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Pendant que le PS, Le PCF et LO parlent foulard
Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui ensemble gagnent environ 15 000 francs et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses et une vingtaine de gosses et qui gagne 50 000 francs de prestation sociale sans naturellement travailler. Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. J. Chirac, Discours d’Orléans, 1991
Jean-Louis Debré, le fils du Debré qui a donné son nom à une loi de financement de l’Église catholique, préside une commission parlementaire sur les « signes religieux à l’école ». Jacques Chirac, qui assiste ostensiblement à des offices catholiques, a confié au chrétien Bernard Stasi une commission chargée de se pencher sur « la laïcité dans la République ». Tout cela va probablement déboucher sur une loi contre le port du foulard et du voile islamiques…
Sauf au Parti socialiste et au Parti communiste français, tout le monde comprend qu’il n’est pas question de la laïcité, puisqu’il ne s’agit pas d’interdire l’entrée des lycées aux prêtres catholiques, pas de supprimer toute subvention aux établissements catholiques, pas de supprimer les médailles mariales et les croix de tout établissement scolaire, pas de supprimer le financement des cultes dans les départements d’Alsace et en Moselle.
Sauf à Lutte ouvrière, tout le monde saisit que ce n’est pas une question d’égalité des femmes. Le porte-parole de l’Église catholique, une institution qui ne s’est guère fait connaître pour l’émancipation des femmes[1], le laisse apparaître assez clairement :
L’islam doit découvrir ce qu’est la laïcité.[2]
Le ministre de l’intérieur confirme qu’il y a bien deux poids et deux mesures dans la Ve République gaulliste :
On va permettre aux enfants de venir avec un piercing dans le nez à l'école et on va être choqué parce qu'ils ont une médaille de baptême ?[3]
Le maire UMP de Nice, Jacques Peyrat, le dit plus crûment :
Les mosquées ne peuvent se concevoir dans une République laïque.[4]
Il s’agit d’une offensive idéologique, politique et juridique contre les immigrés arabes, berbères, maliens, turcs, kurdes, etc., contre leurs descendants qui s’affirment musulmans. La Commission Debré et la Commission Stasi complètent les expulsions d’immigrés, le renforcement considérable de la police, la multiplication des lois scélérates qui limitent les libertés démocratiques et qui visent en particulier la jeunesse des ghettos.
À l’appui de la manœuvre gouvernementale, le journal télévisé de 20 heures de TF1 a évoqué 11 fois en trois semaines le prétendu « voile islamique ». Du 1er au 21 octobre, ce thème a occupé 23 minutes, dépassant même la santé du pape (11 fois, soit 16 minutes), loin devant les quelques minutes consacrées durant la même période à l’actualité sociale : licenciements, grèves, etc.
Les moyens de diffusion de l’information sont dans leur immense majorité aux mains d’un secteur du capital financier ou sous le contrôle de l’État bourgeois : par exemple, TF1, la première chaîne de télévision, est à 39 % la propriété du groupe Bouygues.[5] Les journaux, les stations de radio, les chaînes de télévision sont, pour l’essentiel, des vecteurs de l’idéologie dominante, des diffuseurs des idées conformes aux besoins de la classe capitaliste.[6] Celle-ci, quoique très minoritaire dans la société, détient la richesse et le pouvoir, incluant celui de diffuser des idées conformes à sa vision du monde et celui de persécuter ou de ridiculiser celles qui heurtent ses intérêts.
Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose, du même coup, des moyens de la production intellectuelle…[7]
Les mêmes, qui parlent de « Saint Père » pour désigner Karol Wojtyla (dit Jean-Paul II), ont monté en épingle l’obstination de quelques jeunes filles à porter un bout de tissu. Les mêmes ne voient aucun inconvénient à ce que des épreuves d’examen se déroulent chaque année dans des salles où trône un crucifix ou que la femme du président de la république s’affiche avec un foulard catholique à des cérémonies religieuses.
Au nom du mythe bourgeois de « la république », tous les courants réformistes (PS, PCF et LCR) ont appelé à voter Chirac lors de la dernière élection présidentielle.[8]. Depuis, ils n’ont rien appris : ils s’en remettent maintenant à Chirac pour défendre les « valeurs de la République » et la laïcité. Quelle utopie stupide, quelle prostitution à la bourgeoisie, quel avilissement devant la réaction !
La laïcité, pour tout démocrate conséquent, consiste à expulser la religion de l’enseignement et à séparer l’État de toute église. De l’Église catholique au Grand Orient de France, tous les défenseurs de l’ordre existant présentent une laïcité édulcorée, plus ou moins synonyme de tolérance :
La laïcité, c’est d’abord la tolérance.[9]
A l’époque du capitalisme ascendant, la classe bourgeoisie luttait pour s’affirmer comme nouvelle classe dominante. Elle s’est heurtée plus d’une fois aux religions et aux institutions religieuses qui défendaient les modes de production antérieurs, l’esclavage et l’exploitation féodale. La tolérance est le résultat de l’éviction de l’Église, un sous-produit de la lutte contre la mainmise de l’obscurantisme et de la réaction.
Un État ne peut être un État religieux sans porter atteinte aux confessions religieuses particulières.[10]
Ainsi, la Révolution américaine a refusé de reconnaître une religion d’État. La Révolution française a émancipé l’État de la tutelle de l’Église chrétienne de Rome et, du même coup, a émancipé les athées, les chrétiens protestants et les israélites.
Étant une classe exploiteuse, la bourgeoisie est toujours prête à retomber, pour légitimer sa domination, dans une explication surnaturelle de l’inégalité sociale et de l’existence des classes. Lors de la phase la plus radicale de la révolution française, Robespierre tenta en 1794 d’instaurer le culte d’un « Être suprême ». Le plus célèbre des thermidoriens qui renversèrent le Comité de salut public, un des sabres de la contre-révolution politique de 1794, Napoléon Bonaparte, lui-même athée, expliqua ainsi le Concordat qu’il avait passé avec l’Église catholique :
Je ne vois pas dans la religion le mystère de l’incarnation, mais j’y vois le mystère de l’ordre social.[11]
En contrepartie du financement de ses prêtres par l’État et de la remise des écoles primaires aux obscurantistes, le catéchisme enseigne la fidélité à l’empereur. En 1807, Bonaparte complète son dispositif avec un Grand Sanhédrin pour contrôler les Juifs.
Au siècle suivant, les gouvernements nationalistes bourgeois des pays dominés, comme Venustiano Carranza pour le Mexique de 1915[12], Mustafa Kemal pour la Turquie à partir de 1923 ou Juan Perón pour l’Argentine après 1952[13]n’arrachent pas complètement l’école et l’État à la religion et aux prêtres. Hafizullah Amin fut encore plus timoré pour l’Afghanistan en 1978, ce qui n’empêcha pas l’impérialisme américain et les impérialismes européens de soutenir et de favoriser par tous les moyens le déchaînement de toute la réaction cléricale, allant de Massoud à Ben Laden.[14],L’impérialisme américain avait déjà utilisé les milices islamistes comme bandes contre-révolutionnaires en Iran en 1955 et en Indonésie en 1965.[15]
Aucun régime bourgeois n’est totalement laïque. La « République » des politiciens bourgeois et de leur aile gauche (PS, PCF et LCR) ne fait pas exception : en France, les lois scolaires et laïques de 1882 et de 1905, quoique progressistes, furent très incomplètes.
Après avoir écrasé la Commune de Paris et la révolte de la Kabylie en 1871, la IIIe République persécuta les peuples de sa colonie d’Algérie, allant jusqu’à leur interdire de se rendre à La Mecque. Par contre, elle y autorisa le prosélytisme catholique et protestant.[16] Même passée sous l’égide des radicaux et des francs-maçons, la IIIe République considéra que les ordres religieux, dont elle limitait la puissance en métropole, convenaient fort bien aux colonies. Ainsi, le Bloc des gauches (1899-1906) entre socialistes réformistes et radicaux bourgeois, en même temps qu’il expulsa les congrégations catholiques de l’enseignement en 1904, leur accorda des indemnités conséquentes pour les dédommager des pertes des missions catholiques en Chine.
En métropole, la république bourgeoise laissa un large secteur de l’enseignement aux mains de l’Église catholique, baptisé par antiphrase des « écoles libres ». Parallèlement, les instituteurs de l’école publique, interdits de grève et de syndicat, avaient pour obligation d’expliquer aux élèves « les devoirs envers Dieu » et aussi de préparer militairement les élèves à la guerre contre l’Allemagne.
Dans tous les États bourgeois, la liaison entre l’appareil politique et l’enseignement est extrêmement forte, bien que la société bourgeoise ne puisse en convenir ouvertement. Mais cette société travaille les masses par l’intermédiaire de l’Église, de tout le système de la propriété privée.[17]
A juste titre, Rosa Luxemburg dévoila l’ambiguïté de l’anticléricalisme bourgeois :
L’incessante guérilla menée depuis des dizaines d’années contre la prêtraille est, pour les républicains bourgeois français, un des moyens les plus sûrs de détourner l’attention des classes laborieuses des questions sociales et d’atténuer la lutte des classes… Les bourgeois mangeurs de prêtres sont avant tout des ennemis du prolétariat… Les socialistes sont précisément obligés de combattre l’Église, puissance anti-républicaine et réactionnaire, non pour participer à l’anticléricalisme bourgeois, mais pour s’en débarrasser …[18]
Cependant, l’anticléricalisme bourgeois finit par s’estomper. Les tendances conservatrices de la bourgeoisie s’accentuèrent avec la phase de déclin du capitalisme, quand celui-ci finit de disloquer partout les modes de production traditionnels et quand il réalisa une division internationale du travail, quand le monde fut complètement partagé par quelques puissances opprimant le reste de la planète et quand la concentration des entreprises capitalistes aboutit à l’émergence de grands groupes, constituant des oligopoles sur la plupart des marchés mondiaux. Politiquement, la bourgeoisie en finit alors avec le rôle révolutionnaire qu’elle avait pu jouer ; elle identifia définitivement le prolétariat comme son ennemi principal et abandonna sa lutte contre les anciennes classes dominantes et les appareils religieux qui leur étaient liés.
Corrélativement, l’idéologie de la bourgeoisie a eu tendance à passer de la lutte contre la superstition et de l’apologie de la science et de la technique à un scepticisme sur le progrès de l’humanité, puisant dans l’anti-rationalisme qui avait inspiré les penseurs de la contre-révolution monarchiste et cléricale. La classe dominante a de plus en plus recours à la religion comme opium du peuple, comme consolation illusoire, voire régresse elle-même dans l’obscurantisme et la superstition.[19]
La boucherie inter-impérialiste de 1914 prouve que le capitalisme devient incompatible avec le progrès historique. Comme dans toute conjoncture de réaction, le cléricalisme revient alors en force. En France, dès l’ouverture de la Première guerre mondiale, la IIIe République de l’Union sacrée à participation Parti Socialiste (SFIO) et CGT suspend la loi laïque de 1905.
Après l’armistice, la IIIe République reconnaît le droit d’embrigader la jeunesse à l’Église catholique, cette vieille institution obscurantiste qui a persécuté, voire torturé, durant des siècles tous les esprits libres. La loi Astier de 1919 autorise même les subventions publiques à l'enseignement technique privé, sans aucune limitation. La république bourgeoise, généreusement, finance aussi le clergé dans les départements d’Alsace et en Moselle repris à l’Allemagne. Les gouvernements du Cartel des gauches entre PS-SFIO et Parti radical (1924-1926) et du Front populaire entre PS, PCF et PR (1936-1937) maintiennent ces dispositions.
Après la défaite de l’impérialisme français en 1940, le maréchal Pétain rend ses privilèges à l’Église catholique. Sous la menace de la révolution, le gouvernement de coalition entre le PS-SFIO, le PCF et le MRP (la démocratie-chrétienne) présidé par le général De Gaulle (1944-1946) revient à la situation antérieure : séparation officielle de l’Église et de l’État, mais liberté pour l’Église « d’enseigner » et financement par l’État des curés, des pasteurs et des rabbins en Alsace-Lorraine, etc. (ordonnance du 17 avril 1945).[20]
La IVe République va vite faire mieux à partir de la Guerre froide : elle finance à partir de 1948 les établissements « privés », essentiellement des succursales de l’Église catholique ; à partir de 1951, elle octroie des bourses aux élèves de « l’enseignement privé ».
La Ve République est fondée en 1958 par un coup d’État de De Gaulle, avec l’aide du PS-SFIO, au nom bien sûr de la défense de « la république », c’est-à-dire de l’État bourgeois. Dès sa naissance, elle reprend et amplifie toutes les lois cléricales de la IIIe République et de la IVe République. La loi Debré de 1959, impose l’ouverture des lycées publics aux prêtres catholiques (1 500 aumôneries en 2003) et prend en charge le personnel des établissements « privés sous contrat » recrutés et contrôlés par les évêchés.
Le jour même de la promulgation de la loi de Michel Debré, le pape Cossa (dit Jean XXIII) déclare :
L’Église affirme solennellement que ses droits et ceux de la famille , dans le domaine de l’enseignement, sont antérieurs à ceux de l’État. L’Église affirme aujourd’hui comme par le passé son droit d’avoir des écoles où des enseignants animés de solides convictions inculquent aux esprits une conception chrétienne de la vie et où tout l’enseignement soit donné à la lumière de la foi.[21]
En 1977, la loi Guermeur renforce le financement public de l’école privée.
Le gouvernement Union de la gauche entre PS, PCF, PSU, gaullistes de gauche, centristes et débris du Parti radical (1981-1986) laisse intactes les lois cléricales et anti-laïques de la IIIe, de la IVe et de la Ve Républiques. Il en sera de même du gouvernement Gauche plurielle entre PS, PCF, Verts, MDC/MRC et PRG (1997-2002).
En 1983, le Président de la République (Mitterrand) crée le Comité consultatif national d'éthique qui comprend par décret les représentants des religions catholique, protestante, musulmane et israélite.
En 1987, le gouvernement Chirac inscrit le Denier du culte (organisme de financement de l’Église catholique) dans la liste des organisations bénéficiant de la défiscalisation, qui concerne officiellement des associations caritatives.
Sous couvert de « l’enseignement du fait religieux », le gouvernement Jospin réintroduit par la bande une dose de religion dans les cours et les prêtres eux-mêmes dans les établissements de formation des enseignants (IUFM).
Pour empêcher que la jeunesse des quartiers pauvres bascule vers la révolution, tous les ministres de l’intérieur et les maires (UMP comme PS) ont misé sur les religions, y compris l’Islam. Nicolas Sarkozy a instauré un Conseil français du culte musulman.
Pour M. Raffarin, le CFCM est désormais « l’interlocuteur responsable » des pouvoirs publics, chargé notamment de combattre les dérives de l’islam et de « jouer un rôle modérateur auprès des jeunes ».[22]
L’anniversaire du pontificat de Wojtyla vient d’illustrer une fois de plus le caractère clérical de la Ve République en général et du gouvernement actuel en particulier. Au moment où l’Église catholique réclame que la Constitution de l’Union européenne se réfère au christianisme[23], le Premier ministre Raffarin et l’épouse du Président de la république sont allés assister officiellement à des cérémonies religieuses présidées par le chef de l’Église catholique :
La béatification de Mère Teresa a été pieusement fêtée par Bernadette Chirac, Jean-Pierre Raffarin et son épouse le 19 octobre à Rome. Pas moins de quarante personnes ont accompagné en Italie la « Présidente » et le Premier ministre. Et ces pèlerins ont été logés à l’Hôtel Hassler, le palace le plus huppé de la ville…De quoi fêter comme il convient les vertus de la « mère des pauvres de Calcutta ».[24]. A l’issue de la cérémonie papale, Bernadette, Jean-Pierre et Anne-Marie Raffarin et quelques amis sont allés festoyer en l’honneur de « la mère des pauvres de Calcutta » au restaurant de l’Hôtel de Russie, spécialisé dans la truffe blanche d’Alba et réputée comme une des meilleures tables de Rome.[25]
Parce que la bourgeoisie tend à sombrer dans le cléricalisme à l’époque du déclin du capitalisme, ses agents au sein de la classe ouvrière abandonnent le programme de la démocratie conséquente, de la laïcité.
Dès 1937, le secrétaire général du Parti communiste français, Maurice Thorez, qui combat avec acharnement la révolution socialiste, se prononce pour confier la jeunesse à l’Église :
La liberté de conscience suppose, exige la liberté, le libre exercice du culte, le libre choix de l’enseignement.[26]
De la liberté du culte, que personne ne conteste, l’adulateur de Staline passe à la justification de l’embrigadement de la jeunesse par l’obscurantisme. Marx avait pour programme, à l’opposé :
Il faut proscrire de l’école, au même titre, toute influence du gouvernement et de la religion.[27]
La même année 1937, le secrétaire général du PS-SFIO, Léon Blum, fait allégeance à la doctrine de l’Église catholique :
Serait-il si difficile de tirer des deux encycliques que le Saint-Siège consacrait aux problèmes sociaux des formules voisines de celles que le gouvernement de Front populaire s’efforce de transposer dans la légalité républicaine ?[28]
Cela en dit long sur le programme du front populaire :
Les principes sociaux du christianisme ont justifié l’esclavage antique, magnifié le servage médiéval et s’entendent également, au besoin, à défendre l’oppression du prolétariat, quitte à prendre des petits airs navrés. Les principes sociaux du christianisme prêchent la nécessité d’une classe dominante et d’une classe opprimée et n’ont à offrir à celle-ci que le vœu pieux que la première veuille bien se montrer charitable…
Les principes sociaux du christianisme prêchent la lâcheté, le mépris de soi, l’avilissement, la servilité, l’humilité, bref toutes les qualités de la canaille ; le prolétariat, qui ne veut pas se laisser traiter en canaille, a besoin de son courage, du sentiment de sa dignité, de sa fierté et de son esprit d’indépendance beaucoup plus encore que de son pain. Les principes sociaux du christianisme sont des principes de cafards et le prolétariat est révolutionnaire.[29]
Les gouvernements auxquels ont participé le PS et le PCF depuis 1981 n’ont jamais fait avancer la laïcité de l’école et de l’État. Bien au contraire : le ministre de l’agriculture Michel Rocard a multiplié les cadeaux à l’enseignement agricole privé ; le ministre de la culture Jack Lang s’est démené pour financer la construction de la cathédrale d’Évry. Le premier Président PS de la Ve République, François Mitterrand s’est fait enterrer en 1996 en grande pompe selon le rite catholique.
Le PS depuis l’ouverture de la Première guerre mondiale en 1914, le PCF depuis sa dégénérescence irréversible en 1934, n’ont cessé de soutenir l’impérialisme français. L’effondrement de l’URSS et le rétablissement du capitalisme en Russie par la bureaucratie stalinienne n’ont fait qu’accentuer le caractère bourgeois de ces partis, les traits chauvins et conservateurs de leur politique.
Aujourd’hui, les parlementaires du PS et du PCF participent à la commission Debré. Le Parti « socialiste » se prononce pour une loi contre le foulard, comme l’UMP.
Le port apparent de signes religieux, politiques ou philosophiques est interdit dans l’enceinte des établissements publics d’enseignement ainsi que dans toutes les activités extérieures organisées par eux.[30]
En d’autres termes, le PS veut interdire le foulard islamique ainsi que l’effigie de Che Guevara dans l’enseignement public, mais il ne touche pas aux milliers de croix de l’enseignement « privé », pas plus qu’aux aumôneries catholiques dans les lycées et dans les hôpitaux publics.
Marie-George Buffet, la secrétaire générale du Parti « communiste » français, n’hésite pas à congratuler Debré :
Je trouve que l’ouverture d’un tel débat, dans les conditions actuelles est tout à fait sain… Votre travail me semble primordial.[31].
La pseudo-« laïcité » du PS et du PCF est celle de Chirac, une idéologie pro-cléricale pour maintenir la paix sociale, pour « vivre ensemble » entre exploiteurs et exploités :
Ce principe fondateur de notre pacte social… Assurer une véritable qualité du vivre ensemble dans notre pays.[32] La laïcité c’est à la fois des valeurs et un cadre juridique. La première de ces valeurs c’est de fonder le « vivre ensemble »[33]. La laïcité est au cœur du « vivre ensemble » dans la République.[34]Elle est la garantie d’une société de paix.[35]
Quand ces falsificateurs parlent de « laïcité ouverte » ou de « renouveau de la laïcité », cela a autant à voir avec le combat pour expulser toute Église de l’État et toute religion de l’école que leur programme a à voir avec la lutte pour le socialisme ou la théorie communiste révolutionnaire de Marx et Engels, de Lénine et de Trotsky : rien ! En réalité, à la suite de la bourgeoisie décadente qui les tient en laisse, les réformistes tendent à remettre en selle les idéologies qui prêchent la soumission et le respect de l’ordre existant. Sur ce terrain, les ex-staliniens doublent les sociaux-démocrates sur leur droite :
Il convient pour la République de reconnaître l’existence de corps intermédiaires constituant des interlocuteurs potentiels… C’est au nom de la laïcité et parce que nous considérons que les courants religieux et philosophiques jouent un rôle dans la marche du monde, que nous sommes favorables à l’enseignement de l’histoire des religions et des idées à l’école… Pourquoi ne pas réfléchir, dans les espaces de concertation publique et de conseil que se donne la République, à la place donnée aux représentants des courants de pensées, des confessions religieuses ?[36]
Sous la houlette de Chirac et de Luc Ferry, quels seront les « spécialistes » qui vont s’occuper de l’enseignement de la nouvelles matière « histoire des religions » à l’école ? Certes, les religions jouent un rôle dans « la marche du monde »… mais lequel ? Buffet veut multiplier dans tous les domaines la présence de la prêtraille qui prêche la collaboration de classe et le respect de la propriété. La réponse des bolcheviks est aux antipodes :
Notre parti est une association de militants conscients d’avant-garde, combattant pour l’émancipation de la classe ouvrière. Cette association ne peut pas et ne doit pas rester indifférente à l’inconscience, à l’ignorance ou à l’obscurantisme revêtant le forme de croyances religieuses… le Parti ouvrier social-démocrate de Russie s’est donné pour but de combattre tout abêtissement religieux des ouvriers.[37]
Les seules réserves de la secrétaire générale du PCF sont pour l’islam. Pas au nom de la laïcité qu’elle piétine, mais en invoquant les droits des femmes :
Ce qu’il nous faut combattre dans le voile, c’est bien l’atteinte portée aux femmes.[38]
Les bureaucraties syndicales cautionnent, elles aussi, la Commission Chirac-Stasi et la Commission Debré. Comme les partis réformistes, elles abondent en phrases creuses sur les « valeurs », « la tolérance », « l’intégration », « l’unité de la nation » et « la République », qu’on retrouve à l’identique dans les discours de Chirac et de Sarkozy.
Le représentant de la FSU, Gérard Aschieri, après avoir soutenu Chirac au second tour de l’élection présidentielle, après avoir tout fait pour empêcher la grève générale de déferler en mai et juin, après avoir serré la main à Sarkozy qui faisait matraquer les manifestants, accepte de participer à la Commission Chirac-Stasi. Il se montre incapable de défendre la laïcité, puisqu’il refuse de se prononcer pour un seul enseignement public, pour expulser tout prêtre de l’école. Il accepte de discuter sur le terrain choisi par le gouvernement de Chirac et de Sarkozy, celui du « voile » :
Ce qui nous semble essentiel : laisser aux équipes la possibilité d’explorer au préalable d’autres voies, en particulier celle du dialogue et de la démarche éducative pour obtenir le retrait du voile.[39]
La direction de FO manifeste ouvertement son allégeance au gouvernement et à la campagne réactionnaire qu’il mène contre la partie la plus opprimée de la jeunesse. La fédération de la culture et de l’enseignement FO avait auparavant rencontré la Commission Debré :
C’est l’article 10 de la loi d’orientation de juillet 1989 (dite loi Jospin) qui a créé le problème… La FNEC FP FO a exprimé auprès des parlementaires de la Mission d’information son souhait d’un retour aux principes de la République et leur strict respect. Cela nécessite l’abrogation de tous les textes contradictoires à ces principes, en particulier la loi d’orientation sur l’éducation de 1989.[40]
Pour la direction de FO, mieux vaut s’en prendre à Jospin qu’à Chirac[41], mieux vaut s’en prendre aux jeunes arabes qu’à l’Église catholique. Elle n’a rien à redire sur le financement de « l’enseignement privé » et sur ses crucifix, sur la politique discriminatoire et anti-immigrée du gouvernement Chirac. Devant la Commission Chirac-Stasi, Marie-Suzi Pungier, secrétaire confédérale FO, a même dénoncé le foulard « qui tente d’infiltrer la société ».[42]
Aucune direction syndicale, aucun parti traditionnel de la classe ouvrière ne se prononce pour la séparation totale de l’Église et de l’État, pour interdire toute immixtion du patronat et de l’Église catholique dans l’enseignement. Les organisations pseudo-trotskystes constituent l’aile gauche de ces bureaucraties ouvrières intégrées et vendues : ni le PT, ni la LCR, ni LO n’ont appelé les partis ouvriers traditionnels et les organisations syndicales à boycotter la Commission Stasi ni la Commission Debré.
La direction de LO a présenté stupidement la Commission Stasi comme une manière pour Chirac… de ne pas prendre de décision :
Faut-il ou pas interdire le port du voile islamique au moins à l’école, voire dans les services publics ? Chirac noie le poisson en mettant en place une commission…[43]
Mais LO est allée encore plus loin en menant elle-même une véritable campagne contre « le voile ». Le 26 septembre Lutte Ouvrière titrait : « Le voile à l’assaut des écoles ». Ces dernières semaines, Lutte Ouvrière a publié presque une dizaine d’articles à ce sujet, reprenant la position du PCF. Ses militants, dans les établissements scolaires, sont à la pointe de l’exclusion, doublant leurs compères du Parti des travailleurs dans ce combat douteux :
Dans le lycée Henri-Wallon d’Aubervilliers… les professeurs membres de Lutte ouvrière plaident depuis la rentrée pour des sanctions immédiates.[44]
Les deux lycéennes sont finalement exclues. Le ministre délégué à l’enseignement scolaire, Xavier Darcos, a approuvé le travail sur le terrain des responsables LO (et LCR) du lycée d’Aubervilliers :
Si l’on aime pas la République française, il faut aller voir ailleurs.[45]
La direction de LO justifie cette convergence scandaleuse au nom de la défense des femmes :
En fait, ce n’est pas à la laïcité qu’il faut principalement penser mais à la défense des femmes.[46] Ne pas accepter le port du voile, c’est appuyer les femmes qui tentent de résister au machisme ambiant…[47] L’aspect le plus visible et le plus choquant de cette offensive de l’intégrisme contre les femmes, c’est le « voile islamique ».[48] Dans le cas présent, nous sommes contre toutes les atteintes à la liberté des femmes.[49] C’est bien de cela qu’il s’agit : de l’oppression des femmes par les hommes.[50]
Opposer laïcité et égalité entre les sexes est stupide : toute réaction politique entend maintenir les femmes dans la sphère domestique et l’infériorité sociale, tout en manifestant des traits cléricaux et obscurantistes.
Par exemple, en France, l’Église catholique a mené avec l’Ordre des médecins fondé sous Pétain une campagne acharnée contre le droit à l’avortement :
L’Église de son côté était très hostile. Le cardinal Marty… ajoutait : « L’avortement est objectivement un mal, une œuvre de mort. » Les évêques de France publiaient une déclaration solennelle pour condamner l’avortement.[51]
Par exemple, en Algérie, le pouvoir du FLN algérien a fait de l’islam une religion d’État, puis a introduit un Code de la famille consacrant l’infériorité juridique des femmes. Par conséquent, la révolution algérienne aura parmi ses premières tâches de supprimer le voile de l’école, de réaliser l’égalité juridique complète des femmes, de séparer l’État de la religion et des imams.
Aucun marxiste ne peut isoler la question du foulard de la lutte des classes, aujourd’hui, en France, de l’offensive de Chirac contre le prolétariat et la jeunesse :
L’ensemble de tous les aspects du phénomène, de la réalité et de leurs rapports (réciproques), voilà de quoi se compose la vérité.[52]
En invoquant la cause des femmes pour exclure des lycéennes, la direction de LO ne dit pas autre chose que Bernard Stasi et Chirac lui-même :
Même s’il y a plusieurs explications au voile, c’est objectivement un signe d’aliénation de la femme.[53] On ne peut accepter que certains s’abritent derrière une conception dévoyée de la liberté religieuse pour défier les lois de la République ou pour mettre en cause l’égalité des sexes et les droits des femmes.[54]
La France est un pays impérialiste, dont la diplomatie, les services secrets et l’armée interviennent contre la révolution sociale à l’étranger et qui, à l’intérieur, opprime les travailleurs immigrés (dont la tradition est souvent musulmane) et leurs descendants.
Comme toute religion, l’islam est porteur de l’oppression des femmes. Cependant, LO « oublie » le poids bien plus grand dans ce pays de l’Église catholique qui a soutenu Pétain, qui prêche le retour au foyer des femmes, qui proscrit les moyens contraceptifs et anti-sida, qui culpabilise les homosexuels, qui impose dans les pays où elle le peut son caractère de religion d’État et la prière à l’école, qui lutte avec acharnement contre le droit à l’avortement et même le divorce. Les droits des femmes, vraiment ? Mais quelle est l’origine des commandos de bigots anti-IVG qui attaque les hôpitaux et les médecins qui pratiquent l’avortement, dans les pays impérialistes comme la France ? Des chrétiens ou des musulmans ?
LO ne mène pas campagne pour supprimer les fonds publics à l’enseignement catholique. Les militants de LO ne tentent pas d’expulser les aumôniers catholiques des lycées publics. Il excluent des lycéennes.
Si elle défendait réellement les droits des femmes, la direction de LO devrait, plutôt que s’en prendre à des lycéennes, dresser le bilan d’un an et demi de présidence Chirac, de majorité UMP, cette Union pour le machisme et le patriarcat. Elle « oublie » la politique pétainiste du gouvernement Raffarin-Sarkozy pour l’ordre moral et la famille traditionnelle, contre les femmes et contre les travailleuses en particulier :
· A cause de la loi de juillet contre les retraites (loi Fillon), l’allongement de la durée de cotisation et la décote des pensions vont particulièrement pénaliser les nombreuses salariées qui se sont arrêtées de travailler pendant une période ou qui sont passées à temps partiel pour élever des enfants.
·
Xavier Darcos, le ministre délégué à l’enseignement
scolaire, a avalisé la logique machiste du voile, censer protéger la femme de
la convoitise masculine, en déclarant à propos des sous-vêtements des
collégiennes et lycéennes : « Il
est normal que l’on demande aux jeunes filles, lorsqu’elles commencent à être
désirables, de faire en sorte qu’elles ne provoquent personne ».[55]
· Le ministre de la justice, Dominique Perben, s’est publiquement inquiété en février de la trop grande proportion de femmes parmi les recrues de l’École nationale de la magistrature.
· La majorité UMP a créé le 27 novembre un nouveau délit, « l’interruption involontaire de grossesse », qui introduit en droit français que le fœtus est une personne et met donc en cause le droit à l’avortement conquis partiellement par les femmes en 1974.
· La majorité UMP a adopté en janvier le projet de loi « sur la sécurité intérieure » (loi Sarkozy) dont l’article 18 sanctionne le racolage passif des prostituées. Sont particulièrement visées… les étrangères.
· Le ministre délégué à la famille, Christian Jacob, a annoncé à la Conférence sur la famille, le 29 avril, un décret pour faire revenir les femmes au domicile avec une allocation de cessation d’activité dès le premier enfant.
Mais LO ne cherche pas à expulser des lycées, des lycées professionnels, des lycées agricoles et des collèges les élus UMP ou UDF qui visitent les établissements ou viennent siéger dans les conseils d’administration.[56] LO prétend lutter contre l’oppression des femmes sans mettre en cause le gouvernement UMP, le pouvoir bourgeois. LO exclut des élèves, des adolescentes sur qui se concentrent toutes les oppressions.
Or, on ne peut lutter pour la libération des femmes qu’en luttant pour le socialisme :
Aussi longtemps qu’existera la domination du capital et de la propriété privée, l’affranchissement de la femme n’est pas possible.[57]
Pour la direction de LO, il n’y a pas à défendre becs et ongles les secteurs du prolétariat qui sont surexploités et qui sont victimes de la discrimination raciale.
Les lois répressives contre les travailleurs immigrés sont indifférentes au grand patronat et sont destinées surtout à plaire à l’électorat de droite et d’extrême-droite…[58] « L’invasion» que Le Pen et des gens de son acabit comme Sarkozy agitent comme un épouvantail, n’est donc pour eux qu’un moyen d’engranger des suffrages. Rien de plus ![59]
Rien de plus, vraiment ? LO réduit la politique policière et xénophobe des gouvernements bourgeois à de « l’électoralisme », alors qu’il s’agit de fragiliser des millions de travailleurs, de les surexploiter et de diviser la classe ouvrière.[60]
La direction de LO « oublie » que l’affirmation de la religion musulmane par une partie de la jeunesse est une protestation face au racisme de la police et à la discrimination par les patrons. Les chefs de LO « oublient » qu’au même moment où ils déploient tant d’énergie et publient tant de pages contre « le voile », le gouvernement bourgeois a ouvert la chasse à l’immigré, qu’il parque les étrangers pauvres dans des centres de rétention et multiplie les charters pour renvoyer les travailleurs de pays ruinés par l’impérialisme à leur misère d’origine et les réfugiés à leurs persécuteurs. Les chefs de LO « oublient » la loi Sarkozy sur la « maîtrise de l'immigration », votée le 28 octobre, qui durcit les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France et porte de 12 à 32 jours la durée des rétentions administratives des personnes en situation irrégulière…
Par adaptation à l’aristocratie ouvrière et à l’appareil stalinien dont elle est le flanc gauche, la direction de LO se prononçait encore en 1995 contre le droit de vote aux immigrés. LO s’est toujours refusé à condamner le plan Vigipirate des gouvernements Jospin et Raffarin, qui permet d’habituer la population aux patrouilles de l’armée et aux contrôles au faciès. LO a refusé de se prononcer pour la défaite de l’impérialisme en Irak. LO soutient la position de la bourgeoisie française de deux États en Palestine. LO minimise le caractère militariste et policier du régime. LO a même soutenu les « revendications » des policiers et des gendarmes.
LO a pour ligne politique l’économisme, le trade-unionisme, « la lutte » bornée au lieu de travail, tout en refusant d’appeler à préparer le renversement du gouvernement bourgeois, la prise du pouvoir par le prolétariat, l’insurrection. En pratique, LO a aidé en mai-juin 2003 les appareils staliniens de la FSU et de la CGT qui refusaient d’appeler à la grève générale contre le gouvernement.[61] Aujourd’hui, comme le PS et le PCF, LO aide la campagne du gouvernement et des médias contre les élèves des secteurs les plus opprimés et les plus exploités.
Pour former la jeunesse et l’émanciper de la tutelle de toute prêtraille, pour supprimer le chômage et pour émanciper les femmes, il faut unir la classe ouvrière afin qu’elle puisse se dresser contre la bourgeoisie et lui prendre le pouvoir.
Ce que la bourgeoisie française n’a que partiellement accompli et qu’elle remet en cause aujourd’hui, la classe ouvrière française l’a réalisé en quelques jours en prenant le pouvoir à Paris en 1871 :
Une fois abolies l’armée permanente et la police instruments du pouvoir de l’ancien gouvernement, la Commune se donna pour tâche de briser l’autel spirituel de l’oppression, le pouvoir des prêtres ; elle décréta la dissolution et l’expropriation de toutes les églises dans la mesure où elles constituaient des corps possédants. Les prêtres furent renvoyés à la calme retraite de la vie privée pour y vivre des aumônes des fidèles, à l’instar de leurs prédécesseurs, les apôtres. La totalité des établissements d’instruction furent ouverts au peuple gratuitement, et, en même temps, débarrassés de toute ingérence de l’Église et de l’État.[62]
La classe ouvrière russe, ayant pris le pouvoir grâce à ses soviets et à l’insurrection d’Octobre 1917, a supprimé immédiatement la criminalisation de l’homosexualité[63], les privilèges de l’Église orthodoxe et l’infériorité juridique des femmes :
Prenez la religion, ou l’absence des droits pour la femme, ou l’oppression et l’inégalité en droits pour les nationalités non russes. Autant de problèmes relevant de la révolution démocratique bourgeoise… Il n’est pas un seul pays, parmi les plus avancés du monde, où ces questions aient été résolues jusqu’au bout… Nous avons résolu le problème de la révolution démocratique bourgeoise en passant, en cours de route, comme un produit accessoire de notre principale et véritable action révolutionnaire, prolétarienne, socialiste.[64]
Seul le prolétariat est aujourd’hui une classe révolutionnaire. Il lui revient de résoudre les questions démocratiques inachevées ou remises en cause, comme l’égalité juridique entre hommes et femmes, comme la séparation complète de l’État et des religions, comme l’expulsion de l’Église catholique de l’école. Seul le pouvoir des travailleurs, seule la dictature du prolétariat peut en finir avec le racisme, peut s’attaquer aux racines de la superstition et de l’oppression des femmes.
Pour cela, les travailleurs d’avant-garde de ce pays, quelle que soit leur origine, doivent construire un parti véritablement socialiste et véritablement communiste. Pas un ersatz semi-réformiste façon PT, LO ou LCR, mais un parti de type bolchevik, un parti révolutionnaire, internationaliste, marxiste qui ait à son programme :
·
Arrêt des
expulsions de travailleurs immigrés ! Arrêt immédiat des exclusions des
élèves musulmanes !
·
Ni patron, ni
curé, ni imam, ni pasteur, ni rabbin à l’école ! Pas de fonds public pour
l’école privée ! Interdiction d’ouvrir un établissement d’enseignement à
toute secte et à toute Église !
· À bas Vigipirate ! Abrogation des lois Vaillant-Sarkozy ! Des papiers pour tous les sans-papiers ! Liberté de circulation et d’établissement pour tous les travailleurs, en France et dans toute l’UE ! Mêmes droits pour tous les travailleurs !
[1] « »La véritable promotion de la femme consiste à la promouvoir à ce qui lui est propre et lui convient en sa qualité de femme », K. Wojtyla (alias Jean-Paul II), Audience générale à Rome, 27 juillet 1994
[2] B. Panafieu, cardinal et archevêque de Marseille, membre du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Ouest-France, 10 novembre 2003
[3] N. Sarkozy, émission « 100 minutes pour convaincre », France 2, 20 novembre 2003
[4] Cité par V. Geisser, Le Nouvel Observateur, 9 octobre 2003
[5] La groupe multinational Bouygues est un fleuron du capital financier français. Il s’est constitué en lien étroit avec la Ve République et le parti gaulliste l’UDR-RPR-UMP. Outre TF1 et sa filiale TPS, il comprend Bouygues Construction, Bouygues Immobilier, Colas (trois filiales du bâtiment travaux publics), la SAUR (traitement de l’eau et des déchets) et Bouygues Télécom (téléphone mobile).
[6] Les médias, globalement, ont présenté l’attaque contre les retraites menée par le gouvernement Chirac-Raffarin-Fillon comme indispensable. Puis ils ont présenté les travailleurs qui tentaient de lui résister comme des conservateurs, les grévistes comme des « preneurs d’otage » (donc des criminels), voire comme des psychopathes. Voir Le Monde Diplomatique, septembre 2003
[7] F. Engels & K. Marx, L’Idéologie allemande, 1845, Éditions Sociales, 1976, p. 44
[8] Les chiraquiens sont des ingrats ; la LCR a voté pour leur candidat parce qu’il est, selon elle, républicain, mais l’UMP stigmatise en retour la LCR comme… anti-républicaine : « Porte parole du parti chiraquienne, Renaud Donnedieu de Vabres présente l’alliance de l’extrême-gauche comme un front antirépublicain » (Le Monde, 5 novembre 2003)
[9] B. Stasi, Ouest France, 31 octobre 2003
[10] K. Marx, Rheinische Zeitung, 1842, dans F. Engels & K. Marx, Sur la religion, Éditions Sociales, 1972, p.37
[11] Cité dans J. Cornec & M. Bouchareissas, L’Heure laïque, Clancier Guénaud, 1982, p.16
[12]
La Constitution mexicaine de1917, en même temps qu’elle sacralise le
droit de propriété (article 23), sépare l’Église de l’État (art. 130). Mais
elle reconnaît la « liberté de l’enseignement » (art.3). Voir les
extraits dans O. Dabène, L’Amérique
latine au XXe siècle, A. Colin, 2001, p.31
[13] La doctrine éclectique de Perón se référait explicitement à la religion dominante de l’Amérique latine : « 14/ Le justicialisme est une nouvelle philosophie de la vie… profondément chrétienne », J. Perón, « Les 20 vérités », 1950, reproduit dans O. Dabène, L’Amérique latine au XXe siècle, A. Colin, 2001, p.71. La constitution actuelle de l’Argentine fait obligation au président… d’être catholique.
[14] J. Cooley, CIA et Jihad, 1999, Autrement, 2002
[15] Zbigniew Brzezinski, qui fut le conseiller du président Carter (Parti démocrate) s’en vantait, quelque temps avant les attentats aux États-Unis de leur ancien complice Ben Laden : « Selon la version officielle de l'histoire, l'aide de la CIA aux moudjahidine a débuté courant 1980, c'est-à-dire après que l'armée soviétique eut envahi l'Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais la réalité, gardée secrète jusqu'à présent, est tout autre : c'est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l'assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul…Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d'attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ?… De fait, Moscou a dû mener pendant presque dix ans une guerre insupportable pour le régime, un conflit qui a entraîné la démoralisation et finalement l'éclatement de l'empire soviétique. » (Le Nouvel Observateur, 15 janvier 1998)
[16] C.A. Ageron, Histoire de l’Algérie contemporaine, PUF, 2000
[17] V. Lénine, « Discours à la conférence de Russie des directions de l’enseignement politique », 1920, Œuvres, Progrès, 1961, t.31, p.379
[18] R. Luxemburg, « Anticléricalisme et socialisme », 1902, Le Socialisme en France, Belfond, 1971, p. 213-214
[19] Par exemple, le président américain Reagan était connu pour se faire prédire l’avenir ; le Président français Mitterrand consultait lui aussi des voyantes.
[20] J. Baubérot, Histoire de la laïcité en France, PUF, 2000
[21] Cité dans J. Cornec, Laïcité, Sudel, 1967, p.267
[22] Le Monde, 6 mai 2003
[23] K. Wojtyla, Ecclesia in Europa, 29 juin 2003
[24] Le Canard Enchaîné, 22 octobre 2003
[25] Le Canard Enchaîné, 29 octobre 2003
[26] Cité dans F. Castaing, École laïque et révolution socialiste, OCI, 1974, p. 23
[27] K. Marx, « Gloses marginales sur le programme de Gotha du Parti ouvrier allemand », 1875, dans F. Engels & K. Marx, Critique des programmes socialistes, Spartacus, 1948, p.37
[28] Cité dans F. Castaing, École laïque et révolution socialiste, OCI, 1974, p. 24
[29] K. Marx, Deutsche Brüsseler Zeitung, 1847, dans F. Engels & K. Marx, Sur la religion, Éditions Sociales, 1972, p.83
[30] Projet de loi du PS, article 1er
[31] Audition de M.G. Buffet à la Commission Debré, 19 septembre 2003
[32] Audition de M.G. Buffet, 19 septembre 2003
[33] Audition de F. Hollande à la Commission Stasi, 9 septembre 2003
[34] Texte adopté par le BN du PS, 13 novembre 2003
[35] Audition de M.G. Buffet, 19 septembre 2003
[36] Audition de M.G. Buffet, 19 septembre 2003
[37] V. Lénine, « Socialisme et religion », 1905, Œuvres, Progrès, 1975, t.10, p.83
[38] Audition de M.G. Buffet, 19 septembre 2003
[39] Le Monde, 28 octobre 2003
[40] Communiqué de la FNEC FO, 30 septembre 2003. Cette fédération est dirigée par le PT.
[41] La direction FO va avoir satisfaction, puisque Chirac a annoncé le 20 novembre qu’il avait l’intention de remplacer la loi Jospin par la sienne, après le « grand débat sur l’école » auquel les partis ouvriers bourgeois et les bureaucraties syndicales corrompues apportent leur concours.
[42] Le Monde, 28 octobre 2003
[43] Lutte Ouvrière, 19 septembre 2003
[44] Le Monde, 9 octobre 2003
[45] Le Monde, 17 octobre 2003
[46] Lutte Ouvrière, 19 septembre 2003
[47] Lutte Ouvrière, 25 avril 2003
[48] Lutte Ouvrière, 8 août 2003
[49] Lutte Ouvrière, 24 octobre 2003
[50] Lutte Ouvrière, 24 octobre 2003
[51] J.J. Becker, Crises et alternances 1974-2000, Seuil, 2002, p.40-41
[52] V. Lénine, « Notes sur la Science de la logique de Hegel », 1914-1916, Œuvres,t.38, Progrès, 1971, p.186
[53] Entrevue avec Stasi, Ouest France, 31 octobre 2003
[54] Discours de Chirac à Valenciennes le 21 octobre, Le Monde, 23 octobre 2003
[55] Les cagots et les dresseurs de la jeunesse ne sont pas qu’à l’UMP. Ségolène Royale, dirigeante du PS, a stigmatisé aussi les modes vestimentaires des adolescentes : « Aux yeux des garçons, le string réduit les jeunes fille à un postérieur ».
[56] Il est vrai que les élus et les militants LO (et LCR) siègent eux-mêmes dans ces organisme de participation gaulliste et de cogestion.
[57] « Thèses pour la propagande parmi les femmes », 1921, Quatre premiers congrès de l’Internationale communiste, Maspero, 1969, p.144
[58] Lutte de Classe, été 2003
[59] Lutte Ouvrière, 31 octobre 2003
[60] La direction de LO invoque parfois Barta, un militant qui a quitté en 1939 la 4e Internationale fondée par Trotsky. Du moins, Barta comprenait que la classe dominante cherche à diviser le prolétariat : « Il est une mesure de division de la part de la bourgeoisie, qui ne retient pas suffisamment l'attention des travailleurs. Sous prétexte qu'il n'y a pas du travail pour tout le monde, le patronat et son État ont commencé par éliminer les travailleurs immigrés, et les ont parqués dans des camps. » (« Pour le contrôle ouvrier », 1944, La Lutte de Classes, La Brèche, 1992, t.1, p.171)
[61] Voir Révolution Socialiste n°9-10. Pour les adjoints du PCF, il était ridicule d’exiger en mai-juin des directions syndicales qu’elles appellent à la grève générale : « En appelant à des journées nationales de grève et de manifestations, celles-ci ont constitué des objectifs intermédiaires permettant au mouvement de se développer » (Lutte de Classe, été 2003)
[62] K. Marx, La Guerre civile en France, 1871, Éditions Sociales, 1972, p.42
[63] « En Union soviétique, l’activité homosexuelle est libre, mais on punit l’abrutissement religieux des jeunes de moins de 18 ans », (W. Reich, La Lutte sexuelle des jeunes, 1932, Maspero, 1972, p.90). La bureaucratie conservatrice de Staline a interdit l’homosexualité en 1934.
[64] V. Lénine, « Pour le 4e anniversaire de la Révolution d’octobre », 1921, Œuvres, Progrès, 1975, t.33, p.45-46