appel à débattre et à adhérer au Comité de liaison tout groupe qui le souhaite, à partir de son avis (sic) sur l’Appel originel des 21 points, sur les points d’accord, les divergences et les débats que nous avons énumérés (sic), et de la publication des 21 points dans ses organes imprimés. (Compte-rendu de la pré-conférence, 10-11 juillet 2004)

Si la LOI fait alliance en Argentine avec la LSR, elle est encore moins difficile pour trouver des correspondants en France :

Dans le choix de ses alliés sur le plan international, le centrisme est encore moins difficile encore que dans son propre pays. (L. Trotsky, Centrisme et 4e Internationale, 22 février 1934, Œuvres t. 3, EDI, 1978, p. 241)

Par conséquent, la “ pré-conférence ” propose au CWG et… au CRI France de rejoindre le “ comité de liaison ”. Il est vrai que la FTI ne peut adresser cette proposition à la FUR France qu’elle saluait dans son organe (BIOI n° 6), car la FUR depuis s’est dissoute et a rejoint de PT de P. Lambert et D. Gluckstein.

Le groupe CRI France a clairement rejeté l’Appel, en s’appuyant sur toutes sortes de formulations révisionnistes. Comme le GB l’a expliqué dans sa réponse au CRI, que nous vous avons communiquée, cela est lié à sa pratique : si minuscule qu’il soit, le CRI dirige un syndicat étudiant qui cogère l’université, comme les staliniens et les sociaux-démocrates.

Le CRI, qui avait participé à la 2e conférence du GB, n’a invité le GB, ni la LOI, à ses réunions malgré leur demande. Le CRI a refusé de s’associer à la lutte du GB contre les bureaucraties syndicales en mai-juin 2003, lors des grèves et des manifestations contre la mise en cause des retraites. Quand, à la suite de ce mouvement, un militant du CRI a été victime de la répression, le CRI s’est adressé au PCF et à la LCR, bien avant d’en informer le GB. Le CRI a distribué un tract commun, le 1er mai 2004, avec le groupe français de la FTCI liée au PTS Argentine. Le CRI a soutenu le “ comité paritaire ” où il envisageait de bavarder… sans aucun engagement. Finalement, personne du CRI ne s’est dérangé à la “ pré-conférence ”.

Maintenant, le CRI est invité par la “ pré-conférence ” à rejoindre le “ comité de liaison ”. Peu importe que le CRI n’ait pas publié l’Appel dans son journal, Le Cri des Travailleurs, malgré la demande du GB et de la LOI. La “ pré-conférence ” affirme à la fois qu’il faut avoir publié l’Appel dans sa presse et propose l’adhésion au CRI qui ne l’a jamais fait. Quels sont les principes du “ comité de liaison ” ?

Sur la démocratie ouvrière, le “ comité de liaison ” pratique un double langage encore plus hypocrite. Il se permet d’invoquer un paragraphe de l’Appel :

La social-démocratie, le stalinisme et les bureaucraties syndicales ont sacrifié les plus élémentaires et la morale de classe. Les centristes, les révisionnistes et les liquidateurs de la 4e Internationale les suivent sur ce chemin. Le prolétariat a soif de droiture, d’honnêteté, de dévouement, de la plus large démocratie ouvrière. Pour discuter, pour choisir et pour agir, les travailleurs doivent chasser des organisations ouvrières les méthodes introduites par les directions qui essaient de supprimer ou de faire taire les divergences à l’intérieur du mouvement ouvrier par la calomnie, les amalgames et la violence physique. (Collectif, Appel, point 19, nous soulignons)

Le congrès de fondation de la FTICI a affirmé que ses représentants avaient été exclus du Collectif en avril 2004, alors qu’ils ont quitté volontairement sa réunion de Bolivie, remettant d’ailleurs aux organisateurs (Poder obrero) une déclaration écrite et signée qui en atteste. Et vous signez, avec ces bandits politiques, un compte-rendu qui se permet de nous faire la morale et qui nous demande de “ modifier notre attitude politique ” ?

Le “ secrétariat international ” du COTP-FTI a traité en décembre 2003 Lucha marxista de “ staliniens ” et de “ polpotistes ”. Malgré les demandes répétées du GB, du GG et du CWG, il n’a jamais retiré ces insultes, ces calomnies et ces amalgames. Aujourd’hui, vous cosignez avec ces individus un extrait de l’Appel qui est l’antithèse de ce qu’ils font ; vous vous associez à des falsificateurs et des calomniateurs pour faire un “ comité paritaire ” qui prétend donner des leçons au Collectif et au monde entier.

Demain, fonderez-vous un “ tribunal moral ” avec, comme juge C. Munzer ?

24)   L’alchimie centriste du FTICI et le fiasco du “ comité paritaire ”

La perspective du morénisme de gauche argentin –revendiquée ouvertement dans le BIOI n° 6– est de mettre sur pied une conférence internationale centriste. Mais pour “ chercher un chemin révolutionnaire internationaliste ”, il faut une carte et une boussole, il faut de l’honnêteté et un programme. Quel que soit son nom, le “ comité paritaire ” a été, comme le GB l’avait prédit au CWG, paralysé par l’hétérogénéité de sa composition.

D’après le compte-rendu que vous nous avez envoyé, les organisations présentes ont constaté qu’elles divergeaient sur :

a)      La méthode pour aborder la réalité

b)      Le mot d’ordre des “ brigades ouvrières internationales ” en Irak

c)      La situation et le programme en Argentine, y compris la déclaration Rio Turbio

d)      La tactique du “ front unique anti-impérialiste ”

e)      La politique militaire et policière

f)        L’intervention dans les syndicats

g)      La caractérisation du gouvernement du Brésil

h)      La conception du centralisme démocratique et de la construction internationale

i)        La restauration du capitalisme

j)        Le “ Tribunal moral international ”

Autrement dit, les composantes du “ comité paritaire ” - “ comité de liaison ” ne sont d’accord sur rien. Il n’a aucun avenir. De tels blocs sans principe sont la “ pierre philosophale ” des alchimistes qui rêvent de transformer le plomb (le pseudo-trotskysme révisionniste et opportuniste) en or (une 4e Internationale “ régénérée ”). Tout cela était prévisible et a été annoncé (Lucha marxista, La FTI et son ‘centre international’, 6 juillet 2004).

La direction de la LOI a tenté de détruire le Collectif, dont le but était de constituer un centre international sur la base des 21 points. A un but opportuniste, correspondent souvent des moyens malhonnêtes : elle a menti à ses propres militants et elle a calomnié le Collectif. Mais, malgré les moyens de la LOI, qui était l’organisation la plus nombreuse et la seule dotée d’un appareil, malgré sa présence dans quatre pays d’Amérique latine, la “ pré-conférence ” qu’elle a impulsée a débouché sur un échec politique. Non à cause de l’absence du GB et du GG, évidemment, mais en raison de ses bases politiques, c’est-à-dire de sa désertion du Collectif et du reniement des 21 points.

La “ pré-conférence ” a peut-être mobilisé un “ énorme effort ”, mais n’a débouché sur aucun document digne d’une conférence internationale réunissant des gens sérieux. Le Collectif avait été capable de positions communes sur l’Irak, la Bolivie et de lancer un Appel avec 21 points pour éliminer les réformistes et les centristes incorrigibles. Le “ comité paritaire ” qui devait le remplacer avantageusement n’a même pas pu voir le jour ; la “ pré-conférence ” n’a pu adopter le moindre texte sur le Brésil ou sur tout autre sujet. Les faits sont têtus.

Comment poursuivre sainement la discussion, se delimiter du centrisme et avancer vers un centre international ?

La CC du GB a invité les représentants de la LOI qui ont annoncé une tournée en Europe à présenter leurs vues à tous ses militants. Le Collectif se réserve la possibilité d’intervenir dans les réunions et les conférences qui se réclament du trotskysme. Mais le GB ne peut pas adhérer à des regroupements centristes sans programme, ni participer à un organisme lancé par des bandits politiques.

Dans une période de reflux marquée en particulier par la défaite historique du prolétariat mondial que constitue le rétablissement du capitalisme en Russie, le regroupement de l’avant-garde sur la base du bolchevisme ne peut être qu’un processus lent et complexe qui demandera de la patience et de la fermeté, face aux inévitables confusions et régressions.

Camarades de la FT et du CC-POR, pour que la discussion progresse et pour que l’activité commune puisse se poursuivre, il nous semble souhaitable que la TCI exige de la FTI le retrait des appellations “ staliniens ” et “ polpotistes ” envers nos camarades du Pérou ;

Nous espérons que vous n’avez pas changé d’avis sur le caractère démocratique du débat international à partir de l’Appel:

La méthode de préparation doit consister dans l’édition d’un bulletin intérieur international qui publie obligatoirement tous les documents des groupes et camarades qui adhèrent à l’Appel. (Positionnement de la TCI, partie VII).

La TCI devrait demander la publication et la diffusion auprès des militants des groupes de la “ pré-vonférence ” des documents émanant des organisations qui ont adopté l’Appel international (“ luz, luz, mas luz ! ”) :

·                    le bilan de la scission de LM et de la crise du Collectif par le GB (26 janvier 2004),

·                    la réponse à la contribution du CRI sur l’Appel par le GB (11 février 2004) et la lettre aux partisans de l’Appel sur le CRI par le GB (5 avril 2004),

·                    la lettre envoyée au Collectif durant la réunion de Bolivie par le GB (10 avril 2004)

·                    la déclaration internationale pour la défaite de l’impérialisme en Irak lancée par le Collectif et cosignée par la TCI et les DPG Turquie (1er mai 2004) ;

·                    la réponse au GOI sur l’aristocratie ouvrière par le GG (2 mai 2004) ;

·                    la contribution sur Zimmerwald et la conférence de la FTI par LM (6 juillet 2004)

·                    cette réponse du GB…

Nous invitons la TCI et tous les autres groupes ayant participé à la “ pré-conférence ” à participer à la discussion du projet de déclaration Europe qui est en cours à l’initiative du Collectif.

Nous sommes prêts à discuter d’un projet semblable rédigé par une organisation du Brésil sur la situation et les tâches dans ce pays décisif.

Par ailleurs, si, à la suite des discussions et de leurs réflexions, la FT Brésil et le CC-POR Argentine se reconnaissent dans l’Appel international du Collectif et en tirent toutes les conséquences contre le soutien aux revendications des policiers et des militaires de carrière, contre toute alliance avec la bourgeoisie  nationale et toute aile de l’armée, ils devraient rejoindre le Collectif. Ce serait un pas en avant vers le regroupement international des révolutionnaires que le Collectif poursuit.

La primauté et la continuité de la pensée révolutionnaire, y compris dans les périodes les plus sombres, constituent un énorme avantage, qui porte ultérieurement ses fruits au centuple dans les périodes de montée révolutionnaire. (L. Trotsky, Alchimie centriste ou marxisme, 24 avril 1935, Œuvres t. 5, EDI, 1979, p. 261)

Avec notre salut bolchevik,

La cellule centrale du Groupe bolchevik